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dimanche 30 décembre 2018

Meilleurs Vœux !


  L'année 2018 se termine. Elle aura été pour moi très riche en jolies trouvailles philatéliques : la plus belle de toute ma vie de collectionneur !

J'ai eu l'occasion et le plaisir de vous en faire découvrir un assez grand nombre dans ce "blog" mais le temps m'a parfois manqué... Et c'est tant mieux : j'aurai ainsi la chance en 2019 de vous en montrer d'autres assez sympa, c'est promis !
Voilà déjà une bonne résolution de prise...

  Etant donné que j'aime bien la tradition qui voulait que l'on s'envoie une carte de vœux par la poste, et que celle-ci tend fâcheusement à disparaître au profit des SMS ou des courriels, je profite de ce pénultième jour de 2018 pour vous en poster une :


Avec un peu de chance, et grâce à la bonne volonté des facteurs d'internet, elle va réussir à se faufiler entre les barrages routiers des manifestants, et arrivera juste à temps !
Vous avez vu ? Elle a bien pris soin d'enfiler son gilet jaune...

  Ceux qui me suivent depuis toutes ces années ne vont pas se demander bien longtemps quelle jolie carte j'ai bien pu choisir pour eux.

Non ! Assurément pas une de celles que l'on trouve recouverte de paillettes, de décors enneigés, ou bien qui se met à pousser la chansonnette lorsqu'on la déplie...

 Vous vous doutez tous que je n'ai pas pu m'empêcher de vous trouver une belle Semeuse pour marquer le coup, et vous avez bien raison.
Mais n'ouvrez pas trop vite l'enveloppe, et faites bien attention à ne pas endommager ce qu'elle contient !


Mais qu'est-ce que c'est que ça ?

Visiblement, un joli coin de feuille du 25 c. bleu annulé avec des hexagones concentriques que les philatélistes connaissent sous l'appellation de para-oblitération. C'est déjà joli !

La Poste maculait ainsi volontairement les timbres de sa production qui ne satisfaisaient pas à toutes ses exigences de qualité : les ratés, les défectueux, tous destinés au rebut. 

Ceux qui ont fini par se  retrouver dans les collections se sont donc faufilés hors du droit chemin qui aurait dû les conduire à être détruits, et ce pour notre grand plaisir.
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  Mais comment se fait-il, me demanderont les plus observateurs d'entre vous, que le bord de feuille en haut soit perforé ? Ce n'est jamais le cas, normalement ! 

Et s'il s'agissait d'un inter-panneau (qui, lui, est toujours dentelé), plutôt que d'un haut de feuille, on devrait y trouver les fameuses barres horizontales de couleur bleue, comme sur ce fragment de feuille par exemple :
Serait-ce pour cette raison ? 
Quelqu'un aurait-il tout bonnement oublié les barres ?
Ce qui aurait justifié la mise au rebut ?

Non ! Je n'ai jamais vu de feuille ou de partie de feuille qui ne soit porteuse de ces barres imprimées dans la couleur des timbres. Jamais !

Elles étaient là pour éviter que ne soit mis à la disposition du public, des vignettes vierges de toute impression, parfaitement au format d'un timbre, toutes faites sur un papier authentique et gommé. 
Cela aurait pu tenter les faussaires ! 
Ils auraient pu les utiliser pour leurs malhonnêtes fabrications...
Je crois d'ailleurs savoir que cela a bel et bien été le cas quelques fois.
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  Il ne faut jamais dire jamais me répondront les plus pointus !

Les feuilles destinées à la fabrication des carnets à plat étaient dépourvues de ces bandes !

C'est tout à fait exact : pour ces feuilles de 120 timbres que l'on coupait en 6 afin d'obtenir le bon format des carnets de 20 ou de 40, cet intervalle était obligatoirement coupé en son milieu à l'atelier de fabrication. Du coup : inutile d'y imprimer la moindre barre de couleur ! CQFD

  Comme cette découpe ne se faisait qu'une fois que la feuille avait été agrafée dans une feuille correspondante de 6 couvertures, aucune feuille ne pouvait jamais sortir indemne de l'atelier. 
Toutes étaient transformées en carnets !
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Presque toutes !...

  On sait depuis 2004, depuis le jour où la maison Roumet a mis en vente un ensemble exceptionnel de feuilles pour carnets au type Semeuse, restées entières près d'un siècle, que cela existe.
On en connait 4 exactement : une dentelée et une non dentelée du 5 c. vert et du 10 c. rouge, les plus magnifiques joyaux de la philatélie pour moi, ainsi que quelques fragments du 10 c., mais aucune feuille ni fragment du 25 c. bleu.
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Juste un petit bout en fait, celui-ci :


  Ce bloc a conservé ses 2 inter panneaux dentelés (sans barre de couleur donc) ce qui démontre qu'il s'agit d'un des 4 blocs de 10 (ni celui du haut, ni celui du bas) situés sur la moitié droite d'une feuille de 120, jugée défectueuse et annulée, puis hélas découpée. 
Pas facile en effet de faire sortir discrètement une feuille entière de l'atelier...

Celles vendues chez Roumet, provenaient de la collection d'un grand collectionneur de l'époque, maître Henri Kastler, notaire à Paris. 
Il n'est pas impossible que sa notoriété lui ait permis de visiter l'atelier dans les années 1910-1915, et de bénéficier d'une exceptionnelle faveur de l'administration à cette occasion...

  Ce bloc bientôt centenaire a une dizaine d'année de moins que lesdites feuilles. 
L'absence de trace d'agrafe sur son bord gauche prouve bien qu'il n'a jamais été question de s'en servir pour fabriquer un carnet.

Qui sait si les autres timbres ont été dirigés vers les rebuts, et s'il s'agit vraiment du seul fragment de feuille pour carnets de ce 25 c. bleu ayant su y échapper ?

Personne ! Mais moi je le pense, et je l'aime vraiment beaucoup !

C'est la deuxième fois que je le croise. 
Lors de notre première rencontre dans les années 80 sur les hauteurs de Cannes, je n'avais ni l'âge ni les moyens de me le payer, ni toutes les connaissances voulues pour l'apprécier à sa juste valeur. Nous nous étions séparés bons amis.
Pour finalement nous marier cette année...

  Cerise sur le gâteau, le timbre est au type IV, celui des premiers carnets du 25 c. datant du début de 1920, dont on sait qu'ils n'ont pas donné satisfaction, ce qui leur a valu d'être assez vite remplacés par ceux au type I B, puis par ceux au type II, tous sans publicité, et avec cette même couverture :


Décidément non, je n'aurais vraiment pas pu 
vous trouver mieux comme carte de vœux !

Pourvu que 2019 nous réjouisse autant !...



mardi 25 décembre 2018

" AAARRRHHH, putain de saloperie de bordel de rotative de merde ! "


 J'espère en ce jour de fête ne pas avoir trop choqué les chastes oreilles d'internet avec ce titre, mais c'est à mon avis ce qui devait résonner de temps en temps dans les grandes salles de l'atelier de fabrication des timbres-poste, en 1922...


  Surtout si l'on imagine un employé expérimenté et méticuleux, levé de bonne heure et impatient de pouvoir enfin faire fonctionner la fameuse machine Chambon dont on lui vante les mérites depuis des mois.

  Toute sa carrière qu'il a passé à se perfectionner sur la typographie à plat, à en maîtriser toutes les finesses, à en peaufiner les réglages ! Tout ça pour repartir de zéro ! A son âge...

  Obligé de se farcir des heures de formation à écouter des tas d'incapables qui croient tout savoir sur l'imprimerie, persuadés d'avoir inventé le fil à couper le beurre !

  Forcé de s'adapter à cette nouvelle technologie soi-disant de pointe, que l'on veut lui imposer à tout prix !

  Oubliées les grandes feuilles de papier qu'il fallait savoir positionner parfaitement sur la presse, puis amener à la machine à gommer, celle qui les séchait au passage. Puis les faire couper en deux et les confier in fine à la dernière machine qui, en les perforant, donnait vraiment naissance aux timbres !
Ensuite, il restait à les compter manuellement, et à en faire des paquets...

Et bien tout ça, c'est fini : vive le progrès !

  Dorénavant, il suffit en théorie de se démerder comme on peut pour mettre en place à une extrémité de la rotative des rouleaux de papier déjà gommé, qui pèsent un âne mort. Comme aux chiottes, vous en déroulez juste ce qu'il faut. Vous appuyez sur le bouton "MARCHE" et il vous sort à l'autre extrémité, tout un tas de feuilles de timbres imprimées et dentelées à merveille, datées et numérotées. C’est y pas beau la technique ?

  Enfin, ça c'est la théorie, car quand on s'amuse à regarder les rares feuilles de notre Semeuse verte à 10 centimes datant de cette période de transition (notamment celles des premiers jours), on s'aperçoit qu'il s'agit presque toujours de feuilles ayant dû être renumérotées à cause de nombreuses feuilles défectueuses (nous en avons déjà parlé ici, avec de jolis exemples).
Ce qui prouve que tout était loin d'être au point...

  Alors, moi, je ne peux pas m'empêcher d'entendre d'ici le juron qu'il a laissé échapper l'ouvrier en question ce jour-là, en découvrant le magnifique résultat obtenu avec sa belle machine toute neuve :


Ce bloc, ça faisait des années que je le voyais passer et qu'il me faisait envie, tantôt dans des expos, dans la collection du grand spécialiste de ce timbre, puis dans des ventes sans jamais pouvoir me le payer. Et puis cette année, il a fini au pied de mon sapin...

Visiblement il était attaché, il y a plus longtemps encore, à celui-ci, dont je n'ai que la photo :


...Et à un autre bloc de 9 (les 3 colonnes de droite de la feuille) qui devait porter la date, toute bavouillée de vert : le fameux coin daté ! 

Celui-là, je ne l'ai jamais vu, mais je donnerais cher pour le ranger à côté du mien un jour !...

  Au fait, à votre avis, sans parler de la perforation toute de traviole, c'est le dateur / numéroteur qui est responsable de ce massacre, ou bien le bas du galvano lui-même ??? 

That is the question !

Faut dire qu'il n'y a qu'en 1922 que la même encre (celle du timbre) servait à la date et au numéro. 

Raison pour laquelle on avait ménagé des encoches sans les parallélogrammes aux 4 coins, pour que ces informations restent lisibles. Ensuite, une encre noire a été (presque toujours) choisie.

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  Pour terminer, je ne résiste pas au plaisir de vous montrer que 5 ans plus tard, il arrivait toujours des misères aux bas des feuilles imprimées par ces rotatives :


Avec des fragments de Semeuses imprimées sur la gomme, ce qui ne court vraiment pas les rues !
Et avec en prime le coin daté cette fois-ci !

Avec l'impression à plat, on en voit de temps en temps de ces impressions au verso, que ce soit pour les feuilles ou pour les carnets, mais en rotatif, c'est franchement exceptionnel !

Une belle idée de cadeau pour faire ma lettre au papa Noël, 
même si c'est un peu tard pour cette année...

 Difficile d'expliquer comment cette dernière variété a bien pu survenir : un gros froissage du rouleau de papier une fois engagé dans la machine, peut-être ?...
  
 N'hésitez pas à me donner vos impressions en cliquant sur "commentaire" ci-dessous.

Merci et passez de bonnes fêtes de fin d'année ! 

Je vous la souhaite aussi bonne que la mienne, 
philatéliquement parlant !


lundi 10 décembre 2018

Pas banal !


  Je vous présente aujourd'hui cette jolie variété, non seulement parce que je la trouve spectaculaire, mais aussi parce que c'est la première fois que j'en rencontre une de la sorte. De plus, elle illustre à merveille les problèmes techniques qui peuvent faire varier l'impression de notre chère Semeuse !


  Vu comme ça, ce bloc de 4 barré en diagonale par un "sur-encrage", pourrait vous sembler un peu triste, mais ceux qui s'intéressent un tant soit peu aux procédés de fabrication des timbres de l'époque se demandent certainement comment cela a bien pu se produire...

Il s'agit d'un timbre imprimé par les machines rotatives de l'atelier, dès 1926, sur des rouleaux de papier déjà gommé.

Il est impossible que l'encre soit en cause : elle était uniformément déposée sur le cylindre, et même une coulure ou un surplus ne saurait donner ce résultat.

Si ce n'est pas l'encre, c'est que c'est le papier qui doit être à l'origine de la variété.

  L'image vous rappelle peut-être un récent article consacré ici aux raccords de papier : on observe en effet souvent au niveau de ces raccords, une impression plus marquée là ou les deux rouleaux sont raboutés l'un à l'autre. Une partie de l'impression se faisant sur une double épaisseur de papier.

Mais ces raccords étaient toujours réalisés +/- horizontalement (ou presque) et non pas en diagonale ! Il faudrait avoir l'esprit bien tordu pour fabriquer un raccord en diagonale !

  Regardons à présent la feuille entière dont j'ai extrait ce bloc de 4 :


Spectaculaire et curieux comme variété !
Non ?
Si, si, je vous assure !

  Personnellement, je n'avais jamais vu ça auparavant,
et c'est ce qui m'a attiré.


  J'avais déjà vu des feuilles imprimées alors qu'un "corps étranger" (en réalité un morceau de papier) était venu s'interposer entre le cylindre et la feuille. On en trouve, mais très rarement car les contrôleurs se devaient de retirer ces feuilles fautées de la circulation bien avant qu'elles n'arrivent aux guichets de la poste. 
Encore fallait-il que le défaut soit assez marqué pour être facilement repéré.
Comme sur ce bloc, vu dans une vente :


Ou bien franchement impossible à rater, comme celui-là, lorsque le fragment inopportun se décollait ou était retiré après l'impression : 



 Ce n'est pas le cas de notre feuille : le défaut a très bien pu passer inaperçu. 
Le "corps étranger" s'est retrouvé dessous, et non plus dessus.

Et c'est en la retournant qu'on comprend ce qu'il s'est produit :


Comme quoi ceux qui s'intéressent à la gomme n'ont pas toujours tort !...

  Un fragment de papier, d'ailleurs gommé lui aussi et peut-être un peu humide, est venu se coller au dos et en plein milieu de notre feuille, se retrouvant entraîné avec elle dans la rotative.

Comme il ne dépassait pas, il n'a pas été arraché au passage, ni repéré par les contrôleurs.

  La double épaisseur de papier à son niveau explique ce que nous avions appelé "sur-encrage", lorsque l'ensemble est passé sous le cylindre normalement encré.

Puis, une fraction de seconde plus tard, l'intrus a été perforé lui aussi par la même occasion !

Vraiment pas banal !

  Les spécialistes de la typographie savent que les imprimeurs jouent avec ce qu'ils disposent comme matériel sous les feuilles destinées à l'impression, sur le support : feutre, carton ou papier d'épaisseurs et de dureté diverses, pour obtenir le meilleur réglage de leurs machines, et surtout le meilleur rendu.
A présent, vous en avez l'illustration sous les yeux.