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lundi 4 janvier 2016

Vraiment vraiment rare !


  En philatélie, nous sommes tous amenés assez souvent (trop souvent peut-être ?) à utiliser, entendre ou bien lire le mot "rare" et c'est probablement le cas de tous ceux qui collectionnent quelque chose. Quand ce n'est pas rarissime, ou RRR !

  Le souci, c'est que la notion de rareté est des plus subjectives !

   A mon avis, le désintérêt progressif dont la philatélie est victime vient en grande partie de là : on a fait croire, et on croit souvent collectionner des choses rares, alors que plus on avance, plus on cherche, plus on trouve, plus on s'y connait, plus on s'aperçoit qu'il n'en est rien !
   On se retrouve vite déçu. On a l'impression de s'être fait pigeonner. Alors on abandonne, et on se tourne vers autre chose. Mais NON : ce n'est pas la bonne réaction !
Il faut persévérer, s'acharner, s'obstiner à construire une jolie collection, intelligemment bâtie, savoir la remanier, jusqu'à ce qu'elle devienne un sujet de satisfaction de tous les jours, qui sache vous faire oublier ce qu'elle vous a coûté comme temps libre, et accessoirement comme argent.
Alors vous obtiendrez un plaisir rare, que j'aimerais vous faire partager ici.

  * Il y a la rareté du marchand qui essaie de nous vendre au mieux ce qu'il a en magasin. Tellement rare qu'en 50 ans de métier, il n'a jamais vu une chose pareille (sic). La plupart du temps, il s'agit en fait de timbres chers, mais pas rares du tout : et tous les marchands en ont, essayant de les vendre au mieux... Un 50 F. burelé, ou un Minéraline, par exemple.

Il est vrai que beaucoup de négociants peuvent très bien passer leur vie à vendre et acheter des timbres, sans jamais rencontrer la moindre pièce rare. Ou bien en croiser de temps en temps, mais sans savoir les reconnaître ! Ce qui peut être parfois intéressant pour nous d'ailleurs...
C'est également le cas de pas mal de collectionneurs, me direz-vous...

   Acquérir les compétences nécessaires est évidemment un préalable indispensable pour pouvoir bien cerner son sujet. Et pour pouvoir parler de rareté donc.
Nous, philatélistes, avons la chance de disposer d'une importante documentation destinée à nous aider dans notre collection. Encore faut-il se donner la peine de se la procurer et de savoir la lire, parfois entre les lignes !
  Ajoutez-y quelques années d'expérience, de belles rencontres, quelques sites sympas sur internet pour partager les informations, et vous aurez tout ce qu'il vous faut pour devenir un collectionneur éclairé. Ce que j'espère être devenu au fil des ans.

  * Ensuite il y a la rareté du collectionneur hyper spécialisé, qui passe son temps, une loupe à la main, à la recherche d'une minuscule anomalie, tellement insignifiante que personne avant lui ne l'avait repérée, et qu'il pense du coup être d'une rareté exceptionnelle. Certes, il parviendra à réunir une collection intéressante, mais que trop peu de gens sauront apprécier, et il risque de se décourager.   Mais n'oublions pas que de grands "chercheurs" en philatélie ont ainsi fait des découvertes capitales, avec leur loupe, sans lesquelles notre collection serait aujourd'hui bien moins palpitante.
Je pense par exemple à Pierre de Lizeray, dont les études sont absolument remarquables et ne cessent de m'émerveiller.

  * Il y a aussi la rareté que tout philatéliste spécialisé un peu avancé souhaite se procurer afin de la mettre en bonne place dans ses albums, ou bien l'exposer officiellement à la recherche d'une médaille. En général, l'obtenir n'est qu'une question de budget, et de temps : si vous êtes chanceux, un grand négociant vous la fournira un jour contre un joli chèque, et vous en serez aussi heureux que lui.
Ça m'est arrivé souvent et je ne le regrette pas, mais beaucoup d'autres amateurs pourront faire comme vous, ce qui est un peu déprimant aussi.
Beaucoup de nos chers carnets de timbres entrent dans cette catégorie, je peux vous l'assurer. Mais le fameux 1 F. vermillon aussi : le timbre le plus cher de France, en réalité moins rare et souvent bien plus facile à trouver que beaucoup d'autres timbres...

  * Enfin, il y a les vraies raretés : des pièces parfois introuvables, dont les amateurs connaissent l'existence, que certains affirment même avoir croisées il y a longtemps, mais qui ne sont plus réapparues depuis. Il se peut que l'on en ait vu une reproduction dans un livre, juste pour nous donner une folle envie de la dénicher un jour, et de pouvoir espérer la ranger un jour dans notre collection !
On en parle entre nous, entre connaisseurs, les yeux brillants de jalousie envers ceux qui ont la chance de la posséder ! Et on est heureux pour eux.
Certaines sont célèbres, répertoriées, cataloguées, photographiées. On sait combien il en existe. Ou on pense le savoir. Les grands collectionneurs se les disputent lors de ventes exceptionnelles. Certains musées les exposent. Musées que personne ne visite...

  * Quelques pièces uniques, comme le fameux "one cent magenta" de Guyane britannique, représentent le sommet de cette pyramide artificielle des raretés mondiales. On ne sait même plus à qui il appartient. Dix millions d'euros, ou de dollars ?  Il est même allé se promener sur la Riviera début décembre. A moins qu'il n'ait choisi Monaco pour échapper au fisc...

   Mais en prenant son temps, en fouillant bien à la base de cette pyramide, tel Howard Carter face à la porte du tombeau de Toutankhamon, on peut tout à fait trouver à des prix presque abordables, de très jolis timbres, souvent des variétés, pareillement uniques, ou vraiment rares, dont le collectionneur averti saura s'enorgueillir, et qui enrichiront sa collection.

Tel est le cas de notre dernier coup de cœur :



  Il s'agit d'un bloc issu d'un carnet de 20 timbres (sa moitié de gauche plus exactement) : le carnet Yvert 199 C 71. Il a été imprimé en typographie rotative, comme vous le prouve le numéro situé en haut à gauche. Et les timbres sont au type II A.
  Il date de décembre 1931, et présente la particularité, la variété dite "impression sur raccord" et elle est vraiment exceptionnelle pour un carnet !
La bobine de papier était raboutée juste à ce niveau, avant l'impression.

  A ma connaissance, il n'existe qu'un nombre très limité de carnets imprimés sur raccord, et au type Semeuse, je n'en n'ai jamais vu de complet, JAMAIS !

  Ce bloc est le premier que je rencontre. Et je n'ai pas pu le laisser passer, vous vous en doutez !...

  En bas sur la gauche, le manque d'impression est très vraisemblablement dû à un morceau de papier appelé "sonnette" (qui a hélas été retiré depuis) initialement collé à cheval sur le recto et le verso, en bordure de bobine. Nous en avions déjà parlé et montré un exemple sur une feuille dans un article précédent de janvier 2015.

  Le but était précisément de signaler aux employés de l'atelier de fabrication des timbres la zone de raccord du papier, zone particulièrement fragile. D'ailleurs, grâce à cette sonnette, la carnet qui s'est retrouvé imprimé juste à ce niveau, aurait dû être facilement repéré, et considéré comme un rebut.
A surtout ne pas mettre en circulation : à jeter !

Heureusement pour nous, celui-ci n'a pas été détruit, et a pu arriver jusqu'à notre collection ! OUF !

  J'avais déjà un exemplaire isolé, provenant d'un autre carnet, mais au type IV, présentant la même variété, mais bien moins spectaculaire :



   Ce qui fait deux impressions sur raccords, issus de carnets au type Semeuse, mais deux seulement en plus de 40 ans de collection !  Vraiment rare donc !

   Merci à ceux d'entre vous qui auraient repéré de telles variétés, de bien vouloir nous les montrer ou nous les signaler... Je sais qu'il en existe pour d'autres carnets que ceux au type Semeuse.
Pas moins rares à mon avis !

  En revanche, le même timbre, toujours au type II A, mais imprimé en feuilles, existe lui aussi sur raccord, mais il est bien moins rare, le tirage des feuilles étant bien supérieur à celui des carnets :
Celle-ci date de 1926 par exemple :

Mais un aussi joli raccord est vraiment, vraiment rare !

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