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vendredi 29 avril 2011

L'impression en feuilles de 300 timbres

Tout philatéliste se doit à notre avis de connaître un tant soit peu les procédés de fabrication des timbres auxquels il s'intéresse !

Ceci permet non seulement de comprendre les différentes présentations existantes (feuilles, carnets, bandes de roulettes) ou bien par exemple le mode de survenue de certaines variétés, mais aussi de découvrir parfois de très jolies raretés qui seraient passées inaperçues aux yeux de bien d'autres collectionneurs moins avisés...

Il ne suffit pas de collectionner, c'est à dire de réunir et savoir classer ses timbres. Il faut le faire intelligemment, au sens littéral du terme : il serait idiot de placer côte à côte un timbre imprimé à plat et un timbre imprimé en rotative, ou bien un timbre issu de carnet et un timbre vendu en bande de roulettes, sous le seul prétexte qu'ils ont la même couleur et la même valeur faciale.

Les machines qui les ont fabriqués ne sont pas les mêmes.
La personne qui les a achetés n'a pas eu entre les mains le même objet du tout.


Dans un cas elle a pu s'adresser à un guichet de La Poste, alors que dans l'autre elle aura tout simplement glissé une pièce dans un distributeur automatique, ou bien détaché son timbre à l'intérieur d'un joli carnet publicitaire. Admettez franchement que cela n'a rien à voir !...


C'est en voyant les photos de l'atelier de fabrication des timbres du boulevard Brune à Paris, grâce au blog de Jean-Luc (que je vous conseille vivement)
http://philatelie-roulette.blogspot.com/
que j'ai eu l'idée de cet article. Merci à lui, et aux archives de la BNF.

Ces photos permettent très bien de s'imaginer l'ambiance de ce lieu de travail au début du XXème siècle, à l'époque où nos chers timbres au type Semeuse y étaient fabriqués !

On imagine l'attention que les ouvriers portaient à ces machines, dont les mécanismes assez complexes ne demandaient qu'à dérailler, source d'incidents pourvoyeurs des spectaculaires variétés d'impression ou de piquage, qui sont venues fleurir quelques décennies plus tard nos albums de timbres.
Les principaux contrôles étaient manuels, donc successibles d'être pris en défaut, bien loin de la froideur et de la rigueur des machines d'aujourd'hui, et de leur impitoyable gestion informatique...

Au temps des premières Semeuses, la largeur de la presse à plat était adaptée à l'impression de feuilles de 300 timbres : en fait, deux futures feuilles-vente de 150 timbres placées l'une à coté de l'autre.
Ces feuilles de 300 ne sortaient jamais de l'atelier : un massicot devait auparavant les couper en deux feuilles-vente qui, elles, étaient livrées aux bureaux de poste.


Si, par mégarde, ou par fatigue, l'ouvrier responsable ne positionnait pas parfaitement ces grandes feuilles de 300 au centre de son massicot (chose qui devait être somme toute assez malaisée), sa découpe risquait fort d'empiéter sur les timbres, et de rendre une des deux feuilles peut-être inutilisable !


La marge d'erreur n'était pas si grande que cela : on peut s'en faire une idée en observant les bords de feuille droits et gauche de nos timbres imprimés à plat.


Vous aurez peut-être remarqué qu'il y a toujours un grand et un petit bord de feuille, à droite ou à gauche sur les feuilles-vente, le petit représentant en fait à peu prés la moitié de l'espace qui séparait les deux feuilles-vente de 150 sur la feuille de 300.


Le grand bord restant permet d'ailleurs de savoir si votre feuille était située à gauche ou à droite, avant d'être séparée pour toujours de sa voisine.



Bas d'une feuille-vente de gauche, avec sa grande marge située à gauche




Bas d'une feuille-vente de droite, avec sa grande marge située à droite





Les exemples qui suivent vous confirmeront que les ouvriers de l'époque n'étaient pas des machines, et qu'ils pouvaient se tromper de quelques millimètres :



15 c. vert Semeuse lignée - YT 130

30 c. lilas Semeuse lignée - YT 133

10 c. rouge Semeuse maigre - YT 135

On voit donc apparaître, le long d'une découpe un peu en diagonale et mal centrée, les timbres de la feuille voisine, restés non dentelés, puisque bien entendu, ce n'est qu'après leur séparation que les feuilles-vente étaient perforées. CQFD !


Au vu de la rareté de ces pièces aujourd'hui, ils ne devaient pas se tromper si souvent que ça, et en tout cas, les contrôles devaient être bien efficaces pour laisser ne passer jusque dans les bureaux de poste, que très peu de telles feuilles "fautées" !



En ce qui concerne le type Semeuse, je crois bien que l'on ne connait ainsi, et comme autre timbre, que le 5 centimes vert (YT 137) : vu dans une vente, il y a très très longtemps, et peut-être bien le 10 c. rose lignée (YT129), mais ma mémoire défaille...



Si vous les croisez un jour, faites-moi signe SVP...



jeudi 17 février 2011

Carnets du 199 +/- rares ou +/- fréquents

Curieusement, aucun de nos chers catalogues n'a jamais adopté de classification logique dans leurs rubriques concernant les carnets !
C'est bizarrement l'ordre alphabétique qui a été choisi, et ce pour chaque type de timbre dans le cas du 199.
Sans jamais se soucier de la chronologie alors que c'est le cas pour presque toutes les autres rubriques !
Les carnets du 199 ont pourtant été imprimés durant plus de 5 ans, entre fin 1926 et début 1932...
Nous avons vu (archive du blog - septembre 2010) qu'un classement chronologique était désormais possible, et assez instructif, en montrant clairement la période de cohabitation et de transition entre impression à plat et impression rotative.


C'est toujours grâce aux recherches de nos amis spécialistes des carnets, et au recensement méticuleux des différentes séries et couvertures qu'ils ont su établir après des décennies de collection, que nous avons pu dresser le tableau suivant :





Nous avons préféré séparer les carnets imprimés à plat de ceux qui l'ont été en rotatif, car le rendement de cette dernière technique était sans commune mesure avec celui de la typographie à plat !
Le nombre de carnets imprimés chaque jour a certainement dû être bien supérieur pour une série imprimée en rotatif que pour une série à plat, ce qui ne veut pas dire pour autant que les carnets rotatifs soient moins rares que les autres !
Il ne faut pas généraliser.
C'est même parfois l'inverse : le plus rare de tous étant bel et bien un carnet rotatif (199 C69) ! Nous en avons déjà parlé aussi d'ailleurs (même archive).

Le nombre de couvertures différentes recensées n'est pas non plus un reflet exact de la rareté des différents carnets, mais reste à notre avis un élément à prendre en compte pour évaluer celle-ci.
Nous avons également fait figurer le nombre de séries existantes pour chaque carnet, autre élément à connaître, et sur la dernière colonne, le nombre des rares couvertures "localisées" par le nom d'une ville, d'une région.
Pour les deux carnets C 44 et C 46, un " + " signale l'existence des couvertures "Histoire de la chemise" dont il existe 24 versions différentes !

N'en déduisez pas non plus que le C 3 dont on connait 111 couvertures, est 5 fois plus rare que le C 35 dont on en connait 23 : les règles mathématiques ne s'appliquent pas ici à la lettre.
Mais le premier est certainement plus courant que le second...

Notez aussi que certains carnets portent exactement les mêmes publicités, alors que leurs timbres peuvent être de 2 types différents, leur rareté n'étant évidemment pas la même.
D'où la possibilité de confusion, et aussi l'éventualité de faire une affaire, ou de se faire avoir...
A vos loupes !

Nous n'avons pas fait figurer les carnets qui n'ont qu'une seule couverture possible, ni ceux qui sont connus à trop peu d'exemplaires pour trouver leur place dans ce tableau.

En espérant que ce classement pourra vous être utile dans vos recherches...

samedi 22 janvier 2011

Avez-vous un moyen pour ne jamais vous faire avoir ?

J'ai souvent entendu dire :
" Il n'y a pas de grande collection qui ne comporte quelques faux ! "
Ca me rassure un peu !

N'empêche qu'il est toujours désagréable de s'apercevoir qu'on s'est fait berner !

Le but du jeu est de s'y faire prendre le moins souvent possible.
Alors, on devient de plus en plus attentif, voire méfiant.
On se renseigne, on lit, on écoute les conseils. On va sur des forums, des blogs...
Et finalement, on l'a quand même dans l'os, quelques fois ! Il suffit de le savoir. S'y préparer.

Je garde précieusement dans mes albums cette carte postale, achetée alors que j'étais encore un peu jeune, à un célèbre marchand du Vésinet.



Le tarif était le bon, l'écriture naïve et enfantine, la date correspondait... et la photo du catalogue pas terrible. La description de cette paire verticale me faisait rêver : une des fameuses paires verticales du 20 c. lilas-rose Semeuse, type III et type V se tenant ! Sur un courrier d'époque !
Et puis, il y avait la signature du grand expert Parisien !
Alors j'ai acheté, pas trop cher heureusement, au vu de la rareté du cas !

Mes doutes ont commencé bien sûr dès la réception du lot : même à la loupe, on n'arrive pas à être formel, mais la dentelure entre les deux timbres semble avoir été pliée...
Ce qui est souvent le cas au milieu d'une feuille, vous me direz...
Ou bien s'agit-il d'un bricolage mal intentionné ?...
Je ne vois pas comment l'expert peut trancher.
Je préfère ne pas savoir, encore aujourd'hui.
Bref, je ne me suis pas amusé à décoller la paire pour voir si les deux types se tenaient bien...
J'ai fait confiance.
Ai-je eu tort ?


Ce n'est que bien plus tard, en achetant un jour une feuille entière contenant les deux types (au prix d'une feuille normale, je vous rassure), que je fis une bien meilleure affaire, et puis j'ai aussi trouvé cette paire pour compléter la page de mon album :



Comme si cette "variété" me poursuivait de ses charmes...

Sachez qu'il n'existe qu'un galvano de 50 timbres au type V pour trois galvanos de 50 au type III dans le cylindre de la curieuse "planche" BH+BI en question.
C'est un cas unique pour le type Semeuse.

Depuis mon achat, les années sont passées, et je n'ai jamais osé, malgré mes doutes, retourner au vendeur cette carte, qui est peut-être une falsification, mais bel et bien expertisée !
Ou non ? ? ?

Convenez avec moi qu'il faudrait être vicieux tout de même pour fabriquer çà : un vrai piège à collectionneurs spécialisés, et à expert...

30 ans plus tard, j'ai toujours un doute : me suis-je fait avoir, ou non ?

Je conserve cette carte sur une page de ma collection, comme un précieux souvenir, à coté de la paire sans nul doute authentique, afin de ne jamais oublier de me méfier de tout, et de ne pas me fier à grand monde !

Les moutons à 5 pattes existent, et peut-être en ai-je déniché un, mais ils ne courent pas les ventes sur offres...

Peut-être qu'un jour, après moi, celui qui aura cette page, pensera lui aussi que la carte est bien plus rare que la paire neuve, et peut-être qu'il aura le courage de décoller ses timbres pour en être certain...

Peut-être aura t'il vu un jour ce forum, qui sait ?...

Et alors peut-être préfèrera t'il rester dans le doute, comme moi ?

On n'est jamais vraiment certain de ne pas se faire avoir.

Qui aurait déjà vu ?


Qui aurait, ou aurait déjà vu, une feuille entière du 25 c. bleu Semeuse camée ?

C'est pourtant bizarre :
Je crois savoir que le type Semeuse est un des timbres les plus collectionnés, et des plus étudiés.

Le fameux n°140, en est certainement le plus célèbre représentant avec ses 7 types, ses 2 roulettes, ses 6 carnets, au tirage à plat ou bien rotatif, ses millésimes, ses coins datés, ses surcharges... Il a été imprimé des années durant !

Et bien, impossible d'en trouver une feuille entière, et de toute ma vie ! A part au Musée.

Qu'elle soit de 100 ou 150 timbres, je ne ferais pas le difficile sur la qualité, croyez moi !
On trouve des panneaux de 50 à plat de temps en temps, des blocs rotatifs parfois, comme celui-ci, mais pas plus ! ! !



Je veux bien croire que ce timbre à usage courant ait été beaucoup utilisé et peu collectionné à l'époque, mais ce n'est sûrement pas l'explication.
Je crois bien avoir vu des feuilles de toutes les autres Semeuses, et de certaines bien plus rares justement que ce maudit 140 !
Non, à mon avis, quelqu'un a dû se les approprier dans le temps : j'imagine d'ici un vieux collectionneur renfermé sur ses albums, qui les aurait stockées depuis.
Je ne vois pas comment cela serait possible autrement !

J'en ai vu une un beau jour d'hiver rue Drouot : j'étais du coté pair, et elle me narguait en vitrine de l'autre coté de la voie. Mon sang n'a fait qu'un tour !
Mes yeux ne me permettaient que de la deviner : était-ce bien un 25 ou bien un 30 c. bleu ?
Je traverse en courant, au péril de ma vie, pour enfin l'admirer de plus près !
En plus, ce n'est pas un timbre cher, donc je me voyais déjà repartir avec, enfin !...

Terrible déception : le prix m'a fait reculer : 2200 euros, tout ça parce que quelques timbres étaient touchés par une superbe variété d'impression !
Enfer et damnation ! C'était trop beau ! (c'est le cas de le dire) et surtout trop cher !

Quelqu'un aurait-il une explication à la cause de cette rareté qui à ma connaissance n'a pas son pareil en philatélie ???
Comment expliquer qu'un timbre si courant, ne puisse se trouver en feuille ???

jeudi 20 janvier 2011

Il faut savoir parfois lire entre les timbres...

Ainsi que nous l'avons déjà vu, l'impression des timbres en typographie rotative a été une étape marquante de la fabrication de nos chères Semeuses !

Cette modernisation a permis, entre autres améliorations, de numéroter et dater les feuilles plus précisément, facilitant ainsi leur comptabilité.

La fabrication des carnets a elle aussi, mais quelques années plus tard, logiquement suivi la mode...

L'impression des carnets, rappelons-le, a débuté en rotatif à la fin de l'année 1928.


Dans un premier temps, seule la numérotation a été utilisée, en pleine période du timbre au type Semeuse lignée à 50 c. rouge (au type IV, puis au type IIA en 1931).

Dans un second temps, la date a été ajoutée, fin 1932, mais le type Semeuse avait alors laissé sa place au type Paix.


Les seuls carnets rotatifs datés (et numérotés) au type Semeuse sont ceux du 20 c. lilas-rose (Yvert n° 190) et ceux du 30 c. rouge sombre (Yvert n° 360) qui ont été imprimés respectivement du 21 avril au 20 mai 1937 pour le 190,
et du 17 janvier au 8 février 1938 pour le 360.

Ces carnets sont parmi les plus courants, et donc les plus abordables du type Semeuse.

L'amateur de coins datés et des tirages que je suis, ne pouvait s'empêcher d'essayer de réunir toutes les dates connues, mais ce n'est pas chose aisée pour autant !...


Quelques dates me manquent, donc si vous avez sous les yeux de tels carnets datés, vous savez que je suis peut-être intéressé...

A ce propos, j'en profite pour lancer un autre appel : est-ce l'un de nos lecteurs saurait à partir de quand l'atelier de fabrication des timbres a cessé de travailler le samedi ? et le 1er mai alors ?

Jusqu'à présent, ma collection ne m'a pas encore permis de trouver la réponse...


**********

Rappelons aussi qu'un tour de cylindre imprimait 2 feuilles-vente de 100 timbres, ou bien 8 carnets de 20 timbres. Les inscriptions figuraient deux fois par tour de cylindre, donc au bas de chaque feuille-vente, et une fois tous les 4 carnets...

* Les deux feuilles vente étaient séparées par un intervalle de la hauteur d'un timbre : cet espace blanc était partiellement occupé par les fameux parallélogrammes que l'on retrouve sur les bords de feuille haut et bas.

En bas à gauche, on imprimait aussi les numéros de feuille, et en bas à droite, la date d'impression. D'ou la dénomination "coin daté" attribuée au bloc de 4 coin de feuille inférieur droit portant la date !

De multiples photos illustrant mes articles précédents vous le confirmeront. Ces inscriptions (numéro et date) sont le plus souvent noires, mais pas toujours, vous l'avez vu !...


* Pour les carnets, on ne peut plus parler stricto sensu de feuilles, ni de haut, ni de bas de feuille, puisque la découpe était réalisée immédiatement lors de la fabrication, carnet par carnet, mais le principe était le même : un espace de la hauteur d'un timbre entre 2 carnets, sur lequel étaient éventuellement imprimées des publicités (et non plus les fameux parallélogrammes) mais toujours le numéro à gauche, et parfois la date à droite.

Cependant, la découpe entre les carnets n'était pas toujours aussi régulièrement réalisée qu'elle aurait dû l'être, et l'on peut ainsi trouver ces inscriptions aussi bien sur le bord de feuille supérieur, que sur le bord de feuille inférieur des carnets constitués.

Ou bien à cheval entre les deux, et c'est assez souvent le cas, ce qui les rend souvent illisibles...

Deux carnets contigus lors de leur impression, peuvent donc comporter chacun la moitié de ces inscriptions, une fois passés sous le massicot.

Leur séparation était d'ailleurs aussi cruelle que définitive : les carnets étaient ensuite vendus à la pièce, et même si un acheteur en prenait deux au guichet de la Poste, on ne lui en vendait pas forcément deux consécutifs, et encore moins forcément deux avec des moitiés d'inscriptions...

Imaginez donc un peu la chance qu'il faut à un collectionneur, pour trouver et réunir deux tels carnets, après plus de 70 ans de séparation !...



Voici donc les deux exemples que je voulais vous présenter aujourd'hui pour illustrer mes propos : chose devenue possible grâce à l'extrême gentillesse d'un grand collectionneur et ami, qui a bien voulu me les céder !

Il s'agit, vous l'aurez compris, de 8 blocs de 4 timbres, provenant de quatre carnets différents, superbement appariés deux par deux.
Avec aussi bien leur numéro que leur date, coupés en deux par le massicot, et situés à cheval entre deux carnets consécutifs.

Joli, non ?


******************

J'en profite, par comparaison, pour vous présenter ici un autre cas unique dans ma collection :

Il s'agit d'un bloc de 4 coin daté, issu d'une feuille ayant mystérieusement échappé au massicot, et présentant donc comme bord de feuille inférieur, l'ensemble de l'espace situé entre les deux feuilles consécutives. Espace mesurant l'exacte hauteur d'un timbre, et portant même les parallélogrammes et la dentelure des timbres du haut de la feuille suivante !

Spectaculaire aussi !

Du jamais vu ailleurs !

Impossible pour moi d'expliquer comment cela a pu se produire, c'est inexplicable !
Toute suggestion serait la bienvenue...
Je n'ai jamais vu deux feuilles qui n'auraient pas été séparées par la machine après leur impression !
Je ne savais même pas que cela puisse se produire, et pourtant...


Comme quoi, une fois de plus, il fallait absolument connaître les méthodes de fabrication de nos timbres, pour avoir le plaisir de dénicher, et d'apprécier pleinement de si jolies pièces !

mardi 26 octobre 2010

Des p'tits trous, toujours des pt'its trous...

Il paraît que beaucoup de géniaux inventeurs revendiquent la paternité de l'utilisation d'une dentelure pour séparer les timbres, mais ceci remonte à bien avant nos chères Semeuses, au cours du siècle qui les précède. Nous ne nous mêlerons donc pas de ce débat, même si les postiers leurs sont encore reconnaissants de nos jours, pour n'avoir plus à viser entre deux timbres avec leurs ciseaux. Les perforations étaient nées et bien nées !


En revanche, de petits malins ont eu, eux, l'idée encore plus saugrenue de se servir du même principe, et de le copier pour faire des trous dans les timbres, et non plus seulement autour !


Cela nous a donné les fameux timbres perforés, et ceux au type Semeuse sont probablement les plus courants d'entre eux. On en trouve facilement, et plusieurs centaines de différents sont répertoriés !
Leur valeur est le plus souvent minime, bien que les amateurs soient nombreux.
Il est vrai que rien n'est plus facile que d'en fabriquer à volonté à partir de timbres normaux de peu de valeur...


Les collectionneurs les recherchent surtout sur courrier d'époque.



Rappelons que le but était de rendre les timbres inutilisables par des employés éventuellement malhonnêtes d'une société qui, elle, les achetait pour son courrier professionnel, et les perforait avec ses initiales, ou des sigles divers, afin que le personnel ne puisse s'en servir pour son propre compte, et ne soit donc trop tenté de les dérober...


Idéalement, le courrier doit être marqué de l'entreprise en question, de même que le timbre, ce qui n'est pas toujours le cas.

Mais même avec ces exigences, il est difficile de trouver de vraies raretés parmi ceux-ci !


En voici pourtant quelques exemples, rarissimes :



Sur cette lettre de la compagnie d'assurance "Le secours", vous reconnaitrez peut-être un joli timbre à 25 c. bleu au type II, issu des 3èmes carnets ayant été émis avec ce timbre, en 1922, sans publicité sur la bandelette, et perforé S. A. pour "Secours Assurance ou Accident ?".

C'est vraiment très peu courant à mon avis : je n'en ai jamais vu d'autre !

Encore fallait-il avoir repéré qu'il s'agissait d'un timbre de carnet...

Pour l'apprécier à sa juste valeur, il vous faut savoir que ces perforations n'étaient que très exceptionnellement réalisées sur des timbres issus de carnets.
Les entreprises stockaient en effet bien plus volontiers des feuilles que des carnets.
Et la perforation devait être bien plus facile techniquement sur des feuilles.


Une nouvelle fois se vérifie le vieil adage des philatélistes amateurs et connaisseurs :
"Tout est dans la fabrication des timbres"



Ensuite, les timbres issus de carnets ont parfois eu l'inconvénient de porter une bandelette publicitaire, publicité vantant les mérites d'une autre société parfois.
Alors on la coupait et on la jetait à la poubelle : tant pis pour ceux qui avaient payé une publicité pour se faire connaître !


Comme sur cette autre lettre :


On voit à peine apparaître la publicité au dessus du timbre : fallait avoir l'oeil !...


Tant pis pour la revue "Les Annales" qui voulait faire sa pub dans ses carnets, et dont on a volontairement éliminé la bandelette tenant au timbre.
Heureusement, le décalage vertical la laisse entrevoir, sinon ce timbre de carnet aurait été bien moins facile à repérer. Il s'agit là encore d'un type II, mais issu d'un carnet avec publicité, émis en 1924.

Le timbre est perforé N. G. utilisé sur un courrier des Nouvelles Galeries Réunies.
Vraiment pas courant non plus...


Les plus attentifs d'entre vous auront noté la date erronée sur le dateur du centre : le 39 mars 1925 !!!

Si vous en connaissez de similaires, je suis preneur, même d'une photo...


Comme quoi, en ayant l'oeil bien attentif, et en étant bien averti, l'on peut encore, et pour quelques euros seulement, réunir ainsi de jolies raretés dans sa collection, alors qu'elles sont probablement passées inaperçues sous le nez de bien des collectionneurs !


Un dernier exemple, encore plus rare, sans être pourtant issu de carnets :


Le timbre est un 10 c. rouge issu de feuille, mais cette fois-ci perforé Ltre 5 cmes par une entreprise "La lettre à 5 centimes" qui vendait à moitié prix, en 1912-1913, une enveloppe trouée prête à être utilisée, dans laquelle se trouvait une lettre pour la correspondance des acheteurs. Les deux étant couvertes de diverses publicités commerciales. Une merveille à voir !

Ce n'est ici hélas qu'un fragment.

Divers petits cadeaux étaient offerts par la même occasion par le journal "La Dépêche" de Toulouse qui appelait ça une pochette-prime (un buvard et un joli crayon dans ce cas) !


Les deux modèles existant, dont on ne connait que quelques exemplaires, sont visibles complets à la rubrique "Entiers" du 10 c. rouge sur le fameux site http://www.semeuse.com

Leur tirage aurait pourtant été de 10000 exemplaires ( x 2 modèles différents).

A mon avis, vous n'en verrez pas ailleurs d'aussi jolis : personnellement, voila une bonne vingtaine d'années que je cours après, sans jamais avoir pu en attraper un entier !

Y a d'quoi devenir dingue

De quoi prendre un flingue.

S'faire un trou, un p'tit trou, un dernier p'tit trou.

Un p'tit trou, un p'tit trou, un dernier p'tit trou

Et on me mettra dans un grand trou.

Et j'n'entendrais plus parler de trous

Des petits trous, des petits trous Des petits trous, des petits trous....

...comme chantait le regretté Serge Gainsbourg !

vendredi 1 octobre 2010

La bien curieuse Semeuse à 1 Franc 50

En 1930, l'affranchissement d'une lettre simple pour l'intérieur ne coûtait que 50 centimes de notre ancien Franc : soit environ 760 fois moins qu'aujourd'hui si l'on considère que le tarif actuel de 58 centimes d'euro = 3,80 nouveaux Francs !

La première guerre et ensuite la crise économique de 1929 avaient laissé en piteux état les finances de notre pays, et beaucoup de moyens plus ou moins justifiés, ont été jugés bons à l'époque pour tenter de combler les déficits.

Cela ne vous rappelle t'il pas quelque chose ?...

La Poste va alors participer - modestement mais à plusieurs reprises - à la nécessaire récolte de fonds publics, notamment par l'intermédiaire de diverses émissions de timbres porteurs d'une surtaxe plus ou moins importante.

Ces timbres, dont les tirages étaient le plus souvent assez limités, sont restés célèbres depuis, surtout aux yeux des collectionneurs, et ont d'ailleurs été assez peu utilisés sur le courrier, ce qui en fait parfois de jolies raretés.

D'autant plus que leur valeur faciale ne correspondait pas réellement à un tarif bien déterminé, et d'autant surtout que la surtaxe en question n'avait aucune valeur d'affranchissement : elle restait aux frais des acheteurs, en pure perte ! Tout le bénéfice devant aller aux caisses de l'état.

La générosité des clients de la Poste n'étant pas légendaire, ces timbres eurent très peu de succès, ils étaient chers, peu utiles, et leurs chiffres de vente sont restés bien faibles... sauf auprès des philatélistes de l'époque, qui eux les ont souvent stockés.
Ils ne sont donc pas vraiment rares, mais restent chers cependant. Trop ???


Parmi ces timbres à surtaxe, figureront 5 émissions successives, de 3 timbres chaque année, vendues entre 1927 et 1931 au profit de la Caisse d'amortissement.

La Caisse d’Amortissement était un organisme officiel destiné à « amoindrir » la dette intérieure de l’Etat (conséquence des emprunts répétés émis lors de la Première Guerre mondiale et de la période qui suivit). Elle était alimentée par des taxes sur les tabacs et diverses denrées, mais aussi par ces surtaxes sur les timbres.

Sur ces 15 timbres, il se trouve que 12 sont au type Semeuse qui nous intéresse tant.

En effet, en 1927, 1928 et 1929, c'est le type Pasteur qui avait été choisi à trois reprises pour le timbre à 1 f. 50 mais ensuite la Semeuse a pris le relai. Pourquoi ???

Ce qu'il y a de plus curieux dans cette affaire, c'est que le timbre Pasteur à 1 f. 50 existait bel et bien avant ces émissions (et on n'a eu qu'à en changer la couleur), alors qu'aucun timbre au type Semeuse à 1 f. 50 n'avait jamais été envisagé jusque là !!!

Il a donc fallu le fabriquer exprès !

Et, plus curieux encore, il s'avère que celui-ci n'existera jamais sans surcharge !

On a donc pris la peine de fabriquer dans cet étrange but, un nouveau poinçon spécial à 1 f. 50 au type Semeuse, puis, par galvanoplastie, soigneusement réalisé un cylindre complet appelé A+B, permettant d'imprimer 2 feuilles de 100 timbres à chaque tour de rotative.

Vu les faibles ventes de ces timbres, il n'est pas certain du tout que cette affaire ait été finalement bien rentable pour nos finances de l'époque !
Il est même probable que le bilan en soit même déficitaire !

Alors, on a bien essayé de rentabiliser un peu plus cette chère Semeuse de déficits :

En 1930, après un premier tirage en violet pour la Caisse d'amortissement, on en a tiré un deuxième en bleu pour Andorre (dès le lendemain !), puis un troisième et dernier l'année suivante, en rouge cette fois-ci, afin de terminer en beauté la cinquième série de la Caisse d'amortissement.

Au total 4 jours de tirage seulement pour cette singulière Semeuse aux trois couleurs, et toujours surchargée ! Un cas unique dans l'histoire de la philatélie !

Et donc seulement huit coins datés possibles, que voici réunis pour vous :


Croyez en un féru de coins datés, réunir ces 3 tirages n'a pas été une mince affaire, mais fut en tout cas une véritable partie de plaisir, ayant duré pour moi environ 3 décennies !

Amusant : le plus rare de ces trois tirages, et de loin, se trouve être, comme c'est souvent le cas hélas, celui à qui l'on donne le moins de valeur dans nos célèbres catalogues : il s'agit du bleu d'Andorre.
La rotative ayant certainement dû tourner bien moins longtemps pour cette principauté, que pour la Caisse d'amortissement que l'on espérait renflouer...

En Andorre aussi les philatélistes s'en sont donné à coeur joie, et leurs courriers se retrouvent de nos jours dans les belles ventes !... hors de prix !...