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vendredi 1 octobre 2010

La bien curieuse Semeuse à 1 Franc 50

En 1930, l'affranchissement d'une lettre simple pour l'intérieur ne coûtait que 50 centimes de notre ancien Franc : soit environ 760 fois moins qu'aujourd'hui si l'on considère que le tarif actuel de 58 centimes d'euro = 3,80 nouveaux Francs !

La première guerre et ensuite la crise économique de 1929 avaient laissé en piteux état les finances de notre pays, et beaucoup de moyens plus ou moins justifiés, ont été jugés bons à l'époque pour tenter de combler les déficits.

Cela ne vous rappelle t'il pas quelque chose ?...

La Poste va alors participer - modestement mais à plusieurs reprises - à la nécessaire récolte de fonds publics, notamment par l'intermédiaire de diverses émissions de timbres porteurs d'une surtaxe plus ou moins importante.

Ces timbres, dont les tirages étaient le plus souvent assez limités, sont restés célèbres depuis, surtout aux yeux des collectionneurs, et ont d'ailleurs été assez peu utilisés sur le courrier, ce qui en fait parfois de jolies raretés.

D'autant plus que leur valeur faciale ne correspondait pas réellement à un tarif bien déterminé, et d'autant surtout que la surtaxe en question n'avait aucune valeur d'affranchissement : elle restait aux frais des acheteurs, en pure perte ! Tout le bénéfice devant aller aux caisses de l'état.

La générosité des clients de la Poste n'étant pas légendaire, ces timbres eurent très peu de succès, ils étaient chers, peu utiles, et leurs chiffres de vente sont restés bien faibles... sauf auprès des philatélistes de l'époque, qui eux les ont souvent stockés.
Ils ne sont donc pas vraiment rares, mais restent chers cependant. Trop ???


Parmi ces timbres à surtaxe, figureront 5 émissions successives, de 3 timbres chaque année, vendues entre 1927 et 1931 au profit de la Caisse d'amortissement.

La Caisse d’Amortissement était un organisme officiel destiné à « amoindrir » la dette intérieure de l’Etat (conséquence des emprunts répétés émis lors de la Première Guerre mondiale et de la période qui suivit). Elle était alimentée par des taxes sur les tabacs et diverses denrées, mais aussi par ces surtaxes sur les timbres.

Sur ces 15 timbres, il se trouve que 12 sont au type Semeuse qui nous intéresse tant.

En effet, en 1927, 1928 et 1929, c'est le type Pasteur qui avait été choisi à trois reprises pour le timbre à 1 f. 50 mais ensuite la Semeuse a pris le relai. Pourquoi ???

Ce qu'il y a de plus curieux dans cette affaire, c'est que le timbre Pasteur à 1 f. 50 existait bel et bien avant ces émissions (et on n'a eu qu'à en changer la couleur), alors qu'aucun timbre au type Semeuse à 1 f. 50 n'avait jamais été envisagé jusque là !!!

Il a donc fallu le fabriquer exprès !

Et, plus curieux encore, il s'avère que celui-ci n'existera jamais sans surcharge !

On a donc pris la peine de fabriquer dans cet étrange but, un nouveau poinçon spécial à 1 f. 50 au type Semeuse, puis, par galvanoplastie, soigneusement réalisé un cylindre complet appelé A+B, permettant d'imprimer 2 feuilles de 100 timbres à chaque tour de rotative.

Vu les faibles ventes de ces timbres, il n'est pas certain du tout que cette affaire ait été finalement bien rentable pour nos finances de l'époque !
Il est même probable que le bilan en soit même déficitaire !

Alors, on a bien essayé de rentabiliser un peu plus cette chère Semeuse de déficits :

En 1930, après un premier tirage en violet pour la Caisse d'amortissement, on en a tiré un deuxième en bleu pour Andorre (dès le lendemain !), puis un troisième et dernier l'année suivante, en rouge cette fois-ci, afin de terminer en beauté la cinquième série de la Caisse d'amortissement.

Au total 4 jours de tirage seulement pour cette singulière Semeuse aux trois couleurs, et toujours surchargée ! Un cas unique dans l'histoire de la philatélie !

Et donc seulement huit coins datés possibles, que voici réunis pour vous :


Croyez en un féru de coins datés, réunir ces 3 tirages n'a pas été une mince affaire, mais fut en tout cas une véritable partie de plaisir, ayant duré pour moi environ 3 décennies !

Amusant : le plus rare de ces trois tirages, et de loin, se trouve être, comme c'est souvent le cas hélas, celui à qui l'on donne le moins de valeur dans nos célèbres catalogues : il s'agit du bleu d'Andorre.
La rotative ayant certainement dû tourner bien moins longtemps pour cette principauté, que pour la Caisse d'amortissement que l'on espérait renflouer...

En Andorre aussi les philatélistes s'en sont donné à coeur joie, et leurs courriers se retrouvent de nos jours dans les belles ventes !... hors de prix !...

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