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mardi 26 octobre 2010

Des p'tits trous, toujours des pt'its trous...

Il paraît que beaucoup de géniaux inventeurs revendiquent la paternité de l'utilisation d'une dentelure pour séparer les timbres, mais ceci remonte à bien avant nos chères Semeuses, au cours du siècle qui les précède. Nous ne nous mêlerons donc pas de ce débat, même si les postiers leurs sont encore reconnaissants de nos jours, pour n'avoir plus à viser entre deux timbres avec leurs ciseaux. Les perforations étaient nées et bien nées !


En revanche, de petits malins ont eu, eux, l'idée encore plus saugrenue de se servir du même principe, et de le copier pour faire des trous dans les timbres, et non plus seulement autour !


Cela nous a donné les fameux timbres perforés, et ceux au type Semeuse sont probablement les plus courants d'entre eux. On en trouve facilement, et plusieurs centaines de différents sont répertoriés !
Leur valeur est le plus souvent minime, bien que les amateurs soient nombreux.
Il est vrai que rien n'est plus facile que d'en fabriquer à volonté à partir de timbres normaux de peu de valeur...


Les collectionneurs les recherchent surtout sur courrier d'époque.



Rappelons que le but était de rendre les timbres inutilisables par des employés éventuellement malhonnêtes d'une société qui, elle, les achetait pour son courrier professionnel, et les perforait avec ses initiales, ou des sigles divers, afin que le personnel ne puisse s'en servir pour son propre compte, et ne soit donc trop tenté de les dérober...


Idéalement, le courrier doit être marqué de l'entreprise en question, de même que le timbre, ce qui n'est pas toujours le cas.

Mais même avec ces exigences, il est difficile de trouver de vraies raretés parmi ceux-ci !


En voici pourtant quelques exemples, rarissimes :



Sur cette lettre de la compagnie d'assurance "Le secours", vous reconnaitrez peut-être un joli timbre à 25 c. bleu au type II, issu des 3èmes carnets ayant été émis avec ce timbre, en 1922, sans publicité sur la bandelette, et perforé S. A. pour "Secours Assurance ou Accident ?".

C'est vraiment très peu courant à mon avis : je n'en ai jamais vu d'autre !

Encore fallait-il avoir repéré qu'il s'agissait d'un timbre de carnet...

Pour l'apprécier à sa juste valeur, il vous faut savoir que ces perforations n'étaient que très exceptionnellement réalisées sur des timbres issus de carnets.
Les entreprises stockaient en effet bien plus volontiers des feuilles que des carnets.
Et la perforation devait être bien plus facile techniquement sur des feuilles.


Une nouvelle fois se vérifie le vieil adage des philatélistes amateurs et connaisseurs :
"Tout est dans la fabrication des timbres"



Ensuite, les timbres issus de carnets ont parfois eu l'inconvénient de porter une bandelette publicitaire, publicité vantant les mérites d'une autre société parfois.
Alors on la coupait et on la jetait à la poubelle : tant pis pour ceux qui avaient payé une publicité pour se faire connaître !


Comme sur cette autre lettre :


On voit à peine apparaître la publicité au dessus du timbre : fallait avoir l'oeil !...


Tant pis pour la revue "Les Annales" qui voulait faire sa pub dans ses carnets, et dont on a volontairement éliminé la bandelette tenant au timbre.
Heureusement, le décalage vertical la laisse entrevoir, sinon ce timbre de carnet aurait été bien moins facile à repérer. Il s'agit là encore d'un type II, mais issu d'un carnet avec publicité, émis en 1924.

Le timbre est perforé N. G. utilisé sur un courrier des Nouvelles Galeries Réunies.
Vraiment pas courant non plus...


Les plus attentifs d'entre vous auront noté la date erronée sur le dateur du centre : le 39 mars 1925 !!!

Si vous en connaissez de similaires, je suis preneur, même d'une photo...


Comme quoi, en ayant l'oeil bien attentif, et en étant bien averti, l'on peut encore, et pour quelques euros seulement, réunir ainsi de jolies raretés dans sa collection, alors qu'elles sont probablement passées inaperçues sous le nez de bien des collectionneurs !


Un dernier exemple, encore plus rare, sans être pourtant issu de carnets :


Le timbre est un 10 c. rouge issu de feuille, mais cette fois-ci perforé Ltre 5 cmes par une entreprise "La lettre à 5 centimes" qui vendait à moitié prix, en 1912-1913, une enveloppe trouée prête à être utilisée, dans laquelle se trouvait une lettre pour la correspondance des acheteurs. Les deux étant couvertes de diverses publicités commerciales. Une merveille à voir !

Ce n'est ici hélas qu'un fragment.

Divers petits cadeaux étaient offerts par la même occasion par le journal "La Dépêche" de Toulouse qui appelait ça une pochette-prime (un buvard et un joli crayon dans ce cas) !


Les deux modèles existant, dont on ne connait que quelques exemplaires, sont visibles complets à la rubrique "Entiers" du 10 c. rouge sur le fameux site http://www.semeuse.com

Leur tirage aurait pourtant été de 10000 exemplaires ( x 2 modèles différents).

A mon avis, vous n'en verrez pas ailleurs d'aussi jolis : personnellement, voila une bonne vingtaine d'années que je cours après, sans jamais avoir pu en attraper un entier !

Y a d'quoi devenir dingue

De quoi prendre un flingue.

S'faire un trou, un p'tit trou, un dernier p'tit trou.

Un p'tit trou, un p'tit trou, un dernier p'tit trou

Et on me mettra dans un grand trou.

Et j'n'entendrais plus parler de trous

Des petits trous, des petits trous Des petits trous, des petits trous....

...comme chantait le regretté Serge Gainsbourg !

vendredi 1 octobre 2010

La bien curieuse Semeuse à 1 Franc 50

En 1930, l'affranchissement d'une lettre simple pour l'intérieur ne coûtait que 50 centimes de notre ancien Franc : soit environ 760 fois moins qu'aujourd'hui si l'on considère que le tarif actuel de 58 centimes d'euro = 3,80 nouveaux Francs !

La première guerre et ensuite la crise économique de 1929 avaient laissé en piteux état les finances de notre pays, et beaucoup de moyens plus ou moins justifiés, ont été jugés bons à l'époque pour tenter de combler les déficits.

Cela ne vous rappelle t'il pas quelque chose ?...

La Poste va alors participer - modestement mais à plusieurs reprises - à la nécessaire récolte de fonds publics, notamment par l'intermédiaire de diverses émissions de timbres porteurs d'une surtaxe plus ou moins importante.

Ces timbres, dont les tirages étaient le plus souvent assez limités, sont restés célèbres depuis, surtout aux yeux des collectionneurs, et ont d'ailleurs été assez peu utilisés sur le courrier, ce qui en fait parfois de jolies raretés.

D'autant plus que leur valeur faciale ne correspondait pas réellement à un tarif bien déterminé, et d'autant surtout que la surtaxe en question n'avait aucune valeur d'affranchissement : elle restait aux frais des acheteurs, en pure perte ! Tout le bénéfice devant aller aux caisses de l'état.

La générosité des clients de la Poste n'étant pas légendaire, ces timbres eurent très peu de succès, ils étaient chers, peu utiles, et leurs chiffres de vente sont restés bien faibles... sauf auprès des philatélistes de l'époque, qui eux les ont souvent stockés.
Ils ne sont donc pas vraiment rares, mais restent chers cependant. Trop ???


Parmi ces timbres à surtaxe, figureront 5 émissions successives, de 3 timbres chaque année, vendues entre 1927 et 1931 au profit de la Caisse d'amortissement.

La Caisse d’Amortissement était un organisme officiel destiné à « amoindrir » la dette intérieure de l’Etat (conséquence des emprunts répétés émis lors de la Première Guerre mondiale et de la période qui suivit). Elle était alimentée par des taxes sur les tabacs et diverses denrées, mais aussi par ces surtaxes sur les timbres.

Sur ces 15 timbres, il se trouve que 12 sont au type Semeuse qui nous intéresse tant.

En effet, en 1927, 1928 et 1929, c'est le type Pasteur qui avait été choisi à trois reprises pour le timbre à 1 f. 50 mais ensuite la Semeuse a pris le relai. Pourquoi ???

Ce qu'il y a de plus curieux dans cette affaire, c'est que le timbre Pasteur à 1 f. 50 existait bel et bien avant ces émissions (et on n'a eu qu'à en changer la couleur), alors qu'aucun timbre au type Semeuse à 1 f. 50 n'avait jamais été envisagé jusque là !!!

Il a donc fallu le fabriquer exprès !

Et, plus curieux encore, il s'avère que celui-ci n'existera jamais sans surcharge !

On a donc pris la peine de fabriquer dans cet étrange but, un nouveau poinçon spécial à 1 f. 50 au type Semeuse, puis, par galvanoplastie, soigneusement réalisé un cylindre complet appelé A+B, permettant d'imprimer 2 feuilles de 100 timbres à chaque tour de rotative.

Vu les faibles ventes de ces timbres, il n'est pas certain du tout que cette affaire ait été finalement bien rentable pour nos finances de l'époque !
Il est même probable que le bilan en soit même déficitaire !

Alors, on a bien essayé de rentabiliser un peu plus cette chère Semeuse de déficits :

En 1930, après un premier tirage en violet pour la Caisse d'amortissement, on en a tiré un deuxième en bleu pour Andorre (dès le lendemain !), puis un troisième et dernier l'année suivante, en rouge cette fois-ci, afin de terminer en beauté la cinquième série de la Caisse d'amortissement.

Au total 4 jours de tirage seulement pour cette singulière Semeuse aux trois couleurs, et toujours surchargée ! Un cas unique dans l'histoire de la philatélie !

Et donc seulement huit coins datés possibles, que voici réunis pour vous :


Croyez en un féru de coins datés, réunir ces 3 tirages n'a pas été une mince affaire, mais fut en tout cas une véritable partie de plaisir, ayant duré pour moi environ 3 décennies !

Amusant : le plus rare de ces trois tirages, et de loin, se trouve être, comme c'est souvent le cas hélas, celui à qui l'on donne le moins de valeur dans nos célèbres catalogues : il s'agit du bleu d'Andorre.
La rotative ayant certainement dû tourner bien moins longtemps pour cette principauté, que pour la Caisse d'amortissement que l'on espérait renflouer...

En Andorre aussi les philatélistes s'en sont donné à coeur joie, et leurs courriers se retrouvent de nos jours dans les belles ventes !... hors de prix !...

vendredi 10 septembre 2010

Chronologie de l’émission des carnets du 50 c. Semeuse lignée rouge


(+) signale l’existence d’autres séries de couvertures
identifiées par des noms de ville, ou Toile d’avion



La réalisation de ce tableau chronologique n’a été possible que grâce aux précieux renseignements fournis par plusieurs membres de l’A.C.C.P. et si bien répertoriés par nos amis Lucien Coutan et Patrick Reynaud dans le volume 2 de leur ouvrage « Carnets de France » paru aux éditions Yvert et Tellier en 2007. C’est la raison pour laquelle nous avons préféré, et pour plus de clarté, n’utiliser que la numérotation de cet ouvrage.


Le tableau nous permet de mieux visualiser la période de co-existence des deux procédés d’impression des carnets à l’époque :
- la typographie à plat (utilisée pour les types I et II B)
- et celle sur presses rotatives (pour les types IV et II A).
Cette période va durer plus de deux ans, avant que l’impression à plat ne laisse définitivement sa place à l’impression rotative.

L’impression des couvertures de ces carnets, qui était jusque là réalisée en typographie à plat, fera elle aussi appel aux presses rotatives.

On notera que l’impression rotative n’a été utilisée ici qu’à partir de la fin de l’année 1928, pour les premiers carnets au type IV, alors que ses débuts à l’Atelier de fabrication des timbres-poste remontaient pourtant au 4 mars 1922, avec l’impression des feuilles de 100 timbres au type Semeuse 10 c. vert, et l’apparition des premiers coins-datés.
La date ne figurera que bien plus tard sur les carnets : le 7 octobre 1932 pour les carnets au type Paix 50 c. rouge !

Un carnet sur quatre des carnets rotatifs du 50 c. Semeuse lignée rouge (tous bien antérieurs à cette date) ne comporte en revanche que le numéro de feuille en bas ou en haut à gauche (selon la découpe).

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Autre curiosité remarquable : l’existence de deux carnets mixtes (199-C 22 et 199-C 27) imprimés à plat au cours de cette fameuse période (en 1929 et 1930) et comportant deux types de timbres différents !


Les dix timbres du feuillet de droite sont normalement au type II B, alors que ceux du feuillet de gauche sont au type IV, celui-là même réservé aux presses rotatives, et d’ailleurs créé pour elles !

Quelle raison a bien pu pousser l’Atelier à cette juxtaposition, techniquement difficile ?

Rappelons que, par définition, la planche rotative au type IV n’était pas plane, mais bel et bien cintrée autour du cylindre d’impression. Il a donc fallu la rendre utilisable pour une impression à plat, avant d’en découper et d’en insérer une petite partie dans la planche plane au type II B !

L’hypothèse la plus vraisemblable serait celle d’un accident survenu sur les planches d’impression des carnets correspondants au type II B (199-C 21 et 199-C 26) et n’ayant endommagé à un endroit précis, que leur partie gauche…

Concernant le carnet Bussang, on a même pu localiser l’emplacement du carnet mixte au sein de la planche, grâce à son bord de feuille supérieur qui est toujours non dentelé : il était donc situé en haut de ladite planche, au-dessus des cinq autres carnets normaux. D’où sa rareté relative.

Cependant, l’on ignore si cet accident supposé est survenu en cours de tirage, ou bien si le remplacement par le bloc de dix poinçons au type IV s’est avéré nécessaire dès la fabrication même de la planche, avant le début de son utilisation. Dans cette dernière hypothèse, tout le tirage aurait forcément été touché, et ainsi un carnet sur six serait mixte.

Pour répondre à cette question, il suffirait de découvrir (s’il existe) un carnet Bussang haut de feuille qui ne soit pas un 199-C 22 mais un 199-C21, c’est-à-dire avec tous ses vingt timbres au type II B.

Peut-être un de nos lecteurs a-t-il déjà eu cette chance ?...

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Par analogie, l’on peut aussi se pencher sur le délicat problème des carnets présentant un isolé : il s’agit cette fois-ci de carnets au type IV, imprimés sur rotatives, et ayant la particularité de comporter un timbre au type II (199-C 51, 199-C 60, et 199-C 63/65).


Un isolé au type II certes, mais : II A ou II B ?
Il est vrai que la distinction entre les types n’est pas des plus aisées, même avec de bons yeux et une loupe !
La rareté de ces carnets n’est pas là non plus pour nous y aider !...
Au vu du tableau ci-dessus, la logique voudrait que l’Atelier ait eu recours à un remplaçant qui soit « contemporain » :
- au type II B pour la réalisation de la planche donnant les carnets 199 C-63/65,
- au type II A pour la réalisation de la planche donnant le carnet 199 C-60,
- à l’un ou à l’autre pour la réalisation de la planche donnant le carnet 199-C 51.

Dans le catalogue Yvert spécialisé de 1982, le Yvert spécialisé « Carnets » de 2007, ainsi que dans le cours A.C.C.P. il n’est question que du type II A pour tous ces isolés.
En revanche, les catalogues annuels décrivent souvent le remplaçant de case comme étant au type II B pour le carnet 199-C 51 ! Alors : qu’en est-il vraiment ?

Vous aurez remarqué que les carnets 199-C 63/65 ont été émis bien avant l’apparition des carnets au type II A : plus d’un an avant !

L’utilisation du type II B, alors dévolu aux autres carnets, était la plus vraisemblable.

Mais non : l’isolé case 1 est bien au type II A sur ces deux carnets, et ne peut en aucun cas provenir de la planche ayant servi à la fabrication des carnets au même type, planche qui n’existait probablement pas encore ! Mais, me direz-vous, rien n’empêchait d’utiliser une des planches servant depuis le 25 août 1926 à l’impression des feuilles-ventes rotatives de 100 timbres, et également au type II A…
C’est probablement ce qui a été fait : l’on a cette fois-ci bel et bien inséré un isolé provenant d’une des planches destinées aux feuilles, au sein de la planche destinée aux carnets au type IV.

Une récente découverte me permet en tout cas d’être formel au sujet du carnet 199-C 51 :
une chose est sûre : le fameux isolé case 11 est lui aussi au type II A.


On voit ici nettement, sur le timbre de la case 11, la taille différente des oeilletons
des R de République et de Française.

Cet isolé ne se rencontre qu’une seule fois par tour de cylindre, soit en quelque sorte une feuille sur deux, et en tout cas dans un carnet sur huit !
Ou bien encore moins si le remplaçant a été inséré en cours de tirage !


Par ailleurs, sur les rares carnets 199-C51 que nous avons pu voir, la publicité du bas du panneau de gauche se trouve toujours être mal centrée par rapport aux timbres, un peu décalée vers la gauche :



Or, on retrouve ce curieux décalage vers la gauche des publicités sur un des très très rares carnets au type II A comportant comme par hasard les mêmes publicités (199-C 69) :


Ne serait-ce qu’une simple coïncidence ?
Ou bien aurait-on choisi de remplacer cette fameuse case 11 attenant aux cinq pubs de la planche des carnets 199-C 50, probablement détériorées, par un fragment de la planche de ces rares carnets 199-C 69 ?
Fragment représenté par l’isolé attenant à tout le bord inférieur avec ses cinq publicités Benjamin. Ceci étant chronologiquement parlant tout à fait possible, puisque l’impression des carnets 199-C 50 et 199-C 69 date de la même période de 1931.

Ceci explique peut-être la rareté extrême de ces derniers carnets : leur impression ayant forcément dû être arrêtée…

Dans ce cas, il s’agirait cette fois-ci d’un isolé provenant d’une planche d’impression des carnets au type II A (et non plus d’une planche destinée aux feuilles), inséré au sein d’une planche pour carnets au type IV !
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Toutes vos réponses, observations, ou critiques sont en tout cas les bienvenues !

Je profite de l’occasion qui m’est donnée pour glisser une petite annonce : je suis désespérément à la recherche d’un carnet Yvert 199-C 13 = Cérès 85,
même si celui-ci est en mauvais état, re-gommé ou avec des charnières !

De la même façon, si vous vous séparez d’un des carnets cités plus haut,
votre offre sera reçue avec grand plaisir....

vendredi 4 juin 2010

A la guerre comme à la guerre !

Un des intérêts de la philatélie, et non le moindre, est de permettre à ceux qui s'y intéressent, de mieux connaître l'histoire d'un pays, sa géographie, les sciences, les personnages célèbres etc...


Certains épisodes passionnants ou tragiques de notre histoire ont tendance à sombrer peu à peu dans l'oubli, aidés par la disparition de nos grands parents.


La première guerre mondiale et les timbres au type Semeuse sont à jamais indissociables : En effet, qui n'a pas conservé précieusement dans un tiroir quelques lettres ou cartes postales (unique moyen de communication de l'époque), envoyées par un soldat séparé de sa famille, et devenues de bien émouvants témoignages de la terrible dureté de ce conflit mondial ?
Qui oserait les jeter, même près d'un siècle plus tard ?


Du fait, les courriers de guerre sont restés très nombreux, offrant un champ de recherche passionnant et infini pour nous collectionneurs.


L'exemple qui suit est assez peu connu, et les courriers en question sont devenus véritables raretés ! Il s'agit de l'utilisation de la fameuse marque Vu T.C.


Sachez tout d'abord que T.C. signifie Travailleurs Chinois, ce que nul ne saurait deviner, même si tous les courriers sur lesquels elle a été apposée, et que j'ai moi aussi VUS personnellement, comportent un texte manuscrit en Chinois.




Poursuivons cette Histoire mais avec un grand H à présent :


Il s'agit donc de travailleurs Chinois, venus en France suite à un accord conclu avec leur gouvernement, et finalisé en mai 1916 afin de soutenir l’effort de guerre.


Ils seront tristement exploités pour de basses besognes, principalement sur les bases arrières des champs de bataille : creuser des tranchées, déminer, exhumer et ensevelir les soldats morts au combat !
Alors que par contrat on leur avait promis des salaires élevés pour travailler dans l’agriculture ou dans l’industrie !...

Ils vivaient dans un dénuement total, dans des camps insalubres, avec des conditions matérielles et humaines effroyables.
Tout contact avec la population locale leur était interdit.

Les courriers sont généralement adressés d'un camp à un autre, et d'un "T.C." à un autre "T.C.", d'où bien entendu le texte en Chinois, ces malheureux ne connaissant probablement que leur langue maternelle.

Devaient y figurer les numéros qui leur avaient été attribués. Ceci n'étant pas sans nous rappeler les cas non moins funestes, d'autres tristes camps où l'on numérotait les prisonniers, quelques décennies plus tard...


Leur mission se terminera en 1919.


Sur les 140000 personnes arrivées en France entre 1916 et 1918, plusieurs dizaines de milliers y sont décédés du fait des explosions lors des opérations de déminage, de la malnutrition et des maladies, notamment l’épidémie de grippe Espagnole.

Ces volontaires – ou supposés tels – ont été affectés principalement dans le Nord de la France (96000 à l’armée Anglaise, 37000 à l’armée Française, et 7000 à l’armée Américaine).

Sont connus les groupements de Oissel, Nanterre, La Rochelle, Saint Chamas, Orléans les Aubrais, (voir Yvert spécialisé page 235), Imphy, Blanc Pignon, et comme ici Salbris :






La griffe est à l'encre violette, toujours apposée sur le timbre. Parfois répétée sur la lettre.
Elle est donc connue comme une marque de censure oblitérante.

Je n'ai vu sur ces courriers que des 15 c. vert au type Semeuse lignée, mais il n'est pas impossible que d'autres timbres aient pu être utilisés...

Si vous avez des images, des photos de l'époque, des renseignements complémentaires, ou de tels documents dans votre collection, je vous serais très reconnaissant de bien vouloir me les communiquer !

mercredi 19 mai 2010

Au bon temps où un demi-timbre à 15 centimes en valait dix !

Comme quoi il valait mieux être débrouillard à l'époque dans l'Océan Indien !






L'agent des Postes embarqué à bord de ce joli paquebot a dû être bien embêté un matin de novembre 1905 en trouvant désespérément vide la case du tiroir où il avait l'habitude de ranger ses timbres à 10 centimes. Plus un seul, tous vendus la veille !
" Merde ! " s'est-il sûrement exclamé.

D'autant plus que les clients passagers devaient être nombreux à se présenter à son guichet pour pouvoir affranchir les jolies cartes postales destinées à leurs familles ou amis.
Cartes souvent touristiques, achetées en souvenir d'une excursion, à Madagascar par exemple, et très impatiemment attendues par leurs destinataires en métropole.


En revanche, ce ne sont pas les timbres à 15 centimes qui manquent !
Et qui ne servent pas à grand chose en plus !
Alors, une idée astucieuse lui vint.
Peut-être avait-il entendu parler d'un précédent similaire survenu à un de ses collègues, et auquel l'administration postale avait brillamment su faire face ?

Ou bien était-il philatéliste en plus d'être ingénieux ?

Le voilà qui prend consciencieusement sa paire de ciseaux, et qui se met à découper quelques timbres à 15 centimes dont il n'aura vraisemblablement pas l'usage, pour les transformer en timbres à 10 centimes !


Il va même jusqu'à faire passer les cartes postales une à une dans sa bonne vielle machine à écrire et tape lui même à l'encre violette la mention que vous voyez sur cet exemple :





" Affranchissement spécial faute de timbres à 10 cent. "

Ceci afin d'éviter que l'on puisse croire à une tentative de fraude de la part de l'expéditeur.
Belle conscience professionnelle !
Il faut croire qu'il ne devait pas être trop débordé non plus...


Toujours est-il que ces courriers ont été acheminés régulièrement. Mission accomplie !
La preuve, on en trouve encore :



Mais à votre avis, est-ce que chaque timbre coupé en deux permettait à cet employé de s'enrichir sur le dos de ses clients ?

Si il vendait ses deux moitiés de timbre 10 centimes chacune, cela pouvait facilement lui rapporter à chaque fois 20 centimes, donc 5 centimes de bénéfice pour sa poche.
Ce qui aurait été un salaire bien mérité, ne trouvez-vous pas ?


En plus, il n'était pas obligé de le déclarer : qui allait venir le contrôler à l'autre bout du monde ?
Faut pas pousser non plus !

On peut même penser qu'il a très bien pu inventer toute cette histoire de pénurie de timbres dans un but inavouable d'enrichissement personnel, si l'on a mauvais esprit !

Ou bien alors était il si obsessionnel qu'il détruisait l'autre moitié de chaque timbre ?
Mais alors, dans ce cas, c'est la Poste qui en aurait été de sa poche !
Peu probable ! me direz-vous : on ne va pas se mettre à vendre les timbres au rabais pour autant !

Nul ne sait le fin mot de l'affaire, mais toujours est-il que ces courriers ont été appréciés par les philatélistes de l'époque, et le sont encore aujourd'hui.
Ils ne sont cependant pas courants.


Le bénéfice éventuel pour l'employé, aussi bien que la perte possible pour l'administration, n'ont pas dû être bien importants de toute façon.

Pas de quoi en faire une histoire, sauf si on est collectionneur...

mardi 11 mai 2010

Oh la jolie boulette !

Tous les philatélistes amateurs du type Semeuse connaissent par coeur le jour où cette jolie silhouette féminine, célèbre allégorie de la République Française, a commencé à affranchir le courrier dans notre pays : il s'agit du jeudi 2 avril 1903 !

Son charme va rapidement opérer, et son règne durera jusqu'à la seconde guerre mondiale, établissant ainsi un record encore inégalé de nos jours !

Elle sera même choisie à nouveau en 1960 à l'occasion de l'arrivée du nouveau franc.


Lors de la mise en vente aux guichets de la Poste, les gens se sont paraît-il bousculés, notamment dans les bureaux Parisiens, pour être les premiers servis et acquérir ce nouveau timbre à 15 centimes, destiné à affranchir les lettres simples pour l'intérieur : la Semeuse lignée était née, ainsi nommée à cause des lignes de fond qui faisaient mieux ressortir son relief : une prouesse due au grand talent d'Oscar Roty et Eugène Mouchon, ses créateurs.

On trouve donc assez facilement des courriers postés ce jour-là. Ils sont d'ailleurs assez recherchés par les collectionneurs, comme tout premier jour d'émission d'un timbre.


Est-ce l'émotion due à cette grande nouveauté qui a fait trembler ce jour-là les doigts d'un employé du bureau de la rue Jouffroy ?

Ou bien un moment d'inattention alors que comme chaque matin il mettait à jour la date sur son tampon ?

Ou bien a t'il été victime la veille d'un poisson d'avril ? Nul ne le saura jamais !


Errare humanum est...




Toujours est-il que cette lettre postée à destination de Sarlat se retrouve bel et bien affranchie d'un de ces tout nouveaux timbres, accompagné de son pont millésimé 3 (pour 1903), et oblitérée du 2 février 1903 au lieu du 2 avril !

Une jolie pièce pour ma collection : il s'agit très certainement de la plus précoce oblitération connue sur un timbre au type Semeuse !
Et même mieux puisque le timbre n'existait pas en février !


Mais, me direz-vous (les plus ingénieux d'entre vous) : pourquoi cet employé ne se serait-il pas trompé dans le réglage de l'année, plutôt que dans le mois ?
Une erreur survenue le 2 février d'une des années suivantes serait bien entendu restée sans le moindre intérêt pour la postérité.
Il aurait tout aussi bien pu se tromper à la fois dans le jour et dans le mois.
Rien ne dit que cette lettre a effectivement été postée le jour de l'émission du timbre.

Et bien si ! Il suffit de retourner la lettre pour s'apercevoir qu'elle est bien arrivée en Dordogne le lendemain de ce fameux premier jour : le 3 avril 1903 à Sarlat, preuve irréfutable qu'elle n'a pu être postée à Paris que la veille ! Le cachet de la Poste faisant foi.


Comme quoi le postier de Sarlat, en apposant son coup de tampon au verso, a permis de transformer l'erreur de son collègue Parisien, qui aurait très bien pu ne rester qu'anecdotique, en une belle curiosité pour philatéliste ! Que sa mémoire en soit remerciée !

Sed perseverare diabolicum...

mercredi 28 avril 2010

Les difficiles débuts des coins datés




C'est au début de l'année 1922 que la première presse rotative destinée à l'atelier de fabrication des timbres-poste est utilisée en France.



L'utilisation de cette nouvelle technique révolutionnaire et prometteuse aura des débuts quelque peu mouvementés, mais comme ce mode d'impression va vite donner entière satisfaction, il sera peu à peu généralisé, et sans cesse perfectionné, pour supplanter à terme définitivement la typographie à plat, jusque là utilisée depuis nos tout premiers timbres.




Il faut dire que nombre de manipulations fastidieuses et souvent manuelles seront ainsi évitées grâce à cette modernisation : jusque là, une fois imprimées les feuilles de 300 timbres, il fallait ensuite gommer le papier, puis les laisser sécher avec d'infinies précautions, puis les séparer en deux feuilles de 150, puis les perforer, les comptabiliser, les stocker...



Pour la fabrication des fameuses roulettes, il fallait même les découper en bandes verticales que l'on collait manuellement bout à bout, et une à une, avant de les enrouler et de les mettre en boîtes ! Les espoirs fondés sur cette nouvelle presse étaient donc bien grands...




Le papier utilisé arrivait déjà gommé, sous la forme de gros rouleaux adaptés à cette presse rotative : il n'y avait plus, après impression, qu'à perforer et séparer les feuilles, automatiquement numérotées.




Comme pour toute nouvelle technique, on procéda bien entendu à des essais, et il se trouve que le timbre choisi pour ces essais est au type Semeuse : il s'agit du 10 c. vert (Yvert 159), réservé aux imprimés, et non pas du timbre destiné à l'époque à l'affranchissement de la lettre simple, qui nécessitait de bien plus gros tirages.



On était prudent en ce temps là du coté du boulevard Brune, et modeste ! On n'allait pas se lancer tête baissée dans une nouvelle technique pour la fabrication de millions de timbres.



Le 10 c. vert Semeuse restera longtemps le seul timbre imprimé ainsi.



Et en plus, on était économe, car il semble bien que le résultat de ces essais, une fois obtenu un résultat satisfaisant, c'est à dire les premières feuilles de timbres imprimées par une presse rotative (celle qui allait devenir la presse 1) ont bel et bien ensuite été mises en vente aux guichets de la Poste. Il n'y a pas de petites économies !




On s'accorde en effet à considérer les feuilles issues du premier cylindre A+A utilisé, comme des essais qui ont finalement été commercialisés. Ceci explique les défauts que l'on retrouve souvent sur ces timbres : défauts d'impression, de piquage, de dates, etc...



Enfin, quand je dis souvent.... Encore faut-il avoir la chance d'en trouver de nos jours !



Les images qui suivent vous en montrent quelques unes :



Timbres de la dernière rangée non dentelés (le piquage se faisait de bas en haut) issus d'une impression pourtant plus tardive : D+D datée du 12 juin 1922




Gros défaut d'impression sur le bas de feuille, et piquage peu à peu décalé vers la gauche





Impression sur un raccord de papier au sein de la bobine


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La nécessité d'un matériel d'impression spécifique est à l'origine du type spécifique de ces timbres : le type IB. Il a été fabriqué à partir du vieux poinçon du 10 c. qui était initialement de couleur rouge (Yvert n°138) et au type IA.



Celui-ci a été copié et retouché pour donner 4 galvanos de service de 50, qui ont dû pour la première fois être cintrés, c'est à dire courbés, puis assemblés pour donner un cylindre d'impression. Un tour de cylindre imprimait alors 2 feuilles de 100 timbres, séparées par les fameux parallélogrammes qui permettent depuis de distinguer les deux "planches" de A+A.

Comme cette presse 1 ne comportait qu'un cylindre et qu'un encrier, la date et les numéros des feuilles étaient imprimés par la même occasion, et se retrouvent donc de la même couleur que le timbre : c'est à dire en vert. De plus, il a fallu dégager à cet effet des évidements à gauche et à droite au sein de ces parallélogrammes, pour pouvoir y loger ces renseignements.


Toutes ces particularités font le charme de ces premières feuilles au type IB, et permettent de les reconnaître facilement.

Par la suite, dès 1923, les presses permettront d'éviter le travail que cela représentait de dégager ces emplacements, et d'imprimer la date et les numéros par dessus les parallélogrammes, en noir cette fois-ci, à l'aide d'un autre cylindre, afin qu'ils soient mieux visibles.
Un progrès de plus.

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La numérotation automatique des feuilles rotatives facilitait la comptabilité qui était auparavant manuelle.

Les feuilles impaires correspondaient à un des deux A, et les feuilles paires à l'autre, chacune pouvant être identifiée par l'aspect différent de ses parallélogrammes.

Toute l'étude des coins datés en découle.

Par la suite, l'atelier ajoutera même des marques distinctives sur ces parallélogrammes, différentes pour chacune des deux feuilles d'un cylindre.


Les premières marques sont apparues en juin 1924 avec le timbre à 85 c. rouge Semeuse lignée, mais elles seront d'abord visibles au niveau du coin inférieur gauche.
Les voici d'ailleurs :



Ce n'est qu'en mars 1926 avec le 30 c. bleu Semeuse que ces marques seront visibles en bas à droite de la feuille, donc dans les coins datés, avec le tirage H+J.



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Du fait des nombreuses feuilles défectueuses, il arrivait souvent, que dans un paquet de cent feuilles, on soit obligé d'en rejeter quelques unes fautées. Une feuille de remplacement était alors insérée dans le paquet, et, pour ne pas gêner la comptabilité, cette feuille de remplacement devait évidemment comporter le numéro de la feuille fautée qui avait été supprimée.


Pour ce faire, on annulait à la main, au composteur, le numéro imprimé et on le remplaçait par le numéro de la feuille qui avait été rejetée :

Avec l'amélioration de la maîtrise de cette nouvelle technique, les feuilles fautées sont devenues par la suite plus rares, mais cela arrivait malgré tout parfois, et il est donc possible de trouver de tels coins de feuilles inférieurs gauches re-numérotés pour tous les autres timbres rotatifs.

Il arrivait même qu'une feuille déja re-numérotée doivent remplacer à nouveau une autre feuille fautée, et se retrouve donc être re-re-numérotée !


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Les coins datés, et encore plus les feuilles entières, de ces premiers tirages rotatifs sont fort rares : on ne connaît que trois jours à ce fameux tirage A+A, la première date étant le samedi 4 mars 1922, date mythique pour tout collectionneur de coins datés !

Le 7 et le 24 mars complètent ce tirage, mais le 24 a le chiffre 4 imprimé à sec.

En plus de 35 ans de philatélie, je n'ai jamais trouvé de coin daté de ce tirage !
Si vous en voyez un un jour, vous savez à présent à qui vous pourriez le vendre...

En revanche, j'ai vu se négocier deux feuilles entières. J'ai bien entendu sauté immédiatement sur la première, mais malheureusement raté la seconde. Le vendeur (célèbre organisateur de VSO de la rue Drouot) en ignorait d'ailleurs la rareté !

L'acheteur non, hélas pour moi...

Au total, on en connait quatre en tout et pour tout. Et vous avez la grande chance d'en trouver trois ici réunies pour la première fois, la quatrième serait au Musée Postal...
Cela illustre à merveille les fastidieuses explications données plus haut.


On remarquera l'absence de numéro de presse au niveau de l'interpanneau, inutile puisqu'il n'y en avait qu'une à l'époque ! Ainsi que l'absence des 3 futurs points de couleur situés à mi-hauteur.



Les deux dernières, photographiées en noir et blanc, ont en plus l'avantage d'avoir été imprimées consécutivement (numéros se suivant 85714 et 85715) et représentent donc un tour complet du cylindre A+A, ici en quelque sorte reconstitué après + de 88 ans de séparation....

A noter : toutes les trois sont des feuilles de remplacement, re-numérotées à la main.

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En espérant vous avoir donné envie de vous lancer dans la collection des coins datés, collection certes un peu passée de mode aujourd'hui, mais qui regorge de nombreuses merveilles à la portée de ceux qui savent les découvrir, et de tout un tas d'informations passionnantes et souvent méconnues sur nos amis les timbres.






























mercredi 17 février 2010

Du jamais vu au type Semeuse !

Depuis 1903, le moins que l'on puisse dire, c'est que les timbres au type Semeuse ont largement été collectionnés, et souvent très bien étudiés par beaucoup de grands philatélistes.

De nombreuses études très poussées ont été publiées, et les catalogues ont peu à peu répertorié à peu près tout ce que l'on peut trouver comme types, présentations ou variétés.

Tout ou presque...

Les découvertes se font donc de plus en plus exceptionnelles.

En voici pourtant une, et une belle comme l'on dit à Marseille ! ou à Marseillan !




Un domaine restait cependant, et jusqu'il y a peu, assez méconnu : celui des porte-timbres, ces petites vignettes, souvent publicitaires, qui ont supporté de nombreux timbres d'usage courant, dont nos chères Semeuses.

La récente parution (avec le dernier catalogue Yvert et Tellier) d'un fascicule les répertoriant enfin convenablement, devrait leur apporter un certain regain de popularité aux yeux des collectionneurs. En effet, ces porte-timbres illustrent à merveille une collection thématique, et sont le reflet d'une époque où la Semeuse régnait en maîtresse sur le courrier...



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C'est en 1906 que La Poste émit pour la première fois des carnets de timbres, mais ce n'est que bien plus tard qu'elle acceptera de leur adjoindre de la publicité.

En revanche, à partir de cette même année 1906, quelques ingénieuses entreprises ont eu la bonne idée de la devancer sur ce point, en se faisant fabriquer de très jolis carnets publicitaires de 6 porte-timbres utilisant les timbres courants du tarif intérieur à 10 centimes.

Le modèle de ces carnets est toujours un triptyque en papier cartonné rose, contenant 6 porte-timbres, parfois en plusieurs couleurs, et toujours très joliment illustré. Les couvertures étaient numérotées, et parfois identifiées par des lettres.


Ils étaient fabriqués par une entreprise Parisienne : "Le timbre-poste économique". La Poste tenta même de les faire interdire à cause du rabais consenti sur la vente de ses timbres !

Vous pourrez tous les admirer à loisir dans le magnifique ouvrage sur les carnets de nos amis Lucien Coutan et Patrick Reynaud, paru chez Yvert. Enfin presque tous devrais-je dire...


Il s'agit des 5 entreprises suivantes :

     -     La Belle Jardinière
     -     Le Manchon Hella
     -     Menthe pastille
     -     Un Mignon
     -     La Tisane du Laboureur.


C'est ainsi que l'on connait l'existence de nombreux porte-timbres et de rares carnets parvenus jusqu'à nous, avec le 10 c. rouge Semeuse lignée (YT 129), puis avec le 10 c. rouge Semeuse maigre (YT 135), puis avec le 10 c. rouge Semeuse camée (YT ).

Ces carnets ont eu un très joli succès, probablement aussi du fait de la réduction que ces entreprises proposaient à leurs clients en les vendant 50 ou 55 centimes, au lieu des 60 c. que les timbres représentaient !


Ils ont donc beaucoup servi pour l'affranchissement, mais ce n'est pas pour autant que les amateurs les trouvent facilement sur le courrier de l'époque plus de 100 ans plus tard : ils sont toujours assez recherchés, et les carnets sont même très rares !
Un seul carnet de La Tisane du Laboureur est connu à ce jour !
Prévoyez un budget de quelques milliers d'euros si vous en voyez passer un...


Mais voici enfin le motif de ce petit article, et aussi la justification de son titre :

Nous avons eu la chance de découvrir (et d'acheter par la même occasion) un de ces rares carnets vantant les bienfaits du vin apéritif Mignon.


A notre grande joie, ses porte-timbres sont cette fois-ci revêtus du 10 c. rouge Semeuse avec sol (YT 134) ! Ce carnet n'avait jamais été répertorié jusqu'à ce jour !
Ce timbre vient donc s'intercaler logiquement, et chronologiquement entre le 129 et le 135 que l'on connaissait déjà, comme le 138 pour cette entreprise de Marseillan.


Il porte cependant la signature d'un grand collectionneur qui fut de nos amis, mais à une époque où internet ne permettait pas la diffusion des informations comme aujourd'hui, et où les carnets de porte-timbres étaient bien moins connus : on en voyait même se vendre dans les ventes publiques, ce qui n'est hélas plus trop le cas...





En cherchant bien, à posteriori, auprès des amateurs de ces vignettes, on s'aperçoit que ce fameux n°134 avait déjà été vu sur des portes timbres d'une de ces entreprises (Hella en l'occurrence, comme sur les deux photos suivantes), mais en tout cas pas avec le vin Mignon, et surtout jamais en carnet !



Ce qui veut dire, vous l'aurez compris, qu'il doit donc peut-être encore exister quelque part un carnet de ces porte-timbres Hella (rouges ou bleus ?) avec le 134 comme timbre, et qu'il vous reste à le découvrir, avant nous !!!!

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Merci de nous signaler si vous avez, ou si vous avez déjà vu,
un de ces 134 sur un porte-timbre Mignon : nous sommes preneur.