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lundi 6 février 2017

C'était le bon temps !


1924

  Non seulement le timbre pour affranchir le courrier ne coûtait que 25 centimes (d'anciens francs !), mais en plus on pouvait se le procurer à la poste sous la forme de si pratiques carnets, tels que celui-ci par exemple, qui a rejoint récemment ma collection :


Avouez qu'il est joli tout de même : difficile de résister à son charme !

  Rien que cette image montrant ses couvertures extérieures polychromes, et intérieures plus modestes, devrait suffire à donner envie de collectionner les carnets à n'importe que philatéliste !...

Moi, ça fait longtemps que je suis tombé dans la marmite, mais je ne m'en lasse toujours pas.
Comme Obélix, j'en demande encore et encore !

  Bien entendu, ils ne sont pas tous aussi spectaculaires, mais je me suis amusé, en quelques minutes, à rechercher sur internet quelques jolies images correspondant aux 6 annonceurs qui avaient dû signer un contrat avec Carlos Courmont, pour promouvoir leurs marques sur celui-ci :

Evian - La Cressonnée - Elders et Fyffes - Tortosa - Révuslsior - AP EL

Vous n'imaginez pas tout ce que l'on peut apprendre en "surfant" ainsi sur le net !
De clic en clic, votre esprit vagabonde sur les pages trouvées par votre moteur de recherche, et souvent vous avez de belles surprises...

Autant de témoignages de cette belle époque, que d'histoires souvent amusantes et toujours instructives, que de renseignements sur le mode de vie d'alors, et de découvertes enrichissantes.

Vous saviez, vous, que le Cachat était un fromage du Mont Ventoux ?
Autant que le nom du propriétaire de la célèbre fontaine d'Evian, ce qui n'a strictement rien à voir.


On se bousculait pour aller boire son verre à la source !


Vous saviez que Fyffes est depuis 1888 la plus vieille entreprise ayant trait au commerce de la banane ?


Avec son siège de Saint Ouen :


Que La Cressonnée, apéritif alors à la mode, était une sorte d'absinthe élaborée avec du cresson ?



Une boisson pourtant pleine de vertus, et moins dangereuse que l'absinthe :


Aviez-vous appris que Tortosa était une ville de Catalogne ?
Où l'on fabriquait peut-être de la réglisse, comme à Valence ?




Et vous y croyez, vous, aux bienfaits du Révulsior ?
Aussi efficace sur la gorge, les bronches que sur les articulations et les muscles !
Rien qu'en se badigeonnant avec !...



Est-ce que vous auriez eu l'idée de ce nom " AP-EL " pour votre société d' APpareils ELectriques ?





L'idée vous serait-elle venue dans votre laboratoire équipé de la plus haute technologie ?



Si comme moi vous avez répondu NON à toutes ces questions, 
c'est que vous avez encore tout plein de choses à apprendre !

Et la collection des carnets vous aidera certainement,
tout en vous divertissant...



dimanche 29 janvier 2017

Un joli pli pour mieux comprendre les coins datés !


  J'avais eu la chance, il y a quelques années, de trouver ce magnifique bloc. Une moitié de feuille, touchée par une spectaculaire variété d'impression sur pli accordéon du papier :

Avec un coin daté du mercredi 22 décembre 1926

Je savais bien, à l'époque, que cette chance ne se reproduirait pas 2 fois ! 

Mais je savais aussi qu'il devait bien exister quelque part, d'autres timbres pareillement touchés par cette variété, puisque le pli en diagonale s'était produit lors de l'impression, sur tout le rouleau de papier défilant dans la presse rotative. 

Le cylindre de ce jour-là est facilement identifié comme étant composé des deux galvanos O + P.

En revanche, l'inclinaison de la diagonale pouvait me laisser penser que mon bloc avec son coin daté était unique !

Et bien, non ! !

Figurez-vous qu'une vente de mardi prochain propose un coin daté similaire, ce qui me permet de vous les montrer tous les deux ici, miraculeusement réunis 80 ans plus tard (en photo) :


Et bien entendu, la date est la même !
Puisqu'ils ont été tous les deux imprimés par le même tour de cylindre !

Pendant la même fraction de seconde, ce mercredi là !

  Alors, grâce à mon logiciel d'images, je me suis amusé à reconstituer le résultat de l'impression de ce tour de cylindre : 



Ceci m'a permis de m'assurer qu'il n'y avait désormais 
plus aucune chance de trouver un autre coin daté semblable !...

Et cela vous permet surtout de mieux comprendre 
comment notre si chère 25 c. bleu Semeuse au type III B  
était imprimée à l'époque par ces presses rotatives, 
avec leurs fameux coins datés !



lundi 23 janvier 2017

S'amuser avec les coins datés


  Même les timbres les plus communs au premier abord peuvent receler de petites merveilles, et parfois nous procurer de grandes satisfactions : tous les vrais philatélistes le savent.

Il faut bien reconnaître que si, en plus, cela ne nous coûte que quelques euros à la fin, c'est encore plus sympa !

Et si, cerise sur le gâteau, le vendeur ne s'était aperçu de rien, c'est le must : on a vraiment beaucoup beaucoup de plaisir à faire un Chopin !

   Le 25 c. brun Semeuse YT 235 est un timbre vraiment très courant. Il n'a existé qu'en feuilles de 100 au type III B avec coins datés, et en bandes pour roulettes au type III C. 

Pas de vraie rareté à se mettre sous la dent du coté des coins datés : entre 1927 et 1938, de très nombreux tirages ont eu lieu, avec 28 cylindres donc 56 coins datés différents, ce qui rend la collection intéressante certes, mais pas passionnante.

Malgré tout, j'avoue que c'est toujours avec beaucoup de joie que j'en trouve un ou deux qui me manquent, par ci par là, et il y a de quoi faire : la collection complète en compte environ 3840 !...

  Alors, chaque fois que j'en vois un passer, je vérifie sur mes mancolistes si je l'ai ou pas. Et je regarde même ceux que l'on trouve parfois oblitérés.

Là ou ça devient amusant, c'est quand on regarde ici de plus près la date du cachet, et qu'on la compare à celle du jour où les timbres ont été imprimés : il faut toujours avoir l’œil !
Et aussi regarder au dos !

La preuve ! Regardez les 2 exemples ci-dessous, qui sont à mon avis assez peu courants. 
Et ne vous fiez pas aux apparences :

Ceux-ci sont bien sortis de la rotative le 23.12.1929

Et ceux-là le 01.09.1928

   Il s'agit à chaque fois de ce qu'on appelle une paire de coins datés : les deux correspondant à un tour du cylindre en question.
Sur la gauche, un des galvanos, et sur la droite l'autre galvano (ici représentés en doubles : un à l'endroit et un à l'envers).

Deux jours (connus et répertoriés) où le conducteur de la presse s'est trompé en réglant l'un des deux dateurs du cylindre : il s'est gouré d'une année. Tout simplement.

   Comme l'erreur n'avait aucune conséquence sur les timbres eux-mêmes, ceux-ci ont normalement été mis en vente, et donc achetés par le public de l'époque.

Il se trouve que dans les 2 cas, l'acheteur a été bien étonné de voir au coin de ses timbres une date de l'année à venir, et non de l'année en cours ! On imagine sa surprise.

Alors, il en a profité pour y faire apposer un cachet officiel à son bureau de poste, prouvant ainsi l'erreur de fabrication ! Tantôt coté timbres, tantôt côté gomme.
Et il a dû les conserver précieusement en souvenir...

   Sur l'exemple du haut, vous noterez qu'il s'est même trouvé deux acheteurs bien distincts pour s'en apercevoir : un au Vésinet + un à Lunéville.
Et le même jour qui plus est : le 11 juillet 1930 !
Incroyable, non ?

   Encore plus invraisemblable de le retrouver sur eBay 87 ans plus tard, et pour 3 euros !

   Entre temps, ils ont dû en amuser des philatélistes ces coins datés !...



mardi 17 janvier 2017

Une semaine folle début mars 1922 !


 Ceux qui me lisaient ici-même en avril 2010, connaissent déjà les aléas du début de l'impression des timbres avec la première presse rotative, et donc de l'apparition des coins-datés, ma collection préférée.

  On sait grâce à Jean-Luc que cette merveille de technologie avait été achetée par l'atelier de fabrication des timbres poste dès juin 1921, dans le but de simplifier surtout celle des roulettes, qui était jusque là manuelle et très fastidieuse !

  On imagine aisément le chamboulement dans les habitudes des ouvriers et techniciens de l'époque : il leur a certainement fallu une longue période d'apprentissage, et de nombreux tests avant de se lancer à fond dans l'utilisation de cette nouveauté !

Une seule machine, approvisionnée par des rouleaux de papier déjà gommé, réalisait dans le même temps et toute seule :
-l'impression (celle des timbres, de la date et du numéro de chaque feuille),
-la perforation (rangée par rangée et de bas en haut, rappelons-le une nouvelle fois)
-la découpe en feuilles de 100 timbres.

  Un vrai miracle ! surtout comparé aux différentes étapes et manipulations que nécessitait auparavant l'impression à plat !

  C'est le samedi 4 mars 1922 que les premières feuilles de timbres rotatifs ont vu le jour (en tout cas celles qui sont parvenues jusqu'à nous). Beaucoup les considèrent comme des essais, finalement mis en vente pour éviter le gaspillage, et aussi car le résultat obtenu avait été jugé satisfaisant.

On ne travaillait que le matin, le samedi, mais on peut penser que l'enthousiasme aidant, certains n'ont pas dû rechigner devant quelques heures supplémentaires...

  Les premiers cylindres ont dû leur donner beaucoup de mal, du fait du cintrage et de l'ajustement millimétrique nécessaires. Quatre galvanos de 50 timbres étaient ainsi confectionnés, assemblés et retouchés à la main, afin d'obtenir un cylindre.
Un tour de celui-ci imprimait deux feuilles de 100 à chaque tour.
Avec 2 coins datés.
Toujours différents l'un de l'autre mais avec la même date. Celle-ci étant modifiée chaque jour.


  Les deux feuilles imprimées étaient séparées par deux rangée de parallélogrammes dont le but était d'amortir un peu les chocs dus à l'inévitable décalage, si minime soit-il, au niveau de la surface imprimante.

  Nous avons déjà parlé des encoches qui avaient été ménagées à leurs 2 extrémités pour laisser place à l'impression - de la date à droite, - et du numéro de chaque feuille à gauche.

Ainsi étaient nés les coins-datés. 

Et c'est le baron Raoul de Vinck de Winnezeele qui, bien plus tard, a su consacrer une partie de sa vie à leur étude, basée sur la reconnaissance de ces parallélogrammes, et des différents tirages : en accomplissant un travail phénoménal !

  Le timbre choisi pour ces débuts rotatifs est le 10 c. vert au type Semeuse, correspondant au tarif des imprimés, et identifié par la suite comme au type I B.
Pas facile à reconnaître d'ailleurs, ce type I B !...

  Très peu de feuilles sont connues de ces premiers tirages (mais toutes cependant visibles dans mon article de 2010) et leurs coins datés constituent donc un des fleurons de la collection.

Un rêve de philatéliste plus exactement, car je n'en avais jamais rencontré, depuis plus de 40 ans !

Le premier cylindre avait été dénommé A+A, et parfaitement décrit par le célèbre baron.
C'est donc bien qu'il en existe quelque part...

  Mais comme il ne faut jamais dire jamais, ne voilà t'il pas que j'en vois sortir deux d'un coup dans une vente de ce mois-ci !
Incredible ! ! !

  Deux blocs de 4 datés, non pas du premier, mais du second jour connu, le mardi 7 mars 1922.

Vous imaginez bien que je n'ai pas pu laisser passer ça, et vous êtes assez grand pour deviner où ils sont à présent.
Pour être certain de ne pas les louper, il me faut vous avouer que j'avais misé 25 fois le prix de départ... Heureusement que le vendeur était honnête, et pas du tout spécialiste en coins datés !...

Allez ! puisque vous êtes bien sages, je vous la montre, ma belle paire :

Une merveille !

  Mais qu'est-ce qu'ils ont bien pu trafiquer à l'atelier, à votre avis, entre ce fameux samedi 4 et le mardi suivant ?

Probablement des réglages, des bidouillages, des cafouillages, mais en tout cas, une chose est sûre, c'est qu'ils n'ont pas chômé !

La preuve en est, que quelques jours seulement ont suffi pour réussir à fabriquer un autre cylindre (qui sera nommé B+C), destiné à prendre la suite du tout premier.
C'est donc que A+A n'a servi que très peu de temps.

On pense que B+C a tourné jusqu'au 11 mars, mais son premier jour reste incertain, car comme vous pourrez le constater ci-dessous, le dateur n'était pas encore au top...
Le jour est toujours illisible, imprimé à cheval !


Probablement le 8 ou le 9 mars... ou bien le 5 (un dimanche), ou encore le 6 ???
Ce tirage B+C est rare lui aussi, mais bien moins que le précédent ! Voici d'ailleurs son dernier jour :


L'image étant un peu meilleure, vous pourrez apprécier au mieux une belle tache sur sa droite, et peut-être remarquer que le papier a un aspect strié en diagonale, visible sur tous ces blocs.
Et pareillement au verso :


C'est ce qui leur a souvent valu d'être qualifiés de timbres "sur papier X" dont la gomme est aussi striée, mais il est en réalité bien différent : à mon avis beaucoup plus épais et plus blanc.
Jusqu'aux premiers jours du tirage suivant (avec le cylindre D+D), on trouve ce papier strié, et c'est un bon moyen d'identifier à coup sûr le type I B.

Pour le plaisir des yeux, je vous remontre ici ce magnifique bas de feuille avec ses parallélogrammes, sa date à cheval, et son numéro rectifié à la main (feuille de remplacement), le tout en vert :

Je me souviens encore de l'avoir déniché sur le stand d'un marchand lors d'une expo à Lyon dans les années 80 : il le proposait à 500 francs, et comme j'étais jeune et que je discutais un peu le prix, il voulait absolument me le couper en deux pour que ce soit + abordable...

  Pour les vrais amateurs de coins datés, voici la description donnée par le baron De Vinck de ces 2 prestigieux premiers tirages de l'impression rotative :



1er A        H = 8. Uni. Le côté oblique de droite de l’élément de droite mesure 3.
2 A        H = 7 ¾. Uni. Le côté oblique de droite de l’élément de droite mesure 2.

Premier jour
Dernier jour
Chiffres
Presse
Tirage

4.3.22
24.3.22
I en vert
1
Nous ne connaissons que les dates 4, 7 et 24 de 3.22.
La date du 24 n’est connue qu’avec le chiffre 4 imprimé à sec.



B             H = 6 ¼. Bas un peu flou.
C             H = environ 5 ½. Bas un peu flou.

Premier jour
Dernier jour
Chiffres
Presse
Tirage

? .3.22
11.3.22
I en vert
1
La première date d’impression connue peut être
le 5 (Dimanche), le 6, le 8 ou le 9 : le chiffre du jour est  
figuré par deux moitiés de nombres successifs.


( H étant la hauteur des "losanges", mesurée en millimètres )


C'est là que j'ai besoin de votre avis, maintenant éclairé : 

De Vinck nous dit avoir vu la date du 24 mars pour le tirage A+A, mais avec le 4 imprimé à sec.
Moi, je n'en ai jamais vu!

Vous y croyez, vous, à cette date 24 mars ?
Moi, pas trop !

Pourquoi ces 16 jours sans utilisation, entre le 7 et le 24 ?

Pourquoi donc aurait-on ressorti le cylindre A+A que l'on avait abandonné au profit d'un tout nouveau B+C ?

Si B+C commence à tourner le 6, le 8 ou le 9, pourquoi donc aller rechercher A+A le 24 ?

Pour moi, c'est encore le dateur qui a déconné, ou bien c'est qu'on l'avait mal réglé : il devait s'agir de petites viroles, que l'on tournait chaque jour manuellement pour afficher et ensuite pouvoir imprimer la bonne date.

Ce 24 sans le 4 pourrait bien être un tout autre jour du début mars, avec une erreur...
Pourquoi pas le lundi 6, qui s'imprimait  - 6 ?
Si avec vos gros doigts, vous faites tourner par erreur la mauvaise virole de 2 crans, de le la position neutre " - " à la position  " 2 " (au lieu de faire tourner l'autre de 4 à 6) vous obtenez 24, dont le 4 pourra alors ne pas recevoir d'encre...
C'est une explication un peu fumeuse, qui vaut ce qu'elle vaut, mais qui expliquerait que la date du 6 ne soit pas connue, et qui correspondrait à 3 jours logiques de tirage : samedi 4 + lundi 6 + mardi 7 !

Errare humanum est !

Facile de se tromper ! Surtout lorsqu'on est un peu surmené. 

Et surtout si on a un peu trop fêté la veille avec ses collègues, la mise en route réussie de cette si belle machine !...

A la santé de Chambon !

Moi je dis que ce 24 sans le 4 ne tient pas debout : ce n'est pas logique !
Mais je peux me tromper aussi, bien entendu.

Et en plus, j'aimerais bien en avoir un sous les yeux un jour : à bon entendeur, salut !

Pour info, le cylindre suivant D+D, ne débutera que le 13 mai. Après quelques semaines de repos, et certainement de mures réflexions...

Il est vrai que l'on trouve plus facilement des coins datés de ce tirage, et encore plus du suivant D+E, jusqu'à la fin de l'année, ce qui est un argument assez fort pour considérer les 2 premiers tirages comme des essais.



dimanche 27 novembre 2016

Photos d'époque : Merci la B.N.F. et Merci Gallica !


 Certaines de ces photos vous sont déjà connues, car elles ont servi à illustrer quelques sites de passionnés des timbres de cette époque.
Mais je ne peux résister à l'envie de vous les montrer ici à nouveau car elles y ont toute leur place.
  J'ai en effet découvert récemment qu'elles avaient été prises par un journaliste visitant en 1913 l'atelier de fabrication des timbres-poste, alors situé au n°103 du boulevard Brune à Paris.
Là où sont nées toutes mes chères Semeuses !...

 Entrez donc avec moi...

  En 1913, le tarif de la lettre simple pour l'intérieur était de 10 centimes, 25 pour l'étranger, 35 pour une lettre recommandée, et 5 ou 10 pour une carte postale, selon ce que vous écriviez dessus. 
Figurez-vous que tous les timbres correspondant à ces différents tarifs avaient la même effigie ! 

  Je vous laisse deviner laquelle... 
Vous avez déjà trouvé ?
 
Notre timbre préféré avait le monopole quasi absolu : 
il suffisait de lui donner la couleur appropriée, selon la réglementation 
internationale de l'U.P.U. : vert, rouge, ou bleu pour les principaux tarifs.
Les philatélistes ont tous en tête la série de 1907 au type Semeuse.

Mais poursuivons notre visite :
(vue agrandie en cliquant sur les images) 
Admirez la salle des machines avec au premier plan les presses à cylindres, plus modernes, et tout au fond les autres machines !


 C'est sur ces machines que notre Semeuse était imprimée !



 En zoomant, on peut voir les bidons d'encre, de la marque Lefranc, et l'endroit exact par où passait la feuille de papier pour être imprimée !
C'est précisément là que naissaient toutes les Semeuses, là où l'encre leur donnait la vie sur le papier : personnellement, moi je trouve ça émouvant. Pas vous ?

L'origine du monde, si Gustave Courbet avait été philatéliste et non pas seulement peintre...

 Admirez la beauté de cette machine, avec toutes ces manettes de réglage, ces mécanismes que l'on imagine bien huilés : ça fait presque autant rêver que la toile du maître en question...

  Ensuite, les feuilles étaient insérées pour le gommage, par de très jeunes ouvriers visiblement :
   Puis elles étaient entraînées comme sur un tapis roulant, et cheminaient sur cet étendoir géant le temps que leur gomme soit sèche, jusqu'à l'autre extrémité où d'autres jeunes gens étaient chargés de les récupérer et de les empiler précautionneusement :

Ensuite les feuilles étaient massicotées, ébarbées, et mises en paquets :

   Enfin, d'autres machines étaient dédiées à la perforation des feuilles, jusque là non dentelées :
 
Toute une armée d'ouvrières était alors chargée du comptage et de la vérification :

  Ça ne vous laisse pas rêveur, vous, toutes ces feuilles ? 
Moi, oooouuuuiiiii !

  Si on zoome encore une fois sur cette dernière image, on constate qu'il s'agit bel et bien de feuilles de 300 timbres, pas encore découpées en deux feuilles -vente : 
  Dire que pas une seule feuille de 300 ne subsiste aujourd'hui, et là, on en voit des centaines ! 
Regardez bien : en largeur, le 3ème panneau de 25 est visible, sur les 4 !

  En zoomant sur la précédente, voici tout un tas de feuilles de 120 timbres destinées aux carnets, avec leur originale disposition en 6 rangées de 2 panneaux de 10 :
On peut même reconnaître notre Semeuse : C'est merveilleux de voir ça !

A cette époque, les seuls carnets fabriqués étaient ceux du 5 c. vert 
et du 10 c. rouge (YT 137 et 138). Dommage que la photo ne soit pas en couleurs !...

Cent ans plus tard, on ne connait que deux feuilles entières pour carnets ayant survécu telles quelles, les voici :
                   

  Comment ont-elles bien pu sortir de l'atelier sans avoir été découpées pour constituer chacune 3 ou 6 carnets ? Nul ne le sait, mais il s'agit certainement des plus beaux joyaux de la collection au type Semeuse !  
Et je sais où elles se cachent... Mais je n'en ai que les photos, hélas !


  Il y avait aussi des machines spéciales, pour fabriquer les carte-lettres. Ici pour le gommage de leurs bords, que les utilisateurs allaient bientôt pouvoir lécher pour les fermer, avant de les poster :
 Et ici pour les perforer, ce qui permettrait d'en découper les bords et ainsi de les ouvrir, afin de lire leur correspondance :
  Si on zoome sur les paquets au premier plan, qui voit on comme figurine sur ces carte-lettres ? 
Toujours elle !

*****

  Toutes ces photos m'ont tellement enthousiasmé, que j'ai un peu fouillé sur Gallica, à la recherche d'autres témoignages de cette époque fantastique.

Je suis alors tombé sur ces deux autres photos, datant de mai 1923 : il s'agit de 2 cadres d'exposition en bois, vitrés, dans lesquels les responsables de l'atelier avaient décidé d'exposer aux yeux de ceux qui le visitaient, son matériel dont il était si fier, et le fruit de son travail.

 Dix ans se sont écoulés, et le timbre au type Pasteur a (un peu) pris la place de notre Semeuse.
Mais les procédés de fabrication sont restés à peu prés les mêmes.

  Avec l'aide des moyens informatiques d'aujourd'hui, j'ai réussi à améliorer, et à déchiffrer avec grand peine les légendes de ces photos, qui viennent confirmer et préciser ce que le journaliste de 1913 nous avait déjà montré :







*****

  Au centre de l'un des cadres, trône fièrement la toute première machine Chambon, qui a servi à la fabrication du premier timbre français imprimé par une presse rotative : le 10 c. vert Semeuse au type I B, avec ses fameux coins datés dont nous avons déjà beaucoup parlé.
C'était le 4 mars 1922, à peine plus d'un an avant cette photo !

La légende souligne tous les avantages de cette machine moderne :
 Vive le progrès !


On en apprécie mieux les détails sur cette image :

*****

  Au centre de l'autre cadre, on trouve une photo du poinçon original en cuivre du timbre Pasteur, gravé à la main par Prud’homme, et surtout celle d'un cliché de 50 fabriqué à partir de ce poinçon, destiné aux machines de typographie à plat :

On remarque l'emplacement dégagé au centre 
de la deuxième rangée du cliché.
Il était destiné au chiffre du millésime. 
Celui-ci changeait chaque année bien entendu.

*****

Voila ! C'est fini ! 
J'espère vous avoir fait partager le plaisir immense que j'ai eu 
à découvrir tous ces merveilleux témoignages 
d'une époque aujourd'hui révolue.