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samedi 8 juin 2019

Fou des dates !


  Vous savez déjà que j'adore les coins datés, même si, hélas, les collectionneurs se font rares.

Et-s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là ! écrivait Victor Hugo...

  Donc je continue à les rechercher, mais j'en trouve de moins en moins...

  Leur étude est source de beaucoup de renseignements sur les différents tirages, les variations de couleur, ou de types parfois. Elle permet de mieux appréhender la rareté relative du même timbre en fonction des différentes périodes où il a été imprimé. De savoir précisément à quand remontent les diverses surcharges par exemple. Si elles ont nécessité un tirage spécial, ou bien si elles ont été apposées sur une partie des feuilles du tirage normal.

L'ouvrage du baron De Vinck sur l'impression rotative est certainement, de toute ma documentation,  celui que je feuillette le plus souvent : tous les jours ou presque.

  Vous savez également que cette collection se fait pour des raisons principalement esthétiques (mais pas que) sous la forme de blocs de 4 timbres, ce qui lui a valu l’appellation de coin daté.

C'est déjà beau un bloc de 4, je trouve !
C'est encore plus beau une paire de coins datés !
Amusez-vous à en réunir une d'un timbre qui vous plait...
Peut-être serez-vous contaminé par mon virus ?

  C'est l'analyse des parallélogrammes situés juste en-dessous, au coin inférieur droit des feuilles, qui permet de les classer convenablement.
Parfois pour les différencier, il faut les mesurer au dixième de millimètre, les regarder à la loupe, ce qui est assez distrayant, comme sur cet exemple :


Souvent, c'est bien plus facile, heureusement (mais bien plus rare pour ce timbre !...) :


  Il faut savoir que ces marques étaient réalisées volontairement par les ouvriers de l'atelier de fabrication des timbres-poste, afin de pouvoir repérer facilement à quel niveau du cylindre un accident ou un défaut était survenu, lorsqu'il en survenait un.
Un tour de cylindre donnait 2 feuilles de 100 timbres, et 2 coins datés toujours différents.
L'un correspondait aux feuilles portant un numéro pair, et l'autre un numéro impair.
Mais pour le voir, il faut des bas complets (ou des feuilles entières), comme ici :


  Dans certains cas, qui sont l'exception, l'analyse des 2 blocs de 4 en question ne suffit pas pour les différencier : il faut regarder tout le bas de feuille. Les marques ou les différences étant situées ailleurs que sous les 2 timbres du coin de droite.

 C'est le cas pour le rare 35 c. violet YT 142 au type II. Aucune distinction possible sous le coin, mais facile en revanche, un peu plus à gauche :


En plus, la quasi totalité de ces feuilles a été surchargée = 25 c. en raison d'un changement de tarif, ce qui fait que les coins datés, et encore plus les feuilles sans surcharge sont très difficiles à trouver (j'en connais 6).

  De très nombreuses raretés vous attendent, je vous assure, si vous vous intéressez aux coins datés, et pour un budget souvent ridicule, vous aurez le plaisir de dénicher des pièces fort intéressantes, alors que pour la plupart des philatélistes, c'est l'inverse : ils peuvent dépenser des fortunes pour des timbres qui s'avèrent être assez courants !...

  Par ailleurs, rien n'empêche la survenue de jolies variétés au niveau du coin daté, et je vous en ai déjà montré quelques unes ici. Des plis, des piquages à cheval, des raccords etc...

Mais des variétés comme celle-ci, même avec la meilleure volonté du monde, je ne pourrais plus vous en montrer d'autre, car je crois bien que c'est le deuxième des 2 seuls coins datés non dentelés connus au type Semeuse (vous avez déjà vu l'autre, celui du 75 c. lilas) :

Timbres au type III
Les non dentelés rotatifs sont toujours très rares.

*****

  Passons à présent à l'impression à plat.

  Depuis quelques années, nous répertorions avec Lucien Coutan, les dates d'impression des carnets imprimés à plat. Cela concerne principalement la Semeuse, et bien moins souvent les types Pasteur et Jeanne d'Arc.

Celui-ci est du 7 avril 1924

Cela permet une étude chronologique très instructive, en corrélation avec les numéros des séries des couvertures de ces carnets. L'absence du millésime rend parfois difficile l'identification de l'année.

Cependant, du fait de la découpe en carnets, le bas de la feuille est souvent coupé sans que la date ne puisse apparaître dans la marge.  Et il faut savoir que seulement un carnet sur 6 peut théoriquement être ainsi daté, pour autant que sa découpe soit suffisamment décalée vers le bas, ce qui en fait beaucoup moins que ça en réalité. D'où la rareté de ces carnets datés.
Nous avons malgré tout répertorié à ce jour près de 350 dates !


  Rareté parmi les raretés, autre pièce unique, UN SEUL carnet au petit format 110 x 60 mm est connu avec une date apparente ! 
Vous comprendrez, au vu de la situation de la date, que le décalage doit être particulièrement marqué.

Je vous le présente. Il est composé de 40 timbres, avec 2 feuillets de 20 datés. 
Ceci montre bien que pour constituer ces carnets de 40, on superposait 2 feuilles de 120, que l'on agrafait à une feuille de 6 couvertures, avant de découper les 6 carnets. Plus ou moins bien...

Le voici :
Papier GC blanc. 
Daté du 12 décembre, entre 1916 et 1919.

*****

  Tout récemment, je me suis attaqué personnellement aux feuilles-ventes, dont la marge du bas est pareillement datée du jour et du mois, alors que l'année est renseignée par le millésime.

Etant donné que la plupart de nos Semeuses ont été imprimées plusieurs années durant (mais pas en continu, loin de là !), il nous faut voir à la fois le bas de feuille ET le millésime, ce qui correspond en général à des panneaux de 50 du bas, ou à des feuilles entières.
Cela ne court pas les rues non plus...

  La encore, les informations que l'on peut y glaner sont très intéressantes pour le collectionneur averti et spécialisé, croyez-moi !

  C'est ainsi que l'on a pu voir ce panneau du 15 c. vert, imprimé LA VEILLE de la sortie officielle de notre Semeuse :
(premier jour historique du 2 avril 1903)


   Ou bien celui-ci daté du 22 mars 1907, alors que le timbre 10 c. rouge YT 138 n'a été mis en vente que 6 mois plus tard environ !

Entre temps, on pense que la Poste en a profité pour écouler 
ses stocks d'autres timbres rouges que sont le 10 c. avec sol YT 134, 
et le 10 c. maigre YT 135.

  La date de ce dernier, du 4 mai 1907 permet de situer au tout début de l'existence de ce timbre, la fameuse nuance bleu-noir, si recherchée et spectaculaire, vue aussi le 2 et le 7 mai :

 CORUSCANT !
(allez voir dans le dictionnaire de ma part)

A ce jour, mon répertoire contient plus de 640 dates !
Plus on en connaîtra, plus ce sera instructif...

*****

   De la même façon, les feuilles pour la fabrication des roulettes sont également porteuses de leur date d'impression, souvent sur la droite comme ici, pour des raisons que j'ignore :


Alors qu'au contraire, on ne rencontre qu'assez rarement cette date sur la droite pour les feuilles "normales", comme ici :



Mais ces feuilles pour roulettes sont toutes très rares : pas plus de 20 dates sont pour l'instant répertoriées.

Donc, si vous voulez bien m'aider à faire progresser
 un peu plus la science et nos connaissances,
MERCI DE ME COMMUNIQUER TOUTES LES DATES 
QUE VOUS RENCONTREZ !


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mercredi 29 mai 2019

Cherries on the cake !


  En philatélie, lorsque l'on a la bonne idée de se spécialiser et de passer plusieurs années à étudier un certain type de timbres, une période ou une émission, lorsque l'on prend la peine de se documenter, et du plaisir à échanger ses connaissances avec d'autres amateurs, une chose est certaine : on y trouve au fil du temps de plus en plus de satisfaction !

  Certes cela prend beaucoup de temps, et plus ou moins d'argent, mais je peux vous assurer que ce que l'on investit nous est toujours rendu, et souvent avec des intérêts non négligeables !

  Personnellement, j'ai choisi la Semeuse étant enfant, et je lui reste fidèle depuis. J'ai eu la chance que mon grand-père en soit lui aussi un grand passionné : il s'était lancé principalement dans la collection des coins datés, mais n'avait pas pour autant négligé les autres présentations en carnets, roulettes, ou en feuilles.
Et c'est certainement cette diversité qui m'a plu lorsque je m'y suis intéressé à mon tour.

  Ma passion n'a fait que croître, en même temps que mon savoir, et mon budget a fait de son mieux pour essayer de s'y adapter. J'ai écumé les marchés au timbres avec quelques francs en poche à mes débuts, pour finir par faire des virements en euros aux quatre coins du monde !

Le plaisir est resté le même, que ce soit en vidant mon petit porte monnaie ou en donnant ces derniers temps des sueurs froides à ma banquière : chercher et dénicher une jolie pièce qui me plait (ou qui me manque) et la classer ensuite dans mes albums. Après l'avoir étudiée et appréciée à sa juste valeur.

  Par exemple, ajouter un coin daté supplémentaire payé un euro, à mon ensemble du très courant 15 centimes brun qui en comprend déjà plus de 3000, me procure pratiquement la même joie que de devoir économiser pendant plusieurs mois pour m'offrir un joli carnet rare !

  Forcément, après toutes ces années, parmi les différentes valeurs de cette Semeuse, on devient plus sensible à certaines de ses couleurs chatoyantes, on en vient à préférer certaines présentations plutôt que d'autres, à regarder plus volontiers les jolies publicités de certains carnets ou une belle variété, qu'un banal bas de feuille, même s'il porte la date d'impression.

  L'aspect spectaculaire de certains défauts d'impression ou de piquage a toujours eu pour moi un attrait particulier. Ça me plait d'imaginer ce qui a bien pu se produire dans la chaîne de fabrication, de deviner à quel moment le grain de sable a bien pu se glisser dans les rouages, malgré toutes les attentions prises par les employés de l'atelier du boulevard Brune à l'époque.

Il m'a fallu du temps pour connaître, apprécier et bien comprendre, mais à présent j'en récolte souvent les fruits.

  Je ne suis pas le seul dans ce cas, mais cela fait de très nombreuses années que je m'intéresse aux carnets, et ce pour plusieurs raisons :
- l'aspect esthétique de beaucoup de leurs couvertures, avec les annonces publicitaires amusantes des marques de l'époque : médicaments incroyables, pièces pour automobiles, produits alimentaires etc..
- la rareté de certaines pièces et donc la possibilité de trouvailles, même encore après presque un siècle de recherches philatéliques : on en découvre encore !
- les types des timbres souvent spécifiques, différents de ceux des feuilles et des roulettes.
- leurs différents modèles, imprimés à plat ou bien rotative.

  Mais le plus remarquable pour cette présentation en carnets, c'est la rareté des jolies variétés, du fait de tirages bien plus restreints que pour les feuilles. Peut-être aussi que le contrôle de la qualité était plus rigoureux ? Toujours est-il que l'on en trouve d'assez discrètes, nécessitant une loupe, mais très peu de spectaculaires.
Même si sur ce "blog", vous allez en voir des sympas...

Que dire alors de celles qui sautent aux yeux, 
touchant les carnets les plus rares ?
On n'en voit quasiment jamais !

  Je vous laisse imaginer ma joie d'avoir vu se présenter récemment dans une vente le bloc suivant :


Un magnifique pli accordéon survenu sur la partie gauche 
d'un carnet du n°140 YT sans publicité et au petit format 110 x 60 mm, 
haut de feuille (bord supérieur non perforé verticalement).
Ce qui est déjà exceptionnel !

  Ce type d'anomalies liée à un froissage de la feuille au moment de l'impression se rencontre presque toujours au niveau des coins des feuilles, vous comprendrez aisément pourquoi : pas facile de manipuler et de positionner à la main ces grandes feuilles de papier à la perfection !

  Je l'avais déjà repéré dans une vente londonienne prestigieuse à la fin de l'année dernière, mais hélas au sein d'un lot important, bien au-dessus de mon budget. Le lot avait été acquis par un négociant, qui a donc ensuite eu la bonne idée de le détailler. Pour mon plus grand plaisir.

Il aurait pu s'agir de timbres au type II, le plus "courant" des carnets de ce 25 c. bleu (comme devait d'ailleurs le penser le vendeur). 
Mais non : il s'agit au contraire du plus rare, le type I B, datant de 1921 !

Voici pour le gâteau !


Mais le plus amusant est à venir...

  Vous pensez bien que j'ai tout fait pour le faire venir dans ma collection. J'ai fait une offre, et je me suis rongé les ongles d'impatience jusqu'à la clôture de la vente.
Il suffisait qu'un autre petit malin comme moi reconnaisse le type pour que le prix s'envole, ou bien pire : qu'il ne m'échappe !

Heureusement, cela n'a pas été le cas, et je l'ai emporté. Il faut dire qu'il y avait tant de jolies variétés proposées dans cette vente, qu'il fallait savoir y faire son choix.
Le mien avait été fait, et bien fait : il s'agit vraiment d'une pièce unique !

  Lorsque je l'ai reçu, je suis resté longtemps à l'admirer sous toutes les coutures, avant de le retourner. Il était décrit comme sans charnière, ce qui m'importait assez peu, mais j'ai fini par jeter un œil au dos. C'est là que j'ai découvert une légère trace de charnière.

Quel malotru a donc bien pu oser coller un jour une charnière sur cette jolie gomme ?


Vous croyez sincèrement que c'est ça, ma cerise sur le gâteau ?
C'est mal me connaître !
Regardez plutôt...
Juste à coté de la trace de charnière, la voici :


Un joli recto-verso partiel, passé inaperçu lui aussi !
Étonnant, non ?
Je vous avais pourtant déjà conseillé de toujours regarder au dos, 
et pas uniquement pour y chercher des défauts sur la gomme.

Du coup, je n'ai pas rouspété pour la trace de charnière !...

  Il faut croire que lors de l'impression ce jour-là, la feuille qui a immédiatement précédé la nôtre s'est retrouvée discrètement repliée sur elle même au niveau de son coin supérieur gauche, entraînant le dépôt de l'encre sur le support de la presse. Notre feuille est alors venue ensuite se poser à cet endroit, et a reçu cette petite portion d'impression bleue au verso, en coin.

Ensuite, l'ouvrier responsable de la presse qui s'est aperçu du pli accordéon, a pris la peine de soigneusement le défroisser. Il ne fallait surtout pas gâcher !

La feuille a ainsi pu être gommée puis perforée normalement, avant d'être agrafée dans une feuille de couvertures, et finalement découpée en 6 carnets. 

  Celui du haut était certes un peu raté, avec son gros pli accordéon, mais une fois enfermé dans sa couverture, il a su se faufiler à travers les contrôles. 
Il a été vendu normalement au guichet d'un bureau de poste. 
Les 16 autres timbres, normaux, réussis, ont pu être utilisés pour le courrier de son acheteur, qui a mis de côté ce superbe bloc de 4 : c'est pour ça que je l'aime tant !

Avouez qu'il aura fallu un sacré concours 
de circonstances pour qu'il voie le jour...

*****

  A présent, vous devez peut-être vous demander pourquoi, dans mon titre, j'avais mis cerises au pluriel, et en anglais.
C'est en raison d'une autre jolie surprise, ayant pour seul point commun avec la précédente que d'être arrivée à peu près au même moment, et au même heureux philatéliste...

  J'avais repéré dans une vente américaine (d'où les cherries et le cake) cette jolie boîte à timbres en fer, compartimentée et décorée, proposée pour quelques dollars :


Une case pour les cartes postales, une pour les lettres pour la France, 
et une pour celles pour l'étranger.

J'ai là encore eu la chance de l'obtenir, et pour pas cher du tout.
Les frais de port m'ont coûté 2 fois plus que le lot, c'est vous dire !

Me voilà donc en train d'ouvrir hier le paquet reçu par la poste : tout au fond j'y trouve bien protégée une enveloppe renforcée. Je l'ouvre, et surprise : il y'en a deux !


Deux pour le prix de même pas une !
Et deux différentes qui plus est !

Décidément, me voici bien gâteau  gâteux  gâté !


*****
  Terminons avec un festival de tous les jolis plis accordéons que j'ai rencontrés sur les carnets de ce 25 c. bleu :

Type IV :
(défroissé après le piquage celui-ci)

Type II :



Type II avec pub :



Si vous en connaissez d'autres, n'hésitez pas à me contacter 
en cliquant sur "Aucun commentaire" ci-dessous 

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mardi 14 mai 2019

Filigrane Aussedat : du nouveau !


   Déjà repéré en 1910, et signalé aux collectionneurs de timbres-poste par Arthur Maury comme une rareté, il le reste plus d'un siècle plus tard.
Le 10 c. rose Semeuse lignée YT n°129 imprimé exceptionnellement sur un papier filigrané du fabriquant Aussedat, est indéniablement une vedette !

  Nous en avons déjà parlé ici, c'est vrai, mais nous restons vigilants et cela nous permet d'en apprendre un peu plus à chaque fois.

Notamment que l'illustre Arthur avait vu à l'époque un bloc avec millésime 5 pour 1905, ce qui vient contredire mes déductions, dont je vous avais fait part. Je croyais, à tort, que l'utilisation de ce papier n'avait eu lieu qu'entre 1906 et 1907...

Hélas, aucun des exemplaires oblitérés que j'ai pu voir ne porte un cachet dont la date soit bien lisible, ce qui ne nous aide pas !

   Vous savez bien que j'adore vous faire partager le résultat de mes recherches, et les informations que je glane de-ci de-là, cahin caha (pour ceux qui apprécient l'opérette).

C'est ainsi qu'en me lançant dans la numérisation de mes archives photographiques, j'ai retrouvé le seul exemplaire neuf que j'ai jamais vu se vendre de ce timbre, fin 2009.
Et le voici :


  Il faut vous dire que depuis des décennies, je conserve les photos des pièces que je trouve intéressantes, découpées dans les catalogues ou les revues, avec le plus souvent la date et le prix. 

Vous imaginez la place que cela pouvait prendre, alors qu'à présent tout est stocké sur un petit disque dur externe. C'est plus moderne, et surtout beaucoup mieux rangé !

En revanche, et croyez bien que j'en suis désolé, on ne voit pas franchement le filigrane sur cette image, pourtant en haute résolution. Peut-être le trait en diagonale dans le bas de la robe ?...

Si jamais son heureux propriétaire le reconnait, 
et même s'il préfère rester anonyme, 
qu'il me contacte pour m'en offrir une meilleure vue, 
cela me ferait le plus grand plaisir...

*****

   Un correspondant m'a tout récemment fait découvrir un texte de V. Bourselet datant de 1936, décrivant un timbre porteur du fameux filigrane qu'on lui a soumis, et qu'il nous dessine :


On y devine la fin de AUSSEDAT et le tout début de à (Annecy).
Dans le sens vertical du timbre.

   Nous savions déjà que l'on pouvait rencontrer ce filigrane aussi bien dans ce sens là que dans le sens horizontal, mais ce qu'il y a d'extraordinaire dans cet article (à part son absence de photo), c'est que le timbre en question n'est pas un YT n°129 mais un n°130 ! ! !


Oui, vous m'avez bien lu : une Semeuse lignée oui, mais verte et à 15 centimes existe : personne n'en a plus jamais parlé nulle part, et personne ne l'a plus jamais vu non plus ! 
Pfffouuit ! Pas vu, pas pris, disparu !

Possible même qu'il ait été perdu au milieu d'une collection, sans que celui qui en a hérité ne s'y intéresse d'assez près pour en reconnaître la rareté... 

Si jamais vous vous mettez à retourner tous vos 130 
et que vous n'en croyez pas vos yeux, 
ou bien si vous savez où celui-ci se cache,
là encore n'hésitez pas à me contacter...

*****
  
   Vous allez penser que j'abuse à lancer ainsi des appels aux quatre vents, et que cela ne sert à rien au vu de la rareté de ces timbres filigranés. 
Mais non !

Il est certain que la probabilité est infime d'en trouver un en retournant toutes les Semeuses concernées qui nous passent entre les mains. 
En revanche, parfois mes appels et mes articles sont entendus ou lus, et ils me permettent d'en savoir un peu plus. Vous allez voir...

   C'est ainsi qu'un collectionneur que je ne connaissais pas, m'a fait le plaisir de m'écrire tout récemment suite à la lecture de ce blog. 

Et oui ! En surfant sur le net, il est tombé sur mes articles concernant ce fameux filigrane, en particulier celui sur la Semeuse camée 5 c. vert YT n°137, et cela lui a rappelé de vieux souvenirs.
Lorsqu'il me les a racontés, j'étais stupéfait.
Du coup, je vous en fais profiter, avec son autorisation.

   Dans les années 80, au cours d'une réunion de son club philatélique, il est tombé par hasard dans un album sur un trésor ! Et ce trésor, vous en connaissez une partie...

Son œil a été attiré par une Semeuse verte avec CDF et croix de repère, qu'il a achetée, pour presque rien j'imagine. La voici :


  Ce n'est que revenu à son domicile qu'il a remarqué la présence d'un filigrane sur son bas de feuille, ce qu'il a jugé suffisamment curieux pour en discuter avec un collègue du club. 
Il en ignorait la rareté et la valeur, mais avait bien compris l'intérêt philatélique que pouvait avoir ce filigrane. 
S'il n'en avait jamais entendu parler, son collègue, lui, oui...

Parfois, il faut savoir tenir sa langue !

  De plus, se souvenant de la présence dans l'album juste à côté de sa merveilleuse découverte, d'une bande de 3 avec bas de feuille, il avait bien l'intention de l'acheter elle aussi lors de la réunion suivante du club, pensant qu'elle devait logiquement être également porteuse du filigrane. 
Il avait absolument raison, et avait même fait part de son intention à son collègue...

  Hélas pour lui, ce dernier (qui n'est en aucune façon resté son ami), s'est empressé de lui piquer ladite bande de 3, juste sous son nez ! Et sans s'en cacher qui plus est !

Je vous laisse le soin de qualifier l'attitude de ce philatéliste certes averti, mais qui n'en valait pas le quart de la moitié d'un !

  C'est l’appât du gain qui a dû amener l'énergumène en question à faire publier 2 ans plus tard la photo de cette bande de 3 dans "Timbroscopie", en novembre 1986, comme si c'était sa trouvaille. 

Il a ensuite essayé d’allécher certains marchands parisiens qui se sont montrés intéressés, mais heureusement pour moi, pas acheteurs.

C'est finalement à moi, via internet, que la bande a été vendue au début de l'année 2015. 
Vous l'aviez deviné.

  Et c'est encore la magie d'internet qui me permet de réunir plus de trente ans après le début de ces péripéties, les quatre timbres dont il est question, et de vous en faire profiter :


Aucun doute possible : il s'agit des cases 146 et 147-148-149 et du même bas de feuille, avec sur le petit dernier, la presque fin du nom AUSSEDAT. Comme le reste, lisible à l'envers.

Les timbres qui étaient initialement situés encore plus à gauche, étaient attenant à un bas de feuille portant la fin du filigrane : à Annecy, mais ils courent toujours dans la nature. 
Si toutefois ils existent encore...

  Hélas, ceci n'est qu'un montage photo, et les timbres sont encore tristes et désespérés, enfermés dans deux collections différentes. 
Mais on va tout faire pour organiser un jour leurs retrouvailles !... 
En tout cas, c'est ce que j'espère de tout mon cœur ! 

Car, franchement, quels parents indignes oseraient 
mettre au monde de si jolis quadruplés 
pour les laisser vivre séparément 
pendant plus de 3 décennies, 
et finalement s'opposer 
à ce que la vie les réunisse enfin ?

Non, ce ne serait pas humain...


Un grand MERCI à l'inventeur (comme l'on dit) de cette magnifique variété, sans qui elle aurait pu ne jamais être découverte, et qui m'a fait le plaisir à la fois de me lire, de me conter son aventure, et de m'envoyer la photo de son 137 !


mardi 16 avril 2019

Séparer le bon grain de l'ivraie


  Certes, je connaissais l'expression, mais j'avoue que comme beaucoup de citadins, je serais bien incapable de reconnaître l'ivraie dans un champ, si j'en croisais  un jour.

  Du coup je sollicite mon ami Google, et je comprends tout de suite mieux que l'on puisse confondre ces mauvaises herbes avec du blé... de loin !

Résultat de recherche d'images pour "ivraie"

    Mais vous le saviez, vous, qu'il s'agissait d'un passage du Nouveau Testament ?
Et que c'est de là que vient le mot ivresse ?
Non ? Alors instruisez-vous, et méditez sur ce qui suit :

L'ivraie est une graminée sauvage et nuisible censée provoquer une sorte d'ivresse (le mot dérive indirectement du latin populaire 'ebriacus' qui signifiait 'ivresse'). Au début de sa pousse, son aspect est assez peu différent de celui du blé au milieu duquel elle peut croître.

On comprend alors que, selon Matthieu, Jésus ait pu désigner l'ivraie comme le symbole des méchants, car c'est bien là une "mauvaise graine".

Dans cette parabole, alors qu'un ennemi a semé de l'ivraie dans un champ de blé, le maître dit à ses serviteurs de ne surtout pas chercher à l'enlever tant que la moisson n'est pas prête, sinon ils risqueraient d'arracher également le bon grain.
Il leur demande donc d'attendre le bon moment, de ramasser alors l'ivraie pour la faire brûler puis de moissonner le blé pour le ranger dans le grenier.

Lorsque Jésus, à leur demande, explique à ses disciples le sens de cette parabole, il leur explique que :
  • Le champ représente le monde ;
  • Celui qui sème le blé est le Fils de l'homme (Jésus lui-même) ;
  • Les bons grains sont les sujets du Royaume ;
  • L'ivraie représente les sujets du Mauvais ;
  • Celui qui la sème est le Diable ;
  • La moisson, c'est la fin du monde ;
  • Les moissonneurs sont les anges.
Ainsi, les bons et les méchants sont condamnés à vivre ensemble, mais au moment du Jugement Dernier, le Fils de l'homme enverra ses anges qui élimineront tous les méchants pour les jeter dans la fournaise ardente (l'enfer), alors que les justes iront dans le Royaume des cieux (le paradis). 
  
*****

   En philatélie, et surtout depuis quelques années avec l'envahissement d'internet, on aurait plutôt tendance à chercher péniblement le bon grain au milieu de l'ivraie, tellement les mauvaises herbes foisonnent !  Même les grandes maisons de vente parisiennes se laissent envahir par des timbres faux, truqués, bidouillés etc... C'est désespérant !

  Un ami, de passage vers Drouot hier, a eu la joie (au second degré !), d'y rencontrer ce superbe carnet, pour le moins spectaculaire :



  S'il est vrai que l'on rencontre parfois des carnets dont la découpe laisse à désirer, jamais un tel décalage n'aurait été accepté par l'administration !
Les pubs se retrouvant au milieu des timbres, au lieu de l'inverse !

*****

On voit assez souvent des décalages plus ou moins marqués de quelques millimètres, à l'origine de ce que l'on appelle des "carnets avec doubles pubs", lorsque les 2 publicités des marges sup et inf se retrouvent du même coté, comme sur cet exemple :


 On atteint en revanche rarement un décalage assez important pour que toute la pub vienne à disparaître d'un coté, comme sur celui-ci :


Et il est franchement exceptionnel de voir un cas comme ce dernier, où les timbres se retrouvent en partie amputés, littéralement coupés en deux par cette découpe pour le moins hasardeuse :


Sapristi !...

  Vous imaginez la tête qu'a dû faire l'utilisateur qui avait acheté ce carnet à la poste en 1926 ?
Il a dû se sentir un peu floué par l'administration : difficile en effet d'espérer affranchir une lettre avec ces Semeuses amputées. 

Mais il a bien fait de le conserver intact,
pour notre plus grande joie de collectionneur !
Car celui-ci est parfaitement authentique.
Et assez spectaculaire !

*****

  Si on le compare avec son homologue honteusement bidouillé par un MAUVAIS GÉNIE, on s'apercevra que l'agrafage a bien été fait au bon endroit (plus ou moins à la hauteur de l'intervalle entre les 2 rangées de 10 timbres), mais que c'est la découpe qui a été fortement décalée, de plus d'un centimètre. 

Une feuille de 6 carnets était en effet agrafée dans une feuille de 6 couvertures, avant que n'intervienne la découpe.

   Alors que sur le faux, puisqu'il faut bien l'appeler ainsi, l'agrafe a été placée à la hauteur des pubs, ce qui est absolument impossible. Impensable même ! C'est bien la preuve qu'il s'agit de l'agrafage d'un bloc de timbres sur une couverture déjà découpée.

En fait, un petit malin s'est servi d'un fragment d'une feuille 
(d'ailleurs assez rare) destinée à la fabrication des carnets, 
comme celle-ci :



pour en découper 20 timbres soit 2 rangées de 10, séparées par les 2 pubs.

Puis il a agrafé le bloc dans une couverture, malicieusement recyclée.
Et hop ! le tour était joué !

Abracadabrantesque ! 
Comme le disait si bien Jacques Chirac à propos 
des accusations de financement occulte du RPR.
Un fin connaisseur en matière d'ivraie !

C'est vrai qu'en politique comme en philatélie, il faut savoir faire le tri, et ne pas mélanger les serviettes et les torchons ! Mais je m'arrête là puisque j'apprends par la même occasion, que cette dernière expression signifie plutôt « ne pas mélanger les classes sociales », les nobles utilisant des serviettes de table, et les domestiques des torchons.


dimanche 14 avril 2019

Pasteur et Semeuse combattant la diphtérie


  Au début du XXème siècle, les enfants mouraient encore de cette maladie infectieuse redoutable !

  Celles-ci s'attaque aux amygdales dont la taille peut alors augmenter jusqu'à obstruer les voies aériennes supérieures, et entraîner un étouffement !

La découverte du microbe responsable de cette grosse angine avait permis quelques années plus tôt la mise au point d'un sérum efficace. Vous le connaissez tous encore de nos jours, puisqu'il représente la lettre D du célèbre DTPolio, vaccin heureusement devenu obligatoire dans nos pays civilisés.


  Les deux petites boîtes ci-dessous ayant circulé par la poste affranchies avec notre chère Semeuse, sont le témoin émouvant des débuts de la lutte contre cette maladie dans le sud-ouest de la France :



  Certainement ont-elles été retrouvées un jour au fond d'un placard ou d'un tiroir de la mairie de ce charmant petit village des Pyrénées Orientales, pour se retrouver dans une vente d'objets philatéliques (lors de laquelle je n'ai pu que les voir passer, hélas !).


  Une annexe de Montpellier de l'Institut Pasteur mettait ainsi régulièrement à la disposition de la population quelques doses de ce très efficace sérum, que la mairie était chargée de stocker. 
Les flacons venant logiquement à se périmer, ils étaient ensuite renouvelés, et les anciens devaient être retournés à l'Institut. 
  Astucieusement, il suffisait de retourner l'étiquette de la boîte pour la renvoyer à la bonne adresse (ce qui n'a jamais été fait pour ces deux-là).


  Vous me direz que ce n'est pas la première fois que l'on retrouve de telles petites boîtes envoyées par la poste, datant de cette époque. Mais là où cela devient vraiment extraordinaire, c'est lorsque l'on prend la peine de les ouvrir...

  A l'intérieur de la boîte en carton, on trouve une deuxième boîte en bois avec 3 compartiments creusés, dans lesquels se trouvent bien protégés les 3 flacons de vaccin.



  Au verso de la boîte en carton, une étiquette de l'Institut Pasteur de Montpellier / Institut Bouisson-Bertrand, explique que ces 3 sérums anti diphtériques sont délivrés gratuitement par l'Assistance Publique, et sont adressés aux maires, qui les tiendront à la disposition des médecins.


  On ne peut que s'émerveiller devant les soins apportés à ces précieux petits flacons par les employés de cette mairie, pour qu'ils parviennent jusqu'à nous après plus d'un siècle ! 

Moi je dis que ça mériterait bien une médaille...

...à moins qu'ils ne faille plutôt leur décerner un blâme 
pour avoir oublié de les retourner au laboratoire !




samedi 30 mars 2019

5, 10, 25 centimes : Vive la pub et la ristourne !


  Nous avions vu ici en novembre dernier grâce aux superbes et rares "Ltre à 5 cmes" que la publicité, même si elle était un peu envahissante, pouvait vers 1912-1913 vous faire économiser la moitié du tarif d'affranchissement de votre courrier, soit la somme de 5 centimes !
Un sou est un sou...

  Pas de quoi se la prendre et se la mordre certes, mais qui se plaindrait aujourd'hui de pouvoir payer moins cher son timbre ? Surtout si les annonceurs actuels avaient la même imagination que ceux de l'époque de notre Semeuse !

*****

  Sur le même principe, fin 1922, le syndicat d'initiative de Reims (et des environs !) avait trouvé l'occasion de justifier son nom, en mettant à la disposition de ses visiteurs une magnifique et très astucieuse "Enveloppe-Journal", qu'il avait même fait breveter :


Cette fois-ci, vous voyez que l'enveloppe en question offrait une ristourne 
de 40 % sur le tarif du courrier, soit 10 centimes d'économie !

  En achetant cette enveloppe, on ne vous offrait ni le papier à lettre, ni un buvard, ni le porte-plume comme en 1912... Il s'agit d'une enveloppe qui pourrait paraître banale au premier abord, vierge de tout texte publicitaire, et pré affranchie avec un 25 c. bleu représentant le tarif de la lettre pour l'intérieur :


Quel philatéliste pourrait bien s'intéresser à elle près d'un siècle plus tard ?
Réponse : moi, of course !
Celle-ci a circulé de Sillery à Tours sur Marne, dans les environs de Reims.

Mais, c'est en la dépliant que l'on comprend mieux pourquoi 
on lui a donné le nom d'Enveloppe-Journal :



    Là encore, les publicités sont un peu envahissantes, vantant sans modération les bienfaits du Champagne de marques encore célèbres de nos jours : Pommery, Roederer et Veuve Cliquot Ponsardin. Le texte et les photos proposent aux lecteurs un parcours touristique intéressant, et pas seulement dans les caves !...


Ces enveloppes semblent être devenues assez rares de nos jours, même si elles sont bien moins prestigieuses que celles qui les ont précédé 10 ans plus tôt. Il est vrai que leur grand format rendait difficile leur conservation dans de bonnes conditions. De plus, le courrier étant librement inséré à l'intérieur, le destinataire n'avait que peu de raisons de conserver l'enveloppe.
J'en ai cependant croisé une autre similaire, ayant elle aussi circulé en novembre 1922, mais à Paris.

  On remarquera, que le syndicat d'initiative n'avait pas choisi, lui,
de perforer le timbre afin d'éviter qu'un petit malin ne le décolle
et ne puisse s'en servir sur un autre support !

*****

    Quelques années plus tard à Marseille, probablement en 1927, un autre brevet était déposé pour une carte-lettre affranchie avec un 50 c. rouge Semeuse lignée (perforé cette fois-ci), et assez pompeusement baptisée la "Lettre Touristique Mondiale" :


Elle était vendue à un prix attractif, 
permettant donc une économie de 25 centimes !



Là encore, le meilleur est à l'intérieur, sous la forme d'un dépliant
publicitaire recto-verso attaché à la carte lettre,
elle aussi recouverte d'annonces :




Ne me demandez pas pourquoi toutes ces annonces ne concernent
que des villes du Nord de la France, et principalement Valenciennes. 
Peut-être un nordiste venu créer son entreprise à Marseille ?
Bienvenue aux ch'tis !


Visiblement, il n'a pas pu s'acclimater, le ch'ti,
à notre soleil méditerranéen...
Son voisin de la rue Daumier en parlait ainsi à sa concierge :
"Peuchère ! il a dû prendre un coup de chaud sur le cabestron,
et à coup sûr il est mort, fada !"

Son entreprise en tout cas, n'a pas dû être bien florissante au vu de la rareté extrême de ces lettres aujourd'hui... On en connait bien un autre modèle d'une autre série, toujours illustré de publicités nordistes (deux exemplaires), et un autre oblitéré ayant servi, mais ça n'en fait pas bézef !


Si jamais vous en voyez passer, MERCI de me faire signe,
je les rapatrierais volontiers sur Marseille !...

Pour les spécialistes, la Semeuse en question est au type III, 
celui des roulettes rotatives, ce qui ne gâche rien à l'affaire :

Perforation LTM

Et voici un timbre détaché, qui m'a fait dire
que ces cartes-lettres datent de 1927 :
Mais je peux me tromper...
N'hésitez pas à me contredire !

Si par miracle, l'un d'entre vous parvenait à déchiffrer la ville de ce cachet,
je lui offrirais volontiers un Pastis en terrasse. Promis !