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lundi 10 décembre 2018

Pas banal !


  Je vous présente aujourd'hui cette jolie variété, non seulement parce que je la trouve spectaculaire, mais aussi parce que c'est la première fois que j'en rencontre une de la sorte. De plus, elle illustre à merveille les problèmes techniques qui peuvent faire varier l'impression de notre chère Semeuse !


  Vu comme ça, ce bloc de 4 barré en diagonale par un "sur-encrage", pourrait vous sembler un peu triste, mais ceux qui s'intéressent un tant soit peu aux procédés de fabrication des timbres de l'époque se demandent certainement comment cela a bien pu se produire...

Il s'agit d'un timbre imprimé par les machines rotatives de l'atelier, dès 1926, sur des rouleaux de papier déjà gommé.

Il est impossible que l'encre soit en cause : elle était uniformément déposée sur le cylindre, et même une coulure ou un surplus ne saurait donner ce résultat.

Si ce n'est pas l'encre, c'est que c'est le papier qui doit être à l'origine de la variété.

  L'image vous rappelle peut-être un récent article consacré ici aux raccords de papier : on observe en effet souvent au niveau de ces raccords, une impression plus marquée là ou les deux rouleaux sont raboutés l'un à l'autre. Une partie de l'impression se faisant sur une double épaisseur de papier.

Mais ces raccords étaient toujours réalisés +/- horizontalement (ou presque) et non pas en diagonale ! Il faudrait avoir l'esprit bien tordu pour fabriquer un raccord en diagonale !

  Regardons à présent la feuille entière dont j'ai extrait ce bloc de 4 :


Spectaculaire et curieux comme variété !
Non ?
Si, si, je vous assure !

  Personnellement, je n'avais jamais vu ça auparavant,
et c'est ce qui m'a attiré.


  J'avais déjà vu des feuilles imprimées alors qu'un "corps étranger" (en réalité un morceau de papier) était venu s'interposer entre le cylindre et la feuille. On en trouve, mais très rarement car les contrôleurs se devaient de retirer ces feuilles fautées de la circulation bien avant qu'elles n'arrivent aux guichets de la poste. 
Encore fallait-il que le défaut soit assez marqué pour être facilement repéré.
Comme sur ce bloc, vu dans une vente :


Ou bien franchement impossible à rater, comme celui-là, lorsque le fragment inopportun se décollait ou était retiré après l'impression : 



 Ce n'est pas le cas de notre feuille : le défaut a très bien pu passer inaperçu. 
Le "corps étranger" s'est retrouvé dessous, et non plus dessus.

Et c'est en la retournant qu'on comprend ce qu'il s'est produit :


Comme quoi ceux qui s'intéressent à la gomme n'ont pas toujours tort !...

  Un fragment de papier, d'ailleurs gommé lui aussi et peut-être un peu humide, est venu se coller au dos et en plein milieu de notre feuille, se retrouvant entraîné avec elle dans la rotative.

Comme il ne dépassait pas, il n'a pas été arraché au passage, ni repéré par les contrôleurs.

  La double épaisseur de papier à son niveau explique ce que nous avions appelé "sur-encrage", lorsque l'ensemble est passé sous le cylindre normalement encré.

Puis, une fraction de seconde plus tard, l'intrus a été perforé lui aussi par la même occasion !

Vraiment pas banal !

  Les spécialistes de la typographie savent que les imprimeurs jouent avec ce qu'ils disposent comme matériel sous les feuilles destinées à l'impression, sur le support : feutre, carton ou papier d'épaisseurs et de dureté diverses, pour obtenir le meilleur réglage de leurs machines, et surtout le meilleur rendu.
A présent, vous en avez l'illustration sous les yeux.


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