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vendredi 23 février 2018

La Semeuse autour du monde !


  Ça me trottait dans la tête depuis de longues années...

  Et puis, un correspondant m'a permis de trouver un joli planisphère sur internet (et oui... c'est bien un nom masculin !).

  Du coup, je me suis lancé : j'avais envie de marquer sur une même carte toutes les villes étrangères vers lesquelles j'ai dans ma collection au moins une lettre, affranchie bien entendu avec notre Semeuse.

  Vous vous doutez bien que les destinations les plus originales ou les plus lointaines sont mes préférées : les petites villes à l'autre bout de la planète, celles où les habitants correspondant avec la France sont rares, celles d'où le courrier ne revenait qu'exceptionnellement...

  Le résultat est assez amusant : les capitales et les ports prédominent largement, ce qui est logique, puisque c'est là que l'on trouvait les commerçants, les voyageurs, les entreprises.

  Evidemment, il y a de très vastes zones restées vierges, en Russie, en Afrique, et en Amérique.
Vous vous doutez bien que si vous avez des courriers vers ces régions -là, cela m'intéresse.

  C'est aussi l'occasion de réviser sa géographie : mieux que les leçons de notre enfance, si vite oubliées ! J'ai appris des tas de choses en faisant ça !

Pour des raisons de lisibilité, je vous ai partagé en trois mon planisphère :




  Mes favorites : Kerguelen, les îles Tonga, les Malouines, les Moluques, Tahiti : ça fait rêver !

Et celle que je regrette le plus, déjà ratée à 2 reprises : une lettre postée par un gendarme d'Atuona sur l'île d'Hiva Hoa. C'est là que reposent Paul Gauguin et Jacques Brel :

...aux Marquiiiiiiiiiiiiiiiiiiises !



J'ai même contacté par internet la gendarmerie en question pour voir s'il ne leur restait pas du vieux courrier : sans succès hélas !

Si jamais vous croisez cette lettre, faites-moi signe SVP !

mardi 30 janvier 2018

Coïncidence ?


  Nous avions vu qu'en 1923-24, un petit malin avait eu l'idée géniale de faire figurer des publicités commerciales juste à côté de nos timbres préférés, vendus sous la forme de carnets : celles-ci étaient imprimés en même temps que les timbres et avec la même encre, donc toujours de la même couleur.

  Le but était que les utilisateurs les collent sur leur courrier, et que le message ainsi véhiculé fasse connaître à travers le monde entier les produits de tous ces annonceurs avant-gardistes, qui payaient pour que leurs marques figurent dans les millions de carnets que vendait la poste.
Alors qu'auparavant, seule la couverture des carnets comportait de la pub, et finissait le plus souvent à la poubelle !

  Les carnets ont vu à cette occasion leur hauteur passer de 60 à 72 mm : 2 timbres de 24 mm + des marges qui vont s'agrandir d'environ 6 à environ 12 mm (en haut et en bas).
Les feuilles imprimées à plat étaient composées de 120 timbres pour 6 carnets de 20 superposés verticalement, séparés par un intervalle correspondant à la hauteur d'une rangée de timbre = 24 mm exactement.
C'est cet intervalle qui devait être coupé 2 fois pour donner des carnets de 60 mm de haut, et qui ne sera plus coupé qu'une seule fois pour donner des carnets de 72 mm.
Mine de rien, c'était plus simple, et cela devait faire gagner un peu temps !

  Comme les premiers carnets grand format ne comportaient initialement pas de pub, il est logique de penser que c'est la poste qui a voulu simplifier leur fabrication, et que c'est ensuite que le petit malin en question a eu l'idée d'y associer de la pub.

Mais peut-être qu'il était vraiment très malin, et qu'il a su jouer de son influence pour faire part de son idée géniale à la poste en lui suggérant de faire des carnets + grands, et donc de faire plus + de place pour les pubs ? Car c'est lui qui s'occupait déjà des contrats pour les publicités des couvertures : sacré Carlos Courmont !
***************

  Au bout de quelques années, le succès rencontré par ces carnets publicitaires aidant, d'autres petits malins ont eu l'idée de se servir pareillement des marges des timbres vendus sous forme de feuilles de 100 cette fois-ci, pour y faire figurer leurs publicités.

Mais eux n'étaient pas aussi bien introduits auprès de la poste, et ont dû se débrouiller tout seuls pour imprimer leurs propres pubs !
Du coup, pas avec la même encre, et souvent en noir, comme nous l'avons vu pour AIGLON.

  Les philatélistes fétichistes de pieds et de dents connaissent par exemple les célèbres pubs PHILOPODE et JANIPOLINE, initiatives privées qui semblent dater de 1929.

Mais s'ils sont comme moi fanatique de la Semeuse, ils ont dû remarquer comme moi la curieuse coïncidence qui nous vaut le titre de cet article...


  Commençons par les carnets Philopode :
C'est le laboratoire Freydier de Montpellier qui fabriquait depuis longtemps un onguent destiné à préserver les pieds en bon états, très apprécié surtout pendant la guerre par nos soldats, victimes des marches forcées et de tranchées humides. D'où ce fantassin :



  Eux ont eu l'idée, non seulement d'imprimer leur publicité sur les bords de simples feuilles de timbres, mais encore de les regrouper dans de jolis petits carnets cartonnés, qu'ils distribuèrent gratuitement aux pharmaciens.
Dedans : 4 timbres à 15, 25, ou 50 centimes, avec leurs bords de feuille.
On voit bien que leur inspiration venait avec les carnets officiels.

Certes, cela a dû leur coûter moins cher que de passer par Carlos, mais tout de même, l'investissement n'était pas négligeable !

Est-ce que la décision prise par la poste en août 1929 de ne plus émettre de carnets dits privés y serait pour quelque chose ? Ou bien n'est-ce qu'une coïncidence ?

On connait 4 couvertures différentes selon le semestre du calendrier, et selon l'année 1871 (erronée) ou 1875 de l'année de fondation du labo.

extérieur      intérieur

Pouvant contenir les 3 timbres suivants, tous au type Semeuse, achetés aux guichets :
-15 c. brun-lilas - tiré à 109 exemplaires (coût = 65,40 francs)
-25 c. brun-jaune - tiré à 662 exemplaires (coût = 662 francs)
-50 c. rouge - tiré à 2073 exemplaires (coût = 4146 francs) + le prix de revient des couvertures.

Ce qui, théoriquement pourrait déjà représenter 12 carnets différents ! On n'est pas certain que toutes les combinaisons existent. L'erreur 1871 ayant été corrigée, mais quand ?

Plus que 12 si l'on s'amuse à rechercher ceux dont la pub est imprimée sur le bord droit ou sur le bord gauche ! Et plus encore si l'on veut avoir un coin-daté !
Les pubs sont en revanche toujours de la même couleur brun orange.



Bref, il y a beaucoup de modèles.
Tous très appréciés par les philatélistes de l'époque, et donc aujourd'hui encore pas vraiment rares, même pour des tirages restreints. Peu ont été découpés, peu de timbres ont servi.

En revanche, si vous croisez ces timbres sur un courrier, faites-moi signe : ça c'est vraiment rare !

Lettre vue sur :
http://www.apn-philatelie.fr/index.php/forum/boite-a-idees/3-le-philopode

Et voici ce fameux onguent, trouvé sur :
http://www.alienor.org/collections-des-musees/fiche-objet-129208-onguent-notice-d-utilisation


+ la notice qui devait l'accompagner dans la poche de nos poilus !


Et divers documents très élogieux sur ses propriétés :



On trouve aussi d'autre "timbres" que le 10 c. rouge montré + haut, imprimés comme lui sur des enveloppes, entiers postaux repiqués. 
A croire qu'il y avait au moins autant de philatélistes que de pharmaciens dans ce laboratoire !...


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  L'autre exemple dont je voulais parler est celui de la marque JANIPOLINE :

  Mais là j'aurais beaucoup de mal à illustrer aussi joliment mon propos avec le produit dentifrice lui-même, ou bien avec des documents s'y rapportant : je n'en ai jamais trouvé la moindre trace !
Ce qui est assez incroyable à l'heure de Google !

Il est certes possible que la marque ait eu une existence très éphémère.
A moins qu'elle n'ait jamais existé ?...
Ne pourrait-il s'agir alors que d'une fabrication pour philatélistes ?
Qui sait ? J'attends la preuve du contraire.

La coïncidence est cependant frappante : les trois valeurs de Semeuse que l'on rencontre sont les mêmes que pour le Philopode ! Et la période est la même.

La plus courante, avec le 25 c. brun-jaune, est presque toujours vue avec ces pubs :


Alors que le 15 c. et encore plus le 50 c. sont vraiment difficiles à trouver.

Pour ces 2 valeurs, on ne voit jamais le modèle précédent de publicité, mais simplement les tarifs postaux de l'époque : rares tous les deux !


  Modèle que l'on doit pouvoir croiser également avec le 25 c. mais personnellement, je n'ai jamais eu cette chance ! C'est curieux !
Peut-être que l'un d'entre vous oui ?

  Dernière coïncidence : on n'en voit presque jamais non plus sur le courrier de l'époque, pas plus que l'autre !
Si jamais vous en croisez un, faites-moi signe...


  Celle-ci est à moi, mais j'ai quelques doutes sur son authenticité : j'ai en effet déjà croisé d'autres courriers un peu "bizarres" de cet Alfred Chauvin !...
Presque trop beau pour être vrai !...

Merci de bien vouloir me communiquer toute information 
complémentaire ou contradictoire !

vendredi 22 décembre 2017

AIGLON


  Non ! Ce n'est pas le roi de Rome qui nous intéresse ! 
Lui qui fut affublé à titre posthume de ce surnom rendu célèbre par une pièce d'Edmond Rostand.

  Même si jouer aux petits soldats sur les genoux de papa Buonaparte n'empêche pas d'être philatéliste par la suite... Mais l'Aiglon en question mourra hélas bien trop jeune à l'âge de 21 ans, pour voir naître les timbres-poste !

  Et non, ce n'est pas celui-ci non plus, dont l'éclosion en direct à la télé a ému l'Amérique  :


Remarquez au passage les similitudes entres les deux géniteurs : 
Même regard perçant, même nez, même mèche rebelle, même attitude protectrice !


Non ! 
L'Aiglon qui nous intéresse est une entreprise qui existe d'ailleurs encore de nos jours, 
créée en 1901 à Aubervilliers, et que son site internet décrit ainsi : 

Elle se place rapidement au premier rang de la fabrication des huiles blanches, graisses et vaselines pour diverses applications (automobile, moteurs industriels, industrie électrique, industrie textile, cimenteries, imprimerie,  petite métallurgie, produits pharmaceutiques et vétérinaires…). 
En 1921 Aiglon devient  la Société Anonyme de Raffinerie de Corps Gras de l'Aiglon (S.A.R.C.G.A ).


  Les collectionneurs de timbres semi-modernes connaissent son existence grâce à la publicité que l'entreprise a eu la bonne idée d’accoler à certains d'entre eux. Mais même les plus avancés ou hyper spécialisés auront bien du mal à en apprendre beaucoup à leur sujet ! 
Bien des questions se posent.
D'où cet article...

En quelle année sont apparues ces publicités ?
Sur quels timbres, et en quelle quantité ?
Pourquoi ne trouve t'on pratiquement que des isolés ?
Et pourquoi quasiment jamais sur des courriers ?
Ne serait-ce pas une production purement philatélique ?

J'espère que nos lecteurs sauront nous éclairer de leurs lumières, 
et qu'ils voudront bien nous montrer les jolies pièces de leurs collections !

  La logique voudrait que la première publicité AIGLON soit celle de ce joli carnet de porte-timbres, que l'on connait surtout avec une Semeuse 10 c. rouge :


...mais qui existe aussi avec le 5 c. vert au type Blanc. 
A moins qu'un petit malin ne se soit amusé à en changer les timbres...

  Ce carnet est en fait un livret particulièrement luxueux, sur lequel je vous conseille de jeter un œil sur le site de notre ami Philippe : http://www.semeuse.com/138_carnet.html  
Sans être rarissime, il n'est pas si courant que ça, et très beau.

  Il date en tout cas d'avant 1921, puisque l'entreprise ne s'appelle pas encore SARCGA. 
Le 5 c. vert Blanc et le 10 c. rouge Semeuse finissant leurs carrières au début des années 20, cela semble coller !

Curieusement, je n'en ai jamais rencontré sur lettre ou carte postale. 
Cela aurait pu nous donner de précieuses indications sur la période d'utilisation.

Et vous, en avez-vous vu ?

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 Ce qui colle moins, ce sont tous ces autres timbres, parfois bien plus tardifs, que l'on trouve parfois collés sur les même porte-timbres que ceux de ce carnet. 
 Peut-être que l'entreprise avait conservé des feuillets pour son usage, mais peut-être bien aussi que certains philatélistes mal intentionnés s'en sont donnés à cœur joie !...


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  Fin des années 20 - début des années 30 (en tout cas, c'est ce qu'il me semble, d'après les timbres concernés) la marque apparaît sur plusieurs valeurs, presque toutes imprimées en rotatif, située sur leurs bords de feuille ou bien sur leurs "marges" dites inter panneau, celle qui séparait verticalement la feuille de 100 en deux panneaux de 50.



  Voici pour vous faire une idée (et aussi pour vous faire un peu rêver) 
tous ceux que je connais au type Semeuse. 

YT numéros 139-140-159-189-190-191-192-197-199-235-237-253-254-préo 51

Mais n'imaginez pas pour autant qu'ils soient si courants : on les trouve assez difficilement. 
Leur tirage a même dû être assez restreint à mon avis.

On en connait aussi les suivants :
-Blanc 1 c. 2 c. 5 c. et 10 c.,
-Blanc 1/2 sur 1c., 
-Blanc 10 c. préoblitéré, 
-Pasteur 30 c. vert, et 1 f.50 surchargé Caisse d'Amortissement, 
-Jeanne d'Arc 50 c.

-et un seul qui provient des BDF du carnet Pasteur  10 c. vert YT 170, imprimé à plat !

  Certains n'étaient pas connus il y a peu, parmi ceux que je cite : les surchargés pour la Caisse d'Amortissement  YT 253, 254, et 255 notament. 
Je crois même que personne ne les avait jamais plus vus depuis le Docteur Braun, l'illustre amateur de publicitimbres.

Lorsque la "pub" se situe sur le BDF, on en connait ces deux variantes : POUR / LUXE


Pour les BDF du carnet Pasteur, il existe aussi "AIGLOLINE" mais c'est un cas particulier. L'impression est différente, un peu baveuse : méfiance !


Lorsqu'elle se situe sur l'inter panneau, on n'en connait qu'un modèle :


Dans tous les cas, elle se situe sur la gauche du timbre. 
Pourquoi ?
Probablement en raison d'un impératif technique de l'imprimeur.

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Mais attention aux faux : ces pubs ont attiré l'attention des faussaires !
Les imprimantes modernes peuvent nous tromper au premier abord, mais ne permettent pas d'atteindre la même qualité d’impression que pour les originaux, si on les observe de plus prés.


L'impression est alors beaucoup moins nette, parfois faite de points ou de tirets, 
et souvent baveuse sur les bords des caractères.

Ces falsifications sont encore plus trompeuses pour les BDF :


On trouve souvent ces fausses pubs sur la droite du timbre, et/ou attenantes à une paire.
Alors que ce n'est pas le cas pour les vrais (à ma connaissance).
Ce qui les rend plus faciles à dépister...

faux

Je ne connais qu'un bloc de 4 coin de feuille du 199 avec les 2 pubs différentes sur son BDF, absolument authentique. Vue aussi une paire verticale avec 2 pubs inter panneau du 189.

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  Parfois, on trouve des oblitérés et j'en connais 3 : deux au type Blanc et un au type Pasteur, datés de 1932 et 1934.

  Et enfin, quelques uns, type Blanc, portent un cachet RETOUR A L'ENVOYEUR, comme ce magnifique exemple sur un journal de 1932, dont je remercie le propriétaire  :



Je suis preneur de tout renseignement complémentaire, 
et de toutes les images pouvant se rapporter à ces jolies publicités !

Votre avis m'intéresse !

vendredi 1 décembre 2017

...à sec !


  Les carnets de notre chère Semeuse sont une source inépuisable de trouvailles, de raretés, et de pièces spectaculaires, qui font le bonheur de bien des philatélistes et enrichissent depuis des décennies leurs collections, qu'elles soient monographiques, thématiques ou spécialisées.

  Deux valeurs sont à juste titre considérées comme les plus représentatives : le 25 c. bleu pour la Semeuse camée (YT 140), et le 50 c. rouge pour la Semeuse lignée (YT 199).
Chacune avec des dizaines de carnets superbes, qui diffèrent à la fois par le nombre de timbres, par leurs types, leurs couvertures et/ou leurs publicités.

  Ces deux timbres ont chacun représenté durant de longues années la valeur d'affranchissement de la lettre simple pour l'intérieur. Ceci explique cela.

  Si le 140 est bien le roi de l'époque de l'impression à plat et des débuts flamboyants de la publicité, le 199 a eu l'avantage de vivre en direct la transition entre typographie à plat et rotative, et donc d'essuyer les plâtres des débuts de l'utilisation des machines rotatives pour la fabrication des carnets.

  La rareté (et donc le coût aujourd'hui) des carnets du 140 rend sa collection difficile, alors que celle du 199 est encore relativement abordable.
Il faut dire que durant les quelques années qui les séparent, la mode du carnétisme avait eu le temps de se développer...
  Le succès de cette présentation a été tel auprès du public et des collectionneurs de l'époque, que les carnets du 199 ont bien plus souvent été conservés entiers que ceux du 140, dont certains sont à ce jour quasiment introuvables.

  Comme nous l'avons déjà vu, les carnets ont subi eux aussi tous les aléas de la fabrication des timbres, mais comme leurs tirages étaient bien moindres que ceux des feuilles-vente, les variétés touchant les carnets sont assez difficiles à trouver, ce qui en fait tout le charme !

  Je dois bien vous l'avouer, ces variétés de carnets, je les adore !
Impressions recto-verso ou sur raccord, piquages décalés, à cheval ou en diagonale, non dentelés, pli accordéon etc... J'en raffole !

 J'ai eu la chance tout récemment d'entrer en contact avec un philatéliste qui voulait se séparer d'une magnifique variété : un carnet rotatif du 199, dont l'encrage est pour le moins défectueux !

C'est ce que l'on appelle une impression à sec (presque totalement à sec) : seuls quelques timbres sont imprimés, les autres étant restés "vierges".

Ce que l'on voit en bleu sur la gauche, c'est par transparence, la publicité de la couverture.

L'acheteur de l'époque a peut-être été un peu déçu de payer 10 francs pour à peine 4 timbres à 50 c.
Mais il a bien fait de ne pas le découper.
Peut-être était-il un peu philatéliste ?

Il s'agit à la base d'un carnet 199 C 58, dont les pubs pratiquement invisibles sont :
PHENIX      SHYB
OSRAM       SHYB
Il date de septembre 1929. Couverture de la série 178.

  En cherchant dans mes archives, avant de l'acheter, j'en ai trouvé 2 autres semblables, certainement imprimés au même moment, lorsque l'encre est venue à manquer ce jour-là.
Il doit bien en exister quelques autres...

  L'un des deux porte même en bas le reste du numéro 97148, scindé en 2, que vous aviez aperçu en haut à gauche sur celui-ci : incroyable, non ?

(bas de l'un)
(haut de l'autre)

Les voici tous les trois juxtaposés :


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    Comme du coup, le 140 est un peu jaloux, j'en profite pour vous montrer deux autres superbes variétés d'impression, non pas par manque d'encre, mais à cause d'un pliage du haut de la feuille survenu juste au mauvais moment :




Dans les 2 cas, avec ou sans pub, l'impression des timbres du coin se retrouve du côté de la gomme !

Spectaculaire aussi !



dimanche 19 novembre 2017

Vive les sans dents ! (irrespectueux hommage à ce cher François)


    Les timbres qui nous intéressent naissent tous avec des dents, comme certains bébés humains d'ailleurs, à qui l'on prédit une vie plus heureuse que celle des autres bébés !

Pour les timbres, ce serait plutôt le contraire !...

  Enfin... disons qu'ils sortaient normalement de l'atelier de fabrication avec toute leur dentelure, pour permettre aux guichetiers des bureaux de poste d'égrener plus facilement les feuilles-vente, et ensuite aux utilisateurs de pouvoir les utiliser à leur guise.

Nous avons déjà vu les différentes étapes de fabrication, mais il n'est pas inutile d'y revenir un peu, vous allez voir...

  La dernière étape, des plus cruciales, était souvenez-vous, celle de la perforation.

Elle était réalisée à l'époque de l'impression à plat par une machine spécialement dédiée :

Il fallait auparavant que l'encre puis la gomme aient eu le temps de sécher  !

Et perforer une feuille gommée, vaut bien mieux que gommer une feuille perforée...


  Par la suite, (on n'arrête pas le progrès) les machines rotatives vont permettre de perforer les feuilles quasiment dans le même temps que leur impression, puisque le papier était déjà gommé bien avant d'arriver dans l'atelier.

  On sait que la machine à perforer utilisait un "peigne" ou une "herse" (appelez ça comme vous voulez car j'ignore le terme technique exact) qui devait ressembler à ça (fortement agrandi) :


  Elle attaquait les feuilles de timbres rangée par rangée, en commençant par le haut, et en perforant à chaque passage 3 des 4 cotés des futurs timbres, puis la feuille avançait précisément d'une rangée, et le 4ème coté se retrouvait donc perforé à son tour, et ainsi de suite.
Ceci se répétait une fois de plus que le nombre de rangées de timbres + les deux rangées inter-panneau, c'est à dire 18 fois sur chaque feuille, pour que la dernière rangée ait bien toutes ses dents.
Voilà pourquoi le bas des feuilles à plat est perforé !

Ce "peigne" avait une largeur égale à 10 timbres + celle de l'intervalle situé au milieu :


  On ne peut bien comprendre les différentes variétés ou anomalies de dentelure que si l'on a bien assimilé le fonctionnement de ce mécanisme. Les exemples suivants seront encore plus parlants :

  type I

(type II de carnet)

  Pour obtenir des timbres non dentelés, que nous aimons tant, le dysfonctionnement vient soit du peigne qui saute une rangée (et c'est la plupart du temps la première comme ici), soit de la feuille qui ne se positionne pas au bon endroit au bon moment. Ce qui revient au même.
Le mécanisme devait se gripper de temps en temps.

 Vous aurez vu au passage que les carnets ne sont pas épargnés, puisque leur fabrication est en tout point identique, mais les non dentelés issus de carnets sont bien plus rares ! 
Comme toutes les variétés d'ailleurs.
Il faut croire que les contrôles des carnets étaient plus rigoureux, plus efficaces que celui des feuilles-vente, qui étaient bien plus nombreuses.

Les carnets entiers sont même exceptionnels ! 
 type II B

Mais parfois, c'est la dernière rangée de perforations qui manque, celle de la marge du bas de feuille :

Ou bien plus rarement, une rangée du milieu :

On peut aussi voir un "simple" décalage de quelques millimètres, et non d'une rangée entière, avec une zone où les deux perforations se chevauchent : 
Les fameux piquages à cheval, piquages doubles etc...

On peut comprendre que ces variétés soient passées inaperçues, et se soient retrouvées un jour vendues aux guichets.
Ce qui n'est absolument pas le cas des grands blocs, panneaux ou feuilles entières non dentelés, qui étaient le plus souvent des essais ou des rebuts, sortis illégalement de l'atelier.

  Les exemples sont nombreux, et je vous laisse imaginer, ce que cela peut donner lorsque la feuille vient à se plier, au moment où elle est perforée...
Une infinie variété de variétés de piquage !


Le jeu des pliages et des décalages peut ainsi donner des non dentelés partiels, spectaculaires !


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En ce qui concerne l'impression rotative, la survenue de non dentelés est encore beaucoup plus rare !

 Cet exemple vous montre bien que la perforation se faisait avec le même principe, mais en commençant par le bas, avec le "peigne" positionné dans l'autre sens :

 Cette feuille (entière !) me fait rêver souvent, la nuit...

Ce bloc de 4 est issu de la seule feuille connue, dont les 60 timbres du bas ont échappé 
au coup de"peigne", avec son coin daté unique par conséquence. 
Ça décoiffe !


Ce bloc-là me fait rêver lui aussi...
Magnifique ! Fantastique ! Avec ses 5 rangées oubliées !
On recherche toujours la partie droite de la feuille...

Faudrait gagner au loto !...

  A présent, ceux qui ont bien suivi comprendront aisément que cette paire soit à mon avis tout à fait BIDON : il est impossible que les 4 cotés de celui du bas soient dentelés.
Une arnaque ! Un bidouillage je vous dis !
Et le timbre est certainement faux lui aussi, car personne ne se serait amusé à denteler une paire non dentelée... En tout cas, la forme du peigne ne peut en aucun cas l'expliquer :

Ouh la vilaine ! !

  On voit fréquemment des décalages, qui donnent ces jolis piquages à cheval :

  


  On retrouve parfois sur les timbres, la trace des petits confettis qui découlent de toutes ces perforations. Ça devait voler de partout, et traverser l'atelier au moindre courant d'air, pour venir se poser sur une machine en plein travail d'impression. On appelle ça un anneau-lune.
D'ailleurs, cela se voit surtout avec les timbres rotatifs, certainement car impression et perforation étaient comme qui dirait cul et chemise.

 

 

On dirait que notre Semeuse joue à la baballe, au lieu de semer.

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   Mais que dire des non dentelés de carnets rotatifs ?
Je crois bien que c'est ce qu'il y a de plus rare, et c'est en fait la vraie raison de cet article.

  On connaissait un bloc de dix du 50 c. Semeuse lignée rouge au type IV, photographié dans le vieil Yvert et Tellier spécialisé page 58. Peut-être un non dentelé de référence, et pas un accidentel ?
Mais il a été découpé depuis...
La preuve : j'ai mis une trentaine d'année à réunir ces deux paires qui en sont issues, comme la numérotation le prouve :
J'en suis assez fier !

  Vous me direz que c'est bien beau (j'espère !) d'avoir des non dentelés de carnets de ce timbre au type I, au type II B, au type IV, et de nous les montrer ci-dessus, mais... et le type II A, alors ?

Et bien, le voici : il est arrivé récemment dans mes albums !


  Mais le plus rigolo (alors que je ne m'y attendais pas du tout) c'est de le regarder à la loupe, et d'y entrevoir la trace d'une ébauche de dentelure !
Même pas visible au dos, c'est pour dire !
Le peigne n'a fait qu'effleurer la feuille, et a tout juste écrasé le papier, regardez :

Que s'est-il donc passé ? 
C'est encore un des mystères de la fabrication rotative ! 

D'autant plus qu'on connait un carnet entier 199 C 71a
 qui présente la même anomalie, sur les 4 mêmes cases !


Ce dernier exemple est au type IV, rotatif lui aussi, mais sans publicité et sorti quelques années avant. C'était le tout début des carnets rotatifs :
Ici, le coup de peigne est complètement parti de traviole, mais on voit bien sa forme :


En plus, l'encrage est tout baveux !

Avouez qu'il y a de quoi s'arracher les cheveux. 
De quoi se la prendre et se la mordre.
Sans les dents !...