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dimanche 29 janvier 2017

Un joli pli pour mieux comprendre les coins datés !


  J'avais eu la chance, il y a quelques années, de trouver ce magnifique bloc. Une moitié de feuille, touchée par une spectaculaire variété d'impression sur pli accordéon du papier :

Avec un coin daté du mercredi 22 décembre 1926

Je savais bien, à l'époque, que cette chance ne se reproduirait pas 2 fois ! 

Mais je savais aussi qu'il devait bien exister quelque part, d'autres timbres pareillement touchés par cette variété, puisque le pli en diagonale s'était produit lors de l'impression, sur tout le rouleau de papier défilant dans la presse rotative. 

Le cylindre de ce jour-là est facilement identifié comme étant composé des deux galvanos O + P.

En revanche, l'inclinaison de la diagonale pouvait me laisser penser que mon bloc avec son coin daté était unique !

Et bien, non ! !

Figurez-vous qu'une vente de mardi prochain propose un coin daté similaire, ce qui me permet de vous les montrer tous les deux ici, miraculeusement réunis 80 ans plus tard (en photo) :


Et bien entendu, la date est la même !
Puisqu'ils ont été tous les deux imprimés par le même tour de cylindre !

Pendant la même fraction de seconde, ce mercredi là !

  Alors, grâce à mon logiciel d'images, je me suis amusé à reconstituer le résultat de l'impression de ce tour de cylindre : 



Ceci m'a permis de m'assurer qu'il n'y avait désormais 
plus aucune chance de trouver un autre coin daté semblable !...

Et cela vous permet surtout de mieux comprendre 
comment notre si chère 25 c. bleu Semeuse au type III B  
était imprimée à l'époque par ces presses rotatives, 
avec leurs fameux coins datés !



lundi 23 janvier 2017

S'amuser avec les coins datés


  Même les timbres les plus communs au premier abord peuvent receler de petites merveilles, et parfois nous procurer de grandes satisfactions : tous les vrais philatélistes le savent.

Il faut bien reconnaître que si, en plus, cela ne nous coûte que quelques euros à la fin, c'est encore plus sympa !

Et si, cerise sur le gâteau, le vendeur ne s'était aperçu de rien, c'est le must : on a vraiment beaucoup beaucoup de plaisir à faire un Chopin !

   Le 25 c. brun Semeuse YT 235 est un timbre vraiment très courant. Il n'a existé qu'en feuilles de 100 au type III B avec coins datés, et en bandes pour roulettes au type III C. 

Pas de vraie rareté à se mettre sous la dent du coté des coins datés : entre 1927 et 1938, de très nombreux tirages ont eu lieu, avec 28 cylindres donc 56 coins datés différents, ce qui rend la collection intéressante certes, mais pas passionnante.

Malgré tout, j'avoue que c'est toujours avec beaucoup de joie que j'en trouve un ou deux qui me manquent, par ci par là, et il y a de quoi faire : la collection complète en compte environ 3840 !...

  Alors, chaque fois que j'en vois un passer, je vérifie sur mes mancolistes si je l'ai ou pas. Et je regarde même ceux que l'on trouve parfois oblitérés.

Là ou ça devient amusant, c'est quand on regarde ici de plus près la date du cachet, et qu'on la compare à celle du jour où les timbres ont été imprimés : il faut toujours avoir l’œil !
Et aussi regarder au dos !

La preuve ! Regardez les 2 exemples ci-dessous, qui sont à mon avis assez peu courants. 
Et ne vous fiez pas aux apparences :

Ceux-ci sont bien sortis de la rotative le 23.12.1929

Et ceux-là le 01.09.1928

   Il s'agit à chaque fois de ce qu'on appelle une paire de coins datés : les deux correspondant à un tour du cylindre en question.
Sur la gauche, un des galvanos, et sur la droite l'autre galvano (ici représentés en doubles : un à l'endroit et un à l'envers).

Deux jours (connus et répertoriés) où le conducteur de la presse s'est trompé en réglant l'un des deux dateurs du cylindre : il s'est gouré d'une année. Tout simplement.

   Comme l'erreur n'avait aucune conséquence sur les timbres eux-mêmes, ceux-ci ont normalement été mis en vente, et donc achetés par le public de l'époque.

Il se trouve que dans les 2 cas, l'acheteur a été bien étonné de voir au coin de ses timbres une date de l'année à venir, et non de l'année en cours ! On imagine sa surprise.

Alors, il en a profité pour y faire apposer un cachet officiel à son bureau de poste, prouvant ainsi l'erreur de fabrication ! Tantôt coté timbres, tantôt côté gomme.
Et il a dû les conserver précieusement en souvenir...

   Sur l'exemple du haut, vous noterez qu'il s'est même trouvé deux acheteurs bien distincts pour s'en apercevoir : un au Vésinet + un à Lunéville.
Et le même jour qui plus est : le 11 juillet 1930 !
Incroyable, non ?

   Encore plus invraisemblable de le retrouver sur eBay 87 ans plus tard, et pour 3 euros !

   Entre temps, ils ont dû en amuser des philatélistes ces coins datés !...



mardi 17 janvier 2017

Une semaine folle début mars 1922 !


 Ceux qui me lisaient ici-même en avril 2010, connaissent déjà les aléas du début de l'impression des timbres avec la première presse rotative, et donc de l'apparition des coins-datés, ma collection préférée.

  On sait grâce à Jean-Luc que cette merveille de technologie avait été achetée par l'atelier de fabrication des timbres poste dès juin 1921, dans le but de simplifier surtout celle des roulettes, qui était jusque là manuelle et très fastidieuse !

  On imagine aisément le chamboulement dans les habitudes des ouvriers et techniciens de l'époque : il leur a certainement fallu une longue période d'apprentissage, et de nombreux tests avant de se lancer à fond dans l'utilisation de cette nouveauté !

Une seule machine, approvisionnée par des rouleaux de papier déjà gommé, réalisait dans le même temps et toute seule :
-l'impression (celle des timbres, de la date et du numéro de chaque feuille),
-la perforation (rangée par rangée et de bas en haut, rappelons-le une nouvelle fois)
-la découpe en feuilles de 100 timbres.

  Un vrai miracle ! surtout comparé aux différentes étapes et manipulations que nécessitait auparavant l'impression à plat !

  C'est le samedi 4 mars 1922 que les premières feuilles de timbres rotatifs ont vu le jour (en tout cas celles qui sont parvenues jusqu'à nous). Beaucoup les considèrent comme des essais, finalement mis en vente pour éviter le gaspillage, et aussi car le résultat obtenu avait été jugé satisfaisant.

On ne travaillait que le matin, le samedi, mais on peut penser que l'enthousiasme aidant, certains n'ont pas dû rechigner devant quelques heures supplémentaires...

  Les premiers cylindres ont dû leur donner beaucoup de mal, du fait du cintrage et de l'ajustement millimétrique nécessaires. Quatre galvanos de 50 timbres étaient ainsi confectionnés, assemblés et retouchés à la main, afin d'obtenir un cylindre.
Un tour de celui-ci imprimait deux feuilles de 100 à chaque tour.
Avec 2 coins datés.
Toujours différents l'un de l'autre mais avec la même date. Celle-ci étant modifiée chaque jour.


  Les deux feuilles imprimées étaient séparées par deux rangée de parallélogrammes dont le but était d'amortir un peu les chocs dus à l'inévitable décalage, si minime soit-il, au niveau de la surface imprimante.

  Nous avons déjà parlé des encoches qui avaient été ménagées à leurs 2 extrémités pour laisser place à l'impression - de la date à droite, - et du numéro de chaque feuille à gauche.

Ainsi étaient nés les coins-datés. 

Et c'est le baron Raoul de Vinck de Winnezeele qui, bien plus tard, a su consacrer une partie de sa vie à leur étude, basée sur la reconnaissance de ces parallélogrammes, et des différents tirages : en accomplissant un travail phénoménal !

  Le timbre choisi pour ces débuts rotatifs est le 10 c. vert au type Semeuse, correspondant au tarif des imprimés, et identifié par la suite comme au type I B.
Pas facile à reconnaître d'ailleurs, ce type I B !...

  Très peu de feuilles sont connues de ces premiers tirages (mais toutes cependant visibles dans mon article de 2010) et leurs coins datés constituent donc un des fleurons de la collection.

Un rêve de philatéliste plus exactement, car je n'en avais jamais rencontré, depuis plus de 40 ans !

Le premier cylindre avait été dénommé A+A, et parfaitement décrit par le célèbre baron.
C'est donc bien qu'il en existe quelque part...

  Mais comme il ne faut jamais dire jamais, ne voilà t'il pas que j'en vois sortir deux d'un coup dans une vente de ce mois-ci !
Incredible ! ! !

  Deux blocs de 4 datés, non pas du premier, mais du second jour connu, le mardi 7 mars 1922.

Vous imaginez bien que je n'ai pas pu laisser passer ça, et vous êtes assez grand pour deviner où ils sont à présent.
Pour être certain de ne pas les louper, il me faut vous avouer que j'avais misé 25 fois le prix de départ... Heureusement que le vendeur était honnête, et pas du tout spécialiste en coins datés !...

Allez ! puisque vous êtes bien sages, je vous la montre, ma belle paire :

Une merveille !

  Mais qu'est-ce qu'ils ont bien pu trafiquer à l'atelier, à votre avis, entre ce fameux samedi 4 et le mardi suivant ?

Probablement des réglages, des bidouillages, des cafouillages, mais en tout cas, une chose est sûre, c'est qu'ils n'ont pas chômé !

La preuve en est, que quelques jours seulement ont suffi pour réussir à fabriquer un autre cylindre (qui sera nommé B+C), destiné à prendre la suite du tout premier.
C'est donc que A+A n'a servi que très peu de temps.

On pense que B+C a tourné jusqu'au 11 mars, mais son premier jour reste incertain, car comme vous pourrez le constater ci-dessous, le dateur n'était pas encore au top...
Le jour est toujours illisible, imprimé à cheval !


Probablement le 8 ou le 9 mars... ou bien le 5 (un dimanche), ou encore le 6 ???
Ce tirage B+C est rare lui aussi, mais bien moins que le précédent ! Voici d'ailleurs son dernier jour :


L'image étant un peu meilleure, vous pourrez apprécier au mieux une belle tache sur sa droite, et peut-être remarquer que le papier a un aspect strié en diagonale, visible sur tous ces blocs.
Et pareillement au verso :


C'est ce qui leur a souvent valu d'être qualifiés de timbres "sur papier X" dont la gomme est aussi striée, mais il est en réalité bien différent : à mon avis beaucoup plus épais et plus blanc.
Jusqu'aux premiers jours du tirage suivant (avec le cylindre D+D), on trouve ce papier strié, et c'est un bon moyen d'identifier à coup sûr le type I B.

Pour le plaisir des yeux, je vous remontre ici ce magnifique bas de feuille avec ses parallélogrammes, sa date à cheval, et son numéro rectifié à la main (feuille de remplacement), le tout en vert :

Je me souviens encore de l'avoir déniché sur le stand d'un marchand lors d'une expo à Lyon dans les années 80 : il le proposait à 500 francs, et comme j'étais jeune et que je discutais un peu le prix, il voulait absolument me le couper en deux pour que ce soit + abordable...

  Pour les vrais amateurs de coins datés, voici la description donnée par le baron De Vinck de ces 2 prestigieux premiers tirages de l'impression rotative :



1er A        H = 8. Uni. Le côté oblique de droite de l’élément de droite mesure 3.
2 A        H = 7 ¾. Uni. Le côté oblique de droite de l’élément de droite mesure 2.

Premier jour
Dernier jour
Chiffres
Presse
Tirage

4.3.22
24.3.22
I en vert
1
Nous ne connaissons que les dates 4, 7 et 24 de 3.22.
La date du 24 n’est connue qu’avec le chiffre 4 imprimé à sec.



B             H = 6 ¼. Bas un peu flou.
C             H = environ 5 ½. Bas un peu flou.

Premier jour
Dernier jour
Chiffres
Presse
Tirage

? .3.22
11.3.22
I en vert
1
La première date d’impression connue peut être
le 5 (Dimanche), le 6, le 8 ou le 9 : le chiffre du jour est  
figuré par deux moitiés de nombres successifs.


( H étant la hauteur des "losanges", mesurée en millimètres )


C'est là que j'ai besoin de votre avis, maintenant éclairé : 

De Vinck nous dit avoir vu la date du 24 mars pour le tirage A+A, mais avec le 4 imprimé à sec.
Moi, je n'en ai jamais vu!

Vous y croyez, vous, à cette date 24 mars ?
Moi, pas trop !

Pourquoi ces 16 jours sans utilisation, entre le 7 et le 24 ?

Pourquoi donc aurait-on ressorti le cylindre A+A que l'on avait abandonné au profit d'un tout nouveau B+C ?

Si B+C commence à tourner le 6, le 8 ou le 9, pourquoi donc aller rechercher A+A le 24 ?

Pour moi, c'est encore le dateur qui a déconné, ou bien c'est qu'on l'avait mal réglé : il devait s'agir de petites viroles, que l'on tournait chaque jour manuellement pour afficher et ensuite pouvoir imprimer la bonne date.

Ce 24 sans le 4 pourrait bien être un tout autre jour du début mars, avec une erreur...
Pourquoi pas le lundi 6, qui s'imprimait  - 6 ?
Si avec vos gros doigts, vous faites tourner par erreur la mauvaise virole de 2 crans, de le la position neutre " - " à la position  " 2 " (au lieu de faire tourner l'autre de 4 à 6) vous obtenez 24, dont le 4 pourra alors ne pas recevoir d'encre...
C'est une explication un peu fumeuse, qui vaut ce qu'elle vaut, mais qui expliquerait que la date du 6 ne soit pas connue, et qui correspondrait à 3 jours logiques de tirage : samedi 4 + lundi 6 + mardi 7 !

Errare humanum est !

Facile de se tromper ! Surtout lorsqu'on est un peu surmené. 

Et surtout si on a un peu trop fêté la veille avec ses collègues, la mise en route réussie de cette si belle machine !...

A la santé de Chambon !

Moi je dis que ce 24 sans le 4 ne tient pas debout : ce n'est pas logique !
Mais je peux me tromper aussi, bien entendu.

Et en plus, j'aimerais bien en avoir un sous les yeux un jour : à bon entendeur, salut !

Pour info, le cylindre suivant D+D, ne débutera que le 13 mai. Après quelques semaines de repos, et certainement de mures réflexions...

Il est vrai que l'on trouve plus facilement des coins datés de ce tirage, et encore plus du suivant D+E, jusqu'à la fin de l'année, ce qui est un argument assez fort pour considérer les 2 premiers tirages comme des essais.