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mardi 17 janvier 2017

Une semaine folle début mars 1922 !


 Ceux qui me lisaient ici-même en avril 2010, connaissent déjà les aléas du début de l'impression des timbres avec la première presse rotative, et donc de l'apparition des coins-datés, ma collection préférée.

  On sait grâce à Jean-Luc que cette merveille de technologie avait été achetée par l'atelier de fabrication des timbres poste dès juin 1921, dans le but de simplifier surtout celle des roulettes, qui était jusque là manuelle et très fastidieuse !

  On imagine aisément le chamboulement dans les habitudes des ouvriers et techniciens de l'époque : il leur a certainement fallu une longue période d'apprentissage, et de nombreux tests avant de se lancer à fond dans l'utilisation de cette nouveauté !

Une seule machine, approvisionnée par des rouleaux de papier déjà gommé, réalisait dans le même temps et toute seule :
-l'impression (celle des timbres, de la date et du numéro de chaque feuille),
-la perforation (rangée par rangée et de bas en haut, rappelons-le une nouvelle fois)
-la découpe en feuilles de 100 timbres.

  Un vrai miracle ! surtout comparé aux différentes étapes et manipulations que nécessitait auparavant l'impression à plat !

  C'est le samedi 4 mars 1922 que les premières feuilles de timbres rotatifs ont vu le jour (en tout cas celles qui sont parvenues jusqu'à nous). Beaucoup les considèrent comme des essais, finalement mis en vente pour éviter le gaspillage, et aussi car le résultat obtenu avait été jugé satisfaisant.

On ne travaillait que le matin, le samedi, mais on peut penser que l'enthousiasme aidant, certains n'ont pas dû rechigner devant quelques heures supplémentaires...

  Les premiers cylindres ont dû leur donner beaucoup de mal, du fait du cintrage et de l'ajustement millimétrique nécessaires. Quatre galvanos de 50 timbres étaient ainsi confectionnés, assemblés et retouchés à la main, afin d'obtenir un cylindre.
Un tour de celui-ci imprimait deux feuilles de 100 à chaque tour.
Avec 2 coins datés.
Toujours différents l'un de l'autre mais avec la même date. Celle-ci étant modifiée chaque jour.


  Les deux feuilles imprimées étaient séparées par deux rangée de parallélogrammes dont le but était d'amortir un peu les chocs dus à l'inévitable décalage, si minime soit-il, au niveau de la surface imprimante.

  Nous avons déjà parlé des encoches qui avaient été ménagées à leurs 2 extrémités pour laisser place à l'impression - de la date à droite, - et du numéro de chaque feuille à gauche.

Ainsi étaient nés les coins-datés. 

Et c'est le baron Raoul de Vinck de Winnezeele qui, bien plus tard, a su consacrer une partie de sa vie à leur étude, basée sur la reconnaissance de ces parallélogrammes, et des différents tirages : en accomplissant un travail phénoménal !

  Le timbre choisi pour ces débuts rotatifs est le 10 c. vert au type Semeuse, correspondant au tarif des imprimés, et identifié par la suite comme au type I B.
Pas facile à reconnaître d'ailleurs, ce type I B !...

  Très peu de feuilles sont connues de ces premiers tirages (mais toutes cependant visibles dans mon article de 2010) et leurs coins datés constituent donc un des fleurons de la collection.

Un rêve de philatéliste plus exactement, car je n'en avais jamais rencontré, depuis plus de 40 ans !

Le premier cylindre avait été dénommé A+A, et parfaitement décrit par le célèbre baron.
C'est donc bien qu'il en existe quelque part...

  Mais comme il ne faut jamais dire jamais, ne voilà t'il pas que j'en vois sortir deux d'un coup dans une vente de ce mois-ci !
Incredible ! ! !

  Deux blocs de 4 datés, non pas du premier, mais du second jour connu, le mardi 7 mars 1922.

Vous imaginez bien que je n'ai pas pu laisser passer ça, et vous êtes assez grand pour deviner où ils sont à présent.
Pour être certain de ne pas les louper, il me faut vous avouer que j'avais misé 25 fois le prix de départ... Heureusement que le vendeur était honnête, et pas du tout spécialiste en coins datés !...

Allez ! puisque vous êtes bien sages, je vous la montre, ma belle paire :

Une merveille !

  Mais qu'est-ce qu'ils ont bien pu trafiquer à l'atelier, à votre avis, entre ce fameux samedi 4 et le mardi suivant ?

Probablement des réglages, des bidouillages, des cafouillages, mais en tout cas, une chose est sûre, c'est qu'ils n'ont pas chômé !

La preuve en est, que quelques jours seulement ont suffi pour réussir à fabriquer un autre cylindre (qui sera nommé B+C), destiné à prendre la suite du tout premier.
C'est donc que A+A n'a servi que très peu de temps.

On pense que B+C a tourné jusqu'au 11 mars, mais son premier jour reste incertain, car comme vous pourrez le constater ci-dessous, le dateur n'était pas encore au top...
Le jour est toujours illisible, imprimé à cheval !


Probablement le 8 ou le 9 mars... ou bien le 5 (un dimanche), ou encore le 6 ???
Ce tirage B+C est rare lui aussi, mais bien moins que le précédent ! Voici d'ailleurs son dernier jour :


L'image étant un peu meilleure, vous pourrez apprécier au mieux une belle tache sur sa droite, et peut-être remarquer que le papier a un aspect strié en diagonale, visible sur tous ces blocs.
Et pareillement au verso :


C'est ce qui leur a souvent valu d'être qualifiés de timbres "sur papier X" dont la gomme est aussi striée, mais il est en réalité bien différent : à mon avis beaucoup plus épais et plus blanc.
Jusqu'aux premiers jours du tirage suivant (avec le cylindre D+D), on trouve ce papier strié, et c'est un bon moyen d'identifier à coup sûr le type I B.

Pour le plaisir des yeux, je vous remontre ici ce magnifique bas de feuille avec ses parallélogrammes, sa date à cheval, et son numéro rectifié à la main (feuille de remplacement), le tout en vert :

Je me souviens encore de l'avoir déniché sur le stand d'un marchand lors d'une expo à Lyon dans les années 80 : il le proposait à 500 francs, et comme j'étais jeune et que je discutais un peu le prix, il voulait absolument me le couper en deux pour que ce soit + abordable...

  Pour les vrais amateurs de coins datés, voici la description donnée par le baron De Vinck de ces 2 prestigieux premiers tirages de l'impression rotative :



1er A        H = 8. Uni. Le côté oblique de droite de l’élément de droite mesure 3.
2 A        H = 7 ¾. Uni. Le côté oblique de droite de l’élément de droite mesure 2.

Premier jour
Dernier jour
Chiffres
Presse
Tirage

4.3.22
24.3.22
I en vert
1
Nous ne connaissons que les dates 4, 7 et 24 de 3.22.
La date du 24 n’est connue qu’avec le chiffre 4 imprimé à sec.



B             H = 6 ¼. Bas un peu flou.
C             H = environ 5 ½. Bas un peu flou.

Premier jour
Dernier jour
Chiffres
Presse
Tirage

? .3.22
11.3.22
I en vert
1
La première date d’impression connue peut être
le 5 (Dimanche), le 6, le 8 ou le 9 : le chiffre du jour est  
figuré par deux moitiés de nombres successifs.


( H étant la hauteur des "losanges", mesurée en millimètres )


C'est là que j'ai besoin de votre avis, maintenant éclairé : 

De Vinck nous dit avoir vu la date du 24 mars pour le tirage A+A, mais avec le 4 imprimé à sec.
Moi, je n'en ai jamais vu!

Vous y croyez, vous, à cette date 24 mars ?
Moi, pas trop !

Pourquoi ces 16 jours sans utilisation, entre le 7 et le 24 ?

Pourquoi donc aurait-on ressorti le cylindre A+A que l'on avait abandonné au profit d'un tout nouveau B+C ?

Si B+C commence à tourner le 6, le 8 ou le 9, pourquoi donc aller rechercher A+A le 24 ?

Pour moi, c'est encore le dateur qui a déconné, ou bien c'est qu'on l'avait mal réglé : il devait s'agir de petites viroles, que l'on tournait chaque jour manuellement pour afficher et ensuite pouvoir imprimer la bonne date.

Ce 24 sans le 4 pourrait bien être un tout autre jour du début mars, avec une erreur...
Pourquoi pas le lundi 6, qui s'imprimait  - 6 ?
Si avec vos gros doigts, vous faites tourner par erreur la mauvaise virole de 2 crans, de le la position neutre " - " à la position  " 2 " (au lieu de faire tourner l'autre de 4 à 6) vous obtenez 24, dont le 4 pourra alors ne pas recevoir d'encre...
C'est une explication un peu fumeuse, qui vaut ce qu'elle vaut, mais qui expliquerait que la date du 6 ne soit pas connue, et qui correspondrait à 3 jours logiques de tirage : samedi 4 + lundi 6 + mardi 7 !

Errare humanum est !

Facile de se tromper ! Surtout lorsqu'on est un peu surmené. 

Et surtout si on a un peu trop fêté la veille avec ses collègues, la mise en route réussie de cette si belle machine !...

A la santé de Chambon !

Moi je dis que ce 24 sans le 4 ne tient pas debout : ce n'est pas logique !
Mais je peux me tromper aussi, bien entendu.

Et en plus, j'aimerais bien en avoir un sous les yeux un jour : à bon entendeur, salut !

Pour info, le cylindre suivant D+D, ne débutera que le 13 mai. Après quelques semaines de repos, et certainement de mures réflexions...

Il est vrai que l'on trouve plus facilement des coins datés de ce tirage, et encore plus du suivant D+E, jusqu'à la fin de l'année, ce qui est un argument assez fort pour considérer les 2 premiers tirages comme des essais.



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