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dimanche 3 février 2019

Trouvaille !


  En terme de découverte fortuite, difficile de faire mieux que Christophe Colomb, même après plus de cinq siècles !
Wikipédia (qui nous apprend toujours des trucs pas possibles) nous la raconte :


Le 12 octobre 1492 à deux heures du matin, après une traversée quasi parfaite, un marin de la Pinta, Rodrigo de Triana, annonce que la terre est en vue ; attendant le lever du jour pour pouvoir accoster, les vaisseaux restent prudemment à deux heures des côtes.
Dans la matinée, Colomb et les frères Pinzon prennent place dans une barque. Croyant être dans l'archipel nippon sur la route des Indes, le navigateur fait enregistrer la prise de possession de l'îlot pour le compte du roi d'Espagne par le notaire qui les accompagne. 
Il le baptise du nom du Christ : San Salvador, et s'en fait nommer vice-roi et gouverneur général.

La première rencontre avec les indigènes — que Colomb nomme « Indiens » car il pense avoir atteint les Indes orientales — est encore pacifique. Ceux-ci lui apportent du coton, des perroquets et d'autres objets. L'interprète que le navigateur avait embarqué à son bord n'est pas d'une grande utilité…

Lors de ce premier contact, avec force gestes, répétitions et quiproquos, les « Indiens » indiquent — ou les Espagnols comprennent — que de l'or se trouve en quantité importante sur une grande île au sud-est, habitée par des populations d'anthropophages qui leur sont hostiles.

  Il était en réalité arrivé aux Bahamas. Ce n’est que 6 ans plus tard, lors d’un troisième voyage qu’il atteindra le continent américain, en accostant au futur Venezuela, toujours persuadé d'être aux Indes.
Et il mourra en 1506, heureux homme, sans que personne ne soit jamais venu le contredire ni lui gâcher son plaisir !

 *****

  Si vous vous lancez un jour dans la collection des carnets de timbres de France, ce que je vous conseille vivement, vous avez de grandes chances de tomber un jour sur de véritables merveilles capables de rivaliser avec les perroquets offerts à cet explorateur, ou avec les ors des anthropophages !
Il s'agit d'une immense et magnifique collection, dont la diversité n'a d'égale que sa richesse en raretés, et en trouvailles potentielles...

  Si, comme moi, vous restreignez votre champ d'investigations au type Semeuse, et si vous débutez avec un budget modeste, vous ne pourrez pas passer à côté de nos Bahamas à nous, philatélistes sur la route des merveilleux carnets publicitaires . Vous trouverez facilement sur votre route ce carnet du 50 centimes rouge Semeuse lignée :

Yvert 199 C 48 et Maury Cérès Spink n°124

  Certes, ce n'est pas le plus sexy : aucune publicité, ni sur les marges, ni sur la couverture qui ne nous montre que des renseignements postaux. Il ne vaut pas trop cher. Mais ne le négligez pas cependant !
Amusez-vous notamment à en chercher un morceau ayant servi pour affranchir du courrier d'époque au tarif, et vous verrez vite qu'il n'est pas si courant que ça !

  Il date de la fin de 1928. Les timbres sont au type IV. Le feuillet des timbres est collé à la couverture en son milieu, et non plus agrafé. Ses marges blanches portent parfois un numéro à 5 chiffres sur la gauche. Il était imprimé en typographie rotative. Un tour de cylindre donnait 8 carnets, dont 2 étaient numérotés. 

En cherchant un peu, vous apprendrez que c'est le tout premier carnet rotatif, et vous vous étonnerez certainement de sa mise au point tardive par rapport aux feuilles pour la vente ou pour la confection des roulettes, qui ont été imprimées sur rotatives bien avant : 1922 et 1923 respectivement.

Vous serez surpris aussi de constater que la publicité avait envahi avec un grand succès tous les carnets imprimés à plat depuis de nombreuses années. Alors pourquoi pas celui-ci ?

Et vous vous demanderez comme moi pourquoi on a jugé bon de ressortir du fond des tiroirs de l'atelier de fabrication ce vieux type démodé de couverture, dite couverture postale.
Un peu du même modèle que celles qui avaient été utilisées pour les tout premiers carnets. Ceux du 130, du 137, du 140 ou du 158 pour les connaisseurs, tous imprimés à plat et sans pub.

Une couverture en particulier nous y fait penser :
Bande colorée striée sur la gauche

Elle contenait 40 timbres à 15 centimes, et pour ne pas la confondre avec celle des carnets de 20, on avait choisi de la différencier en la bariolant un peu ! Voici celle des carnets de 20 :
Bande colorée unie sur la gauche

*****

  Ne me demandez pas pourquoi le carnet qui nous intéresse 199 C 48 est ainsi bariolé, je l'ignore, mais ce que je sais, c'est qu'il en existe une version bien plus rare...
Le feuillet de timbres qu'il renferme est le même, mais sa couverture n'est pas du tout bariolée !
On pense qu'il s'agit d'un essai : 

On n'en connait qu'un exemplaire !
Tout rouge au milieu, lui.

 En y regardant mieux, en dehors de cette bande rouge, la couverture de cet "essai" rare diffère à peine de celle qui sera commercialisée, au niveau du texte de la page 4 :

Les flèches noires vous montrent ces différences.

*****

  On connait également ce carnet au type IV sans pub avec une annulation par le cachet ondulé violet de l'Agence comptable des timbres-poste :

Celui-ci est daté du 5 décembre 1928.

  On pense que les carnets ainsi annulés étaient destinés à être montrés en exemple et probablement offerts aux différents annonceurs susceptibles de vouloir y faire figurer de la publicité.

  Dans un premier temps, ce carnet au type IV ne sera commercialisé qu'avec des couvertures publicitaires : séries 161 - 167 - 168 - 169, puis les pubs firent leur apparition, mais c'est une autre histoire.

*****

  Ce qui a motivé la rédaction de cet article, et l'analogie avec la découverte de Christophe Colomb, c'est la trouvaille d'un exemplaire de ce carnet dont la couverture est imprimée en NOIR !

Personne ne l'avait jamais remarqué !

Sa couverture est parfaitement identique  à celle de l'essai en rouge, 
mis à part le fait qu'elle est un peu moins large et que 
le feuillet des timbres dépasse légèrement sur les côtés.


  Il est fort probable que le matériel pour l’impression rotative des couvertures et la confection automatisée des carnets n’était pas encore au point, et que l’on a dû faire avec les moyens du bord et des couvertures imprimées à plat, dans lesquelles on a collé les nouveaux feuillets de timbres rotatifs. Ceci peut tout à fait expliquer ces petites différences de format. Je ne peux pas croire que l’on ait créé un cylindre pour reproduire ce qui était fait à plat plusieurs années auparavant !

*****

  Imaginez à présent une vente sur offres traditionnellement orientée plutôt vers la période des timbres dits classiques. Pas trop vers les semi-modernes, et encore moins les carnets...

  Choisissez un expert qui ne s'intéresse pas franchement à ces deux dernières catégories, et qui choisit pour son catalogue une simple photographie en noir et blanc de ce carnet qu'il juge très commun...

  Admettons que le prix de départ soit fixé à la moitié de la cote du 199 C 48, ce qui ne fait que quelques dizaines d'euros, et qu'il n'y ait pas beaucoup d'amateurs pour enchérir sur ce "vilain" carnet que presque tous les collectionneurs possèdent déjà...

  Pour peu que la photo ne soit pas d'excellente qualité, qu'elle n'attire pas trop l'attention, et qu'il n'y ait que vous pour la regarder d'assez près, pour remarquer l'absence des bariolages montrés plus haut...

  Pour peu que vous ne le confondiez pas sur la photo avec un carnet du 15 centimes Semeuse lignée...

  Encore eut-il fallu que vous ayez eu vent de l'existence de son équivalent en rouge et des différences dans le texte de la couverture...

Alors vous enchérissez...
Vous mettez les voiles vers l'ouest, vous priez durant toute la traversée...
Logiquement, c'est vous qui l'avez...

Et vous voilà en Amérique !!!

  Vous êtes le plus heureux des philatélistes, content d'avoir fait un joli "chopin" : vous êtes le premier à poser le pied sur un nouveau continent, et à découvrir ce qui est vraisemblablement un autre essai de ce carnet pourtant si commun.

*****

Un grand MERCI à l'explorateur en question qui se reconnaîtra,
et qui m'a autorisé à divulguer ici sa découverte,
même si je l'ai un peu romancée ! 

Et MERCI également aux 2 collectionneurs propriétaires des autres rares carnets montrés ici. Tous sont membres de l'ACCP, dont je vous invite à parcourir le site en cliquant sur le lien qui suit !


Il y a pas mal de trésors à découvrir sur le site et son blog, beaucoup de sympathiques chercheurs d'or à rencontrer... à défaut d'y croiser des anthropophages !


mardi 15 janvier 2019

A la recherche de la plus rare de toutes !


  Je suis certain que tout philatéliste qui se respecte y a eu droit un jour ou l'autre, surtout s'il a pris le risque de parler de sa passion avec des non initiés.
Au bout d'un moment, vient inévitablement dans la conversation la question piège,
  THE QUESTION 
"C'est quoi le timbre le plus rare de ta collection ?"

Et la réponse demande toujours une certaine réflexion, même si l'on s'adresse à des connaisseurs d'ailleurs... Ce n'est pas forcément le plus cher, le plus beau, ni celui qu'on préfère, mais c'est celui qui fera toujours envie aux autres !

  Par définition, il ne peut y avoir plus rare qu'une pièce unique, et pourtant les collectionneurs qui en possèdent une dans leurs albums sont assez nombreux !
Que ce soit une variété particulièrement spectaculaire, une lettre avec une destination extraordinaire, ou une date improbable. Encore faut-il s'être lancé dans une collection spécialisée.

  Il parait-même (c'est ce qui se raconte) qu'un richissime timbré était parvenu dans le temps à acheter les deux seuls exemplaires connus d'un timbre exceptionnel, et qu'il en a volontairement détruit un des deux en y mettant le feu, afin d'être certain de devenir le seul à posséder LA pièce unique !

  Je n'en suis pas encore là, heureusement !... Mais si on me demandait encore aujourd'hui, après 45 ans de collection, quelle est LA Semeuse la plus rare, j'aurais du mal à être formel.


Cherchons parmi les plus chers :
Le 15 c. vert ligné de Cilicie surchargé POSTE PAR AVION est rarissime, mais sa raison d'être est un peu trop tirée par les cheveux pour en faire notre favori.

Le même 15 c. des roulettes au type VI est longtemps resté sur le podium en neuf , mais on en trouve assez facilement ces dernières années dans les ventes. Souvent décollés de leur support...

Le 30 c. orange pré-oblitéré POSTE FRANCE 1921 en bon état est assez exceptionnel, c'est vrai.
Il existe semble t'il un non émis de cette surcharge, sur le 30 c. rouge, encore plus rare, et qui serait un bon prétendant à la première position, mais c'est un non émis !

Le filigrane AUSSEDAT, dont nous avons déjà parlé, est sans aucun doute des plus rares, surtout pour le 5 c. vert (une pièce connue), mais c'est le papier qui en fait la rareté... Et en plus, il semblerait exister aussi pour le 15 c. vert ligné ! Ça c'est certainement la plus rare de toutes : mais hélas jamais vue, une chimère !

Un Minéraline ou un 1 f. 40 rose au tarif sur lettre ou carte postale, non philatélique, ça ce serait une chouette réponse à notre question ! Si ça existait...

C'est vrai que ça, c'est franchement beau...


...mais il y en a quatre, alors que nous, on n'en veut qu'une !

*****

Alors, j'ai choisi comme gagnante une Semeuse surchargée ALGERIE. 
Cela vous étonne ?
Lisez donc plutôt ce qui suit.

  Le 60 c. violet ligné est un timbre courant, imprimé en feuilles rotatives de 100, et surchargé pour servir de l'autre coté de la Méditerranée.
On en trouve même des feuilles entières, comme ces deux-là :



Elles ont la particularité d'avoir été imprimée le même jour,
et lors du même tour de cylindre, ce qui est rarement rencontré !
Leurs numéros situés en bas à gauche se suivent.
Joli, non ?



  Il faut croire qu'un beau jour, une des feuilles du 60 c. violet a été placée à l'envers lors de l'impression de la surcharge, qui était réalisée à plat, elle, ce qui nous a donné de rarissimes et spectaculaires surcharges renversées.
Normalement toute une feuille, donc 100 timbres, ont dû naître ainsi malformés.

Mais ce qui fait tout leur charme, c'est qu'au lieu de se retrouver dans les pinces des philatélistes de l'époque, ils ont été livrés aux guichets, en Algérie, comme si de rien n'était, et qu'ils furent donc utilisés sur le courrier local.
Ce qui leur a donné une légitimité indiscutable.

  On en connait très peu, parvenus jusqu'à nous, et toujours oblitérés. Moins de 7 selon certains spécialistes... Et aucun de neuf.
 Mais les spécialistes peuvent se tromper, et peut-être en découvrira t'on un neuf un jour, à moins qu'ils n'aient été détruits, qui sait ?

Il est en effet assez étonnant que cette variété soit si rare, s'il en a vraiment été vendu 100.
Possible que le guichetier se soit rendu compte de l'erreur, et que seuls quelques uns aient été vendus avant que le reste ne soit retiré de la vente.
Nul ne le sait !

Voici ceux que j'ai vu passer en vente, au fil des 3 ou 4 dernières décennies, en espérant qu'ils soient tous authentiques :


On devine petit à petit la ville sur le cachet oblitérant, toujours la même, 
ce qui prouve bien qu'un seul guichet avait été ainsi approvisionné...
CHA..
CHE..

La position de la surcharge varie en hauteur de quelques dixièmes de millimètre, ce qui est tout à fait normal et souvent rencontré, comme sur les feuilles dont la surcharge est à l'endroit.
CHEV...





Il s'agit de CHEVREUL, situé +/- 100 Km à l'ouest de Constantine.




Wikipedia nous apprend que la ville se nomme de nos jours Béni Aziz ou Ben Aziz. 
Fondée en 1898 à l'époque de la colonisation française, elle a été nommée Chevreul en l'honneur du chimiste français Michel-Eugène Chevreul. Elle s'est ensuite nommée Arbaoun jusqu'en 1984.


Au passage, on note l'année d'utilisation : au début de 1925.


Ce dernier exemplaire était jusqu'en 2011 attaché à un voisin !
Incroyable !
C'est bien le même !


La voici notre semeuse la plus rare : c'était sans aucun doute cette paire,
UNIQUE
 sauf qu'un inconscient (pour être poli)
a eu la fâcheuse idée de la couper en deux : funeste sacrilège !

La paire n'ayant jamais trouvé preneur, elle a été sacrifiée...
 (je l'ai connue à Philexfrance en 1999, proposée à 40000 francs).

Cela nous en fait déjà 10 !

Et de 11 puisqu'on connait aussi ce fragment, magnifique !



  Ces petites merveilles ont donc été égrenées une par une durant plus d'un mois dans un tout petit bureau de poste Algérien. Toutes ont parfaitement rempli leur mission d'affranchissement. Même là-bas, quelques unes sur les 100 ont fini par être repérées, et heureusement conservées pour de rares amateurs !


Mais voici pour finir la plus belle et la plus rare, vainqueur par K.O. de notre petit jeu de ce soir :

AND THE WINNER IS...


Médaille d'or incontestée, attribuée par un jury composé de moi-même.
Et de 12, pas une de plus !

Si elle n'existait pas, l'authenticité de ces jolies variétés resterait douteuse.
Superbe preuve que ces timbres surchargés à l'envers  ont bien été utilisés, 
loin de toutes les tentations des philatélistes de la métropole !
Elle porte en plus au dos un cachet d'arrivée.
Recommandée. Au bon tarif.
Presque trop belle !
Signée A. Brun.
Une merveille !

*****
Il paraît qu'il en existe une autre, mais je doute...
Peut-être fait-on référence à celle-ci ?


On voit ici que le bloc de 4, s'il est authentique 
(ce dont je doute également),
 ne provient pas de la même feuille, puisque la surcharge est à cheval,
 et pas du tout au même endroit !

Elle est oblitérée d'Alger et non plus de Chevreul. En 1926 semble t'il...
Tarif bidon. Oblitération douteuse elle aussi.

Tout comme ces exemplaires neufs :


L’appât du gain étant ce qu'il est, je penche pour une fausse surcharge,
 mais sinon ce serait elle LA Semeuse la plus rare !
Qu'en pensez-vous ?


L'exemplaire avec bord de feuille a certes été proposé par une maison de vente très respectable, mais je me méfie trop des surcharges pour les croire authentiques ces 6 derniers, même si je peux me tromper !

  Je m'en méfie d'ailleurs tellement, que je n'ai JAMAIS osé acheter une de ces superbes variétés, dont les prix ont varié au fil des ans entre 1500 et 2600 euros. Souvent, elles sont restées invendues, preuve qu'il n'y a pas que moi qui hésite, car leur rareté justifie totalement ces prix-là.


Je ne regrette que la paire, mais à l'époque il me fallait plusieurs mois
pour gagner 40000 francs !
Maintenant, c'est fichu : il n'en existe plus aucune !

En revanche, la lettre, j'en rêve encore parfois. Elle était si jolie !
Elle non plus n'a pas trouvé preneur, à 9000 euros...

Prions pour que jamais aucun malotru n'ait l'idée impardonnable
d'en décoller le timbre afin de pouvoir le vendre plus facilement...


dimanche 30 décembre 2018

Meilleurs Vœux !


  L'année 2018 se termine. Elle aura été pour moi très riche en jolies trouvailles philatéliques : la plus belle de toute ma vie de collectionneur !

J'ai eu l'occasion et le plaisir de vous en faire découvrir un assez grand nombre dans ce "blog" mais le temps m'a parfois manqué... Et c'est tant mieux : j'aurai ainsi la chance en 2019 de vous en montrer d'autres assez sympa, c'est promis !
Voilà déjà une bonne résolution de prise...

  Etant donné que j'aime bien la tradition qui voulait que l'on s'envoie une carte de vœux par la poste, et que celle-ci tend fâcheusement à disparaître au profit des SMS ou des courriels, je profite de ce pénultième jour de 2018 pour vous en poster une :


Avec un peu de chance, et grâce à la bonne volonté des facteurs d'internet, elle va réussir à se faufiler entre les barrages routiers des manifestants, et arrivera juste à temps !
Vous avez vu ? Elle a bien pris soin d'enfiler son gilet jaune...

  Ceux qui me suivent depuis toutes ces années ne vont pas se demander bien longtemps quelle jolie carte j'ai bien pu choisir pour eux.

Non ! Assurément pas une de celles que l'on trouve recouverte de paillettes, de décors enneigés, ou bien qui se met à pousser la chansonnette lorsqu'on la déplie...

 Vous vous doutez tous que je n'ai pas pu m'empêcher de vous trouver une belle Semeuse pour marquer le coup, et vous avez bien raison.
Mais n'ouvrez pas trop vite l'enveloppe, et faites bien attention à ne pas endommager ce qu'elle contient !


Mais qu'est-ce que c'est que ça ?

Visiblement, un joli coin de feuille du 25 c. bleu annulé avec des hexagones concentriques que les philatélistes connaissent sous l'appellation de para-oblitération. C'est déjà joli !

La Poste maculait ainsi volontairement les timbres de sa production qui ne satisfaisaient pas à toutes ses exigences de qualité : les ratés, les défectueux, tous destinés au rebut. 

Ceux qui ont fini par se  retrouver dans les collections se sont donc faufilés hors du droit chemin qui aurait dû les conduire à être détruits, et ce pour notre grand plaisir.
*
*
  Mais comment se fait-il, me demanderont les plus observateurs d'entre vous, que le bord de feuille en haut soit perforé ? Ce n'est jamais le cas, normalement ! 

Et s'il s'agissait d'un inter-panneau (qui, lui, est toujours dentelé), plutôt que d'un haut de feuille, on devrait y trouver les fameuses barres horizontales de couleur bleue, comme sur ce fragment de feuille par exemple :
Serait-ce pour cette raison ? 
Quelqu'un aurait-il tout bonnement oublié les barres ?
Ce qui aurait justifié la mise au rebut ?

Non ! Je n'ai jamais vu de feuille ou de partie de feuille qui ne soit porteuse de ces barres imprimées dans la couleur des timbres. Jamais !

Elles étaient là pour éviter que ne soit mis à la disposition du public, des vignettes vierges de toute impression, parfaitement au format d'un timbre, toutes faites sur un papier authentique et gommé. 
Cela aurait pu tenter les faussaires ! 
Ils auraient pu les utiliser pour leurs malhonnêtes fabrications...
Je crois d'ailleurs savoir que cela a bel et bien été le cas quelques fois.
*
*
  Il ne faut jamais dire jamais me répondront les plus pointus !

Les feuilles destinées à la fabrication des carnets à plat étaient dépourvues de ces bandes !

C'est tout à fait exact : pour ces feuilles de 120 timbres que l'on coupait en 6 afin d'obtenir le bon format des carnets de 20 ou de 40, cet intervalle était obligatoirement coupé en son milieu à l'atelier de fabrication. Du coup : inutile d'y imprimer la moindre barre de couleur ! CQFD

  Comme cette découpe ne se faisait qu'une fois que la feuille avait été agrafée dans une feuille correspondante de 6 couvertures, aucune feuille ne pouvait jamais sortir indemne de l'atelier. 
Toutes étaient transformées en carnets !
*
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Presque toutes !...

  On sait depuis 2004, depuis le jour où la maison Roumet a mis en vente un ensemble exceptionnel de feuilles pour carnets au type Semeuse, restées entières près d'un siècle, que cela existe.
On en connait 4 exactement : une dentelée et une non dentelée du 5 c. vert et du 10 c. rouge, les plus magnifiques joyaux de la philatélie pour moi, ainsi que quelques fragments du 10 c., mais aucune feuille ni fragment du 25 c. bleu.
*
*
Juste un petit bout en fait, celui-ci :


  Ce bloc a conservé ses 2 inter panneaux dentelés (sans barre de couleur donc) ce qui démontre qu'il s'agit d'un des 4 blocs de 10 (ni celui du haut, ni celui du bas) situés sur la moitié droite d'une feuille de 120, jugée défectueuse et annulée, puis hélas découpée. 
Pas facile en effet de faire sortir discrètement une feuille entière de l'atelier...

Celles vendues chez Roumet, provenaient de la collection d'un grand collectionneur de l'époque, maître Henri Kastler, notaire à Paris. 
Il n'est pas impossible que sa notoriété lui ait permis de visiter l'atelier dans les années 1910-1915, et de bénéficier d'une exceptionnelle faveur de l'administration à cette occasion...

  Ce bloc bientôt centenaire a une dizaine d'année de moins que lesdites feuilles. 
L'absence de trace d'agrafe sur son bord gauche prouve bien qu'il n'a jamais été question de s'en servir pour fabriquer un carnet.

Qui sait si les autres timbres ont été dirigés vers les rebuts, et s'il s'agit vraiment du seul fragment de feuille pour carnets de ce 25 c. bleu ayant su y échapper ?

Personne ! Mais moi je le pense, et je l'aime vraiment beaucoup !

C'est la deuxième fois que je le croise. 
Lors de notre première rencontre dans les années 80 sur les hauteurs de Cannes, je n'avais ni l'âge ni les moyens de me le payer, ni toutes les connaissances voulues pour l'apprécier à sa juste valeur. Nous nous étions séparés bons amis.
Pour finalement nous marier cette année...

  Cerise sur le gâteau, le timbre est au type IV, celui des premiers carnets du 25 c. datant du début de 1920, dont on sait qu'ils n'ont pas donné satisfaction, ce qui leur a valu d'être assez vite remplacés par ceux au type I B, puis par ceux au type II, tous sans publicité, et avec cette même couverture :


Décidément non, je n'aurais vraiment pas pu 
vous trouver mieux comme carte de vœux !

Pourvu que 2019 nous réjouisse autant !...



mardi 25 décembre 2018

" AAARRRHHH, putain de saloperie de bordel de rotative de merde ! "


 J'espère en ce jour de fête ne pas avoir trop choqué les chastes oreilles d'internet avec ce titre, mais c'est à mon avis ce qui devait résonner de temps en temps dans les grandes salles de l'atelier de fabrication des timbres-poste, en 1922...


  Surtout si l'on imagine un employé expérimenté et méticuleux, levé de bonne heure et impatient de pouvoir enfin faire fonctionner la fameuse machine Chambon dont on lui vante les mérites depuis des mois.

  Toute sa carrière qu'il a passé à se perfectionner sur la typographie à plat, à en maîtriser toutes les finesses, à en peaufiner les réglages ! Tout ça pour repartir de zéro ! A son âge...

  Obligé de se farcir des heures de formation à écouter des tas d'incapables qui croient tout savoir sur l'imprimerie, persuadés d'avoir inventé le fil à couper le beurre !

  Forcé de s'adapter à cette nouvelle technologie soi-disant de pointe, que l'on veut lui imposer à tout prix !

  Oubliées les grandes feuilles de papier qu'il fallait savoir positionner parfaitement sur la presse, puis amener à la machine à gommer, celle qui les séchait au passage. Puis les faire couper en deux et les confier in fine à la dernière machine qui, en les perforant, donnait vraiment naissance aux timbres !
Ensuite, il restait à les compter manuellement, et à en faire des paquets...

Et bien tout ça, c'est fini : vive le progrès !

  Dorénavant, il suffit en théorie de se démerder comme on peut pour mettre en place à une extrémité de la rotative des rouleaux de papier déjà gommé, qui pèsent un âne mort. Comme aux chiottes, vous en déroulez juste ce qu'il faut. Vous appuyez sur le bouton "MARCHE" et il vous sort à l'autre extrémité, tout un tas de feuilles de timbres imprimées et dentelées à merveille, datées et numérotées. C’est y pas beau la technique ?

  Enfin, ça c'est la théorie, car quand on s'amuse à regarder les rares feuilles de notre Semeuse verte à 10 centimes datant de cette période de transition (notamment celles des premiers jours), on s'aperçoit qu'il s'agit presque toujours de feuilles ayant dû être renumérotées à cause de nombreuses feuilles défectueuses (nous en avons déjà parlé ici, avec de jolis exemples).
Ce qui prouve que tout était loin d'être au point...

  Alors, moi, je ne peux pas m'empêcher d'entendre d'ici le juron qu'il a laissé échapper l'ouvrier en question ce jour-là, en découvrant le magnifique résultat obtenu avec sa belle machine toute neuve :


Ce bloc, ça faisait des années que je le voyais passer et qu'il me faisait envie, tantôt dans des expos, dans la collection du grand spécialiste de ce timbre, puis dans des ventes sans jamais pouvoir me le payer. Et puis cette année, il a fini au pied de mon sapin...

Visiblement il était attaché, il y a plus longtemps encore, à celui-ci, dont je n'ai que la photo :


...Et à un autre bloc de 9 (les 3 colonnes de droite de la feuille) qui devait porter la date, toute bavouillée de vert : le fameux coin daté ! 

Celui-là, je ne l'ai jamais vu, mais je donnerais cher pour le ranger à côté du mien un jour !...

  Au fait, à votre avis, sans parler de la perforation toute de traviole, c'est le dateur / numéroteur qui est responsable de ce massacre, ou bien le bas du galvano lui-même ??? 

That is the question !

Faut dire qu'il n'y a qu'en 1922 que la même encre (celle du timbre) servait à la date et au numéro. 

Raison pour laquelle on avait ménagé des encoches sans les parallélogrammes aux 4 coins, pour que ces informations restent lisibles. Ensuite, une encre noire a été (presque toujours) choisie.

*******

  Pour terminer, je ne résiste pas au plaisir de vous montrer que 5 ans plus tard, il arrivait toujours des misères aux bas des feuilles imprimées par ces rotatives :


Avec des fragments de Semeuses imprimées sur la gomme, ce qui ne court vraiment pas les rues !
Et avec en prime le coin daté cette fois-ci !

Avec l'impression à plat, on en voit de temps en temps de ces impressions au verso, que ce soit pour les feuilles ou pour les carnets, mais en rotatif, c'est franchement exceptionnel !

Une belle idée de cadeau pour faire ma lettre au papa Noël, 
même si c'est un peu tard pour cette année...

 Difficile d'expliquer comment cette dernière variété a bien pu survenir : un gros froissage du rouleau de papier une fois engagé dans la machine, peut-être ?...
  
 N'hésitez pas à me donner vos impressions en cliquant sur "commentaire" ci-dessous.

Merci et passez de bonnes fêtes de fin d'année ! 

Je vous la souhaite aussi bonne que la mienne, 
philatéliquement parlant !


lundi 10 décembre 2018

Pas banal !


  Je vous présente aujourd'hui cette jolie variété, non seulement parce que je la trouve spectaculaire, mais aussi parce que c'est la première fois que j'en rencontre une de la sorte. De plus, elle illustre à merveille les problèmes techniques qui peuvent faire varier l'impression de notre chère Semeuse !


  Vu comme ça, ce bloc de 4 barré en diagonale par un "sur-encrage", pourrait vous sembler un peu triste, mais ceux qui s'intéressent un tant soit peu aux procédés de fabrication des timbres de l'époque se demandent certainement comment cela a bien pu se produire...

Il s'agit d'un timbre imprimé par les machines rotatives de l'atelier, dès 1926, sur des rouleaux de papier déjà gommé.

Il est impossible que l'encre soit en cause : elle était uniformément déposée sur le cylindre, et même une coulure ou un surplus ne saurait donner ce résultat.

Si ce n'est pas l'encre, c'est que c'est le papier qui doit être à l'origine de la variété.

  L'image vous rappelle peut-être un récent article consacré ici aux raccords de papier : on observe en effet souvent au niveau de ces raccords, une impression plus marquée là ou les deux rouleaux sont raboutés l'un à l'autre. Une partie de l'impression se faisant sur une double épaisseur de papier.

Mais ces raccords étaient toujours réalisés +/- horizontalement (ou presque) et non pas en diagonale ! Il faudrait avoir l'esprit bien tordu pour fabriquer un raccord en diagonale !

  Regardons à présent la feuille entière dont j'ai extrait ce bloc de 4 :


Spectaculaire et curieux comme variété !
Non ?
Si, si, je vous assure !

  Personnellement, je n'avais jamais vu ça auparavant,
et c'est ce qui m'a attiré.


  J'avais déjà vu des feuilles imprimées alors qu'un "corps étranger" (en réalité un morceau de papier) était venu s'interposer entre le cylindre et la feuille. On en trouve, mais très rarement car les contrôleurs se devaient de retirer ces feuilles fautées de la circulation bien avant qu'elles n'arrivent aux guichets de la poste. 
Encore fallait-il que le défaut soit assez marqué pour être facilement repéré.
Comme sur ce bloc, vu dans une vente :


Ou bien franchement impossible à rater, comme celui-là, lorsque le fragment inopportun se décollait ou était retiré après l'impression : 



 Ce n'est pas le cas de notre feuille : le défaut a très bien pu passer inaperçu. 
Le "corps étranger" s'est retrouvé dessous, et non plus dessus.

Et c'est en la retournant qu'on comprend ce qu'il s'est produit :


Comme quoi ceux qui s'intéressent à la gomme n'ont pas toujours tort !...

  Un fragment de papier, d'ailleurs gommé lui aussi et peut-être un peu humide, est venu se coller au dos et en plein milieu de notre feuille, se retrouvant entraîné avec elle dans la rotative.

Comme il ne dépassait pas, il n'a pas été arraché au passage, ni repéré par les contrôleurs.

  La double épaisseur de papier à son niveau explique ce que nous avions appelé "sur-encrage", lorsque l'ensemble est passé sous le cylindre normalement encré.

Puis, une fraction de seconde plus tard, l'intrus a été perforé lui aussi par la même occasion !

Vraiment pas banal !

  Les spécialistes de la typographie savent que les imprimeurs jouent avec ce qu'ils disposent comme matériel sous les feuilles destinées à l'impression, sur le support : feutre, carton ou papier d'épaisseurs et de dureté diverses, pour obtenir le meilleur réglage de leurs machines, et surtout le meilleur rendu.
A présent, vous en avez l'illustration sous les yeux.


dimanche 25 novembre 2018

Obsédé !



  Ceux qui me lisent depuis quelques années vont penser que je fais une fixation sur cette Semeuse perforée ! Et ils n'auront pas vraiment tort...

Nous en avons déjà parlé à 3 reprises : en octobre 2010, septembre 2016, mars 2018, et ce n'est peut-être pas fini !

  Il faut savoir que mon traumatisme initial remonte au début des années 80, avec la parution des ouvrages de Storch et Françon, qui ont donné une autre dimension à la collection de mon timbre préféré. Quelques années plus tard, les mêmes auteurs faisaient paraître dans "Le Monde des philatélistes" une mise à jour de la partie consacrée au 10 c. rouge, avec notamment des éclaircissements sur les faux. Et surtout, la photo d'un document qui depuis hante mes rêves de collectionneur : il s'agissait d'une fameuse Lettre à 5 centimes de 1912, édition numéro 1, vendue en Haute Garonne à la moitié du prix du timbre, grâce aux jolies publicités qu'elle devait véhiculer.

  C'est surtout la pub de son enveloppe qui m'avait marqué : 
la liqueur du Canigou.
Rien à voir avec la pâté pour chien, mais plutôt avec le sommet pyrénéen.


Voici la lettre en question : je vous laisse apprécier 
tout le charme de ses pubs, tout ce que j'aime :
Cela va du cachou Lajaunie, au Tue vers de bébé, 
en passant par un précurseur du Viagra : les dragées d'or de Fik...


C'est parce qu'elle est passée depuis Arthur Maury entre les mains de quelques autres grands collectionneurs, 
que je peux enfin vous la montrer en couleur.

  J'avais d'ailleurs rencontré à l'époque l'un d'entre eux qui me l'avait faite miroiter, entre autres merveilles de ses albums, mais j'étais loin d'avoir les moyens de me l'offrir. 

  Vous connaissez déjà mes mésaventures durant plusieurs décennies à la poursuite d'une de ces lettres. L'important étant de ne jamais désespérer...

*****

  Au fil des années, on a vu apparaître 2 autres modèles, de la même époque et un peu différents, mais cette édition numéro 1 reste à mes yeux la plus belle.

  La plus connue, moins rare, est l'édition numéro 2 avec sur son enveloppe, encore une publicité pour un alcool : 
le vin de Banyuls Bartissol :


En voici une, incroyablement conservée depuis plus d'un siècle, à l'état neuf :


Sur ce modèle, la perforation est horizontale et 
volontairement placée à cheval sur le timbre et son support, 
contrairement au premier exemple montré + haut
sur lequel elle était verticale et uniquement sur le timbre.

  Je ne vous remontre pas le dernier modèle découvert, édition numéro 3 avec pub pour le lait d'Appenzell purgatif, car je ne l'ai toujours pas digérée, depuis que je l'ai ratée !

  Mais le plus extraordinaire à mon avis, ce sont les deux documents suivants qui accompagnent la précédente. Comme cela y est précisé, elle était vendue (5 centimes) dans une grande pochette avec, en plus de l'enveloppe et de la feuille pour la correspondance, un buvard et un crayon. 

Visiblement, on avait renoncé au calendrier...

Les voici, miraculeusement conservés, et jamais vus depuis 1998, 
lorsqu'ils m'avaient nargué dans une vente sur offres : 



Il ne manque plus que le crayon !
Il devait être vraiment très joli et bon...
Du coup, il a disparu !

Faites-moi signe SVP si vous le retrouvez !

N.B. l'édition numéro 1 était vendue avec un porte-plume, d'où le buvard.