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mardi 2 mars 2021

Verts !

 

  En 1913, un photographe de presse avait été admis au sein de l'atelier de fabrication des timbres-poste du 113 boulevard Brune à Paris, et nous a laissé un magnifique reportage témoignant des machines et du personnel qui donnaient naissance à notre chère Semeuse. 

Je vous avais montré ces images merveilleuses aux yeux de tout philatéliste il y a quelques années, mais l'auteur d'un article paru ce mois-ci dans Delcampe Magazine nous a aimablement fourni l'image suivante, de bien meilleure qualité.


La définition est étonnante pour l'époque, et nous surprend encore 
plus d'un siècle plus tard !

  On y voit de nombreuses femmes au travail, alignées le long d'un bureau situé à l'étage, en train de trier et comptabiliser des tas de feuilles tout juste imprimées. L'éclairage naturel vient de la verrière du toit alors que les machines sont juste en-dessous, au rez-de-chaussée :


  Au premier plan, même si le crane d'une dame nous en masque une partie, on peut voir des liasses entières de feuilles, et on reconnait bien celles destinées à la fabrication des carnets :

Et même les bobines de ficelle qui devaient réunir les liasses !

  L'impression se faisait sous la forme de grandes feuilles de 240 timbres, ensuite coupées en deux.

Feuille de 240 timbres, pour les carnets

  Les feuilles de 120 timbres obtenues étaient destinées à être agrafées par deux à une feuille de couvertures, le tout permettant d'obtenir après découpe, les 6 carnets de 40 timbres.

(ceci est un photo-montage)

  Pour l'impression des feuilles de ce format spécial pour carnets, il a suffi de supprimer trois rangées sur les planches imprimant les feuilles de 300 que je vous ai montrées dans mon article précédent. 

Par ailleurs, on remarque l'absence des millésimes, devenus obsolètes puisque c'est à leurs emplacements que vont se positionner les agrafes. Les bandes de couleur imprimées entre les panneaux de 50 ont également été supprimées puisque c'est à cet endroit que la découpe sera effectuée. Rappelons que leur raison d'être était d'éviter que des gens mal intentionnés puissent se servir de "timbres" qui seraient restés vierges de toute impression, dentelés et gommés, pour fabriquer des faux.

Carnet constitué

  Mais les connaisseurs sachant qu'à cette époque l'on imprimait aussi bien des carnets de 40 timbres à 5 c. que des carnets de 20 timbres à 10 c. (tous vendus ensuite 2 francs) doivent penser que sans la couleur il sera hélas à jamais impossible de trancher...

Et bien, non ! C'était sans compter sur le talent du photographe, sans la sensibilité de sa pellicule, sans la perfection de son objectif, et sans la technique d'aujourd'hui !

  L'informatique nous a facilement permis de faire un agrandissement important de l'image, et de remettre notre Semeuse la tête en l'air :


Je crois que l'on peut affirmer qu'il s'agit bien de celle à 5 c. 

Les timbres étaient donc verts !

  Bien entendu, aucune de ces feuilles ne devait échapper au découpage ni jamais sortir de l'atelier, et le comptage était aussi rigoureux que les contrôles. On ne plaisantait pas avec ça ! Les timbres-poste ayant toujours fait partie des valeurs fiduciaires.

*****

  Deux feuilles de ce timbre ont cependant réussi à se faufiler entre les mailles du filet (ce sont les deux seules connues), et sont devenues aujourd'hui des pièces de musée : une dentelée + une non dentelée. 

Mais cette dernière a fini sous la guillotine, séparée en deux blocs de 60, ce qui fait de la suivante une pièce unique que je vous laisse apprécier :

Imprimée le 7 mars (mais de quelle année ?) sur la presse 15
Les timbres sont au type II

  Peut-être même s'agit-il d'une de celles photographiées en 1913, qui sait ? 

Elle est en effet restée très longtemps dans la collection d'un notaire parisien de l'époque, célèbre collectionneur dont la notoriété lui avait peut-être permis de visiter lui aussi l'atelier, et pourquoi pas de se procurer sur place ces feuilles exceptionnelles ! 

Au passage, il en avait également pris deux du 10 c. rouge, dont la destinée fut la même : une non dentelée qui a été coupée en deux + une autre dentelée restée intacte, et tout aussi merveilleuse que la verte.

*****

  Vous remarquerez que cette présentation permet d'obtenir (si l'on est malveillant) 50 "timbres" vierges et tout prêts pour de putatives falsifications. 

Raison pour laquelle il ne fallait absolument JAMAIS que ces feuilles puissent sortir telles quelles de l'atelier, ce qui confirme leur caractère tout à fait exceptionnel !


samedi 27 février 2021

Faut le voir pour le croire !

 


  Pour ceux qui en doutaient encore et ceux qui l'ignoraient, notre Semeuse (ici en 1913) était imprimée sous la forme de grandes feuilles de 300 timbres.

Je ne sais pas pour vous, mais moi ça m'émeut de les voir ainsi empilées, bien rangées, et manipulées gracieusement par la main droite de cette femme dont la tâche est de les compter. C'était avant la première guerre mondiale, il y a plus d'un siècle donc.

  Depuis cette photo d'époque de l'atelier de fabrication où il y en a des milliers, personne n'en n'a jamais plus vu une seule ! 

Aucune, je vous dis !

Pour la simple et bonne raison qu'il fallait les couper en deux pour qu'elles puissent être perforées, et prendre la forme qu'on leur connait :

Feuille de 300, non dentelée +/- 45 cm x 49 cm
(jamais sortie entière de l'atelier)

Feuilles-vente de 150, dentelées
(celle de gauche avec sa grande marge à gauche,
et celle droite avec sa grande marge à droite)

  Rarement, lorsque la découpe n'était pas rigoureuse, on pouvait obtenir de bien belles pièces pour nous les collectionneurs :

On voit ici apparaître le début de la feuille-vente de droite
qui du coup n'a pu être dentelée. 
Quel gaspillage !

  Je ne pouvais pas résister au plaisir de vous montrer cette superbe photo, aimablement fournie par un correspondant que je remercie, et extraite d'un de ses articles que je vous conseille paru dans le dernier numéro de Delcampe Magazine, accessible gratuitement sur internet.

L'éclairage de l'atelier n'était pas très lumineux, et le temps de pose du photographe devait être suffisamment long pour capter le mouvement des feuilles. Du coup le visage de la dame est un peu flouté, mais notre Semeuse, elle, est bien reconnaissable ! 
Seule manque la couleur...



mardi 16 février 2021

Variété de la case 100

 

  Le collectionneur invétéré de coins datés que je suis (s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là, comme disait Victor Hugo) a eu de la chance cette fois-ci !

Je viens de trouver une variété constante présente dans certains d'entre eux du 25 c. bleu, mon timbre préféré, située à la dernière case en bas à droite de certaines feuilles :


Elle n'est pas bien grosse (comme disait Juliette Drouet au même Victor) mais bel et bien réelle. 

Et je peux même vous la grossir pour vous faire plaisir...


Ce petit défaut d'impression traduit un accident 
survenu sur un des galvanos de service : 
probablement un choc malencontreux, responsable 
d'un enfoncement du cylindre, 
et donc de l'absence d'encrage à ce niveau.


La preuve : on le retrouve sur un autre timbre de la même case imprimé le même jour :



Et, encore mieux, sur un autre imprimé 8 jours plus tôt !


  Il s'agit bien évidemment du même tirage et du même galvano (puisqu'il il ne peut en être autrement).

Vous pouvez le vérifier grâce à cette juxtaposition des trois :


Tous imprimés par le cylindre dénommé F + F et il s'agit du deuxième F, ressemblant fort au premier :

F             H = 5,  5,  4 ½ à 4 ¾. Uni. Bas rectiligne. Le bas du triangle remonte.

F             H = 5,  5,  5. Uni. Bas rectiligne. Le bas du triangle est horizontal.

 

Premier jour

Dernier jour

Chiffres

Presse

1er tirage

 

14.5.24

1.9.24

I

6

2e  tirage

 

28.10.24

---

I

6

  

Mais qui pourra nous dire si tout le tirage est ainsi ?

Ou bien s'il y a eu une réparation ?

Encore faudrait-il que les contrôleurs de l'atelier s'en soient aperçu...


  Et bien, figurez-vous que j'avais déjà dans ma collection les coins datés suivants, et que je n'avais rien remarqué avant ce soir :




  La variété est bien présente sur ceux des 28 mai, 17, 18, 20 et 23 juin, mais pas sur ceux des 22 mai, 28 juin et 20 août !

Cela signifie que non seulement ils avaient l'œil plus affuté que le mien, mais qu'en plus les ouvriers ont effectué une réparation, une retouche : et le défaut a été corrigé entre le 23 et le 28 juin !

Cela permet aussi de préciser que le défaut est apparu entre le 22 et le 28 mai, en cours de tirage donc, et qu'il a existé pendant environ un mois.

Extraordinaire découverte, non ?

Je n'en suis pas peu fier !

  En zoomant sur la zone en question des deux derniers blocs, on a vraiment du mal à deviner qu'il y a eu une réparation. pourtant, il y en a bien eu une : du travail d'artiste !


Ce n'est qu'en comparant avec les voisins qu'on s'aperçoit qu'il s'est passé quelque chose, surtout que maintenant on le sait  :




  Si jamais vous avez la chance de posséder ou de croiser 
d'autres coins datés de ce tirage, 
sortez vos lunettes ou votre loupe, regardez les biens, 
et merci de me contacter...


dimanche 31 janvier 2021

Quand on y pense...

 

(Demi) feuille imprimée le 29 décembre 1917

  Tous ceux qui me lisent doivent savoir ce que signifient les lettres GC que l'on trouve dans les marges du haut et du bas de beaucoup de feuilles de timbres imprimés pendant la première guerre : Grande Consommation, ce qui en soi ne veut pas dire grand chose !

Elles permettent entre 1916 et 1920 d'identifier un papier de moins bonne qualité que celui utilisé auparavant, moins raffiné et plus fragile. Sa fabrication étant plus économique en ces temps difficiles. 

Le but était d'attirer l'attention des postiers pour qu'ils les manipulent avec plus de précautions.

  Il en existe de multiples teintes, allant du blanc presque normal comme ci-dessus, au chamois foncé vraiment spectaculaire comme celui-ci pour le 5 c. vert :


  On connait des exemples (rares) de feuilles imprimées sur papier GC en 1920 avec la Semeuse 10 c. rouge, qui ne comportent pas ces deux lettres. Sa texture particulière permet alors de le reconnaître.


  Mais revenons au timbre qui nous intéresse aujourd'hui, le 15 c. vert Semeuse lignée.
Son tirage a été l'un des plus importants de toutes les Semeuses. Il a été imprimé de 1903 à 1906, puis de 1916 à 1924 après une décennie d'interruption en raison de l'évolution des tarifs postaux.

  Entre 1916 et 1919, seul le papier GC a été utilisé. En tout cas, c'est le seul qui est répertorié !

Pour l'année 1917, on connait différentes teintes de papier GC, même si l'image a ici du mal à en restituer les nuances : 


Haut de feuille de 1917

Bas de feuille du 10 octobre 1917


  Je me souviens que le très compétent Monsieur Pierre De Lizeray écrivait que si l'on rencontre un bloc millésimé 7 ou 8 sur du papier non GC, c'est qu'il s'agit obligatoirement d'un fragment de feuille pour la fabrication des roulettes, celles-ci nécessitant un bon papier, suffisamment résistant.

Amusez-vous d'ailleurs comme moi à les chercher, et vous verrez qu'ils sont effectivement très rares !

Fragment d'une feuille pour roulettes

Le millésime 7 est forcément de 1917 puisqu'il n'existe pas en 1907 !

  Las de n'en avoir jamais rencontré, cette notion était cependant restée gravée dans ma mémoire... 

A force de chercher, on finit toujours par trouver, me direz-vous. 
Oui, mais pas toujours ce que l'on espérait !

  C'est en fouillant avec acharnement sur le web, comme Howard Carter en son temps dans la Vallée des Rois pour la tombe de Toutankhamon, que j'ai eu l'agréable surprise de retrouver ce bloc que je n'avais pas remarqué lors de sa mise en vente, hélas ! 


  Peut-être l'avais-je dénigré en raison du caractère inesthétique de ses marges incomplètes ?

Toujours est-il que je le regrette beaucoup !
Et que je mérite du coup un joli qualificatif avec les mêmes initiales en question !!!

Si d'ailleurs l'un de nos lecteurs sait où il se cache, 
il serait très aimable de bien vouloir me le signaler.

J'aimerais beaucoup pouvoir l'examiner de plus prés. 
Et savoir s'il s'agit d'un papier normal ou GC.

  Certes cela ne vaut pas les merveilles du musée du Caire, mais ce dernier panneau imprimé le 16 janvier 1917, est bel et bien une découverte "importante", en tout cas pour moi !

En effet, deux possibilités s'offrent à nous :

- ou bien des feuilles de ce timbre ont été imprimées sur du papier normal en 1917, comme pour les roulettes : c'est ce que je pense, et que personne n'avait jamais décrit à ce jour !

- ou bien certaines feuilles sur papier GC blanc ne comportent pas la célèbre marque GC dans la marge (celle du bas en tout cas), ce que l'on ignorait également.



  Regardez bien cet agrandissement : la trame du papier se devine, et ne ressemble pas à du GC, mais il faudrait absolument que je puisse l'examiner en transparence pour être formel.

  Au passage, et comme je recense toutes les dates d'impression que je vois passer, voici celles connues pour ce timbre cette année là :

O 1601 17 sans GC

D 2301 30 GC

E 305 30 GC

O 1109 17 GC

O 1509 17 GC

O 2209 17 GC

O 2609 17 GC

P 5010 30 GC

D 10010 30 GC

E 14012 30 GC

E 15012 30 GC

E 16012 30 GC

E 18012 30 GC

E 19012 30 GC

R 29012 17 GC

Au cas où vous en verriez d'autres, pensez à moi !



lundi 11 janvier 2021

Une (petite) découverte !

 

    A force de porter mon attention sur les marges des feuilles de nos timbres favoris, j'avais attiré la votre au mois de mars dernier sur un mystérieux point. Mais je n'avais pas été le premier à le remarquer, celui-là. Le mystère qui l'entoure ne s'est d'ailleurs toujours pas éclairci...


  Cette fois-ci, je vais vous montrer deux petites marques, visiblement imprimées en même temps que les timbres, situées dans la marge, et que personne à ma connaissance n'a jamais remarquées !

Les deux se retrouvent sur certaines feuilles de 150 imprimées à plat.

  Voici tout d'abord la plus remarquable :


Il s'agit d'un trait fin, dans la couleur du timbre, située dans la marge droite d'une 
(demi) feuille de droite, au niveau de la 8ème rangée de 10, soit à droite de la case 80.

  Je ne l'ai pour l'instant vue que sur ces feuilles-là, toutes avec le millésime 1 de 1921 :




  Mais toutes les feuilles de 1921 ne la portent pas, loin de là. 
J'ai notamment vu une feuille du même 5 c. orange de 1921 sans cette marque. 

Qui saura nous dire à quoi elle pouvait bien servir ?

  Sur une seule autre feuille, toujours de 1921, on la retrouve un peu plus haut, entre la 5ème et la 6ème rangée, plus épaisse et bien moins décalée sur la droite :


  Serait-ce un nouveau repère servant à bien centrer la (demi) feuille de 150 timbres sur la machine qui va effectuer les perforations, comme la croix de repère que l'on trouve tout en bas, et le point tout en haut de ces feuilles ? C'est possible. 

Ou bien pour bien placer la grande feuille (de 300 timbres) dans l'appareil servant au gommage ?

Mais pourquoi sur certaines feuilles et pas sur toutes ? 

  Je ne l'ai vue sur aucune autre feuille, ni antérieure ni plus tardive, même s'il est vrai que l'impression est vite devenue rotative dans les années qui ont suivi.

Et vous, l'aviez-vous déjà vue ? Peut-être sur d'autres timbres que la Semeuse ?

Était-ce un essai qui sera jugé non concluant ? 
Qui sait ?

*****

  La seconde marque, que je n'ai vue qu'après avoir été attiré par la première et avoir examiné toutes les feuilles que je connaisse, est un petit point de couleur situé dans la marge de gauche de certaines (demi) feuilles de gauche cette fois-ci :



Au niveau de la 8ème rangée également, à gauche de la case 71.

Et elles aussi datées de 1921 !

  Cette marque pose évidemment les mêmes questions que la précédente...

Si vous avez des idées pour nous aider à les comprendre, 
ou des images semblables, elles sont les bienvenues !

Merci de cliquer sur "Aucun commentaire" SVP

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mercredi 6 janvier 2021

Un joli visage pour 2021

  

Vous la reconnaissez, vous ? 
Avec ce regard déterminé, ces lèvres bien ourlées presque souriantes, et cette joue délicatement creusée ?

  Personnellement, c'est la première fois que je vois son effigie aussi bien reproduite, non pas sur un timbre pour lesquels une telle finesse est impossible à obtenir, mais sur une épreuve (ou un essai préparatoire) très certainement gravée par la main d'Eugène Mouchon, et que le père Noël a eu la gentillesse de déposer au pied de mon sapin cette année... 

La voici entière, imprimée en noir sur un papier fin de très bonne qualité, type Chine, et d'un format de 175 % par rapport au timbre :


  Ce qui saute aux yeux en premier, c'est évidemment son inversion gauche/droite. C'est le seul exemple que je connaisse ainsi. Et c'est ce qui m'a attiré car cela signifie que le poinçon qui a servi a l'imprimer était, lui, gravé à l'endroit, ce qui va à l'encontre de toutes les habitudes !

Ensuite, on est frappé par le merveilleux rendu du relief, effet voulu par son créateur Oscar Roty qui y tenait beaucoup, comme sur les pièces de monnaie existant depuis 1897.

On remarque l'absence des signatures des deux artistes sous le cadre, ce qui est rare, même sur les épreuves déjà connues.

Pas de valeur faciale non plus, dont l'emplacement a été ligné comme le reste du fond, ce qui n'est pas courant.

Le fond ligné est composé de lignes bien plus fines et rapprochées que ce que nous connaissons tous. L'ensemble de la Semeuse est elle-même "lignée" également, ce qui ne se retrouve pas non plus sur les timbres émis en 1903.

Les caractères des légendes sont finement dessinés en relief. 

Vous en apprécierez mieux tous les détails sur cette image (vous pouvez cliquer dessus) :


  Ce n'est peut-être qu'un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup : regardez comme les jambages des lettres R sont courbes, c'est intéressant !

On retrouve cette particularité sur le plâtre original de Roty qui a servi à Mouchon, et que voici :



Les deux à présent côte à côte, et dans le même sens, 
pour bien les comparer :


On peut dire que le résultat est remarquable, non ?
Le meilleur que je connaisse !
L'impression de relief est absolument remarquable. 

N.B. Le rayon de soleil situé le plus à gauche sur le plâtre n'a jamais été reproduit


  J'ai eu beau chercher dans mes archives, ouvrages et documentations, je n'ai bien trouvé que ces quelques épreuves précoces, elles aussi sans les signatures, montrant les tâtonnements de l'artiste :

Sur celle-ci, seul le 1er R a sa jambe encore courbe
La Semeuse est encore entièrement "lignée"
L'emplacement de la valeur faciale a été dégagé


Sur celle-ci les deux R ont la jambe droite
La Semeuse est toujours entièrement "lignée"
Les légendes ressortent plus claires et encore plus en relief
Les lignes du fond sont plus espacées, ce qui l'éclaircit


Celle-ci a été réalisée au noir de fumée, ce qui rend l'impression floue
Le cadre a été modifié, plus simple


Sur cette dernière, les légendes ont été simplifiées, plus blanches
Les deux jambes des R restent droites
La Semeuse n'est plus entièrement "lignée" et elle parait donc blanche
Le cadre est ici aussi modifié
C'est celle qui ressemble le plus au modèle finalement choisi


  Les impératifs techniques de la fabrication du matériel nécessaire à l'impression des timbres ont certainement poussé le graveur a simplifier son œuvre pour la rendre utilisable en pratique. 

Nul doute pour moi qu'il était alors directement en rapport avec Roty, et que le poinçon final est bien le résultat de leur collaboration. 
Le voici d'ailleurs, conservé au Musée Postal, en laiton parait-il :

Lui, c'est normal qu'il soit gravé à l'envers !
Les signatures apparaissent enfin !
Avec ses jambes des deux R bien droites, comme tous les timbres futurs.
Et toujours sans valeur faciale.

Divers essais de papier, d'encre et probablement de réglages 
de l'impression elle même ont été réalisés :



Puis de multiples essais de teintes et de couleurs différentes :
(et pas uniquement en vert, qui était la couleur choisie pour le 15 c.)




  L'emplacement de la valeur faciale avait été laissé libre volontairement, dans le but de pouvoir obtenir à partir de ce poinçon, plusieurs autres poinçons pour les différentes valeurs voulues. 

Le 15 c. sera le premier timbre émis, le 2 avril 1903, et en voici une belle épreuve, sur carton :


Puis un des premiers timbres imprimés :

(issu d'un panneau de 50 - type I - millésime 3 - Musée Postal)

La qualité des impressions et des images vous permet de comparer au mieux, et d'apprécier le merveilleux travail réalisé !

Le ministre Georges Trouillot pouvait en être fier :

Et il n'avait pas l'air de plaisanter souvent !


Un énorme MERCI aux collectionneurs qui auront
peut-être reconnu certaines des belles pièces de leur collection !