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lundi 28 octobre 2019

Lettre Océan



  A l'époque où circulait notre Semeuse, pour les personnes et pour le courrier, traverser les mers et les océans représentait une réelle expédition. Avec ses dangers, ses coûts et ses délais. 
On prenait son temps. On réfléchissait avant de se lancer dans l'aventure !
L'aviation n'avait pas encore rétréci notre planète comme de nos jours.
On voyageait peu, lentement, et rarement très loin.

  C'est pour cette raison que je collectionne les courriers pour les destinations les plus lointaines : ils sont toujours peu communs, et témoignent d'une belle époque aujourd'hui révolue, où les navires et les trains se passaient le relais afin que les lettres traversent la planète.
On est cependant surpris de constater que le courrier circulait malgré tout assez vite, et peut-être même plus vite qu'aujourd'hui, surtout pour rejoindre les régions les plus reculées du monde !

  Pour raccourcir la durée de certains trajets, on a même fait décoller de petits avions à partir de gros paquebots, pour arriver au port quelques jours plus tôt que le bateau. Et les philatélistes étaient déjà sur le coup... Vous voyez à quoi je pense ?
... --- ...

  Je voulais vous présenter aujourd'hui, un type très particulier de courriers, absolument pas "philatéliques" ceux-là, transmis de bateau à bateau par la T.S.F., puis normalement par la poste : moitié télégramme, et moitié lettre.
Là encore, il s'agissait de porter un message au plus vite.

Voici, ce qu'en disait la compagnie responsable :


(1923)

  Il avait été décidé en 1913, après la traumatisante catastrophe du Titanic survenue en avril 1912, que tous les grands paquebots et navires de croisière devaient être équipés d'une station de télégraphie sans fil à bord. 
Le fameux S.O.S.  =  ...---... et son acronyme "Save Our Souls" a paraît-il été utilisé pour la première fois à cette dramatique occasion.



Mais ces appareils n'étaient pas encore assez puissants pour émettre sur de très longues distances, par exemple d'un côté à l'autre de l'Atlantique. En revanche, lorsque deux navires se croisaient, la communication était facile.

  Du coup, les passagers ou membres d'équipage d'un navire n°1 pouvaient utiliser ce moyen moderne pour "écrire" à un correspondant résidant dans le pays vers lequel se dirigeait un navire n°2. Ce dernier postait ensuite le "télégramme", une fois parvenu à bon port.


Ceci évitait l'obligation d'attendre l'arrivée à destination du bateau n°1 pour pouvoir poster le courrier : le gain de temps était important.


  Pour des raisons de sécurité, lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale, ces « Lettre Océan » ont été interdites.


  A Paris, la Compagnie Radio Maritime a été créée en 1919, et c'est dans les années 1920-1930 qu'elles ont le plus circulé.


 
La nôtre date de décembre 1924. Elle est bien affranchie au tarif de la lettre recommandée pour l'intérieur, de 85 centimes, et est bien parvenue à son destinataire à Bordeaux.





  Mais c'est en la dépliant que l'on peut mieux comprendre son trajet : 



  Le 23 décembre à 16 heures, Pierre navigue sur le "Général de Négrier", un trois-mâts de 2200 tonneaux faisant route de la côte occidentale de l'Afrique en direction de Gand, où il arrivera le 5 janvier 1925. Et Pierre est démuni de tout...


  Il décide d'envoyer son S.O.S. à Monsieur Michel qui habite Bordeaux, pour se faire envoyer vêtements et chaussures par le biais de la compagnie maritime à Nantes, sans oublier de lui souhaiter une bonne année ! 


  L'histoire ne raconte pas tout de ses mésaventures. Chaque mot étant compté, au-delà de 20 mots réglementaires. Il fallait être concis !
Mais que diable lui était-il donc arrivé en Afrique à Pierre ? 
Une attaque de la part d'indigènes ? Qui sait ?... Il le racontera plus tard.

Heureusement, son voilier va passer à proximité d'un vapeur transatlantique.



  Pour gagner du temps, il profite donc de la T.S.F. : son message est immédiatement transmis au navire "Chicago" qui fait, lui, la traversée de l'Atlantique Nord entre New York et Bordeaux, où il arrivera le 29 décembre.

  C'est ce jour-là, que notre "Lettre Océan" a été postée et oblitérée au bureau de la Bourse, pour ensuite être acheminée vers la rue Villedieu, distante d'environ 1500 mètres.
Et Monsieur Michel va ainsi pouvoir secourir au plus vite son ami Pierre...

Au passage, la Compagnie Radio Maritime a apposé au dos son cachet le même jour :


On trouve assez rarement ce type de courrier. 
Faites-moi signe si vous en croisez, ou si vous en connaissez avec notre Semeuse !
Leur histoire me plaît bien.

L'obligation de recommandation a été supprimée en 1926.
Il a existé plusieurs modèles légèrement différents.


dimanche 13 octobre 2019

Vive l'automne et les feuilles mortes !...


  Au début des années 80, le jeune philatéliste que j'étais a vu sa collection au type Semeuse prendre un sacré virage, suite à la publication du merveilleux ouvrage de Jean Storch et Robert Françon.


C'est incontestable : il y a eu un avant, et un après leur parution !
Avant, je collectionnais bêtement. 
Depuis, je collectionne intelligemment !

  Ces deux volumes, j'ai dû les lire plus d'une dizaine de fois depuis, et graver ainsi dans ma mémoire des milliers d'informations et d'images. Je les ai même fait relier, afin de pouvoir les éplucher sans les abîmer. Et il m'arrive encore souvent d'y rechercher un renseignement, même si internet a parfois remplacé avantageusement les vieux bouquins...

Je ne leur trouve que deux défauts : 
1) ils se limitent hélas à la série de 1907 (numéros YT 137 à 142)
2) les images sont en noir et blanc

  Alors que plus de trois décennies m'ont été nécessaires pour réunir la galerie qui va suivre, je vous fais profiter aujourd'hui de toutes les présentations existantes de ces fameuses Semeuses de 1907 en feuilles, et en couleur cette fois-ci, afin d'illustrer à posteriori les livres en question.

  Certaines n'étaient même pas connues lors de la parution des bouquins, alors qui nous dit que nous n'allons pas en découvrir de nouvelles dans les décennies qui viennent ?...
Peut-être qu'une feuille de 120 timbres pour carnets du 25 c. bleu existe cachée quelque part ?
Tapie au fond d'un album, pliée en deux ou trois, attendant d'être découpée par un ignare, ou admirée telle quelle par un amateur. J'en rêve parfois !

Jacques Prévert me pardonnera d'avoir pris quelque liberté avec sa poésie :

Oh, je voudrais tant que tu te souviennes
Des jours heureux de la philatélie.
En ce temps-là la vie était plus belle,
Et le soleil moins brûlant qu'aujourd'hui.
Les feuilles entières se ramassent à la pelle, 
Tu vois, je n'ai pas oublié
Les feuilles entières se ramassent à la pelle, 
Celles des roulettes et des carnets aussi.

Feuille vente au type I

Feuille pour carnets au type II

Feuille pour roulettes au type I

Feuille vente au type I A


Feuille pour carnets au type I C

Feuille pour carnets au type II

Feuille pour roulettes au type I A

Feuille vente au type I

Feuille rotative au type III

Feuille rotative pour roulettes au type IV

Feuille vente au type I A

Feuille vente au type III A

Feuille pour roulettes au type I A 
(du musée postal)

Feuille rotative au type III B

Feuille vente au type I

Feuille vente au type I

Feuille rotative au type II

  Pas facile à réunir un tel ensemble de feuilles entières, même en y mettant comme moi plus de 30 ans et pas mal d'argent. Surtout que l'une d'entre elles n'est connue qu'à un exemplaire, et conservée au musée postal !

Au fil des ans, je me suis pris au jeu : j'ai collectionné volontiers les millésimes, les coins datés, les carnets, les roulettes, mais rien n'égale à mes yeux la beauté d'une feuille entière ! 
Certaines sont fort rares pour ne pas dire uniques ou introuvables, ce qui les rend encore plus désirables.

Pour les ramasser, mieux vaut se munir d'une pince que d'une pelle, croyez-moi !

Je vous avoue qu'il y en a deux qui manquent encore à ma collection (je vous laisse deviner lesquelles ci-dessus) : j'espère que leurs propriétaires voudront bien m'excuser d'en avoir publié ici les images...

Mais je ne désespère pas : un jour je les aurai !
On peut toujours rêver...




samedi 28 septembre 2019

Filigranes : encore du nouveau !


  Ceux qui me lisent régulièrement savent que j'ai un faible pour les rares Semeuses imprimées sur le fameux papier filigrané de la papeterie Aussedat. J'en ai déjà parlé à plusieurs reprises ici.

  A défaut d'avoir retrouvé le timbre qui pourrait bien être la plus mythique des Semeuses, à savoir un 15 c. vert ligné qui deviendrait notre one cent magenta à nous français, je vous montre un nouvel exemplaire du 10 c. rose, mis en vente récemment :


  Il est ni plus ni moins joli que les autres.

Son filigrane nous montre les lettres "nec", ici vues à l'envers, du mot Annecy.

En revanche, le cachet oblitérant nous permet de déchiffrer l'année 1906 et le département des Bouches du Rhône : il était venu me narguer tout près de chez moi, le bougre !


*********

  J'en profite pour vous demander au passage si vous avez déjà vu ou entendu parler quelque part d'une autre Semeuse imprimée sur un papier filigrané.
Tout aussi rare.

Mais il s'agit d'un essai non dentelé du 35 c. Semeuse camée imprimé en bleu.
Il devrait donc ressembler à ça :


 Essai réalisé sur un papier vraisemblablement anglais, 
porteur en filigrane du monogramme du roi George V

Wikipédia nous montre ce royal monogramme :



  J'ai vu passer cet essai dans les années 80 : un bloc de 4 en vente + une paire dans une revue philatélique, mais hélas, les photos que j'en ai sont tellement mauvaises que je n'ose pas vous les montrer ! Surtout que l'on n'y voit même pas le filigrane !

J'aimerais bien le revoir un jour cet essai, et de plus prés !

MERCI de me contacter si vous en savez plus !
I
I
I
V

samedi 24 août 2019

Drôle de surcharge !


 Ce n'est pas tous les jours qu'on tombe sur quelque chose de jamais vu !
Surtout en philatélie, à propos de nos chères Semeuses, étudiées en long en large et en travers depuis plus d'un siècle par beaucoup d'amateurs, de collectionneurs, et de chercheurs...

Alors, forcément, on se met à douter : ne serait-on pas plutôt face à une arnaque ou un bidouillage pour piéger un collectionneur ?
On hésite à acheter...
Surtout s'il s'agit d'une surcharge, bien trop facile à créer ou à imiter !
On a envie de demander l'avis d'un expert, mais lequel ?
C'est bien beau, mais de toute façon, je ne vois pas comment un expert pourrait se prononcer au sujet de quelque chose dont personne n'a jamais entendu parler.

Dans le cas qui nous intéresse, même une datation au carbone 14 ne serait d'aucune aide !

Après tout, s'il s'agit vraiment d'une découverte, il faut bien qu'il y ait un premier qui se décide à en parler ! Alors, je me lance : aujourd'hui, ce sera moi.

Sauf bien entendu si l'un d'entre vous possède une pièce similaire 
à celles dont nous allons parler, ou bien en a déjà vu 
ou entendu parler. Dans ce cas, je serai infiniment reconnaissant 
s'il avait l'amabilité de me contacter, et de me faire part de ses remarques.

*****

L'objet du litige concerne un "vilain petit canard" : 


La Semeuse à 30 centimes orange YT 141.

  Personnellement, moi, je ne la trouve pas moins jolie ni plus moche que les autres, même si sa couleur ressort assez faiblement à cause de la couleur du papier. Mais il faut bien reconnaître qu'elle est assez peu intéressante, même si elle n'est pas courante. 
Elle n'a existé qu'en feuilles de 150, imprimées à plat de 1907 à 1920, donc avec un seul type. 
Sa raison d'être, c'étaient les pneumatiques ou bien les compléments d'affranchissements.
On rencontre curieusement assez peu de variétés sur cette valeur. 
Pendant la guerre, le papier G.C. rendait parfois l'effigie presque invisible, comme sur cette feuille :


*****

Alors, vous imaginez combien ma surprise fut grande 
lorsque je suis tombé sur ces deux courriers :


Quelle drôle d'idée de surcharger 5 c. cette Semeuse orange à 30 c. !

  Aussi bien la carte postale que l'enveloppe pour un imprimé me semblent bien authentiques, d'époque et au tarif ! On pourrait même les qualifier de "natures" ou "dans leur jus".

Elles ont l'air d'avoir circulé normalement. 
L'enveloppe a été postée en Ille-et-Vilaine le 27.10.1922 (pas réussi à deviner la ville : Rennes ?) pour arriver à Dinan le lendemain, alors que la carte est partie du Havre un an plus tard, le 13.10.1923.

L'écriture n'est pas la même, pas plus que le bureau de départ.

Donc, je me demande bien pourquoi, à l'époque, dans le Nord-Ouest de notre beau pays, on se serait amusé à gaspiller respectivement 25 et 50 centimes pour envoyer son courrier. 
C'était une somme tout de même !

  Vous me répondrez que tout est peut-être bien bidon ! 
Et vous auriez peut-être bien raison !

Sauf que... 

Cette période correspond assez bien à la fin de la vie du 30 centimes orange, et au début de celle du 5 centimes de la même couleur : 

Alors ? Ne pourrait-on pas imaginer raisonnablement un postier un peu farfelu qui aurait manqué de timbres à 5 c. et qui aurait eu envie de se débarrasser de son stock de timbres à 30 c. dont la couleur ne correspondait plus à son usage ?
Un petit malin qui en aurait surchargé quelques uns, tout seul dans son coin, pour voir, même si c'était  absolument interdit. Il ne serait pas le premier à bidouiller !...

Vous en pensez quoi, vous ?

On sait qu'à cette époque les changements de tarifs, de couleur et de valeur faciale des timbres faisaient parler d'eux :


Et par ailleurs, dans "Le Matin" du 18.07.1922, on parle même de notre Semeuse surchargée : c'est bien le seul endroit où en en a parlé à mon avis :


Non seulement on peut y voir en photo 
un 4ème exemplaire de ce timbre surchargé,
mais cela nous permet aussi d'affirmer, au moins, qu'ils sont d'époque.

A défaut d'être d'origine strictement postale...

Qui sait ? On découvrira peut-être un jour un document officiel 
autorisant et authentifiant cette fameuse surcharge ?

Ou d’autres exemplaires ?

Et merci aux amateurs pour les documents communiqués !


vendredi 26 juillet 2019

Annam, ça commence comme Annulé !


Le Dragon d'Annam au départ du Bourget - 19 février 1929

  Pour faire suite à notre dernier article, et toujours à propos des annulations rares supportées par nos chères Semeuses, je tenais à vous rapporter l'histoire extraordinaire du Dragon d'Annam, l'avion qui les a envoyées en l'air, entre Le Bourget et Bondy...

La mode était aux raids aériens.
Les grands pilotes qui s'étaient couverts de gloire grâce à leur courage au cours de la première guerre mondiale, cherchaient sans cesse de nouveaux itinéraires qu'ils seraient les premiers à parcourir avec leurs machines volantes.
Plus les destinations étaient lointaines et les vols risqués, plus ils étaient tentés.

  Le public se passionnait pour ces aventuriers, leurs exploits et leurs mésaventures. Du coup, comme les philatélistes étaient nombreux parmi eux, et que la Poste Aérienne vivait ses premières grandes heures, la plupart de ces vols emportaient dans leur soute des sacs de courrier.

Le tarif demandé par la Poste pour ces missives était exorbitant, à la hauteur des exploits accomplis.

  Même s'il existait certainement une petite part de correspondances réelles, pour lesquelles les expéditeurs étaient prêts à s'acquitter d'une surtaxe importante afin que leur envoi arrive à destination bien plus vite que par les autres voies terrestres ou maritimes de l'époque, la plupart des lettres transportées provenait de philatélistes amateurs de ces "premiers vols".

La presse annonçait ces tentatives de traversées fabuleuses et le public répondait présent. Il ne fallait surtout pas le décevoir. Des oblitérations spéciales étaient créées pour l'occasion, avec de jolis cachets à date et de beaux tampons authentifiant le vol de ces enveloppes. Parfois même les pilotes y apposaient leur signature !

Souvent adressées en "poste restante" à une personne fictive, et donc jamais récupérées à destination, elles étaient retournées à l'expéditeur, philatéliste ravi de se procurer ainsi une belle pièce pour sa collection.

De tels exemples sont courants en philatélie et restent pour moi sans grand intérêt, même si certains vols ont emporté très peu de lettres, avec des pilotes célèbres (Jean Mermoz notamment), atteignant des pays exotiques et lointains. Mais il y a des amateurs, et les prix s'envolent parfois eux aussi...


  L'équipage du vol qui nous intéresse, constitué de Dieudonné Costes, Maurice Bellonte et Paul Codos, ne restera certainement pas dans les annales suite à cet exploit-là...
L'histoire postale s'est retrouvée au premier plan, un cas resté unique à ce jour !

La concurrence était forte et Le Brix se préparait lui aussi à la même liaison au même moment.

*****
Mais, appréciez tout d'abord ces extraits du récit de l'aventure, 
de la main du second pilote de l'avion :
(Routes de Ciel par Paul Codos - Éditions France Empire)

Notre itinéraire comportait une première étape à Tri-poli, puis viendraient Le Caire, Bassorah, Karachi, Allahabad, Calcutta et Hanoï. Alors que les meilleurs bateaux mettaient près d'un mois pour atteindre l'Indochine, une liaison en trois jours et demi, ainsi que nous pensions le faire, apparaissait comme un objectif de première grandeur.

Un Breguet biplan 284T, muni d'un moteur Hispano-Suiza de 550 C.V., nous était attribué, baptisé pour la circonstance "Dragon d'Annam".

 À 17 h 40, le Dragon d'Annam est sorti de son hangar. L'appareil est maintenant en position de départ. Costes s'installe au poste de pilote, Bellonte et moi embarquons à sa suite. Une dernière vérification. Oui, les sacs postaux que les P.T.T. nous ont confiés sont bien à bord. Ils contiennent plus de 6.000 lettres à destination de l'Indochine.   (N.B. il y en avait probablement davantage)
Costes ouvre les gaz. Nous décollons avec facilité. Un tour de terrain, nous piquons vers le sud-est. Le cap donné, je me dirige vers l'installation aménagée dans la partie supérieure de la cabine pour surveiller la dérive et la route. 
Nous sommes environ à 500 mètres d'altitude lorsque le ronronnement du moteur s'interrompt. Une courte reprise, un toussotement : l'hélice s'arrête. 
D'un bond, j'ai regagné ma place. Je saute sur les robinets de vidange. J'y rencontre la main de Costes qui s'y pose au même moment. Une pression rapide, nous sentons que l'avion s'allège. Au-dessous, c'est le noir parsemé de lumières clignotantes. Nous allons percuter une agglomération. 
Costes s'est rivé aux commandes. 
Dans ces ténèbres, il distingue un noir plus intense. L'aile inclinée frôle des toits. Le trou sombre est là. Costes plaque l'avion. Un bruit enveloppant, un déchirement de tôle qui semble nous pénétrer, de multiples chocs, une intense odeur d'essence. Le silence. 
- Personne n'a rien ? haleta Costes. 
- Ça va, répondit Bellonte.
Péniblement, je parvins à articuler :
- Moi aussi. 

Après de multiples efforts, je parvins à sortir de la cabine. Nous étions saufs. Notre premier regard fut pour l'appareil. 

C'est à Bondy, à moins de soixante mètres du pont qui enjambe la ligne Paris-Strasbourg, que notre avion s'était incrusté dans le terre-plein large de vingt mètres qui sépare deux séries de voies. Le moteur presque intact avait dévalé la pente du talus, tandis que l'extrémité de l'aile droite atteignait le niveau du ballast, à moins d'un mètre des rails. La demi-aile inférieure gauche complètement retour-née laissait apercevoir les lettres d'immatriculation. 
Un poteau télégraphique s'était, à l'emplanture, profondément enfoncé dans l'aile. Le train d'atterrissage, enterré, avait perdu une roue que l'on retrouva à plusieurs dizaines de mètres.
Les vitres de la cabine étaient en miettes et le fuselage, replié sur lui-même, avait cédé juste au ras des sièges. 

Le Dragon d'Annam ne verrait jamais le pays du « Midi pacifié ». Une incompréhensible panne d'alimentation avait mis fin à mes premiers pas d'aviateur de raids. 
Le bal s'était terminé trop tôt...






*****
  Le courrier posté dans tout le pays ne devait pas être oblitéré par le bureau d'origine, ce qui est contraire aux habitudes. Il devait porter la mention "Par voie aérienne de France en Indochine" pour pouvoir être centralisé au Bourget, et y recevoir l'oblitération spécialement prévue, un grand cachet à date rond :
"POSTE AERIENNE FRANCE - INDOCHINE".

Les lettres simples devaient être affranchies à 10 f. 50 et les recommandées à 11 f. 50, ce qui correspondait à une somme importante pour l'époque !

  Comme on aurait pu s'y attendre, cette consigne n'a pas toujours été suivie "à la lettre", et certaines ont reçu par erreur une oblitération dite "normale".
Lorsque la poste s'en aperçut au Bourget, et pour satisfaire ses clients qui avaient déboursé 10 francs de plus pour ce premier vol, elle prit une décision exceptionnelle : à ses frais, elle affranchira à nouveau les lettres en question, avec de nouveaux timbres, pour que ceux-ci puissent recevoir le joli cachet prévu à l'intention des amateurs. Beau geste, non ?
Et elle a dû annuler les autres timbres, oblitérés par erreur d'un cachet classique, avec une griffe ANNULÉ. Et c''est cette griffe qui est rare !

On sait que 542 lettres ont ainsi dû être ré-affranchies, dont une cinquantaine de recommandées.
Coût de l'opération pour la Poste : environ 5500 francs !  

Par ailleurs, tout le courrier a été retourné aux expéditeurs suite à l'accident, après avoir reçu une grande griffe violette :
RAID INTERROMPU
PAR ACCIDENT
Retour à l'envoyeur
Peu de timbres ont été décollés de leur support comme celui-ci :



Les lettres en revanche ont été précieusement conservées par leurs expéditeurs, et se rencontrent assez souvent puisque les sacs en contenaient des milliers, et qu'elles ont été sauvées.

En voici une jolie, recommandée, pour laquelle les consignes ont été bien suivies :

Les timbres ont bien reçu le cachet spécial.

Les deux suivantes en revanche ont reçu l'annulation, et ont été ré-affranchies. 
Elles sont bien moins courantes :

 Lettre simple à 10 f. 50

Lettre recommandée à 11 f. 50

  Compte-tenu des tarifs, on trouve bien entendu la plupart du temps des timbres au type Merson pour arriver à 10 francs, avec en complément de nombreux autres timbres de l'époque.
La Semeuse est logiquement largement représentée.
Le faible nombre d'entre elles qui ont reçu la griffe ANNULÉ en font de vraies raretés. 


Voici d'autres exemples de ces jolis et rares courriers avec l'annulation :

Cachet normal sur les timbres "d'origine" qui ont été annulés,
et les 2 mêmes timbres apposés au Bourget, oblitérés avec le joli cachet :




Celle-ci n'a coûté que 10 f. à la Poste (le Merson apposé au dos)
 puisque le 1 f.50 Légion américaine n'avait pas été oblitéré :


Ces deux-là sont les sœurs jumelles de la mienne
(même expéditeur, même timbres, et même adresse) :


 


 Sur les suivantes, on note un gros coup de crayon en plus de l'annulation :

















Celle-ci est la seule vue affranchie exclusivement avec des Semeuses :
(ex. collection R. Françon)


(ces 2 dernières sont réaffranchies au dos avec 23 timbres 199 !)


On trouve une grande diversité de de timbres pour arriver au bon tarif :

Etiquette de recommandation bizarrement au dos !




(je suis curieux de voir un jour le recto de celle-ci)



























Affranchissement parfois franchement extravagant :



Cette dernière me semble un peu douteuse, car nulle part dans les multiples 
compte-rendus de l'accident il n'est fait mention d'un incendie :


Celle-ci (la seule) certainement plus lourde, a été affranchie (et ré affranchie) à 15 f. 50 !


Comme le démontre enfin ces deux-là, le courrier pouvait 
tout à fait être posté hors de la métropole (ici le Maroc !) :




Vous pouvez trouver de nombreux autres articles de presse 
relatant l'accident à cette adresse :

*****

Ce cachet bleu avec nom de l'avion est rarement rencontré, 
mais celle-ci n'a pas dû être ré-affranchie 
puisque les timbres ont bien reçu d'emblée le cachet spécial :

Et sur celle-ci, curieusement, le joli cachet a été apposé
par-dessus le cachet normal, sans ré-affranchissement, 
sur les timbres qui sont restés non annulés :


Voici pour terminer un récapitulatif des timbres vus et annulés 
sur tous les courriers que je vous ai montrés (numéros Yvert & Tellier) :

107 x 1

123 x 23

145

159 x 3

163 x 7

164 x 9

165 x 6

169

179

181 x 37

188 B x 2

195 x 1

199 x 30

199 pub TA x 2

202 x 2

203

205 x 33

206

207 x 30

208

218 x 2

230 x 1

231 x 5

232 x 3

235 x 4

236 x 2

237 x 3

238 x 3

243 x 2

244 x 1

245 x 4

249 x 5

250 x 7

251 x 5

Maroc 78 x 2

Maroc 79 + 115

Maroc PA 12 +13 +14 + 18 + 21


Total sauf erreur : 248 timbres dont 100 Semeuses.
Vous voyez que, mine de rien, ces annulés sont rares, et certains uniques !

Merci aux collectionneurs qui auront l'amabilité 
de me communiquer les images d'autres lettres 
porteuses de timbres annulés qu'ils ont pu croiser !

(en cliquant sur "aucun commentaire")
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