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jeudi 4 mai 2017

Enfin !

Bonsoir,
à force de demander partout qu'on me communique des dates figurant au bas des carnets imprimés à plat (Semeuse et Jeanne d'Arc donc), il fallait bien qu'un jour ça arrive !

Regardez ce qu'un ami amateur m'a montré :

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Joli morceau, non ?


On reconnait facilement ces pubs provenant d'un carnet fort rare, le carnet ECO OLIBET
140 C 11 pour Yvert, ou 39 pour Cérès Maury Spink !

Il s'agit du tout premier carnet français imprimé avec des pubs, à la fin de 1923, le 10 décembre donc !
A peu près en même temps que le carnet Evian, plus commun car ayant duré beaucoup + longtemps.

Admirez la "pub" de droite : assez minimaliste !


Comme quoi l'annonceur n'avait pas franchement réalisé que les utilisateurs allaient un jour découper les timbres du carnet pour s'en servir, et que sa publicité ici punctiforme ne risquait pas de lui rapporter grand chose : étonnant, non ?
C'était les tout débuts de la publicité des carnets.




Il n'y a en tout et pour tout que 2 timbres accompagnés de la marque Olibet sur les 10 pour lesquels elle avait payé ! Les autres restant assez sibyllins !

Comme le patron d'Olibet a bien dû se rendre compte de son erreur, et comme le retour sur investissement a dû être quasi nul, il a ensuite corrigé le tir avec 2 autres carnets où sa publicité est + claire :





ECO avait mieux compris, lui, dès le début !

Que cela ne vous empêche pas de me signaler d'autres dates si vous en croisez !
MERCI d'avance !


samedi 29 avril 2017

Surprise !


  Encore une fois, internet m'a permis de dénicher une lettre assez curieuse et originale, datant de 1924, et affranchie avec ma très chère Semeuse bleue à 25 centimes.

  Comme vous allez le découvrir, même après l'avoir examinée de près, elle garde encore sa part de mystère.


  C'est la raison pour laquelle je vous la présente ici, dans l'espoir que l'un d'entre vous aura peut-être une explication à nous fournir, car je vous l'avoue déjà, ce n'est pas mon cas !


  En zoomant un peu, on aperçoit et on découvre avec stupeur qu'elle est affranchie avec une superposition de deux timbres :


  Il s'agit du type IA qui n'a été imprimé à plat que sous la forme de feuilles de 150 timbres, mais on sait qu'il y a eu deux présentations : les feuilles-vente normales, et celles destinées à la fabrication des roulettes. Vous devinez où je veux en venir ?
Non ? 
Pas encore ?...

  Le décentrage vers le bas étant exactement le même sur les deux, on peut en déduire sans trop se tromper qu'ils proviennent de la même partie d'une feuille.

Mais si on réfléchit un peu, on se demande bien qui aurait eu l'idée saugrenue de dépenser le double de ce qui était nécessaire pour envoyer une lettre !

Alors, on extrapole : on se dit qu'il pourrait bien s'agir d'une partie d'une bande verticale pour roulettes, puisque l'on sait que leur réalisation était totalement manuelle à l'époque : on collait bout à bout les panneaux constituant les feuilles pour roulettes, puis on les découpait en bandes verticales de 15, que l'on raboutait une à une pour en faire une roulette de plusieurs centaines de timbres !

  Et si c'était le cas, alors ce serait une belle rareté, car les types IA provenant de roulettes sont quasiment impossibles à identifier, à de rares exceptions près !


  D'autant plus que les amateurs auront remarqué que les dents horizontales paraissent bien avoir été découpées mécaniquement (et non déchirées). Du moins celles du bas du timbre de dessus, et celles du haut du timbre de dessous. Un peu en arc de cercle d'ailleurs.

N.B. Les dents verticales déchirées se rencontrent avec les roulettes à plat, contrairement aux roulettes rotatives.

  Mais ne croyez surtout pas que la poste était stupide à ce point pour gaspiller un timbre à chaque fois qu'elle voulait rabouter ses bandes verticales ! C'est à dire une fois sur 15, puisque les bandes verticales étaient de 15 timbres. Cela aurait représenté pour elle 6,66 % de pertes, ce qui est absolument impensable !

  Pas du tout : elle se servait pour ses raboutages des bas de feuilles volontairement laissés non imprimés. Voici d'ailleurs la seule feuille connue de ce type IA pour roulettes (elle est au musée postal depuis longtemps) :
Au bas il existe 2 rangées supplémentaires, dentelées non imprimées, 
que l'on ne voit pas hélas sur cette image, et destinées aux raboutages.


 Je me suis donc dit, en achetant cette lettre, qu'il y avait sous le premier timbre, non pas un autre timbre semblable au premier, mais un "timbre" non imprimé, tout blanc, correspondant au bas de la feuille. Ce qui aurait prouvé la provenance d'une de ces fameuses roulettes à plat.

  On devine sur les 2 timbres, grâce au zoom et à cause du décentrage, les signatures de Roty et Mouchon du timbre de la rangée du dessus, mais peut-être qu'il n'y a rien d'autre d'imprimé sur le timbre qui est recouvert par l'autre ?...

Un petit rappel pour vous donner une idée de leur rareté : on ne connait que 3 de ces bandes verticales (mais on m'a dit qu'il en existait d'autres...). 
Une seule s'est vendue publiquement, autour de 65 000 euros !


 Je m'imaginais déjà, à la réception de cette lettre, en train de décoller précautionneusement cette superposition, et j’espérais fort ne trouver dessous qu'un simple bord de feuille vierge !

Et bien non : c'est raté !


Il y a bien un autre timbre dessous !

  Il faut croire que la Compagnie Française de Radiophonie n'en était pas à 25 centimes près !

D'ailleurs, la date de 1924 correspond à une époque où les roulettes étaient assez à la mode, mais alors imprimées par les nouvelles machines rotatives.

L'entreprise devait donc à mon avis se fabriquer elle même ses propres bandes de roulettes, à partir de bandes verticales découpées dans des feuilles-vente normales achetées à la poste. Ensuite, elle n'avait plus qu'à insérer ses roulettes bricolées dans de petits appareils distributeurs de timbres, qui devaient rendre un peu plus facile la vie de tous les jours des secrétaires, chargées de l'expédition du courrier.

  D'ailleurs, la poste faisait techniquement bien mieux au niveau de l''alignement de ses raboutages, afin de ne pas bloquer le fonctionnement de ses distributeurs automatiques. Ici, force est de reconnaître que c'est du bricolage, de l'à peu près : la superposition est loin d'être parfaite.

En gaspillant au passage un timbre de temps en temps !
Peut-être même un timbre sur cinq, soit 20 % de perte !
Puisque les feuilles-vente normales ne pouvaient fournir, elles, que des bandes de 5...

Certes, c'est un peu tiré par les cheveux, et pas logique ni rentable du tout, mais vous me voyez désolé, je n'ai pas trouvé de meilleure explication !

Et vous ?



samedi 11 mars 2017

Pas contente la Comtesse !


Furax ! 

  Même si, un siècle plus tard, presque personne n'utilise plus cet adjectif, il me semble tout à fait approprié pour décrire l'état d'esprit dans lequel devait se trouver la Comtesse en ce 11 juin 1910 !


  Ça devait rouspéter fort, croyez-moi, dans le hall d'entrée somptueux de l'hôtel de Gaucourt, tout proche de Commercy dans la Meuse, et à mon avis les domestiques ne devaient pas en mener bien large !

 " Mais enfin, c'est fichtrement incroyable ! Dans quel monde vivons-nous aujourd'hui ?" s'écriait-elle.

  " Comment est-il donc possible que ma carte pour la Pentecôte, que j'avais adressée en son temps à Miss Somerville, ne lui soit jamais parvenue ?

L'Ecosse, ce n'est pourtant pas le bout du monde !

Qu'est-ce qu'ils vont bien pouvoir penser de moi à Murrayfield ?

  Saperlipopette ! Mais c'est à croire qu'un pauvre gueux s'est autorisé à me la chiper à la poste, et pour s'en faire un joli souvenir, à coup sûr !

  Non mais des fois, je vais aller leur montrer de quel bois je me chauffe, moi. Ils ne me font pas peur ces malotrus. Je m'en vais de sitôt leur chauffer les oreilles !...

Nestor ! Faites préparer l'automobile, et en vitesse je vous prie ! "



  On imagine la furie qui va sauter dans son véhicule, et débouler au bureau de poste local ! Sans parler de ce qu'a dû endurer comme coups de semonce le pauvre guichetier ce jour-là, lui qui n'avait rien demandé à personne !

  Il n'empêche qu'il a dû tenir bon, face aux réprimandes de la Comtesse : il a même réussi à la convaincre de poster une nouvelle carte postale destinée à sa chère amie d’Édimbourg !

  Sauf qu'il a pris la précaution de lui conseiller la recommandation de son envoi, ce qui n'était pas courant pour une carte postale.

Certes cela aura coûté 35 centimes à Madame la Comtesse, au lieu de 10 centimes pour un envoi simple, mais au moins la voici assurée que sa carte arrivera à destination.

  Et ceci le plus rapidement du monde : elle arrivera effectivement entre les mains de sa correspondante écossaise deux jours plus tard ! En passant par Londres.


   Le seul souci, c'est que la comtesse furibonde n'avait plus du tout la tête à rédiger un mot doux sur sa carte à ce moment précis.

Elle enverra donc tout simplement son meilleur souvenir à son amie, et lui racontera probablement toutes ces péripéties à la prochaine occasion .

"Mon meilleur souvenir à Miss Somerville. 
J'espère que cette carte lui parviendra cette fois, 
étant recommandée "
-----

  Ce petit épisode, dont la reconstitution est toute personnelle, m'a permis de vous montrer une jolie carte recommandée pour l'étranger, ce qui à mon humble avis, ne court vraiment pas les rues !

 

lundi 6 février 2017

C'était le bon temps !


1924

  Non seulement le timbre pour affranchir le courrier ne coûtait que 25 centimes (d'anciens francs !), mais en plus on pouvait se le procurer à la poste sous la forme de si pratiques carnets, tels que celui-ci par exemple, qui a rejoint récemment ma collection :


Avouez qu'il est joli tout de même : difficile de résister à son charme !

  Rien que cette image montrant ses couvertures extérieures polychromes, et intérieures plus modestes, devrait suffire à donner envie de collectionner les carnets à n'importe que philatéliste !...

Moi, ça fait longtemps que je suis tombé dans la marmite, mais je ne m'en lasse toujours pas.
Comme Obélix, j'en demande encore et encore !

  Bien entendu, ils ne sont pas tous aussi spectaculaires, mais je me suis amusé, en quelques minutes, à rechercher sur internet quelques jolies images correspondant aux 6 annonceurs qui avaient dû signer un contrat avec Carlos Courmont, pour promouvoir leurs marques sur celui-ci :

Evian - La Cressonnée - Elders et Fyffes - Tortosa - Révuslsior - AP EL

Vous n'imaginez pas tout ce que l'on peut apprendre en "surfant" ainsi sur le net !
De clic en clic, votre esprit vagabonde sur les pages trouvées par votre moteur de recherche, et souvent vous avez de belles surprises...

Autant de témoignages de cette belle époque, que d'histoires souvent amusantes et toujours instructives, que de renseignements sur le mode de vie d'alors, et de découvertes enrichissantes.

Vous saviez, vous, que le Cachat était un fromage du Mont Ventoux ?
Autant que le nom du propriétaire de la célèbre fontaine d'Evian, ce qui n'a strictement rien à voir.


On se bousculait pour aller boire son verre à la source !


Vous saviez que Fyffes est depuis 1888 la plus vieille entreprise ayant trait au commerce de la banane ?


Avec son siège de Saint Ouen :


Que La Cressonnée, apéritif alors à la mode, était une sorte d'absinthe élaborée avec du cresson ?



Une boisson pourtant pleine de vertus, et moins dangereuse que l'absinthe :


Aviez-vous appris que Tortosa était une ville de Catalogne ?
Où l'on fabriquait peut-être de la réglisse, comme à Valence ?




Et vous y croyez, vous, aux bienfaits du Révulsior ?
Aussi efficace sur la gorge, les bronches que sur les articulations et les muscles !
Rien qu'en se badigeonnant avec !...



Est-ce que vous auriez eu l'idée de ce nom " AP-EL " pour votre société d' APpareils ELectriques ?





L'idée vous serait-elle venue dans votre laboratoire équipé de la plus haute technologie ?



Si comme moi vous avez répondu NON à toutes ces questions, 
c'est que vous avez encore tout plein de choses à apprendre !

Et la collection des carnets vous aidera certainement,
tout en vous divertissant...



dimanche 29 janvier 2017

Un joli pli pour mieux comprendre les coins datés !


  J'avais eu la chance, il y a quelques années, de trouver ce magnifique bloc. Une moitié de feuille, touchée par une spectaculaire variété d'impression sur pli accordéon du papier :

Avec un coin daté du mercredi 22 décembre 1926

Je savais bien, à l'époque, que cette chance ne se reproduirait pas 2 fois ! 

Mais je savais aussi qu'il devait bien exister quelque part, d'autres timbres pareillement touchés par cette variété, puisque le pli en diagonale s'était produit lors de l'impression, sur tout le rouleau de papier défilant dans la presse rotative. 

Le cylindre de ce jour-là est facilement identifié comme étant composé des deux galvanos O + P.

En revanche, l'inclinaison de la diagonale pouvait me laisser penser que mon bloc avec son coin daté était unique !

Et bien, non ! !

Figurez-vous qu'une vente de mardi prochain propose un coin daté similaire, ce qui me permet de vous les montrer tous les deux ici, miraculeusement réunis 80 ans plus tard (en photo) :


Et bien entendu, la date est la même !
Puisqu'ils ont été tous les deux imprimés par le même tour de cylindre !

Pendant la même fraction de seconde, ce mercredi là !

  Alors, grâce à mon logiciel d'images, je me suis amusé à reconstituer le résultat de l'impression de ce tour de cylindre : 



Ceci m'a permis de m'assurer qu'il n'y avait désormais 
plus aucune chance de trouver un autre coin daté semblable !...

Et cela vous permet surtout de mieux comprendre 
comment notre si chère 25 c. bleu Semeuse au type III B  
était imprimée à l'époque par ces presses rotatives, 
avec leurs fameux coins datés !



lundi 23 janvier 2017

S'amuser avec les coins datés


  Même les timbres les plus communs au premier abord peuvent receler de petites merveilles, et parfois nous procurer de grandes satisfactions : tous les vrais philatélistes le savent.

Il faut bien reconnaître que si, en plus, cela ne nous coûte que quelques euros à la fin, c'est encore plus sympa !

Et si, cerise sur le gâteau, le vendeur ne s'était aperçu de rien, c'est le must : on a vraiment beaucoup beaucoup de plaisir à faire un Chopin !

   Le 25 c. brun Semeuse YT 235 est un timbre vraiment très courant. Il n'a existé qu'en feuilles de 100 au type III B avec coins datés, et en bandes pour roulettes au type III C. 

Pas de vraie rareté à se mettre sous la dent du coté des coins datés : entre 1927 et 1938, de très nombreux tirages ont eu lieu, avec 28 cylindres donc 56 coins datés différents, ce qui rend la collection intéressante certes, mais pas passionnante.

Malgré tout, j'avoue que c'est toujours avec beaucoup de joie que j'en trouve un ou deux qui me manquent, par ci par là, et il y a de quoi faire : la collection complète en compte environ 3840 !...

  Alors, chaque fois que j'en vois un passer, je vérifie sur mes mancolistes si je l'ai ou pas. Et je regarde même ceux que l'on trouve parfois oblitérés.

Là ou ça devient amusant, c'est quand on regarde ici de plus près la date du cachet, et qu'on la compare à celle du jour où les timbres ont été imprimés : il faut toujours avoir l’œil !
Et aussi regarder au dos !

La preuve ! Regardez les 2 exemples ci-dessous, qui sont à mon avis assez peu courants. 
Et ne vous fiez pas aux apparences :

Ceux-ci sont bien sortis de la rotative le 23.12.1929

Et ceux-là le 01.09.1928

   Il s'agit à chaque fois de ce qu'on appelle une paire de coins datés : les deux correspondant à un tour du cylindre en question.
Sur la gauche, un des galvanos, et sur la droite l'autre galvano (ici représentés en doubles : un à l'endroit et un à l'envers).

Deux jours (connus et répertoriés) où le conducteur de la presse s'est trompé en réglant l'un des deux dateurs du cylindre : il s'est gouré d'une année. Tout simplement.

   Comme l'erreur n'avait aucune conséquence sur les timbres eux-mêmes, ceux-ci ont normalement été mis en vente, et donc achetés par le public de l'époque.

Il se trouve que dans les 2 cas, l'acheteur a été bien étonné de voir au coin de ses timbres une date de l'année à venir, et non de l'année en cours ! On imagine sa surprise.

Alors, il en a profité pour y faire apposer un cachet officiel à son bureau de poste, prouvant ainsi l'erreur de fabrication ! Tantôt coté timbres, tantôt côté gomme.
Et il a dû les conserver précieusement en souvenir...

   Sur l'exemple du haut, vous noterez qu'il s'est même trouvé deux acheteurs bien distincts pour s'en apercevoir : un au Vésinet + un à Lunéville.
Et le même jour qui plus est : le 11 juillet 1930 !
Incroyable, non ?

   Encore plus invraisemblable de le retrouver sur eBay 87 ans plus tard, et pour 3 euros !

   Entre temps, ils ont dû en amuser des philatélistes ces coins datés !...



mardi 17 janvier 2017

Une semaine folle début mars 1922 !


 Ceux qui me lisaient ici-même en avril 2010, connaissent déjà les aléas du début de l'impression des timbres avec la première presse rotative, et donc de l'apparition des coins-datés, ma collection préférée.

  On sait grâce à Jean-Luc que cette merveille de technologie avait été achetée par l'atelier de fabrication des timbres poste dès juin 1921, dans le but de simplifier surtout celle des roulettes, qui était jusque là manuelle et très fastidieuse !

  On imagine aisément le chamboulement dans les habitudes des ouvriers et techniciens de l'époque : il leur a certainement fallu une longue période d'apprentissage, et de nombreux tests avant de se lancer à fond dans l'utilisation de cette nouveauté !

Une seule machine, approvisionnée par des rouleaux de papier déjà gommé, réalisait dans le même temps et toute seule :
-l'impression (celle des timbres, de la date et du numéro de chaque feuille),
-la perforation (rangée par rangée et de bas en haut, rappelons-le une nouvelle fois)
-la découpe en feuilles de 100 timbres.

  Un vrai miracle ! surtout comparé aux différentes étapes et manipulations que nécessitait auparavant l'impression à plat !

  C'est le samedi 4 mars 1922 que les premières feuilles de timbres rotatifs ont vu le jour (en tout cas celles qui sont parvenues jusqu'à nous). Beaucoup les considèrent comme des essais, finalement mis en vente pour éviter le gaspillage, et aussi car le résultat obtenu avait été jugé satisfaisant.

On ne travaillait que le matin, le samedi, mais on peut penser que l'enthousiasme aidant, certains n'ont pas dû rechigner devant quelques heures supplémentaires...

  Les premiers cylindres ont dû leur donner beaucoup de mal, du fait du cintrage et de l'ajustement millimétrique nécessaires. Quatre galvanos de 50 timbres étaient ainsi confectionnés, assemblés et retouchés à la main, afin d'obtenir un cylindre.
Un tour de celui-ci imprimait deux feuilles de 100 à chaque tour.
Avec 2 coins datés.
Toujours différents l'un de l'autre mais avec la même date. Celle-ci étant modifiée chaque jour.


  Les deux feuilles imprimées étaient séparées par deux rangée de parallélogrammes dont le but était d'amortir un peu les chocs dus à l'inévitable décalage, si minime soit-il, au niveau de la surface imprimante.

  Nous avons déjà parlé des encoches qui avaient été ménagées à leurs 2 extrémités pour laisser place à l'impression - de la date à droite, - et du numéro de chaque feuille à gauche.

Ainsi étaient nés les coins-datés. 

Et c'est le baron Raoul de Vinck de Winnezeele qui, bien plus tard, a su consacrer une partie de sa vie à leur étude, basée sur la reconnaissance de ces parallélogrammes, et des différents tirages : en accomplissant un travail phénoménal !

  Le timbre choisi pour ces débuts rotatifs est le 10 c. vert au type Semeuse, correspondant au tarif des imprimés, et identifié par la suite comme au type I B.
Pas facile à reconnaître d'ailleurs, ce type I B !...

  Très peu de feuilles sont connues de ces premiers tirages (mais toutes cependant visibles dans mon article de 2010) et leurs coins datés constituent donc un des fleurons de la collection.

Un rêve de philatéliste plus exactement, car je n'en avais jamais rencontré, depuis plus de 40 ans !

Le premier cylindre avait été dénommé A+A, et parfaitement décrit par le célèbre baron.
C'est donc bien qu'il en existe quelque part...

  Mais comme il ne faut jamais dire jamais, ne voilà t'il pas que j'en vois sortir deux d'un coup dans une vente de ce mois-ci !
Incredible ! ! !

  Deux blocs de 4 datés, non pas du premier, mais du second jour connu, le mardi 7 mars 1922.

Vous imaginez bien que je n'ai pas pu laisser passer ça, et vous êtes assez grand pour deviner où ils sont à présent.
Pour être certain de ne pas les louper, il me faut vous avouer que j'avais misé 25 fois le prix de départ... Heureusement que le vendeur était honnête, et pas du tout spécialiste en coins datés !...

Allez ! puisque vous êtes bien sages, je vous la montre, ma belle paire :

Une merveille !

  Mais qu'est-ce qu'ils ont bien pu trafiquer à l'atelier, à votre avis, entre ce fameux samedi 4 et le mardi suivant ?

Probablement des réglages, des bidouillages, des cafouillages, mais en tout cas, une chose est sûre, c'est qu'ils n'ont pas chômé !

La preuve en est, que quelques jours seulement ont suffi pour réussir à fabriquer un autre cylindre (qui sera nommé B+C), destiné à prendre la suite du tout premier.
C'est donc que A+A n'a servi que très peu de temps.

On pense que B+C a tourné jusqu'au 11 mars, mais son premier jour reste incertain, car comme vous pourrez le constater ci-dessous, le dateur n'était pas encore au top...
Le jour est toujours illisible, imprimé à cheval !


Probablement le 8 ou le 9 mars... ou bien le 5 (un dimanche), ou encore le 6 ???
Ce tirage B+C est rare lui aussi, mais bien moins que le précédent ! Voici d'ailleurs son dernier jour :


L'image étant un peu meilleure, vous pourrez apprécier au mieux une belle tache sur sa droite, et peut-être remarquer que le papier a un aspect strié en diagonale, visible sur tous ces blocs.
Et pareillement au verso :


C'est ce qui leur a souvent valu d'être qualifiés de timbres "sur papier X" dont la gomme est aussi striée, mais il est en réalité bien différent : à mon avis beaucoup plus épais et plus blanc.
Jusqu'aux premiers jours du tirage suivant (avec le cylindre D+D), on trouve ce papier strié, et c'est un bon moyen d'identifier à coup sûr le type I B.

Pour le plaisir des yeux, je vous remontre ici ce magnifique bas de feuille avec ses parallélogrammes, sa date à cheval, et son numéro rectifié à la main (feuille de remplacement), le tout en vert :

Je me souviens encore de l'avoir déniché sur le stand d'un marchand lors d'une expo à Lyon dans les années 80 : il le proposait à 500 francs, et comme j'étais jeune et que je discutais un peu le prix, il voulait absolument me le couper en deux pour que ce soit + abordable...

  Pour les vrais amateurs de coins datés, voici la description donnée par le baron De Vinck de ces 2 prestigieux premiers tirages de l'impression rotative :



1er A        H = 8. Uni. Le côté oblique de droite de l’élément de droite mesure 3.
2 A        H = 7 ¾. Uni. Le côté oblique de droite de l’élément de droite mesure 2.

Premier jour
Dernier jour
Chiffres
Presse
Tirage

4.3.22
24.3.22
I en vert
1
Nous ne connaissons que les dates 4, 7 et 24 de 3.22.
La date du 24 n’est connue qu’avec le chiffre 4 imprimé à sec.



B             H = 6 ¼. Bas un peu flou.
C             H = environ 5 ½. Bas un peu flou.

Premier jour
Dernier jour
Chiffres
Presse
Tirage

? .3.22
11.3.22
I en vert
1
La première date d’impression connue peut être
le 5 (Dimanche), le 6, le 8 ou le 9 : le chiffre du jour est  
figuré par deux moitiés de nombres successifs.


( H étant la hauteur des "losanges", mesurée en millimètres )


C'est là que j'ai besoin de votre avis, maintenant éclairé : 

De Vinck nous dit avoir vu la date du 24 mars pour le tirage A+A, mais avec le 4 imprimé à sec.
Moi, je n'en ai jamais vu!

Vous y croyez, vous, à cette date 24 mars ?
Moi, pas trop !

Pourquoi ces 16 jours sans utilisation, entre le 7 et le 24 ?

Pourquoi donc aurait-on ressorti le cylindre A+A que l'on avait abandonné au profit d'un tout nouveau B+C ?

Si B+C commence à tourner le 6, le 8 ou le 9, pourquoi donc aller rechercher A+A le 24 ?

Pour moi, c'est encore le dateur qui a déconné, ou bien c'est qu'on l'avait mal réglé : il devait s'agir de petites viroles, que l'on tournait chaque jour manuellement pour afficher et ensuite pouvoir imprimer la bonne date.

Ce 24 sans le 4 pourrait bien être un tout autre jour du début mars, avec une erreur...
Pourquoi pas le lundi 6, qui s'imprimait  - 6 ?
Si avec vos gros doigts, vous faites tourner par erreur la mauvaise virole de 2 crans, de le la position neutre " - " à la position  " 2 " (au lieu de faire tourner l'autre de 4 à 6) vous obtenez 24, dont le 4 pourra alors ne pas recevoir d'encre...
C'est une explication un peu fumeuse, qui vaut ce qu'elle vaut, mais qui expliquerait que la date du 6 ne soit pas connue, et qui correspondrait à 3 jours logiques de tirage : samedi 4 + lundi 6 + mardi 7 !

Errare humanum est !

Facile de se tromper ! Surtout lorsqu'on est un peu surmené. 

Et surtout si on a un peu trop fêté la veille avec ses collègues, la mise en route réussie de cette si belle machine !...

A la santé de Chambon !

Moi je dis que ce 24 sans le 4 ne tient pas debout : ce n'est pas logique !
Mais je peux me tromper aussi, bien entendu.

Et en plus, j'aimerais bien en avoir un sous les yeux un jour : à bon entendeur, salut !

Pour info, le cylindre suivant D+D, ne débutera que le 13 mai. Après quelques semaines de repos, et certainement de mures réflexions...

Il est vrai que l'on trouve plus facilement des coins datés de ce tirage, et encore plus du suivant D+E, jusqu'à la fin de l'année, ce qui est un argument assez fort pour considérer les 2 premiers tirages comme des essais.