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dimanche 3 février 2019

Trouvaille !


  En terme de découverte fortuite, difficile de faire mieux que Christophe Colomb, même après plus de cinq siècles !
Wikipédia (qui nous apprend toujours des trucs pas possibles) nous la raconte :


Le 12 octobre 1492 à deux heures du matin, après une traversée quasi parfaite, un marin de la Pinta, Rodrigo de Triana, annonce que la terre est en vue ; attendant le lever du jour pour pouvoir accoster, les vaisseaux restent prudemment à deux heures des côtes.
Dans la matinée, Colomb et les frères Pinzon prennent place dans une barque. Croyant être dans l'archipel nippon sur la route des Indes, le navigateur fait enregistrer la prise de possession de l'îlot pour le compte du roi d'Espagne par le notaire qui les accompagne. 
Il le baptise du nom du Christ : San Salvador, et s'en fait nommer vice-roi et gouverneur général.

La première rencontre avec les indigènes — que Colomb nomme « Indiens » car il pense avoir atteint les Indes orientales — est encore pacifique. Ceux-ci lui apportent du coton, des perroquets et d'autres objets. L'interprète que le navigateur avait embarqué à son bord n'est pas d'une grande utilité…

Lors de ce premier contact, avec force gestes, répétitions et quiproquos, les « Indiens » indiquent — ou les Espagnols comprennent — que de l'or se trouve en quantité importante sur une grande île au sud-est, habitée par des populations d'anthropophages qui leur sont hostiles.

  Il était en réalité arrivé aux Bahamas. Ce n’est que 6 ans plus tard, lors d’un troisième voyage qu’il atteindra le continent américain, en accostant au futur Venezuela, toujours persuadé d'être aux Indes.
Et il mourra en 1506, heureux homme, sans que personne ne soit jamais venu le contredire ni lui gâcher son plaisir !

 *****

  Si vous vous lancez un jour dans la collection des carnets de timbres de France, ce que je vous conseille vivement, vous avez de grandes chances de tomber un jour sur de véritables merveilles capables de rivaliser avec les perroquets offerts à cet explorateur, ou avec les ors des anthropophages !
Il s'agit d'une immense et magnifique collection, dont la diversité n'a d'égale que sa richesse en raretés, et en trouvailles potentielles...

  Si, comme moi, vous restreignez votre champ d'investigations au type Semeuse, et si vous débutez avec un budget modeste, vous ne pourrez pas passer à côté de nos Bahamas à nous, philatélistes sur la route des merveilleux carnets publicitaires . Vous trouverez facilement sur votre route ce carnet du 50 centimes rouge Semeuse lignée :

Yvert 199 C 48 et Maury Cérès Spink n°124

  Certes, ce n'est pas le plus sexy : aucune publicité, ni sur les marges, ni sur la couverture qui ne nous montre que des renseignements postaux. Il ne vaut pas trop cher. Mais ne le négligez pas cependant !
Amusez-vous notamment à en chercher un morceau ayant servi pour affranchir du courrier d'époque au tarif, et vous verrez vite qu'il n'est pas si courant que ça !

  Il date de la fin de 1928. Les timbres sont au type IV. Le feuillet des timbres est collé à la couverture en son milieu, et non plus agrafé. Ses marges blanches portent parfois un numéro à 5 chiffres sur la gauche. Il était imprimé en typographie rotative. Un tour de cylindre donnait 8 carnets, dont 2 étaient numérotés. 

En cherchant un peu, vous apprendrez que c'est le tout premier carnet rotatif, et vous vous étonnerez certainement de sa mise au point tardive par rapport aux feuilles pour la vente ou pour la confection des roulettes, qui ont été imprimées sur rotatives bien avant : 1922 et 1923 respectivement.

Vous serez surpris aussi de constater que la publicité avait envahi avec un grand succès tous les carnets imprimés à plat depuis de nombreuses années. Alors pourquoi pas celui-ci ?

Et vous vous demanderez comme moi pourquoi on a jugé bon de ressortir du fond des tiroirs de l'atelier de fabrication ce vieux type démodé de couverture, dite couverture postale.
Un peu du même modèle que celles qui avaient été utilisées pour les tout premiers carnets. Ceux du 130, du 137, du 140 ou du 158 pour les connaisseurs, tous imprimés à plat et sans pub.

Une couverture en particulier nous y fait penser :
Bande colorée striée sur la gauche

Elle contenait 40 timbres à 15 centimes, et pour ne pas la confondre avec celle des carnets de 20, on avait choisi de la différencier en la bariolant un peu ! Voici celle des carnets de 20 :
Bande colorée unie sur la gauche

*****

  Ne me demandez pas pourquoi le carnet qui nous intéresse 199 C 48 est ainsi bariolé, je l'ignore, mais ce que je sais, c'est qu'il en existe une version bien plus rare...
Le feuillet de timbres qu'il renferme est le même, mais sa couverture n'est pas du tout bariolée !
On pense qu'il s'agit d'un essai : 

On n'en connait qu'un exemplaire !
Tout rouge au milieu, lui.

 En y regardant mieux, en dehors de cette bande rouge, la couverture de cet "essai" rare diffère à peine de celle qui sera commercialisée, au niveau du texte de la page 4 :

Les flèches noires vous montrent ces différences.

*****

  On connait également ce carnet au type IV sans pub avec une annulation par le cachet ondulé violet de l'Agence comptable des timbres-poste :

Celui-ci est daté du 5 décembre 1928.

  On pense que les carnets ainsi annulés étaient destinés à être montrés en exemple et probablement offerts aux différents annonceurs susceptibles de vouloir y faire figurer de la publicité.

  Dans un premier temps, ce carnet au type IV ne sera commercialisé qu'avec des couvertures publicitaires : séries 161 - 167 - 168 - 169, puis les pubs firent leur apparition, mais c'est une autre histoire.

*****

  Ce qui a motivé la rédaction de cet article, et l'analogie avec la découverte de Christophe Colomb, c'est la trouvaille d'un exemplaire de ce carnet dont la couverture est imprimée en NOIR !

Personne ne l'avait jamais remarqué !

Sa couverture est parfaitement identique  à celle de l'essai en rouge, 
mis à part le fait qu'elle est un peu moins large et que 
le feuillet des timbres dépasse légèrement sur les côtés.


  Il est fort probable que le matériel pour l’impression rotative des couvertures et la confection automatisée des carnets n’était pas encore au point, et que l’on a dû faire avec les moyens du bord et des couvertures imprimées à plat, dans lesquelles on a collé les nouveaux feuillets de timbres rotatifs. Ceci peut tout à fait expliquer ces petites différences de format. Je ne peux pas croire que l’on ait créé un cylindre pour reproduire ce qui était fait à plat plusieurs années auparavant !

*****

  Imaginez à présent une vente sur offres traditionnellement orientée plutôt vers la période des timbres dits classiques. Pas trop vers les semi-modernes, et encore moins les carnets...

  Choisissez un expert qui ne s'intéresse pas franchement à ces deux dernières catégories, et qui choisit pour son catalogue une simple photographie en noir et blanc de ce carnet qu'il juge très commun...

  Admettons que le prix de départ soit fixé à la moitié de la cote du 199 C 48, ce qui ne fait que quelques dizaines d'euros, et qu'il n'y ait pas beaucoup d'amateurs pour enchérir sur ce "vilain" carnet que presque tous les collectionneurs possèdent déjà...

  Pour peu que la photo ne soit pas d'excellente qualité, qu'elle n'attire pas trop l'attention, et qu'il n'y ait que vous pour la regarder d'assez près, pour remarquer l'absence des bariolages montrés plus haut...

  Pour peu que vous ne le confondiez pas sur la photo avec un carnet du 15 centimes Semeuse lignée...

  Encore eut-il fallu que vous ayez eu vent de l'existence de son équivalent en rouge et des différences dans le texte de la couverture...

Alors vous enchérissez...
Vous mettez les voiles vers l'ouest, vous priez durant toute la traversée...
Logiquement, c'est vous qui l'avez...

Et vous voilà en Amérique !!!

  Vous êtes le plus heureux des philatélistes, content d'avoir fait un joli "chopin" : vous êtes le premier à poser le pied sur un nouveau continent, et à découvrir ce qui est vraisemblablement un autre essai de ce carnet pourtant si commun.

*****

Un grand MERCI à l'explorateur en question qui se reconnaîtra,
et qui m'a autorisé à divulguer ici sa découverte,
même si je l'ai un peu romancée ! 

Et MERCI également aux 2 collectionneurs propriétaires des autres rares carnets montrés ici. Tous sont membres de l'ACCP, dont je vous invite à parcourir le site en cliquant sur le lien qui suit !


Il y a pas mal de trésors à découvrir sur le site et son blog, beaucoup de sympathiques chercheurs d'or à rencontrer... à défaut d'y croiser des anthropophages !


mardi 15 janvier 2019

A la recherche de la plus rare de toutes !


  Je suis certain que tout philatéliste qui se respecte y a eu droit un jour ou l'autre, surtout s'il a pris le risque de parler de sa passion avec des non initiés.
Au bout d'un moment, vient inévitablement dans la conversation la question piège,
  THE QUESTION 
"C'est quoi le timbre le plus rare de ta collection ?"

Et la réponse demande toujours une certaine réflexion, même si l'on s'adresse à des connaisseurs d'ailleurs... Ce n'est pas forcément le plus cher, le plus beau, ni celui qu'on préfère, mais c'est celui qui fera toujours envie aux autres !

  Par définition, il ne peut y avoir plus rare qu'une pièce unique, et pourtant les collectionneurs qui en possèdent une dans leurs albums sont assez nombreux !
Que ce soit une variété particulièrement spectaculaire, une lettre avec une destination extraordinaire, ou une date improbable. Encore faut-il s'être lancé dans une collection spécialisée.

  Il parait-même (c'est ce qui se raconte) qu'un richissime timbré était parvenu dans le temps à acheter les deux seuls exemplaires connus d'un timbre exceptionnel, et qu'il en a volontairement détruit un des deux en y mettant le feu, afin d'être certain de devenir le seul à posséder LA pièce unique !

  Je n'en suis pas encore là, heureusement !... Mais si on me demandait encore aujourd'hui, après 45 ans de collection, quelle est LA Semeuse la plus rare, j'aurais du mal à être formel.


Cherchons parmi les plus chers :
Le 15 c. vert ligné de Cilicie surchargé POSTE PAR AVION est rarissime, mais sa raison d'être est un peu trop tirée par les cheveux pour en faire notre favori.

Le même 15 c. des roulettes au type VI est longtemps resté sur le podium en neuf , mais on en trouve assez facilement ces dernières années dans les ventes. Souvent décollés de leur support...

Le 30 c. orange pré-oblitéré POSTE FRANCE 1921 en bon état est assez exceptionnel, c'est vrai.
Il existe semble t'il un non émis de cette surcharge, sur le 30 c. rouge, encore plus rare, et qui serait un bon prétendant à la première position, mais c'est un non émis !

Le filigrane AUSSEDAT, dont nous avons déjà parlé, est sans aucun doute des plus rares, surtout pour le 5 c. vert (une pièce connue), mais c'est le papier qui en fait la rareté... Et en plus, il semblerait exister aussi pour le 15 c. vert ligné ! Ça c'est certainement la plus rare de toutes : mais hélas jamais vue, une chimère !

Un Minéraline ou un 1 f. 40 rose au tarif sur lettre ou carte postale, non philatélique, ça ce serait une chouette réponse à notre question ! Si ça existait...

C'est vrai que ça, c'est franchement beau...


...mais il y en a quatre, alors que nous, on n'en veut qu'une !

*****

Alors, j'ai choisi comme gagnante une Semeuse surchargée ALGERIE. 
Cela vous étonne ?
Lisez donc plutôt ce qui suit.

  Le 60 c. violet ligné est un timbre courant, imprimé en feuilles rotatives de 100, et surchargé pour servir de l'autre coté de la Méditerranée.
On en trouve même des feuilles entières, comme ces deux-là :



Elles ont la particularité d'avoir été imprimée le même jour,
et lors du même tour de cylindre, ce qui est rarement rencontré !
Leurs numéros situés en bas à gauche se suivent.
Joli, non ?



  Il faut croire qu'un beau jour, une des feuilles du 60 c. violet a été placée à l'envers lors de l'impression de la surcharge, qui était réalisée à plat, elle, ce qui nous a donné de rarissimes et spectaculaires surcharges renversées.
Normalement toute une feuille, donc 100 timbres, ont dû naître ainsi malformés.

Mais ce qui fait tout leur charme, c'est qu'au lieu de se retrouver dans les pinces des philatélistes de l'époque, ils ont été livrés aux guichets, en Algérie, comme si de rien n'était, et qu'ils furent donc utilisés sur le courrier local.
Ce qui leur a donné une légitimité indiscutable.

  On en connait très peu, parvenus jusqu'à nous, et toujours oblitérés. Moins de 7 selon certains spécialistes... Et aucun de neuf.
 Mais les spécialistes peuvent se tromper, et peut-être en découvrira t'on un neuf un jour, à moins qu'ils n'aient été détruits, qui sait ?

Il est en effet assez étonnant que cette variété soit si rare, s'il en a vraiment été vendu 100.
Possible que le guichetier se soit rendu compte de l'erreur, et que seuls quelques uns aient été vendus avant que le reste ne soit retiré de la vente.
Nul ne le sait !

Voici ceux que j'ai vu passer en vente, au fil des 3 ou 4 dernières décennies, en espérant qu'ils soient tous authentiques :


On devine petit à petit la ville sur le cachet oblitérant, toujours la même, 
ce qui prouve bien qu'un seul guichet avait été ainsi approvisionné...
CHA..
CHE..

La position de la surcharge varie en hauteur de quelques dixièmes de millimètre, ce qui est tout à fait normal et souvent rencontré, comme sur les feuilles dont la surcharge est à l'endroit.
CHEV...





Il s'agit de CHEVREUL, situé +/- 100 Km à l'ouest de Constantine.




Wikipedia nous apprend que la ville se nomme de nos jours Béni Aziz ou Ben Aziz. 
Fondée en 1898 à l'époque de la colonisation française, elle a été nommée Chevreul en l'honneur du chimiste français Michel-Eugène Chevreul. Elle s'est ensuite nommée Arbaoun jusqu'en 1984.


Au passage, on note l'année d'utilisation : au début de 1925.


Ce dernier exemplaire était jusqu'en 2011 attaché à un voisin !
Incroyable !
C'est bien le même !


La voici notre semeuse la plus rare : c'était sans aucun doute cette paire,
UNIQUE
 sauf qu'un inconscient (pour être poli)
a eu la fâcheuse idée de la couper en deux : funeste sacrilège !

La paire n'ayant jamais trouvé preneur, elle a été sacrifiée...
 (je l'ai connue à Philexfrance en 1999, proposée à 40000 francs).

Cela nous en fait déjà 10 !

Et de 11 puisqu'on connait aussi ce fragment, magnifique !



  Ces petites merveilles ont donc été égrenées une par une durant plus d'un mois dans un tout petit bureau de poste Algérien. Toutes ont parfaitement rempli leur mission d'affranchissement. Même là-bas, quelques unes sur les 100 ont fini par être repérées, et heureusement conservées pour de rares amateurs !


Mais voici pour finir la plus belle et la plus rare, vainqueur par K.O. de notre petit jeu de ce soir :

AND THE WINNER IS...


Médaille d'or incontestée, attribuée par un jury composé de moi-même.
Et de 12, pas une de plus !

Si elle n'existait pas, l'authenticité de ces jolies variétés resterait douteuse.
Superbe preuve que ces timbres surchargés à l'envers  ont bien été utilisés, 
loin de toutes les tentations des philatélistes de la métropole !
Elle porte en plus au dos un cachet d'arrivée.
Recommandée. Au bon tarif.
Presque trop belle !
Signée A. Brun.
Une merveille !

*****
Il paraît qu'il en existe une autre, mais je doute...
Peut-être fait-on référence à celle-ci ?


On voit ici que le bloc de 4, s'il est authentique 
(ce dont je doute également),
 ne provient pas de la même feuille, puisque la surcharge est à cheval,
 et pas du tout au même endroit !

Elle est oblitérée d'Alger et non plus de Chevreul. En 1926 semble t'il...
Tarif bidon. Oblitération douteuse elle aussi.

Tout comme ces exemplaires neufs :


L’appât du gain étant ce qu'il est, je penche pour une fausse surcharge,
 mais sinon ce serait elle LA Semeuse la plus rare !
Qu'en pensez-vous ?


L'exemplaire avec bord de feuille a certes été proposé par une maison de vente très respectable, mais je me méfie trop des surcharges pour les croire authentiques ces 6 derniers, même si je peux me tromper !

  Je m'en méfie d'ailleurs tellement, que je n'ai JAMAIS osé acheter une de ces superbes variétés, dont les prix ont varié au fil des ans entre 1500 et 2600 euros. Souvent, elles sont restées invendues, preuve qu'il n'y a pas que moi qui hésite, car leur rareté justifie totalement ces prix-là.


Je ne regrette que la paire, mais à l'époque il me fallait plusieurs mois
pour gagner 40000 francs !
Maintenant, c'est fichu : il n'en existe plus aucune !

En revanche, la lettre, j'en rêve encore parfois. Elle était si jolie !
Elle non plus n'a pas trouvé preneur, à 9000 euros...

Prions pour que jamais aucun malotru n'ait l'idée impardonnable
d'en décoller le timbre afin de pouvoir le vendre plus facilement...