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vendredi 22 novembre 2019

C'est bien ce qu'il me semblait !...


  Peut-être que ça ne va pas passionner grand monde, mais moi je suis bien content d'avoir trouvé en farfouillant sur internet la confirmation que je cherchais.

Il fallait bien chercher, c'est vrai !

Caché au fond du journal "L'intransigeant" du 15 mai 1927, à la rubrique des petites annonces.

Au niveau des offres d'emploi de placiers, courtiers, représentants.

  On y lit que la société à l'origine de la Lettre Touristique Mondiale dont je vous avais montré une superbe carte-lettre en novembre 2018, avec sa Semeuse perforée si rare, recherchait à l'époque un courtier, et lui promettait de gros gains...



Ceci semble confirmer que ces cartes datent bien de 1927
comme le laissait supposer l'exemplaire oblitéré.


dimanche 17 novembre 2019

Avec ce froid !...


  Si vous allez skier ou vous promener cette saison du côté de Serre Chevalier, prévoyez des chaines pour la voiture, car les routes y ressemblent souvent à ça...


...et le col du Lautaret sera probablement fermé !

*****
  On savait notre Semeuse intrépide et baroudeuse, toujours prête à s'élancer aux quatre coins du monde, quitte à employer tous les moyens mis à la disposition du courrier. 

Rien ne l'a jamais effrayée : ni les longues et périlleuses traversées maritimes, ni les premiers raids aériens, ni les traversées du désert en autochenilles ! Elle a même essayé un court trajet en fusée en 1938... Dommage que les américains se soient lancés les premiers à la conquête de la lune, sinon elle aurait été du voyage, c'est sûr !...

  On sait aussi que les explorateurs de l'époque, lorsqu'ils organisaient leurs aventures et grandes expéditions, emmenaient presque toujours du courrier avec eux. Que ce soit pour inaugurer un service postal innovant dans sa rapidité, dans son parcours, ou bien pour faire plaisir aux philatélistes, il est rare de ne pas trouver dans leurs bagages une lettre, une carte postale affranchie avec notre timbre préféré.

  Vous connaissez certainement Paul-Emile Victor. Ses initiales P.E.V. sont restées gravées dans les mémoires et dans les glaces du Groenland, où il a vaillamment porté le drapeau français dès 1934. 

Je viens d'apprendre qu'il se nommait en réalité Paul-Eugène ! C'est vrai que ça sonne moins bien...

  Amoureux des Alpes, le voici (à droite) au col de Montgenèvre en train de préparer une de leurs expéditions, avec son ami et coéquipier le géologue Michel Pérez :


 A force de fréquenter les villages isolés de montagne, il a dû se rendre compte de l'importance que prenait l'hiver la distribution du courrier et le passage du facteur pour ces habitants, qui se retrouvaient facilement démunis et coupés de tout lors des fortes chutes de neige.

Comme lui et ses chiens étaient les seuls à pouvoir se déplacer assez rapidement dans ces conditions, une idée lui est venue : prouver que les chiens de traîneaux pouvaient être utiles à la population, même ailleurs qu'au pôle Nord.

  Le 26 janvier 1938, ces deux hommes, forts de leur expérience au Groenland, réalisent la première liaison postale alpestre en traîneau à chiens, avec l’autorisation spéciale du ministère des PTT.


  Le départ s’effectue à 8 h 30 sous le contrôle du receveur des postes de Briançon. Un traîneau spécialement mis au point par eux et tiré par sept chiens groenlandais va permettre ce transport expérimental Le Monêtier-les-Bains - La Grave et retour, en passant par le col du Lautaret.

Un sac postal est emporté pour La Grave, où un autre sac leur sera remis pour le retour vers Monêtier-les-Bains. Michel Perez et Paul-Émile Victor avaient réalisé 12 entiers postaux pour témoigner de cette performance postale.

En plus du sac postal, les deux hommes emportent du matériel de réparation et de secours, des vivres et des vêtements ainsi que deux paires de skis avec bâtons. C’est une charge d’environ 90 kilos, traîneau compris, qui va parcourir 60 kilomètres.


Au cours du parcours qui aura duré moins de 8 heures, Michel Perez et Paul-Émile Victor se sont relayés pour marcher à côté du traîneau, l’autre étant toujours assis sur le traîneau.

  Même s'ils sont anecdotiques (et au type Paix), ces entiers m'ont toujours attiré du fait de leur rareté et surtout leur originalité ! Ils ont officiellement circulé, et ne sont pas que philatéliques.
En plus, comme le tarif de la carte postale pour l'intérieur était de 55 centimes, il y toujours une Semeuse à 15 c. YT 189 collée dessus (sinon, je ne vous en aurais jamais parlé) :


Pour la plupart ils se les sont adressés à eux-mêmes
en Poste restante, vers La Grave puis Le Monêtier au retour.

Sur certains, les 2 explorateurs ont apposé leurs signatures, 
comme celui-ci réadressé le soir-même de Briançon vers Paris :


Ils y ont même corrigé à la main les horaires des cachets d'arrivée : 
12 h. 20 à La Grave, et 17 h. 30 au Monêtier !

Sur celui-ci figure un cachet frappé avec un tampon fabriqué pour l'occasion :


Au dos de celui-ci, tous les cachets du parcours, authentifiant l'exploit réalisé :


 En voici donc 4 sur les 12, mais j'aimerais bien voir les huit autres un jour. 
Ils ont certainement été tous bien conservés (par le froid !...)
Si vous en voyez passer un, MERCI de me le signaler !


  À l’issue de cette liaison postale rapide d’hiver, Perez et Victor sont persuadés qu’un traîneau à chiens conduit par n’importe quel temps et quelles que soient les conditions d’enneigement, peut rendre des services analogues dans toutes les Alpes « assurant le service postal comme également le ravitaillement des postes de montagne, et le transport des blessés ». 

 Cette belle histoire reste assez peu connue, sauf de quelques philatélistes. Elle aurait pourtant pu être bien plus utile aux Français vivant en montagne que les expéditions arctiques dont elle n'a pas le prestige. A croire que l'automobile est vite venue au secours de ces régions enneigées...

Les chiens peuvent dorénavant se reposer sur leurs deux oreilles !


La presse en a tout de même un peu parlé :

"Paris Soir" du 28 janvier 1938

Les deux amis relieront même un peu plus tard Nice à Chamonix, de la même façon !

Plus de 35 ans après cette liaison postale historique, en 1975, Paul-Émile Victor affirmait :
« Aujourd’hui encore, lorsque le Lautaret est fermé, il faut souvent deux jours au courrier pour faire le même trajet. » 

Merci aux sites internet, et aux propriétaires de ces entiers 
qui m'ont permis de vous conter cette aventure 
extra ordinaire !

N.B.
c'est à Bora Bora que P.E.V. avait choisi de finir sa vie,
ce qui fait un lien avec mon article précédent.


samedi 2 novembre 2019

Aux bouts du bout du monde !


  Pour ceux qui auraient du mal à situer sur une carte les îles de la Désolation, j'ai mis un petit rond rouge dessus, cherchez bien :


Faut avouer que celui qui leur avait donné ce surnom (James Cook)
n'avait vraiment pas exagéré !
Je ne pense pas qu'on puisse trouver sur notre planète un coin plus reculé et inhospitalier : des vents permanents y soufflent souvent au-delà des 150 Km/heure, avec une température moyenne sur l'année proche de 5°C. 
Et, cerise sur le gâteau, visez un peu la tronche des habitants :


 Ça vous aide si je vous dis qu'elles ont été découvertes en 1772 par ce navigateur breton ?
Yves Joseph de Kerguelen
Seigneur de Trémarec

Pas étonnant que depuis l'époque de Louis XV, 
on ne s'y bouscule pas, aux Kerguelen !

  Deux siècles plus tard, des aventuriers du Havre, les frères Bossière (Henry et René) décident de se lancer dans leur exploitation, avec assez peu de succès, même s'ils ont laissé aux philatélistes de superbes courriers, aujourd'hui recherchés et souvent vedettes des ventes et des expositions. 
Et notre Semeuse y était !

Tous ces courriers qui semblent bien "philatéliques", ont pourtant régulièrement circulé, et sont revenus des Kerguelen via l'Afrique du Sud ou l'Australie.
Les plus rares comme ceux-ci portent un cachet de transit :




(MERCI au passage à leurs heureux propriétaires)

Je vous conseille ce site concernant l'exploitation de cette île perdue :


Henry, sur la droite, en 1909

Et une vue du port, prise après la guerre 

  Déjà pas facile en temps de paix, la promenade dans les quarantièmes rugissants (presque cinquantièmes), la communication avec les Kerguelen a été interrompue durant la première guerre mondiale : vous imaginez bien qu'on ne devait pas y croiser grand monde...

René Bossière avait été nommé Résident de France depuis 1896, ce qui lui avait permis de s'autoriser à utiliser le joli cachet postal ornant ces lettres, mais d'après ce que j'ai pu trouver comme renseignements, l'île avait été évacuée pendant la guerre.

*****

  Toujours est-il que le 16 mars 1918, alors que la France fait face à l'offensive allemande, un certain Monsieur Brunel, demeurant dans le Xème arrondissement de Paris au n°10 de la rue Paradis, a un truc important à raconter à René, ou bien à lui envoyer. 
Pour plus de sûreté, il se décide pour un recommandé, et précise même "par le Cap de Bonne Espérance" à l'attention des postiers.


Son courrier mettra presque 2 mois pour arriver en Afrique du Sud : à Durban le 9 mai, puis à Capetown - Kaapstad le 13 mai.

Mais comme toutes les communications étaient suspendues, la lettre va devoir être retournée dès le 16 mai vers la France.

Au passage, elle a bien évidemment été ouverte et contrôlée par la censure militaire, qui y a apposé son cachet violet au recto, et une étiquette au verso. Visiblement néerlandaise cette censure !

Un mois plus tard, elle est revenue au bureau de Paris X le 19 juin, où elle va chercher son destinataire (qui était d'ailleurs également son expéditeur) jusqu'au 24, pour finalement arriver à Ligny le Chatel dans l'Yonne le 26 juin. Mr Brunel ayant dû fuir à Varennes...

Un bien joli périple qui a laissé de nombreux cachets au dos de l'enveloppe :


  Pour moi qui m'amuse depuis longtemps à récolter des lettres affranchies avec ma chère Semeuse, pour des destinations lointaines, et avec retour à l'envoyeur, celle-ci est une des plus belles !

J'en ai bien trouvé celle-là, pour Papeete, qui est sympa aussi :


Tahiti est peut-être une île encore plus éloignée de tout, en kilomètres, que ne le sont les Kerguelen, mais reste vous l'avouerez, nettement plus avenante :

Une insulaire, dans la même posture que l'animal austral

Je termine en vous montrant à présent le recto de la vue de Port Jeanne d'Arc :


On y apprend que Monsieur Bossière profitait de ses voyages dans les terres australes pour en ramener et distribuer aux scientifiques amateurs, des photos d'éléphants de mer : chacun son truc !
Moi j'ai tendance à préférer les vahinés...