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mardi 25 décembre 2018

" AAARRRHHH, putain de saloperie de bordel de rotative de merde ! "


 J'espère en ce jour de fête ne pas avoir trop choqué les chastes oreilles d'internet avec ce titre, mais c'est à mon avis ce qui devait résonner de temps en temps dans les grandes salles de l'atelier de fabrication des timbres-poste, en 1922...


  Surtout si l'on imagine un employé expérimenté et méticuleux, levé de bonne heure et impatient de pouvoir enfin faire fonctionner la fameuse machine Chambon dont on lui vante les mérites depuis des mois.

  Toute sa carrière qu'il a passé à se perfectionner sur la typographie à plat, à en maîtriser toutes les finesses, à en peaufiner les réglages ! Tout ça pour repartir de zéro ! A son âge...

  Obligé de se farcir des heures de formation à écouter des tas d'incapables qui croient tout savoir sur l'imprimerie, persuadés d'avoir inventé le fil à couper le beurre !

  Forcé de s'adapter à cette nouvelle technologie soi-disant de pointe, que l'on veut lui imposer à tout prix !

  Oubliées les grandes feuilles de papier qu'il fallait savoir positionner parfaitement sur la presse, puis amener à la machine à gommer, celle qui les séchait au passage. Puis les faire couper en deux et les confier in fine à la dernière machine qui, en les perforant, donnait vraiment naissance aux timbres !
Ensuite, il restait à les compter manuellement, et à en faire des paquets...

Et bien tout ça, c'est fini : vive le progrès !

  Dorénavant, il suffit en théorie de se démerder comme on peut pour mettre en place à une extrémité de la rotative des rouleaux de papier déjà gommé, qui pèsent un âne mort. Comme aux chiottes, vous en déroulez juste ce qu'il faut. Vous appuyez sur le bouton "MARCHE" et il vous sort à l'autre extrémité, tout un tas de feuilles de timbres imprimées et dentelées à merveille, datées et numérotées. C’est y pas beau la technique ?

  Enfin, ça c'est la théorie, car quand on s'amuse à regarder les rares feuilles de notre Semeuse verte à 10 centimes datant de cette période de transition (notamment celles des premiers jours), on s'aperçoit qu'il s'agit presque toujours de feuilles ayant dû être renumérotées à cause de nombreuses feuilles défectueuses (nous en avons déjà parlé ici, avec de jolis exemples).
Ce qui prouve que tout était loin d'être au point...

  Alors, moi, je ne peux pas m'empêcher d'entendre d'ici le juron qu'il a laissé échapper l'ouvrier en question ce jour-là, en découvrant le magnifique résultat obtenu avec sa belle machine toute neuve :


Ce bloc, ça faisait des années que je le voyais passer et qu'il me faisait envie, tantôt dans des expos, dans la collection du grand spécialiste de ce timbre, puis dans des ventes sans jamais pouvoir me le payer. Et puis cette année, il a fini au pied de mon sapin...

Visiblement il était attaché, il y a plus longtemps encore, à celui-ci, dont je n'ai que la photo :


...Et à un autre bloc de 9 (les 3 colonnes de droite de la feuille) qui devait porter la date, toute bavouillée de vert : le fameux coin daté ! 

Celui-là, je ne l'ai jamais vu, mais je donnerais cher pour le ranger à côté du mien un jour !...

  Au fait, à votre avis, sans parler de la perforation toute de traviole, c'est le dateur / numéroteur qui est responsable de ce massacre, ou bien le bas du galvano lui-même ??? 

That is the question !

Faut dire qu'il n'y a qu'en 1922 que la même encre (celle du timbre) servait à la date et au numéro. 

Raison pour laquelle on avait ménagé des encoches sans les parallélogrammes aux 4 coins, pour que ces informations restent lisibles. Ensuite, une encre noire a été (presque toujours) choisie.

*******

  Pour terminer, je ne résiste pas au plaisir de vous montrer que 5 ans plus tard, il arrivait toujours des misères aux bas des feuilles imprimées par ces rotatives :


Avec des fragments de Semeuses imprimées sur la gomme, ce qui ne court vraiment pas les rues !
Et avec en prime le coin daté cette fois-ci !

Avec l'impression à plat, on en voit de temps en temps de ces impressions au verso, que ce soit pour les feuilles ou pour les carnets, mais en rotatif, c'est franchement exceptionnel !

Une belle idée de cadeau pour faire ma lettre au papa Noël, 
même si c'est un peu tard pour cette année...

 Difficile d'expliquer comment cette dernière variété a bien pu survenir : un gros froissage du rouleau de papier une fois engagé dans la machine, peut-être ?...
  
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Merci et passez de bonnes fêtes de fin d'année ! 

Je vous la souhaite aussi bonne que la mienne, 
philatéliquement parlant !


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