Nombre total de pages vues

lundi 30 avril 2018

Tchin Tchin, à la vôtre !


 Les plus fidèles lecteurs se souviennent peut-être des articles déjà publiés ici concernant les porte-timbres, ces petits supports "publicitaires" qui agrémentent si agréablement les collections de nombreux philatélistes.
  Il faut bien reconnaître qu'en France, c'est de loin notre chère Semeuse qui se retrouve le plus souvent collée sur ces vignettes publicitaires, et ainsi mise en valeur comme dans un cadre.
Qu'elles soient commémoratives, de propagande ou simplement commerciales, et parfois illustrées, leur grande diversité fait également le bonheur de bien des thématistes.

On en trouve assez facilement, pour des prix qui restent la plupart du temps abordables, mais certains sont plus rares, et sur lettre ou carte postale correspondante, ils prennent tout leur sens, et deviennent très recherchés !

  Je me souviens d'un des tout premiers à être entré dans ma collection, dans les années 80 :


 Est-ce parce que je suis marseillais, comme l'entreprise fabriquant cette boisson ?
Ou bien uniquement parce que je l'avais repérée en couverture du fameux catalogue Yvert et Tellier spécialisé ?

Oui, oui, c'est bien elle en haut, et pas une qui lui ressemble !


  Depuis, j'ai bien tenté de me renseigner sur ces frères Barbaroux et sur ce Citronna.
Mais sans trop de succès hélas !
Je vous aurais bien mis une image, à défaut de pouvoir en déguster un verre...

Gallica m'a tout de même appris que cette fabrique de citronnade était située sur le boulevard Baille, pile là où je travaille, et de là où je vous écris à l'instant : amusante coïncidence !

  J'avais bien vu aussi, juste sous le timbre, en bas, que l'adresse imprimée sur le porte-timbre était la même que celle de l'en-tête de l'enveloppe : c'était eux qui avaient eu cette idée géniale, à Paris !




Plus tard, j'en ai trouvé bien d'autres exemples, dont quelques fameux carnets de porte timbres, pour le vin Mignon notamment, de Marseillan, un autre alcool...


Comme le Cointreau, dont la maison mère se trouve justement être le destinataire de ma lettre !
Il est fort probable que le courrier que contenait mon enveloppe proposait à Cointreau de lui fabriquer son porte-timbre, en lui montrant l'exemple de Citronna...

Cointreau qui a eu lui aussi droit à sa pub :


Comme la Menthe Pastille, d'Angers, avec ses pubs et ses carnets de porte-timbres elle aussi, vendus avec une ristourne, toujours grâce au "Timbre poste économique" :




Tout comme la liqueur vulnéraire Eau d'Arquebuse de l'Hermitage, de Lyon : 


Et comme le Vermouth Cristal, de chez Taillan à Cette, tout près de Marseille :







Plein de bonnes choses, comme vous pouvez le constater !

  De quoi donner raison en tout cas à ceux qui se sont lancés dans la lutte contre l'alcoolisme, et qui ont eux aussi émis beaucoup de ces porte-timbres, de toutes les couleurs, et avec des slogans particulièrement savoureux :




En stigmatisant même nos amis bretons s'il le faut, mais c'était pour la bonne cause !


 7 000 000 de litres d'OH pur par an !

Ils abusent avec leurs chapeaux ronds !
Vive les bretons...

 Et voilà en vitesse, un petit tour de France en Semeuse, à consommer avec délectation et modération, entre philatélie, erinnophilie, et belles images du début du XXème siècle...

Une belle idée de collection : riche, plaisante, instructive : tout pour plaire, croyez moi !

dimanche 22 avril 2018

I have a dream : moi aussi !


  Je me souviens avec émotion d'un achat en particulier, non seulement parce que j'en avais rêvé depuis longtemps, mais aussi parce que je n'en ai plus jamais trouvé d'autre similaire ! 

  Je collectionnais depuis longtemps le type Semeuse, et ses coins datés. 
Je m'étais bien documenté, notamment avec le Yvert spécialisé qui, dans les années 80 était indispensable, rempli de renseignements précieux pour moi.
Les variétés étaient un peu répertoriées, mais rarement photographiées, aussi étais-je fasciné par celles qui étaient décrites et citées comme rares...

  Le 75 c. lignée 202, avec son type II et son coin daté de 1932, me faisait déjà rêver mais pas autant que le non dentelé : une seule feuille connue, dont les 60 timbres du bas avaient échappé à la dentelure. 
C'est vrai que j'en avais vu quelques exemplaires dans les ventes, de loin...

  Mais un jour, alors que je me préparais à me rendre à Paris pour une importante expo philatélique, Philexfrance, ne voilà t'il pas qu'une grande maison de vente, dont je recevais régulièrement les catalogues, eut l'idée de faire pour l'occasion une vente spéciale, avec des pièces remarquables !
Et que trouve-je en photo dans ce catalogue de prestige ?
L'unique bloc de 4 coin daté de ce 75 c. non dentelé ! 
A prix net en plus !

  Il me fallait donc me décider vite, et même si le prix était assez correct, cela faisait une belle somme ! Et cela allait amputer sérieusement mon budget pour un bon moment, et en particulier pour cette expo !

J'ai craqué quand même : j'ai pris mon téléphone pour m'assurer que personne ne s'était jeté dessus avant moi, et quelques minutes ont suffi pour me décider.
Tant pis si je n'allais pas à Paris, faute de moyens restants...

  J'ai eu la chance d'être le premier à me manifester pour ce lot.
Ils m'ont proposé de me le mettre de côté jusqu'à cette fameuse expo, où je me suis finalement rendu, rien que pour aller y récupérer le coin daté dont je rêvais tant !
Même pas eu besoin de le payer tout de suite !

  Plus un sou pour acheter grand chose d'autre, mais jusqu'à ce que je le prenne entre mes mains, j'ai tremblé que quelqu'un vienne convaincre la maison de vente de le lui céder plutôt qu'à moi.

  Voyage en train, puis métro, puis file d'attente à l'entrée, puis je me précipite vers le stand en question : OUF il est toujours là qui m'attend, bien sagement !
Le voici :

Vous n'en verrez jamais d’autre !
Les ND sont rares en impression rotative à l'époque de la Semeuse.
A ma connaissance, on ne connait qu'un autre coin daté Semeuse non dentelé : celui du 20 c. brun 139, mais il est en mauvais état et trop cher pour l'instant...

J'en rêve un peu quand même, mais moins que pour celui-ci !

  Et si un jour je vois passer l'autre coin du bas de cette feuille, celui de gauche, avec le numéro, j'ai bien peur de craquer une nouvelle fois...

samedi 14 avril 2018

La Semeuse au pays de l'or noir


  Vous ne trouvez pas qu'on dirait la couverture d'un album des aventures de Tintin ?


  Vous savez bien que j'adore les courriers qui ont permis à notre Semeuse de faire le tour de la planète, surtout la bleue à 25 c. puisque c'était elle qui pendant longtemps a permis de s'acquitter du bon tarif pour l'étranger. Seule ou en paires, blocs, ou bandes, on la trouve souvent.

Plus la destination est lointaine et originale, plus ça me plait.
Et si en plus, le trajet est compliqué, ou si il y a un retour à l'envoyeur, alors là c'est le top !

  Prenons par exemple la Syrie ou l'Irak puisqu'on en parle hélas beaucoup ces temps-ci.
A l'époque, j'imagine que les français n'écrivaient pas tous les jours vers ces pays-là.
Mais au moins leurs lettres arrivaient à destination !
Quelques unes d'entre elles ont même été conservées depuis un siècle, pour mon plus grand plaisir.

En quelques jours celle-ci n'a fait que traverser la méditerranée :


 En quelques semaines, celle-là a un peu plus bourlingué.
Passer par Bombay, forcément, ça rallonge :


Pour arriver jusqu'à Téhéran, celle-ci a mis 17 jours, fin 1909, en passant par la Russie :


Alors qu'il a fallu 6 semaines à celle-là en 1921 :


Mais dans tous les cas, l'expéditeur n'aura jamais payé que 25 centimes.

Alors, vous comprendrez que la mise en vente de cette jolie lettre ait attiré mon attention :


Non seulement je n'en avais pas encore trouvé pour Bagdad, mais en plus, elle est affranchie avec 6 semeuses, pour un total de 1 franc 50 : une fortune en 1924 !

Le trajet entre Versailles et Bagdad ne lui a pris que 9 jours.

Visiblement, l'expéditeur était anglais, et il avait volontairement choisi de payer cher pour que sa lettre arrive vite à destination, d'où la mention manuscrite :

"By overland mail  Haifa - Baghdad"

Par voie terrestre, si on traduit en bon français, cela semble logique et le plus rapide lorsqu'on regarde une carte de la région :


Mais pas forcément le plus simple !
C'est ce que j'ai appris grâce à quelques recherches sur internet.
Traverser ces régions ces déserts en 1924 devait être risqué.
Une vraie expédition de +/- 900 Km, avec les moyens "de l'époque".
Tout ça pour acheminer plus vite du courrier !


 Tintin lui-même aurait hésité !

Les anglais furent à l'origine de ce service postal spécial, instauré quelques mois avant ma lettre, et la France s'y est associée.


  Depuis le 1er avril 1924, le tarif de la lettre pour l'étranger était de 75 c. et ma lettre aurait donc dû être affranchie à 1 f. 75, avec 7 semeuses, mais je n'en veux pas trop au postier qui s'est foutu dedans...

Versailles - Marseille en train, puis le bateau vers Port Saïd, le train à nouveau vers Haïfa, puis ces fameuses automobiles pour traverser le désert jusqu'à Bagdad !

 Un sacré voyage, et quel dépaysement !

Fantastique, même à ce prix-là, ne trouvez-vous pas ?
Le tout en 9 jours !


Vous me direz que mon autre lettre, celle de 1909, n'avait mis que 17 jours pour effectuer le même trajet, via Moscou, et quinze ans plus tôt.

Mais on n'arrête pas le progrès !...

Essayez donc aujourd'hui, pour voir si l'avion fait mieux...


Je ne saurais trop vous engager à visiter les sites suivants, à qui j'ai emprunté quelques images, beaucoup de renseignements, et plein de rêve :

Page sur l'overland mail iraquien

Site en anglais sur l'overland desert mail

Une magnifique illustration de l'académie de philatélie