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mardi 30 janvier 2018

Coïncidence ?


  Nous avions vu qu'en 1923-24, un petit malin avait eu l'idée géniale de faire figurer des publicités commerciales juste à côté de nos timbres préférés, vendus sous la forme de carnets : celles-ci étaient imprimés en même temps que les timbres et avec la même encre, donc toujours de la même couleur.

  Le but était que les utilisateurs les collent sur leur courrier, et que le message ainsi véhiculé fasse connaître à travers le monde entier les produits de tous ces annonceurs avant-gardistes, qui payaient pour que leurs marques figurent dans les millions de carnets que vendait la poste.
Alors qu'auparavant, seule la couverture des carnets comportait de la pub, et finissait le plus souvent à la poubelle !

  Les carnets ont vu à cette occasion leur hauteur passer de 60 à 72 mm : 2 timbres de 24 mm + des marges qui vont s'agrandir d'environ 6 à environ 12 mm (en haut et en bas).
Les feuilles imprimées à plat étaient composées de 120 timbres pour 6 carnets de 20 superposés verticalement, séparés par un intervalle correspondant à la hauteur d'une rangée de timbre = 24 mm exactement.
C'est cet intervalle qui devait être coupé 2 fois pour donner des carnets de 60 mm de haut, et qui ne sera plus coupé qu'une seule fois pour donner des carnets de 72 mm.
Mine de rien, c'était plus simple, et cela devait faire gagner un peu temps !

  Comme les premiers carnets grand format ne comportaient initialement pas de pub, il est logique de penser que c'est la poste qui a voulu simplifier leur fabrication, et que c'est ensuite que le petit malin en question a eu l'idée d'y associer de la pub.

Mais peut-être qu'il était vraiment très malin, et qu'il a su jouer de son influence pour faire part de son idée géniale à la poste en lui suggérant de faire des carnets + grands, et donc de faire plus + de place pour les pubs ? Car c'est lui qui s'occupait déjà des contrats pour les publicités des couvertures : sacré Carlos Courmont !
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  Au bout de quelques années, le succès rencontré par ces carnets publicitaires aidant, d'autres petits malins ont eu l'idée de se servir pareillement des marges des timbres vendus sous forme de feuilles de 100 cette fois-ci, pour y faire figurer leurs publicités.

Mais eux n'étaient pas aussi bien introduits auprès de la poste, et ont dû se débrouiller tout seuls pour imprimer leurs propres pubs !
Du coup, pas avec la même encre, et souvent en noir, comme nous l'avons vu pour AIGLON.

  Les philatélistes fétichistes de pieds et de dents connaissent par exemple les célèbres pubs PHILOPODE et JANIPOLINE, initiatives privées qui semblent dater de 1929.

Mais s'ils sont comme moi fanatique de la Semeuse, ils ont dû remarquer comme moi la curieuse coïncidence qui nous vaut le titre de cet article...


  Commençons par les carnets Philopode :
C'est le laboratoire Freydier de Montpellier qui fabriquait depuis longtemps un onguent destiné à préserver les pieds en bon états, très apprécié surtout pendant la guerre par nos soldats, victimes des marches forcées et de tranchées humides. D'où ce fantassin :



  Eux ont eu l'idée, non seulement d'imprimer leur publicité sur les bords de simples feuilles de timbres, mais encore de les regrouper dans de jolis petits carnets cartonnés, qu'ils distribuèrent gratuitement aux pharmaciens.
Dedans : 4 timbres à 15, 25, ou 50 centimes, avec leurs bords de feuille.
On voit bien que leur inspiration venait avec les carnets officiels.

Certes, cela a dû leur coûter moins cher que de passer par Carlos, mais tout de même, l'investissement n'était pas négligeable !

Est-ce que la décision prise par la poste en août 1929 de ne plus émettre de carnets dits privés y serait pour quelque chose ? Ou bien n'est-ce qu'une coïncidence ?

On connait 4 couvertures différentes selon le semestre du calendrier, et selon l'année 1871 (erronée) ou 1875 de l'année de fondation du labo.

extérieur      intérieur

Pouvant contenir les 3 timbres suivants, tous au type Semeuse, achetés aux guichets :
-15 c. brun-lilas - tiré à 109 exemplaires (coût = 65,40 francs)
-25 c. brun-jaune - tiré à 662 exemplaires (coût = 662 francs)
-50 c. rouge - tiré à 2073 exemplaires (coût = 4146 francs) + le prix de revient des couvertures.

Ce qui, théoriquement pourrait déjà représenter 12 carnets différents ! On n'est pas certain que toutes les combinaisons existent. L'erreur 1871 ayant été corrigée, mais quand ?

Plus que 12 si l'on s'amuse à rechercher ceux dont la pub est imprimée sur le bord droit ou sur le bord gauche ! Et plus encore si l'on veut avoir un coin-daté !
Les pubs sont en revanche toujours de la même couleur brun orange.



Bref, il y a beaucoup de modèles.
Tous très appréciés par les philatélistes de l'époque, et donc aujourd'hui encore pas vraiment rares, même pour des tirages restreints. Peu ont été découpés, peu de timbres ont servi.

En revanche, si vous croisez ces timbres sur un courrier, faites-moi signe : ça c'est vraiment rare !

Lettre vue sur :
http://www.apn-philatelie.fr/index.php/forum/boite-a-idees/3-le-philopode

Et voici ce fameux onguent, trouvé sur :
http://www.alienor.org/collections-des-musees/fiche-objet-129208-onguent-notice-d-utilisation


+ la notice qui devait l'accompagner dans la poche de nos poilus !


Et divers documents très élogieux sur ses propriétés :



On trouve aussi d'autre "timbres" que le 10 c. rouge montré + haut, imprimés comme lui sur des enveloppes, entiers postaux repiqués. 
A croire qu'il y avait au moins autant de philatélistes que de pharmaciens dans ce laboratoire !...


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  L'autre exemple dont je voulais parler est celui de la marque JANIPOLINE :

  Mais là j'aurais beaucoup de mal à illustrer aussi joliment mon propos avec le produit dentifrice lui-même, ou bien avec des documents s'y rapportant : je n'en ai jamais trouvé la moindre trace !
Ce qui est assez incroyable à l'heure de Google !

Il est certes possible que la marque ait eu une existence très éphémère.
A moins qu'elle n'ait jamais existé ?...
Ne pourrait-il s'agir alors que d'une fabrication pour philatélistes ?
Qui sait ? J'attends la preuve du contraire.

La coïncidence est cependant frappante : les trois valeurs de Semeuse que l'on rencontre sont les mêmes que pour le Philopode ! Et la période est la même.

La plus courante, avec le 25 c. brun-jaune, est presque toujours vue avec ces pubs :


Alors que le 15 c. et encore plus le 50 c. sont vraiment difficiles à trouver.

Pour ces 2 valeurs, on ne voit jamais le modèle précédent de publicité, mais simplement les tarifs postaux de l'époque : rares tous les deux !


  Modèle que l'on doit pouvoir croiser également avec le 25 c. mais personnellement, je n'ai jamais eu cette chance ! C'est curieux !
Peut-être que l'un d'entre vous oui ?

  Dernière coïncidence : on n'en voit presque jamais non plus sur le courrier de l'époque, pas plus que l'autre !
Si jamais vous en croisez un, faites-moi signe...


  Celle-ci est à moi, mais j'ai quelques doutes sur son authenticité : j'ai en effet déjà croisé d'autres courriers un peu "bizarres" de cet Alfred Chauvin !...
Presque trop beau pour être vrai !...

Merci de bien vouloir me communiquer toute information 
complémentaire ou contradictoire !