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mardi 16 avril 2019

Séparer le bon grain de l'ivraie


  Certes, je connaissais l'expression, mais j'avoue que comme beaucoup de citadins, je serais bien incapable de reconnaître l'ivraie dans un champ, si j'en croisais  un jour.

  Du coup je sollicite mon ami Google, et je comprends tout de suite mieux que l'on puisse confondre ces mauvaises herbes avec du blé... de loin !

Résultat de recherche d'images pour "ivraie"

    Mais vous le saviez, vous, qu'il s'agissait d'un passage du Nouveau Testament ?
Et que c'est de là que vient le mot ivresse ?
Non ? Alors instruisez-vous, et méditez sur ce qui suit :

L'ivraie est une graminée sauvage et nuisible censée provoquer une sorte d'ivresse (le mot dérive indirectement du latin populaire 'ebriacus' qui signifiait 'ivresse'). Au début de sa pousse, son aspect est assez peu différent de celui du blé au milieu duquel elle peut croître.

On comprend alors que, selon Matthieu, Jésus ait pu désigner l'ivraie comme le symbole des méchants, car c'est bien là une "mauvaise graine".

Dans cette parabole, alors qu'un ennemi a semé de l'ivraie dans un champ de blé, le maître dit à ses serviteurs de ne surtout pas chercher à l'enlever tant que la moisson n'est pas prête, sinon ils risqueraient d'arracher également le bon grain.
Il leur demande donc d'attendre le bon moment, de ramasser alors l'ivraie pour la faire brûler puis de moissonner le blé pour le ranger dans le grenier.

Lorsque Jésus, à leur demande, explique à ses disciples le sens de cette parabole, il leur explique que :
  • Le champ représente le monde ;
  • Celui qui sème le blé est le Fils de l'homme (Jésus lui-même) ;
  • Les bons grains sont les sujets du Royaume ;
  • L'ivraie représente les sujets du Mauvais ;
  • Celui qui la sème est le Diable ;
  • La moisson, c'est la fin du monde ;
  • Les moissonneurs sont les anges.
Ainsi, les bons et les méchants sont condamnés à vivre ensemble, mais au moment du Jugement Dernier, le Fils de l'homme enverra ses anges qui élimineront tous les méchants pour les jeter dans la fournaise ardente (l'enfer), alors que les justes iront dans le Royaume des cieux (le paradis). 
  
*****

   En philatélie, et surtout depuis quelques années avec l'envahissement d'internet, on aurait plutôt tendance à chercher péniblement le bon grain au milieu de l'ivraie, tellement les mauvaises herbes foisonnent !  Même les grandes maisons de vente parisiennes se laissent envahir par des timbres faux, truqués, bidouillés etc... C'est désespérant !

  Un ami, de passage vers Drouot hier, a eu la joie (au second degré !), d'y rencontrer ce superbe carnet, pour le moins spectaculaire :



  S'il est vrai que l'on rencontre parfois des carnets dont la découpe laisse à désirer, jamais un tel décalage n'aurait été accepté par l'administration !
Les pubs se retrouvant au milieu des timbres, au lieu de l'inverse !

*****

On voit assez souvent des décalages plus ou moins marqués de quelques millimètres, à l'origine de ce que l'on appelle des "carnets avec doubles pubs", lorsque les 2 publicités des marges sup et inf se retrouvent du même coté, comme sur cet exemple :


 On atteint en revanche rarement un décalage assez important pour que toute la pub vienne à disparaître d'un coté, comme sur celui-ci :


Et il est franchement exceptionnel de voir un cas comme ce dernier, où les timbres se retrouvent en partie amputés, littéralement coupés en deux par cette découpe pour le moins hasardeuse :


Sapristi !...

  Vous imaginez la tête qu'a dû faire l'utilisateur qui avait acheté ce carnet à la poste en 1926 ?
Il a dû se sentir un peu floué par l'administration : difficile en effet d'espérer affranchir une lettre avec ces Semeuses amputées. 

Mais il a bien fait de le conserver intact,
pour notre plus grande joie de collectionneur !
Car celui-ci est parfaitement authentique.
Et assez spectaculaire !

*****

  Si on le compare avec son homologue honteusement bidouillé par un MAUVAIS GÉNIE, on s'apercevra que l'agrafage a bien été fait au bon endroit (plus ou moins à la hauteur de l'intervalle entre les 2 rangées de 10 timbres), mais que c'est la découpe qui a été fortement décalée, de plus d'un centimètre. 

Une feuille de 6 carnets était en effet agrafée dans une feuille de 6 couvertures, avant que n'intervienne la découpe.

   Alors que sur le faux, puisqu'il faut bien l'appeler ainsi, l'agrafe a été placée à la hauteur des pubs, ce qui est absolument impossible. Impensable même ! C'est bien la preuve qu'il s'agit de l'agrafage d'un bloc de timbres sur une couverture déjà découpée.

En fait, un petit malin s'est servi d'un fragment d'une feuille 
(d'ailleurs assez rare) destinée à la fabrication des carnets, 
comme celle-ci :



pour en découper 20 timbres soit 2 rangées de 10, séparées par les 2 pubs.

Puis il a agrafé le bloc dans une couverture, malicieusement recyclée.
Et hop ! le tour était joué !

Abracadabrantesque ! 
Comme le disait si bien Jacques Chirac à propos 
des accusations de financement occulte du RPR.
Un fin connaisseur en matière d'ivraie !

C'est vrai qu'en politique comme en philatélie, il faut savoir faire le tri, et ne pas mélanger les serviettes et les torchons ! Mais je m'arrête là puisque j'apprends par la même occasion, que cette dernière expression signifie plutôt « ne pas mélanger les classes sociales », les nobles utilisant des serviettes de table, et les domestiques des torchons.


dimanche 14 avril 2019

Pasteur et Semeuse combattant la diphtérie


  Au début du XXème siècle, les enfants mouraient encore de cette maladie infectieuse redoutable !

  Celles-ci s'attaque aux amygdales dont la taille peut alors augmenter jusqu'à obstruer les voies aériennes supérieures, et entraîner un étouffement !

La découverte du microbe responsable de cette grosse angine avait permis quelques années plus tôt la mise au point d'un sérum efficace. Vous le connaissez tous encore de nos jours, puisqu'il représente la lettre D du célèbre DTPolio, vaccin heureusement devenu obligatoire dans nos pays civilisés.


  Les deux petites boîtes ci-dessous ayant circulé par la poste affranchies avec notre chère Semeuse, sont le témoin émouvant des débuts de la lutte contre cette maladie dans le sud-ouest de la France :



  Certainement ont-elles été retrouvées un jour au fond d'un placard ou d'un tiroir de la mairie de ce charmant petit village des Pyrénées Orientales, pour se retrouver dans une vente d'objets philatéliques (lors de laquelle je n'ai pu que les voir passer, hélas !).


  Une annexe de Montpellier de l'Institut Pasteur mettait ainsi régulièrement à la disposition de la population quelques doses de ce très efficace sérum, que la mairie était chargée de stocker. 
Les flacons venant logiquement à se périmer, ils étaient ensuite renouvelés, et les anciens devaient être retournés à l'Institut. 
  Astucieusement, il suffisait de retourner l'étiquette de la boîte pour la renvoyer à la bonne adresse (ce qui n'a jamais été fait pour ces deux-là).


  Vous me direz que ce n'est pas la première fois que l'on retrouve de telles petites boîtes envoyées par la poste, datant de cette époque. Mais là où cela devient vraiment extraordinaire, c'est lorsque l'on prend la peine de les ouvrir...

  A l'intérieur de la boîte en carton, on trouve une deuxième boîte en bois avec 3 compartiments creusés, dans lesquels se trouvent bien protégés les 3 flacons de vaccin.



  Au verso de la boîte en carton, une étiquette de l'Institut Pasteur de Montpellier / Institut Bouisson-Bertrand, explique que ces 3 sérums anti diphtériques sont délivrés gratuitement par l'Assistance Publique, et sont adressés aux maires, qui les tiendront à la disposition des médecins.


  On ne peut que s'émerveiller devant les soins apportés à ces précieux petits flacons par les employés de cette mairie, pour qu'ils parviennent jusqu'à nous après plus d'un siècle ! 

Moi je dis que ça mériterait bien une médaille...

...à moins qu'ils ne faille plutôt leur décerner un blâme 
pour avoir oublié de les retourner au laboratoire !




samedi 30 mars 2019

5, 10, 25 centimes : Vive la pub et la ristourne !


  Nous avions vu ici en novembre dernier grâce aux superbes et rares "Ltre à 5 cmes" que la publicité, même si elle était un peu envahissante, pouvait vers 1912-1913 vous faire économiser la moitié du tarif d'affranchissement de votre courrier, soit la somme de 5 centimes !
Un sou est un sou...

  Pas de quoi se la prendre et se la mordre certes, mais qui se plaindrait aujourd'hui de pouvoir payer moins cher son timbre ? Surtout si les annonceurs actuels avaient la même imagination que ceux de l'époque de notre Semeuse !

*****

  Sur le même principe, fin 1922, le syndicat d'initiative de Reims (et des environs !) avait trouvé l'occasion de justifier son nom, en mettant à la disposition de ses visiteurs une magnifique et très astucieuse "Enveloppe-Journal", qu'il avait même fait breveter :


Cette fois-ci, vous voyez que l'enveloppe en question offrait une ristourne 
de 40 % sur le tarif du courrier, soit 10 centimes d'économie !

  En achetant cette enveloppe, on ne vous offrait ni le papier à lettre, ni un buvard, ni le porte-plume comme en 1912... Il s'agit d'une enveloppe qui pourrait paraître banale au premier abord, vierge de tout texte publicitaire, et pré affranchie avec un 25 c. bleu représentant le tarif de la lettre pour l'intérieur :


Quel philatéliste pourrait bien s'intéresser à elle près d'un siècle plus tard ?
Réponse : moi, of course !
Celle-ci a circulé de Sillery à Tours sur Marne, dans les environs de Reims.

Mais, c'est en la dépliant que l'on comprend mieux pourquoi 
on lui a donné le nom d'Enveloppe-Journal :



    Là encore, les publicités sont un peu envahissantes, vantant sans modération les bienfaits du Champagne de marques encore célèbres de nos jours : Pommery, Roederer et Veuve Cliquot Ponsardin. Le texte et les photos proposent aux lecteurs un parcours touristique intéressant, et pas seulement dans les caves !...


Ces enveloppes semblent être devenues assez rares de nos jours, même si elles sont bien moins prestigieuses que celles qui les ont précédé 10 ans plus tôt. Il est vrai que leur grand format rendait difficile leur conservation dans de bonnes conditions. De plus, le courrier étant librement inséré à l'intérieur, le destinataire n'avait que peu de raisons de conserver l'enveloppe.
J'en ai cependant croisé une autre similaire, ayant elle aussi circulé en novembre 1922, mais à Paris.

  On remarquera, que le syndicat d'initiative n'avait pas choisi, lui,
de perforer le timbre afin d'éviter qu'un petit malin ne le décolle
et ne puisse s'en servir sur un autre support !

*****

    Quelques années plus tard à Marseille, probablement en 1927, un autre brevet était déposé pour une carte-lettre affranchie avec un 50 c. rouge Semeuse lignée (perforé cette fois-ci), et assez pompeusement baptisée la "Lettre Touristique Mondiale" :


Elle était vendue à un prix attractif, 
permettant donc une économie de 25 centimes !



Là encore, le meilleur est à l'intérieur, sous la forme d'un dépliant
publicitaire recto-verso attaché à la carte lettre,
elle aussi recouverte d'annonces :




Ne me demandez pas pourquoi toutes ces annonces ne concernent
que des villes du Nord de la France, et principalement Valenciennes. 
Peut-être un nordiste venu créer son entreprise à Marseille ?
Bienvenue aux ch'tis !


Visiblement, il n'a pas pu s'acclimater, le ch'ti,
à notre soleil méditerranéen...
Son voisin de la rue Daumier en parlait ainsi à sa concierge :
"Peuchère ! il a dû prendre un coup de chaud sur le cabestron,
et à coup sûr il est mort, fada !"

Son entreprise en tout cas, n'a pas dû être bien florissante au vu de la rareté extrême de ces lettres aujourd'hui... On en connait bien un autre modèle d'une autre série, toujours illustré de publicités nordistes (deux exemplaires), et un autre oblitéré ayant servi, mais ça n'en fait pas bézef !


Si jamais vous en voyez passer, MERCI de me faire signe,
je les rapatrierais volontiers sur Marseille !...

Pour les spécialistes, la Semeuse en question est au type III, 
celui des roulettes rotatives, ce qui ne gâche rien à l'affaire :

Perforation LTM

Et voici un timbre détaché, qui m'a fait dire
que ces cartes-lettres datent de 1927 :
Mais je peux me tromper...
N'hésitez pas à me contredire !

Si par miracle, l'un d'entre vous parvenait à déchiffrer la ville de ce cachet,
je lui offrirais volontiers un Pastis en terrasse. Promis !



dimanche 10 mars 2019

Le poète était radin !



  On a beau s'appeler Guillaume Albert Vladimir Alexandre Apollinaire de Kostrowitzky et être plus célèbre sous le nom de Guillaume Apollinaire, habiter avec son épouse au numéro 202 du boulevard Saint Germain, un joli appartement avec une terrasse sympa donnant sur les toits de Paris, il n'empêche qu'en ces temps de guerre, un sou est un sou !

  Pour un écrivain, on imagine que les restrictions et les difficultés pour se fournir en papier de bonne qualité devaient être un vrai cauchemar de tous les jours ! Tout était bon pour ne pas gaspiller ce précieux outil de travail.

Alors, quoi de plus naturel que de recycler le courrier adressé par votre éditeur ?

  C'est la solution pratique et économique qui a été utilisée par le poète en mars 1918, ce qui nous permet de découvrir une banale Semeuse bleue collée sur une vilaine enveloppe, pourtant devenue une pièce de grande valeur aujourd'hui :
  
(en vente à Drouot le 3 avril prochain)

  On voit que l'enveloppe qu'il avait reçue provenant de Mercure de France lui a servi de support, même au recto, pour écrire par dessus son nom et son adresse. Pas la moindre place perdue !
Du coup, on a du mal à y déchiffrer son nom et son adresse :


  Mais ils vont être nombreux, un siècle plus tard, à se disputer ce manuscrit bientôt mis aux enchères, estimé 8000 euros !

  Comme quoi nul n'est besoin d'être philatéliste pour dépenser des fortunes en achetant une lettre affranchie avec une Semeuse !

*****

  J'ai cherché sur Google une citation qui aurait pu illustrer mon propos, venant de cet illustre Guillaume dont je connais assez peu l'oeuvre, mais hélas sans succès.
Je n'ai trouvé que celle-ci qui m'a bien plu malgré tout :

“Il vaut mieux être cocu qu'aveugle. Au moins, on voit les confrères.”


jeudi 28 février 2019

Mises en boîtes


  Tous les philatélistes connaissent et utilisent le terme de roulettes pour désigner ces bandes verticales de timbres que la poste fabriquait tout spécialement afin d'alimenter les distributeurs automatiques qu'elle mettait à la disposition de ses clients.

  Il suffisait à ces derniers d'introduire dans une machine une ou des pièces de monnaie pour recevoir en échange le nombre voulu de timbres, sans avoir à faire la queue aux guichets souvent embouteillés des bureaux de poste.

Et pour alimenter ces appareils, il fallait fabriquer des "roulettes" ou bandes de plusieurs centaines de timbres, enroulées autour d'un petit cylindre de carton.

Si vous n'en avez jamais vu, vous êtes en droit de vous demander pourquoi ces bandes avaient été ainsi nommées...

  Après avoir vu cette photo, vous ne vous poserez plus la question !

  Pour plus de détails concernant leur fabrication, leurs critères de reconnaissance et leurs présentations, je vous conseille d'aller visiter et apprécier le site d'un grand collectionneur spécialisé et passionné, en cliquant sur le lien suivant :

Une mine incroyable d'informations et d'illustrations à la portée de tous !

*****

  Les philatélistes ont pris l'habitude pour des raisons pratiques de rangement dans leurs albums, de les collectionner sous la forme de bandes verticales de 6 ou 11 timbres, ce qui explique que beaucoup ont été débitées ainsi.
Cette présentation permettait de prouver leur origine sans contestation aucune, car il était impossible d'obtenir à partir des feuilles dites normales, des bandes de plus de 5 timbres pour les impressions à plat, ou de 10 pour les impressions rotatives.

*****

   Ces roulettes étaient parfois également mises à la disposition de certains gros clients (généralement des entreprises ayant à un important courrier à affranchir pour leurs clients) qui disposaient de petits distributeurs automatiques de fabrication privée que l'on pouvait alimenter avec ces mêmes bobines.

Elles leur étaient alors vendues dans de jolies petites boîtes de carton, après avoir été protégées par une bande de garde enroulée autour de la bobine.
Une autre même bande de garde servait à fermer la boîte, permettant d'en identifier le contenu.


Celle-ci a ainsi contenu une bande de 600 timbres
 au type Semeuse 10 c. rouge YT 138.

*****


Celle-là au type Semeuse 25 c. bleu YT 140.
Avec la bande de garde correspondante :


 *****


Cette autre au type Semeuse lignée 50 c. bleu YT 161.
Avec la bande de garde correspondante :


*****


Et cette dernière, plus grande pour 1200 timbres, démontée et mise à plat pour une expo,
au type Semeuse 5 c. orange YT 158.

Avec la bande de garde qui va avec :


*****

Croyez-moi, ces boîtes ne courent pas les rues, ni les collections ! 
Et d'ailleurs, si vous en croisez une, faites-moi signe S.V.P. car cela m'intéresse...


  Lorsqu'on a la chance d'en trouver, miraculeusement parvenues intactes jusqu'à nous, elles sont le plus souvent vides, mais parfois, il peut rester à l'intérieur une partie ou même la totalité des timbres, comme pour ces deux dernières du 50 c. bleu :



Quant à celle-ci du même timbre, j'ignore si elle était vide ou pas :




  A ma connaissance, pour le type Semeuse, on ne connait d'autre boîte que pour le 10 c. vert imprimé en rotatif, mais je peux me tromper.

N'hésitez surtout pas à me contredire si vous en connaissez, d'autres !...

Je me contenterai même des images !



dimanche 3 février 2019

Trouvaille !


  En terme de découverte fortuite, difficile de faire mieux que Christophe Colomb, même après plus de cinq siècles !
Wikipédia (qui nous apprend toujours des trucs pas possibles) nous la raconte :


Le 12 octobre 1492 à deux heures du matin, après une traversée quasi parfaite, un marin de la Pinta, Rodrigo de Triana, annonce que la terre est en vue ; attendant le lever du jour pour pouvoir accoster, les vaisseaux restent prudemment à deux heures des côtes.
Dans la matinée, Colomb et les frères Pinzon prennent place dans une barque. Croyant être dans l'archipel nippon sur la route des Indes, le navigateur fait enregistrer la prise de possession de l'îlot pour le compte du roi d'Espagne par le notaire qui les accompagne. 
Il le baptise du nom du Christ : San Salvador, et s'en fait nommer vice-roi et gouverneur général.

La première rencontre avec les indigènes — que Colomb nomme « Indiens » car il pense avoir atteint les Indes orientales — est encore pacifique. Ceux-ci lui apportent du coton, des perroquets et d'autres objets. L'interprète que le navigateur avait embarqué à son bord n'est pas d'une grande utilité…

Lors de ce premier contact, avec force gestes, répétitions et quiproquos, les « Indiens » indiquent — ou les Espagnols comprennent — que de l'or se trouve en quantité importante sur une grande île au sud-est, habitée par des populations d'anthropophages qui leur sont hostiles.

  Il était en réalité arrivé aux Bahamas. Ce n’est que 6 ans plus tard, lors d’un troisième voyage qu’il atteindra le continent américain, en accostant au futur Venezuela, toujours persuadé d'être aux Indes.
Et il mourra en 1506, heureux homme, sans que personne ne soit jamais venu le contredire ni lui gâcher son plaisir !

 *****

  Si vous vous lancez un jour dans la collection des carnets de timbres de France, ce que je vous conseille vivement, vous avez de grandes chances de tomber un jour sur de véritables merveilles capables de rivaliser avec les perroquets offerts à cet explorateur, ou avec les ors des anthropophages !
Il s'agit d'une immense et magnifique collection, dont la diversité n'a d'égale que sa richesse en raretés, et en trouvailles potentielles...

  Si, comme moi, vous restreignez votre champ d'investigations au type Semeuse, et si vous débutez avec un budget modeste, vous ne pourrez pas passer à côté de nos Bahamas à nous, philatélistes sur la route des merveilleux carnets publicitaires . Vous trouverez facilement sur votre route ce carnet du 50 centimes rouge Semeuse lignée :

Yvert 199 C 48 et Maury Cérès Spink n°124

  Certes, ce n'est pas le plus sexy : aucune publicité, ni sur les marges, ni sur la couverture qui ne nous montre que des renseignements postaux. Il ne vaut pas trop cher. Mais ne le négligez pas cependant !
Amusez-vous notamment à en chercher un morceau ayant servi pour affranchir du courrier d'époque au tarif, et vous verrez vite qu'il n'est pas si courant que ça !

  Il date de la fin de 1928. Les timbres sont au type IV. Le feuillet des timbres est collé à la couverture en son milieu, et non plus agrafé. Ses marges blanches portent parfois un numéro à 5 chiffres sur la gauche. Il était imprimé en typographie rotative. Un tour de cylindre donnait 8 carnets, dont 2 étaient numérotés. 

En cherchant un peu, vous apprendrez que c'est le tout premier carnet rotatif, et vous vous étonnerez certainement de sa mise au point tardive par rapport aux feuilles pour la vente ou pour la confection des roulettes, qui ont été imprimées sur rotatives bien avant : 1922 et 1923 respectivement.

Vous serez surpris aussi de constater que la publicité avait envahi avec un grand succès tous les carnets imprimés à plat depuis de nombreuses années. Alors pourquoi pas celui-ci ?

Et vous vous demanderez comme moi pourquoi on a jugé bon de ressortir du fond des tiroirs de l'atelier de fabrication ce vieux type démodé de couverture, dite couverture postale.
Un peu du même modèle que celles qui avaient été utilisées pour les tout premiers carnets. Ceux du 130, du 137, du 140 ou du 158 pour les connaisseurs, tous imprimés à plat et sans pub.

Une couverture en particulier nous y fait penser :
Bande colorée striée sur la gauche

Elle contenait 40 timbres à 15 centimes, et pour ne pas la confondre avec celle des carnets de 20, on avait choisi de la différencier en la bariolant un peu ! Voici celle des carnets de 20 :
Bande colorée unie sur la gauche

*****

  Ne me demandez pas pourquoi le carnet qui nous intéresse 199 C 48 est ainsi bariolé, je l'ignore, mais ce que je sais, c'est qu'il en existe une version bien plus rare...
Le feuillet de timbres qu'il renferme est le même, mais sa couverture n'est pas du tout bariolée !
On pense qu'il s'agit d'un essai : 

On n'en connait qu'un exemplaire !
Tout rouge au milieu, lui.

 En y regardant mieux, en dehors de cette bande rouge, la couverture de cet "essai" rare diffère à peine de celle qui sera commercialisée, au niveau du texte de la page 4 :

Les flèches noires vous montrent ces différences.

*****

  On connait également ce carnet au type IV sans pub avec une annulation par le cachet ondulé violet de l'Agence comptable des timbres-poste :

Celui-ci est daté du 5 décembre 1928.

  On pense que les carnets ainsi annulés étaient destinés à être montrés en exemple et probablement offerts aux différents annonceurs susceptibles de vouloir y faire figurer de la publicité.

  Dans un premier temps, ce carnet au type IV ne sera commercialisé qu'avec des couvertures publicitaires : séries 161 - 167 - 168 - 169, puis les pubs firent leur apparition, mais c'est une autre histoire.

*****

  Ce qui a motivé la rédaction de cet article, et l'analogie avec la découverte de Christophe Colomb, c'est la trouvaille d'un exemplaire de ce carnet dont la couverture est imprimée en NOIR !

Personne ne l'avait jamais remarqué !

Sa couverture est parfaitement identique  à celle de l'essai en rouge, 
mis à part le fait qu'elle est un peu moins large et que 
le feuillet des timbres dépasse légèrement sur les côtés.


  Il est fort probable que le matériel pour l’impression rotative des couvertures et la confection automatisée des carnets n’était pas encore au point, et que l’on a dû faire avec les moyens du bord et des couvertures imprimées à plat, dans lesquelles on a collé les nouveaux feuillets de timbres rotatifs. Ceci peut tout à fait expliquer ces petites différences de format. Je ne peux pas croire que l’on ait créé un cylindre pour reproduire ce qui était fait à plat plusieurs années auparavant !

*****

  Imaginez à présent une vente sur offres traditionnellement orientée plutôt vers la période des timbres dits classiques. Pas trop vers les semi-modernes, et encore moins les carnets...

  Choisissez un expert qui ne s'intéresse pas franchement à ces deux dernières catégories, et qui choisit pour son catalogue une simple photographie en noir et blanc de ce carnet qu'il juge très commun...

  Admettons que le prix de départ soit fixé à la moitié de la cote du 199 C 48, ce qui ne fait que quelques dizaines d'euros, et qu'il n'y ait pas beaucoup d'amateurs pour enchérir sur ce "vilain" carnet que presque tous les collectionneurs possèdent déjà...

  Pour peu que la photo ne soit pas d'excellente qualité, qu'elle n'attire pas trop l'attention, et qu'il n'y ait que vous pour la regarder d'assez près, pour remarquer l'absence des bariolages montrés plus haut...

  Pour peu que vous ne le confondiez pas sur la photo avec un carnet du 15 centimes Semeuse lignée...

  Encore eut-il fallu que vous ayez eu vent de l'existence de son équivalent en rouge et des différences dans le texte de la couverture...

Alors vous enchérissez...
Vous mettez les voiles vers l'ouest, vous priez durant toute la traversée...
Logiquement, c'est vous qui l'avez...

Et vous voilà en Amérique !!!

  Vous êtes le plus heureux des philatélistes, content d'avoir fait un joli "chopin" : vous êtes le premier à poser le pied sur un nouveau continent, et à découvrir ce qui est vraisemblablement un autre essai de ce carnet pourtant si commun.

*****

Un grand MERCI à l'explorateur en question qui se reconnaîtra,
et qui m'a autorisé à divulguer ici sa découverte,
même si je l'ai un peu romancée ! 

Et MERCI également aux 2 collectionneurs propriétaires des autres rares carnets montrés ici. Tous sont membres de l'ACCP, dont je vous invite à parcourir le site en cliquant sur le lien qui suit !


Il y a pas mal de trésors à découvrir sur le site et son blog, beaucoup de sympathiques chercheurs d'or à rencontrer... à défaut d'y croiser des anthropophages !


mardi 15 janvier 2019

A la recherche de la plus rare de toutes !


  Je suis certain que tout philatéliste qui se respecte y a eu droit un jour ou l'autre, surtout s'il a pris le risque de parler de sa passion avec des non initiés.
Au bout d'un moment, vient inévitablement dans la conversation la question piège,
  THE QUESTION 
"C'est quoi le timbre le plus rare de ta collection ?"

Et la réponse demande toujours une certaine réflexion, même si l'on s'adresse à des connaisseurs d'ailleurs... Ce n'est pas forcément le plus cher, le plus beau, ni celui qu'on préfère, mais c'est celui qui fera toujours envie aux autres !

  Par définition, il ne peut y avoir plus rare qu'une pièce unique, et pourtant les collectionneurs qui en possèdent une dans leurs albums sont assez nombreux !
Que ce soit une variété particulièrement spectaculaire, une lettre avec une destination extraordinaire, ou une date improbable. Encore faut-il s'être lancé dans une collection spécialisée.

  Il parait-même (c'est ce qui se raconte) qu'un richissime timbré était parvenu dans le temps à acheter les deux seuls exemplaires connus d'un timbre exceptionnel, et qu'il en a volontairement détruit un des deux en y mettant le feu, afin d'être certain de devenir le seul à posséder LA pièce unique !

  Je n'en suis pas encore là, heureusement !... Mais si on me demandait encore aujourd'hui, après 45 ans de collection, quelle est LA Semeuse la plus rare, j'aurais du mal à être formel.


Cherchons parmi les plus chers :
Le 15 c. vert ligné de Cilicie surchargé POSTE PAR AVION est rarissime, mais sa raison d'être est un peu trop tirée par les cheveux pour en faire notre favori.

Le même 15 c. des roulettes au type VI est longtemps resté sur le podium en neuf , mais on en trouve assez facilement ces dernières années dans les ventes. Souvent décollés de leur support...

Le 30 c. orange pré-oblitéré POSTE FRANCE 1921 en bon état est assez exceptionnel, c'est vrai.
Il existe semble t'il un non émis de cette surcharge, sur le 30 c. rouge, encore plus rare, et qui serait un bon prétendant à la première position, mais c'est un non émis !

Le filigrane AUSSEDAT, dont nous avons déjà parlé, est sans aucun doute des plus rares, surtout pour le 5 c. vert (une pièce connue), mais c'est le papier qui en fait la rareté... Et en plus, il semblerait exister aussi pour le 15 c. vert ligné ! Ça c'est certainement la plus rare de toutes : mais hélas jamais vue, une chimère !

Un Minéraline ou un 1 f. 40 rose au tarif sur lettre ou carte postale, non philatélique, ça ce serait une chouette réponse à notre question ! Si ça existait...

C'est vrai que ça, c'est franchement beau...


...mais il y en a quatre, alors que nous, on n'en veut qu'une !

*****

Alors, j'ai choisi comme gagnante une Semeuse surchargée ALGERIE. 
Cela vous étonne ?
Lisez donc plutôt ce qui suit.

  Le 60 c. violet ligné est un timbre courant, imprimé en feuilles rotatives de 100, et surchargé pour servir de l'autre coté de la Méditerranée.
On en trouve même des feuilles entières, comme ces deux-là :



Elles ont la particularité d'avoir été imprimée le même jour,
et lors du même tour de cylindre, ce qui est rarement rencontré !
Leurs numéros situés en bas à gauche se suivent.
Joli, non ?



  Il faut croire qu'un beau jour, une des feuilles du 60 c. violet a été placée à l'envers lors de l'impression de la surcharge, qui était réalisée à plat, elle, ce qui nous a donné de rarissimes et spectaculaires surcharges renversées.
Normalement toute une feuille, donc 100 timbres, ont dû naître ainsi malformés.

Mais ce qui fait tout leur charme, c'est qu'au lieu de se retrouver dans les pinces des philatélistes de l'époque, ils ont été livrés aux guichets, en Algérie, comme si de rien n'était, et qu'ils furent donc utilisés sur le courrier local.
Ce qui leur a donné une légitimité indiscutable.

  On en connait très peu, parvenus jusqu'à nous, et toujours oblitérés. Moins de 7 selon certains spécialistes... Et aucun de neuf.
 Mais les spécialistes peuvent se tromper, et peut-être en découvrira t'on un neuf un jour, à moins qu'ils n'aient été détruits, qui sait ?

Il est en effet assez étonnant que cette variété soit si rare, s'il en a vraiment été vendu 100.
Possible que le guichetier se soit rendu compte de l'erreur, et que seuls quelques uns aient été vendus avant que le reste ne soit retiré de la vente.
Nul ne le sait !

Voici ceux que j'ai vu passer en vente, au fil des 3 ou 4 dernières décennies, en espérant qu'ils soient tous authentiques :


On devine petit à petit la ville sur le cachet oblitérant, toujours la même, 
ce qui prouve bien qu'un seul guichet avait été ainsi approvisionné...
CHA..
CHE..

La position de la surcharge varie en hauteur de quelques dixièmes de millimètre, ce qui est tout à fait normal et souvent rencontré, comme sur les feuilles dont la surcharge est à l'endroit.
CHEV...





Il s'agit de CHEVREUL, situé +/- 100 Km à l'ouest de Constantine.



Wikipedia nous apprend que la ville se nomme de nos jours Béni Aziz ou Ben Aziz. 
Fondée en 1898 à l'époque de la colonisation française, elle a été nommée Chevreul en l'honneur du chimiste français Michel-Eugène Chevreul. Elle s'est ensuite nommée Arbaoun jusqu'en 1984.


Au passage, on note l'année d'utilisation : au début de 1925.


Ce dernier exemplaire était jusqu'en 2011 attaché à un voisin !
Incroyable !
C'est bien le même !


La voici notre semeuse la plus rare : c'était sans aucun doute cette paire,
UNIQUE
 sauf qu'un inconscient (pour être poli)
a eu la fâcheuse idée de la couper en deux : funeste sacrilège !

La paire n'ayant jamais trouvé preneur, elle a été sacrifiée...
 (je l'ai connue à Philexfrance en 1999, proposée à 40000 francs).

Cela nous en fait déjà 12 !

Et de 13 puisqu'on connait aussi ce fragment, magnifique !



  Ces petites merveilles ont donc été égrenées une par une durant plus d'un mois dans un tout petit bureau de poste Algérien. Toutes ont parfaitement rempli leur mission d'affranchissement. Même là-bas, quelques unes sur les 100 ont fini par être repérées, et heureusement conservées pour de rares amateurs !


Mais voici pour finir la plus belle et la plus rare, vainqueur par K.O. de notre petit jeu de ce soir :

AND THE WINNER IS...


Médaille d'or incontestée, attribuée par un jury composé de moi-même.
Et de 14, pas une de plus !

Si elle n'existait pas, l'authenticité de ces jolies variétés resterait douteuse.
Superbe preuve que ces timbres surchargés à l'envers  ont bien été utilisés, 
loin de toutes les tentations des philatélistes de la métropole !
Elle porte en plus au dos un cachet d'arrivée.
Recommandée. Au bon tarif.
Presque trop belle !
Signée A. Brun.
Une merveille !

*****
Il paraît qu'il en existe une autre, mais je doute...
Peut-être fait-on référence à celle-ci ?


On voit ici que le bloc de 4, s'il est authentique 
(ce dont je doute également),
 ne provient pas de la même feuille, puisque la surcharge est à cheval,
 et pas du tout au même endroit !

Elle est oblitérée d'Alger et non plus de Chevreul. En 1926 semble t'il...
Tarif bidon. Oblitération douteuse elle aussi.

Tout comme ces exemplaires neufs :


L’appât du gain étant ce qu'il est, je penche pour une fausse surcharge,
 mais sinon ce serait elle LA Semeuse la plus rare !
Qu'en pensez-vous ?


L'exemplaire avec bord de feuille a certes été proposé par une maison de vente très respectable, mais je me méfie trop des surcharges pour les croire authentiques ces 6 derniers, même si je peux me tromper !

  Je m'en méfie d'ailleurs tellement, que je n'ai JAMAIS osé acheter une de ces superbes variétés, dont les prix ont varié au fil des ans entre 1500 et 2600 euros. Souvent, elles sont restées invendues, preuve qu'il n'y a pas que moi qui hésite, car leur rareté justifie totalement ces prix-là.


Je ne regrette que la paire, mais à l'époque il me fallait plusieurs mois
pour gagner 40000 francs !
Maintenant, c'est fichu : il n'en existe plus aucune !

En revanche, la lettre, j'en rêve encore parfois. Elle était si jolie !
Elle non plus n'a pas trouvé preneur, à 9000 euros...

Prions pour que jamais aucun malotru n'ait l'idée impardonnable
d'en décoller le timbre afin de pouvoir le vendre plus facilement...