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dimanche 7 octobre 2018

Numéro de presse


  L'impression en typographie rotative a été utilisée en France pour la première fois afin d'imprimer des timbres en mars 1922, avec notre chère Semeuse verte à 10 centimes. Au tout début, l'atelier de fabrication des timbres poste ne disposait que d'une de ces merveilleuses machines Chambon qui allaient lui faire gagner un temps fou, par rapport à l'ancienne technique d'impression à plat.


  Par la suite, le succès aidant, la poste va s'équiper de nombreuses presses qui pourront fonctionner simultanément, et permettre également la fabrication des roulettes puis des carnets.

 Cette généralisation nécessitant de pouvoir identifier les différentes presses, un numéro va leur être attribué. Le but étant de savoir sur quelle presse était imprimé tel timbre, il est logique que ce numéro de presse se retrouve sur les feuilles imprimées, en tout cas pour les feuilles-vente de 100 timbres.
Il n'en sera pas de même pour les roulettes ni pour les carnets, qui n'étaient pas destinés à être vendus en feuilles.

 L'emplacement choisi pour ce numéro de presse se situe au niveau de l'intervalle séparant verticalement les deux panneaux de 50 timbres. Il sera imprimé en noir, comme les numéros des feuilles et les dates, situés respectivement aux angles inférieurs gauche et droit.


 La période d'impression de mon timbre favori s'étendant sur plusieurs décennies, cela m'a permis de remarquer que la situation de ces numéros de presse était très variable au niveau de cet intervalle.
Et ceci pour des raisons que j'ignore.

 On le trouve toujours dans la moitié inférieure de la feuille (sauf si l'un d'entre vous vient me contredire), et le plus souvent à la hauteur des deux dernières rangées.
Parfois au-dessus, jusqu'à la 6 ème rangée.
Jamais au dessus. Pourquoi ? Mystère !

 Le baron De Vinck, qui a répertorié tous les tirages rotatifs, précise dans son ouvrage, et chaque fois qu'il le pouvait, la presse qui a été utilisée.


Ne me demandez pas comment il a fait pour avoir connaissance de ces informations : soit il a vu une feuille entière ou un grand bloc bas de feuille pour chaque tirage et partie de tirage (ce qui me semble absolument impossible), soit il avait à l'époque ses entrées auprès de l'atelier, avec des contacts très fiables en tout cas, car ses erreurs sont exceptionnelles.

 Son ouvrage permet de voir que certains tirages ont été faits sur plusieurs presses, et que parfois un tirage était fait en plusieurs parties, pas toujours sur la même presse etc..
La durée des tirages était très variable, allant de moins d'une journée à plusieurs mois consécutifs !
Parfois au cours d'une journée, la même presse a été utilisée avec deux cylindres, et parfois pour deux timbres différents. D'où la rareté relative de certaines dates, ce qui rend passionnante la collection des coins datés.

 En feuilletant (c'est le cas de le dire) ma collection, j'ai même trouvé cette jolie paire :


Imprimées le même jour, le 23.09.1937, et par le même tour de cylindre puisque leurs numéros se suivent, on voit que le numéro de presse 7 ne se situe pas à la même place sur les deux :


Il y avait donc 2 numéros de presse imprimés à chaque tour, un pour chaque feuille.
Il semblerait que leur localisation soit assez aléatoire.
Au bon vouloir de l'opérateur qui montait les cylindres sur la presse, peut-être ?

J'ai également vu d'autres paires de feuilles, pour d'autres Semeuses, avec des numéros qui sont à la même place sur les deux feuilles successives.

 Cependant, il fallait bien que le mécanisme encreur puisse déposer de l'encre sur le chiffre au bon endroit, et à chaque fois !

D'où, à mon avis, le choix de l'intervalle central comme emplacement : un rouleau encreur pouvant ainsi être efficient quel que soit l'endroit où se situent les deux chiffres.

Pour finir, sachez que certaines feuilles sont dépourvues de tout numéro.
Ce qui est normal pour les toutes premières, alors que l'atelier ne disposait que d'une seule machine, mais ce qui l'est moins par la suite.
C'est notamment le cas pour la Semeuse à 1 c. surchargée 1/2 centime (celles-ci sont également 2 feuilles successives), alors que celles à 1 c. non surchargées ont un numéro :


Qui saura nous dire pourquoi ?

Y a t'il un rapport avec la surcharge ?
(N.B. J'ai une feuille d'un pré-oblitéré rotatif, également sans numéro.)

Ou bien un manque d'encre vous pensez ?
Ou un oubli ?
(je n'y crois pas trop)



mercredi 22 août 2018

10 ans déjà !


 Une décennie ! Comme le temps passe !

Et presque un centaine d'articles depuis mes débuts sur ce site créé pour apporter modestement un peu de sang neuf et de modernité à notre chère mais vieillissante philatélie.

  Pour montrer certaines des jolies pièces de ma collection, en espérant partager avec vous ma passion pour la Semeuse. Vous faire découvrir certaines de mes trouvailles, et vous éclairer sur les techniques de fabrication des timbres de cette époque.

  Cela m'a permis d'entrer en contact avec d'autres passionnés et d'échanger beaucoup d'informations enrichissantes, et par-dessus tout, cela m'a diverti très agréablement, ce qui est, ne l'oublions pas, la principale raison d'être de notre passe-temps favori !

  J'ai aussi posé beaucoup de questions, et reçu quelques réponses.
A ce propos, n'hésitez pas à cliquer sur "Aucun commentaire" au bas de chaque article : toutes vos remarques sont les bienvenues !


  Pour fêter dignement cet anniversaire, je me suis longtemps creusé la tête pour bien choisir la pièce qui viendrait illustrer mon propos. Il fallait qu'elle soit à la fois spectaculaire, rare, intéressante, et mystérieuse. Qu'elle suscite non seulement votre intérêt, mais vous mette également un peu à contribution.

  Et puis le hasard, qui fait souvent bien les choses, a voulu que je devienne tout récemment l'heureux possesseur de ce panneau.


  J'en connaissais l'existence depuis une bonne quinzaine d'année, car son propriétaire est un ami, et il me l'avait montré. Mais, ayant conscience de sa rareté, il le gardait bien au chaud depuis, dans sa collection. Ce n'est que cet été que j'ai eu la chance et l'honneur de l'adopter pour la mienne.

  Je n'ai pas écrit que je l'avais acheté puisque figurez-vous qu'il m'a fait l'immense plaisir de me l'offrir en cadeau !
Beau geste ! 

Ils ne sont pas nombreux les amis philatélistes qui vous cèdent ainsi un de leurs trésors ! Bien moins nombreux en tout cas que ceux qui auraient tenté de profiter de la situation !

Il me l'avait mis de côté et promis depuis longtemps, mais nous n'avions jamais discuté de prix.
Je pensais bien devoir une nouvelle fois casser ma tirelire...

Mais qu'a t'il donc de si intéressant ce panneau de 50 au juste ?

  Le timbre 5 c. vert Semeuse au type IA est très courant, même si les panneaux de 50 ne courent pas vraiment les rues.
Il s'agit du tiers supérieur d'une feuille-vente de 150, imprimée à plat en 1914 comme l'indique son millésime.
  En plus, ce centenaire avait assez mal vieilli hélas, adhéré à une page d'album cartonnée, déchiré et consolidé par de vilaines charnières sur les bords. Il m'a fallu de longs soins de restauration pour lui redonner un peu de lustre et son aspect d'aujourd'hui...
  Pas de variété d'impression, ni de couleur, ni de piquage.
  Le papier est standard, et il n'y a rien d'anormal au verso non plus.
  Pas de retouche, ni de "tête-bêche".

Alors quoi ?
Vous avez deviné ?

Voici ce qui en fait la rareté : cette lettre A suivie de ces 5 chiffres situés à droite dans la marge du haut, et imprimés en même temps que les timbres, avec la même encre verte !

Vous les verrez mieux sur ce fragment, qui m'avait échappé il y a quelques années, le coquin, lors d'une vente sur offres :


  Vous avez ainsi la chance de découvrir les deux seuls exemplaires connus de cette "numérotation", avec ce timbre YT 137 ! 
Jamais vu d'autre ! Et à mon avis, il ne doit pas en exister d'autre. 

J'aimerais presque me tromper, et être contredit par l'un de nos lecteurs...

Ne me demandez pas à quoi elle servait. On l'ignore.
Ce qui est sûr, c'est qu'il s'agit d'un essai de l'administration postale, réalisé entre 1914 et 1915.
Il est bien connu des philatélistes les plus avertis, mais pour la Semeuse à 10 c. rouge YT 138, pour la même surchargée pour la Croix Rouge YT 146,  et pour le 3 c. au type Blanc YT 109 :



  J'espère que vous n'êtes pas sans ignorer que les feuilles-vente de 150 imprimées à plat n'étaient pas numérotées, contrairement aux feuilles rotatives apparues en 1922.

Mais s'agit-il réellement d'une numérotation ?
Pour moi non, puisqu'on voit souvent le même numéro sur des feuilles ou des fragments différents. Comme c'est d'ailleurs le cas pour les deux blocs du 137.

Pensez-vous que l'administration se serait amusée à donner le même numéro à plusieurs feuilles, si le but était de les comptabiliser ? Sûrement pas ! Allons donc !

La date figurait déjà clairement au bas de ces feuilles, avec une initiale permettant d'identifier l'opérateur responsable, et le numéro de la presse utilisée. Que voulait-on de plus ?
Mystère !...

  Non, il doit s'agir d'un indicatif, permettant peut-être d'identifier vers quel bureau de poste ou vers quelle région les feuilles allaient être dirigées : c'est une idée comme une autre que je vous soumets.
En attendant que vous me fassiez part des vôtres...

  Pour vous aider, voici tous les indicatifs que j'ai pu répertorier, qu'ils aient été vus par moi ou bien déjà cités par d'illustres prédécesseurs :

timbre numéro millésime date
109 A 00269 ?doute?
109 A 02965 5
109 A 04189
109 A 04242
109 A 04267 5
109 A 04321
109 A 04476 5
109 A 04769 5
109 A 05020
109 A 05084
109 A 05119
109 A 05277 5
109 A 05278
109 A 05412
109 A 05739 5
109 A 05510 5
109 A 05776 5
109 A 05785 5
109 A 05794
109 A 05864 5 N 105 12
109 A 05887
109 A 05933 5
146 A 01246 4 H 15.04 10
146 A 01296 4 16.04
146 A 01309 4
146 A 01327 4
146 A 01329 4
146 A 01394 4
146 A 01429 4
146 A 02159 4
138 A 04523 4
138 A 08524 4
138 A 08746 4
138 (A) 08870 ?
138 A 09777 ?
138 A 09800 4 H 21,02 10
138 A 09837 4 H 21.02 10
138 A 09843 4
138 A 09864 4
138 A 09870 ?
138 A 09875 24,02
138 B 05644 ?
138 B 05728 5

Merci de me dire si vous en connaissez d'autres !

  On remarque sur cette liste qu'on ne rencontre jamais le même numéro sur des feuilles de timbres différents, et que la lettre B est bien plus rarement utilisée...

jeudi 2 août 2018

J'ai encore appris un truc...


  Tant pis pour ceux qui ne le savent pas, mais la philatélie est une source infinie de connaissances, ce qui en fait un passe-temps à nul autre pareil. Cela devrait être expliqué et montré en exemple aux plus jeunes. L'ouverture d'esprit qu'elle nécessite est une qualité devenue rare qu'il faut encourager à tout prix, d'autant plus que les informations sont à présent facilement à la portée de tous, grâce à internet !

  Par exemple : savez-vous ce qu'est la galalithe ?

Ben... moi non plus jusqu'à ces derniers jours !
Ceux qui ont étudié le grec (s'il en reste !) se mettront sur la piste : gala le lait + lithos la pierre = la pierre de lait. Nous voilà bien avancés !

  Vous me direz que si cet article ne s'adresse qu'aux philatélistes connectés à internet et ayant étudié le grec, il ne va pas passionner grand monde !... Tant pis, je vous ai dit !

Heureusement Google et Wikipédia sont là, bien plus accessibles et illustrés que les vieux dictionnaires poussiéreux de nos études.
On y apprend en quelques clics que : 

La Galalithe (« pierre de lait ») est un polymère thermodurcissable issu de la caséine.

En 1893, Auguste Trillat, un scientifique français, trouve le moyen d'insolubiliser la caséine (protéine du lait) en y rajoutant du formol qui garantit donc sa conservation. En 1897, la découverte est brevetée en Allemagne par Wilhelm Krische et le chimiste autrichien Adolf Spitteler (1846–1940) sous le nom de Galalithe. Son procédé d'obtention a été affiné au début du XXe siècle.
La caséine représente environ trente grammes de matière par litre de lait.
En mélangeant la caséine à du formol et éventuellement à divers colorants, on a donc obtenu la première matière plastique de synthèse, qui a été largement utilisée au début du XXe siècle dans la fabrication de boutons, bijoux, stylos, fume-cigarettes, matériel électrique, et a fourni un substitut meilleur marché à l'ivoire pour les claviers de piano et d'harmonium.
La Galalithe, dure et soyeuse, se travaille manuellement. Elle ne se moule pas, elle se présente en plaques de différentes épaisseurs, en bâtons, ou en tubes. Elle requiert un travail de polissage mécanique ou manuel pour arriver à un aspect brillant. De plus, la Galalithe est un polymère biodégradable.
Elle fut beaucoup utilisée dans les années 1920-1930 pour réaliser des bijoux. 
Il reste cependant quelques boutonniers et un créateur de bijoux qui l'utilisent encore. En effet ses qualités sont là : biodégradable, anti-allergique, antistatique mais surtout sa grande possibilité d'être teinte, il est possible qu'elle refasse son apparition.
Aujourd'hui, la Galalithe est employée par les faussaires pour imiter l'ivoire car son aspect est assez proche.


Nous voici donc un peu plus savants qu'hier !
Mais je vous entends déjà d'ici : pourquoi donc ce sujet bizarre ?
Va t'il nous montrer une Semeuse sculptée dans cette matière ?

Non ! simplement un magnifique carnet que je viens d'adopter, contenant 20 de mes timbres préférés, encadrés par la célèbre publicité pour EVIAN - Source Cachat, assez courante. C'est même le seul carnet de ce timbre que l'on peut qualifier de courant :


Il a été fabriqué et émis fin 1923 - début 1924, mais aura une longue vie jusqu'à l'été 1925, ce qui est exceptionnel pour un carnet à l'époque.

Le tarif de la lettre simple passant à 30 centimes le 15.07.1925, il sera logiquement remplacé par celui-ci, encore plus courant :



  Notre carnet de timbres à 25 c. EVIAN Yvert 140 C 12 se trouve avec de nombreuses et souvent magnifiques couvertures, classées chronologiquement par leur fabriquant en séries numérotées. 

On a déjà répertorié les suivantes : série 43 – 47 – 48 – 50 – 51 – 52 – 53 – 54 – 56 – 58 – 59 – 62 – 63 – 64 – 67 – 75 – 79 – 81 à 89 – 89 B. Mais il en existe peut-être encore d'autres, cherchez bien ! Et tenez-moi au courant en cas de découverte !

  Celle qui nous intéresse est la toute première connue pour ce carnet, datant de début 1924 donc, et c'est elle qui en fait toute la rareté : une couverture de la série 43, exceptionnelle :


Curieusement, la galalithe y a perdu son E final.
Il semble que les deux orthographes soient acceptables.

  La publicité concerne un petit ustensile à la mode que les femmes de l'époque pouvaient facilement ranger dans leur sac à main, au cas où, lors d'une sortie, elles auraient eu besoin de recoudre un bouton ou une déchirure malencontreuse.
  Sur la partie qui ressemble à un arbre à cames, on pouvait enrouler plusieurs échantillons de fils différents. A l'intérieur, on y glissait quelques aiguilles. Et le bouchon de cette couseuse faisait office de dé à coudre. Ingénieux et pratique !

 Elle est "recommandée tout particulièrement à Mesdames les membres de l'enseignement et Directrices d'établissements d'éducation"...

  J'ai même trouvé une photo de cet objet, vendu au même prix donc à peu près à la même époque, mais par un autre fabriquant, et avec un E à galalithe :


Ce fabriquant faisait lui aussi sa pub, mais dans les journaux, pas sur les carnets :


...et sans le E cette fois-ci !



jeudi 19 juillet 2018

Les chevrons vraiment sauvages


 Au sortir de le première guerre mondiale, l'usine Citroën qui fabriquait des obus, a vite su se reconvertir dans les automobiles, et les 2 publicités qui suivent montrent bien l'extraordinaire évolution de la marque (comme de notre société) entre 1919 et 1985 :


  Même s'il est vrai que ces dernières décennies, depuis la mythique DS, aucun modèle révolutionnaire n'a vu le jour, les plus anciens se souviennent du génial créateur André Citroën et de ses innovations ayant pour but de consolider l'image de sa marque, tout en assurant sa publicité dans le monde entier.

  Les plus célèbres sont sans aucun doute les fameuses croisières, véritables expéditions :
-la croisière noire de 1924 à travers l'Afrique, jusqu'à Madagascar
-la croisière jaune de 1931 à travers l'Asie, jusqu'à Saïgon
-la croisière blanche de 1934, à travers l'Amérique au Canada
Toutes sont restées dans les mémoires. La presse et même le cinéma ont largement diffusé à l'époque les fabuleux récits de ces aventures dont le caractère exotique et aventureux assurait le succès.

Internet nous permet aujourd'hui d'accéder en quelques clics à des documents, des images, et des films retraçant ces expéditions épatantes. Je vous laisse donc "surfer" à vôtre guise, et je remercie les sites sur lesquels j'ai puisé quelques renseignements et documents.

  Ce qui est moins connu, c'est que notre Semeuse, en véritable baroudeuse, s'était lancée quelques trimestres auparavant dans l'aventure africaine : la première traversée du Sahara en automobile, de Touggourt en Algérie, là où le train s'arrêtait au bord du désert, jusqu'à Tombouctou au Mali au bord du Niger.

Il s'agit du tout premier Raid Citroën fin 1922 - début 1923 :



  Prenez donc quelques minutes pour visualiser ces films extraordinaires, et vous aurez une idée de l'ampleur, de l'ambition de cette expédition, ainsi que des difficultés surmontées !

Avec images et son d'époque ! :
https://www.youtube.com/watch?v=0m1DXMhquZ8

Avec un commentaire moderne :
https://www.youtube.com/watch?v=EYWRlmhpi6g

Ou bien sans le son :
https://www.youtube.com/watch?v=7HDgRd0ARQE



Deux explorateurs ont laissé leur nom dans l'histoire : 
George Marie Haardt et Louis Audouin Dubreuil
mais ils n'étaient pas seuls !

  La mise au point des 5 automobiles (autochenilles Kegresse B2) choisies pour effectuer cette traversée périlleuse de 3200 Km (et même le double puisque voyage aller / retour) a dû mobiliser toute l'entreprise pendant de longs mois.


Pas question de rencontrer un échec ! Absolument tout devait être entrepris pour assurer le succès, prouver et vanter au mieux les qualités des véhicules de la marque, et des chenilles.


Des modèles réduits à l'échelle 1/10ème ont même été fabriqués pour faire également rêver les riches enfants de l'époque :

Cet exemplaire de 1923 vendu récemment, bien conservé,est devenu
particulièrement rare de nos jours, et estimé 15-20000 euros !


  La mission et les autos, passant par Marseille fin novembre - début décembre, emportaient donc du courrier, vous l'aviez compris, et cette première liaison postale transsaharienne a bénéficié d'un cachet spécial :
POSTE TRANSSAHARIENNE AUTOMOBILE
Il a été apposé à l'encre bleue, sur un nombre de plis qui reste inconnu (de moi en tout cas) en date du 17 décembre 1922, jour du départ de Touggourt.

Tous sont arrivés à Tombouctou le 7 janvier 1923, et sur l'un des films ci-dessus, on voit même le chef de l'expédition remettre solennellement ce premier courrier aux autorités :

Étonnant, non ?

Si on pouvait zoomer, on y verrait notre Semeuse !
Une bleue à 25 centimes : ma préférée !
Je n'ai jamais vu utilisé un autre timbre que celui-ci sur ces courriers.

  On ne peut pas dire qu'ils sont rarissimes car beaucoup ont été précieusement conservés, mais on n'en trouve pas tous les jours non plus... Même si je vous en montre plusieurs ici.
Un agent postal était souvent l'expéditeur et/ou le destinataire. Ou un député !


  Curieusement, les philatélistes d'aujourd'hui remarquent (surtout moi !) que ces timbres sont toujours issus des carnets en vente à l'époque : il faut croire que cette présentation avait été jugée très pratique pour les emmener en voyage !

On rencontre des 140 au type I B (carnets émis en 1921) :


Mais aussi au type II (carnets émis en 1922) :


Certaines lettres ont ensuite poursuivi leur périple vers Kayes 1600 Km plus loin, avec arrivée le 10 février, mais pas la mission, déjà repartie en sens inverse :



Ou vers Bamakou 1000 Km plus loin que Tombouctou :


Peut-être bien qu'un philatéliste faisait partie de l'équipe, constituée uniquement d'hommes de grande qualité ? En tout cas, la poste avait pris la chose au sérieux !


  Ce document nous apprend qu'André Citroën (posant devant la carte) et son directeur général des usines G.M. Haardt ont fait réaliser durant toute l'année 1922 des essais en métropole puis en Algérie, cumulant 20000 Km "sur les terrains les plus difficiles" : on ne rigolait pas avec la fiabilité !

Une chienne leur a même servi de mascotte.


Le journal l'Echo d'Alger nous permet de suivre presque jour par jour cette épopée :


  La lettre qui suit est assez mystérieuse : bien qu'elle porte une mention qui aurait dû lui valoir de faire partie du voyage, son cachet d'arrivée au Cameroun le 8 janvier n'est en aucun cas compatible avec notre raid : bizarre, vous avez dit bizarre ?

Aurait-elle pris l'avion pour aller aussi vite ? Non : plutôt le bateau ?
(à ma connaissance, il n'y avait pas de ligne aérienne à cette époque)

***********

  On trouve, rarement, de jolies cartes, pour le trajet retour de Tombouctou à Touggourt, 
du 29 janvier au 7 mars 1923, qui portent le même cachet mais en noir 
Poste Transsaharienne Automobile, daté du 31 janvier. 
Le cachet faisait donc partie du voyage. Mais pas l'encre bleue !
Elles sont évidemment affranchies avec des timbres locaux :


A votre avis, est-ce que ces cartes signées par Audouin Dubreuil lui-même
et fabriquées à dessein, ne se trouvaient pas justement
à l'intérieur des enveloppes ayant participé au voyager aller ?
Pourquoi pas ? Qui sait ?
Moi, l'idée me plait bien.

************

   Toujours est-il que la remise en vente ces jours-ci d'une lettre ayant suivi le même parcours, mais sans avoir reçu le cachet bleu "officiel" m'a interpellé.

Je l'avais déjà vue, mais pas achetée. Son prix ayant baissé, j'ai finalement craqué !

  Elle a été postée le 11 décembre à Nice, par ce Monsieur Raymond Séguy lui-même, adressée en poste restante. Ceci afin d'être sûr qu'elle lui soit retournée ensuite, puisqu'il aurait été bien incapable d'aller la retirer là-bas, une fois parvenue si loin de la promenade des anglais !
D'où la mention "non réclamé".

Elle est bien arrivée à Tombouctou, comme en témoigne le cachet du 8 janvier 1923, puis repartie comme le reste de la mission vers Touggourt pour revenir à Nice après plus de 3 mois de voyage :


Ce qui fait pour ma collection un joli RETOUR A L'ENVOYEUR de plus, et un bon argument pour moi pour vous raconter cette belle histoire !

**********

En revanche, si jamais vous croisez cette lettre ayant suivi la croisière noire
et vue il y a longtemps dans une revue philatélique, faites-moi signe SVP !...
Pas de cachet spécial cette fois-ci.


J'adooooooooooooooooore !