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vendredi 29 avril 2011

L'impression en feuilles de 300 timbres

Tout philatéliste se doit à notre avis de connaître un tant soit peu les procédés de fabrication des timbres auxquels il s'intéresse !

Ceci permet non seulement de comprendre les différentes présentations existantes (feuilles, carnets, bandes de roulettes) ou bien par exemple le mode de survenue de certaines variétés, mais aussi de découvrir parfois de très jolies raretés qui seraient passées inaperçues aux yeux de bien d'autres collectionneurs moins avisés...

Il ne suffit pas de collectionner, c'est à dire de réunir et savoir classer ses timbres. Il faut le faire intelligemment, au sens littéral du terme : il serait idiot de placer côte à côte un timbre imprimé à plat et un timbre imprimé en rotative, ou bien un timbre issu de carnet et un timbre vendu en bande de roulettes, sous le seul prétexte qu'ils ont la même couleur et la même valeur faciale.

Les machines qui les ont fabriqués ne sont pas les mêmes.
La personne qui les a achetés n'a pas eu entre les mains le même objet du tout.


Dans un cas elle a pu s'adresser à un guichet de La Poste, alors que dans l'autre elle aura tout simplement glissé une pièce dans un distributeur automatique, ou bien détaché son timbre à l'intérieur d'un joli carnet publicitaire. Admettez franchement que cela n'a rien à voir !...


C'est en voyant les photos de l'atelier de fabrication des timbres du boulevard Brune à Paris, grâce au blog de Jean-Luc (que je vous conseille vivement)
http://philatelie-roulette.blogspot.com/
que j'ai eu l'idée de cet article. Merci à lui, et aux archives de la BNF.

Ces photos permettent très bien de s'imaginer l'ambiance de ce lieu de travail au début du XXème siècle, à l'époque où nos chers timbres au type Semeuse y étaient fabriqués !

On imagine l'attention que les ouvriers portaient à ces machines, dont les mécanismes assez complexes ne demandaient qu'à dérailler, source d'incidents pourvoyeurs des spectaculaires variétés d'impression ou de piquage, qui sont venues fleurir quelques décennies plus tard nos albums de timbres.
Les principaux contrôles étaient manuels, donc successibles d'être pris en défaut, bien loin de la froideur et de la rigueur des machines d'aujourd'hui, et de leur impitoyable gestion informatique...

Au temps des premières Semeuses, la largeur de la presse à plat était adaptée à l'impression de feuilles de 300 timbres : en fait, deux futures feuilles-vente de 150 timbres placées l'une à coté de l'autre.
Ces feuilles de 300 ne sortaient jamais de l'atelier : un massicot devait auparavant les couper en deux feuilles-vente qui, elles, étaient livrées aux bureaux de poste.


Si, par mégarde, ou par fatigue, l'ouvrier responsable ne positionnait pas parfaitement ces grandes feuilles de 300 au centre de son massicot (chose qui devait être somme toute assez malaisée), sa découpe risquait fort d'empiéter sur les timbres, et de rendre une des deux feuilles peut-être inutilisable !


La marge d'erreur n'était pas si grande que cela : on peut s'en faire une idée en observant les bords de feuille droits et gauche de nos timbres imprimés à plat.


Vous aurez peut-être remarqué qu'il y a toujours un grand et un petit bord de feuille, à droite ou à gauche sur les feuilles-vente, le petit représentant en fait à peu prés la moitié de l'espace qui séparait les deux feuilles-vente de 150 sur la feuille de 300.


Le grand bord restant permet d'ailleurs de savoir si votre feuille était située à gauche ou à droite, avant d'être séparée pour toujours de sa voisine.



Bas d'une feuille-vente de gauche, avec sa grande marge située à gauche




Bas d'une feuille-vente de droite, avec sa grande marge située à droite





Les exemples qui suivent vous confirmeront que les ouvriers de l'époque n'étaient pas des machines, et qu'ils pouvaient se tromper de quelques millimètres :



15 c. vert Semeuse lignée - YT 130

30 c. lilas Semeuse lignée - YT 133

10 c. rouge Semeuse maigre - YT 135

On voit donc apparaître, le long d'une découpe un peu en diagonale et mal centrée, les timbres de la feuille voisine, restés non dentelés, puisque bien entendu, ce n'est qu'après leur séparation que les feuilles-vente étaient perforées. CQFD !


Au vu de la rareté de ces pièces aujourd'hui, ils ne devaient pas se tromper si souvent que ça, et en tout cas, les contrôles devaient être bien efficaces pour laisser ne passer jusque dans les bureaux de poste, que très peu de telles feuilles "fautées" !



En ce qui concerne le type Semeuse, je crois bien que l'on ne connait ainsi, et comme autre timbre, que le 5 centimes vert (YT 137) : vu dans une vente, il y a très très longtemps, et peut-être bien le 10 c. rose lignée (YT129), mais ma mémoire défaille...



Si vous les croisez un jour, faites-moi signe SVP...



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