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dimanche 3 mai 2026

Actualités des stars

 

  J'ignore si la presse people existe encore aujourd'hui ou bien si elle a été remplacée par ce que beaucoup de gens appellent les réseaux sociaux, mais il y a de ça quelques années, ces journaux qui naviguaient entre voyeurisme, révélations et "paparazzades" ont eu un franc succès auprès du public. Plus la personne citée était célèbre, et plus les lecteurs étaient friands d'obtenir des scoops à son sujet.

Vous allez penser que la comparaison est osée, mais au début du XXème siècle dans la presse (et pas uniquement philatélique), la star, c'était le timbre à 10 centimes ! Et c'était une Semeuse. Nous avons souvent parlé ici de ses différentes versions successives ayant défrayé la chronique, mais je suis tombé récemment sur deux petits articles qui m'ont paru intéressants.


   Le premier concerne les débuts de l'ultime version rouge, celle dont le fond plein et les retouches sont à l'origine des qualificatifs de camée ou grasse, et de sa numérotation Yvert n°138. Un joli timbre !

Certains y ont consacré une vie entière de philatéliste !
Une collection extrêmement riche !

   Concernant son année de naissance, pas de scoop : c'est 1907, mais si vous vouliez un jour lui fêter son anniversaire, vous auriez bien du mal à en trouver le jour exact. Sa date d'émission n'a jamais été officiellement révélée, pas plus que sa mise en vente au public : étonnant, non ?

En fait cela montre bien que pour l'administration, cette Semeuse camée a tout simplement remplacé la Semeuse maigre dont le dessin n'avait jamais donné entière satisfaction, et que pour tout le monde, un 10 c. rouge reste avant tout un 10 c. rouge. Pas besoin d'en faire un évènement.

   Du coup, ce sont les philatélistes qui vont essayer d'en trouver les premières dates d'utilisation sur le courrier, et là encore un doute persiste, mais c'était probablement en septembre. Pourquoi un doute ? Parce qu'on connait des oblitérations plus précoces, mais qui peuvent tout à fait être des erreurs de mois, chose fréquente avec les cachets à date manuels de l'époque. Mais quel jour de septembre ? Mystère !

Qui pourra nous livrer un réel scoop en nous montrant son vrai 1er jour ?

cachets du 14 et du 19 douteux   /   du 26 et du 27 bien frappés

   Quant au début de son impression, vous allez croire que je le fais exprès, mais on n'en connait pas non plus la date avec précision : le 22 janvier est cité depuis longtemps par d'illustres philatélistes, mais je n'ai jamais vu de mes yeux vu, mieux que le 24 janvier !

Si vous avez le 22, ou avant, j'adorerais voir ce scoop, digne d'une couverture !


   On peut trouver bizarre, étonnant, curieux, etc... que ce 138 ait été imprimé dès le mois de janvier pour ne se retrouver sur le courrier qu'en septembre. Mois cela me stupéfie toujours, même si ma passion pour les dates fait que j'exagère souvent à leur sujet, mais reconnaissez qu'il y a de quoi s'interroger. Il est certain qu'il devait rester des stocks importants des autres timbres rouge ou rose à 10 c. mais tout de même, 8 mois... 

Ce qui est sûr, c'est que l'impression des feuilles du 10 c. maigre s'est terminée au tout début de cette année 1907 : cela coïncide donc bien. D'ailleurs, ses carnets de 20 s'étaient très mal vendus avec leur prix de 2 f.05, et il a fallu eux aussi les écouler.

    De plus, c'est toute une série de cette Semeuse camée de 1907 qui avait été décidée : six nouveaux timbres à 5 - 10 - 20 - 25 - 30 - 35 c., mais c'est le 5 c. qui sera émis en premier, dès le mois de mars. Sa sortie passant un peu moins inaperçue car elle se fit sous la forme de carnets. Puis les autres valeurs suivront. On sait que le 25 c. imprimé à partir du 17 avril, apparaîtra sur le courrier le 18 juin. Les autres valeurs ont été imprimées en mai.

Y avait-il une autre raison pour attendre jusqu'en septembre pour le 10 c. ?

  Je n'ai pas la réponse à cette question qui me tarabuste vraiment, mais l'article que voici nous apporte peut-être une piste :

Le Timbrophile de France - avril 1908 (cliquez sur les images)

   Peut-être que l'atelier a rencontré des difficultés imprévues avec son encre rouge ? Ou bien que la couleur utilisée jusque-là a fini par déplaire à un ministre facétieux ? Qui sait ?

Cet article nous éclaire surtout sur la naissance de cette véritable star qu'est le 138 avec nuance écarlate, le 23 juillet 1907 (sur la presse 10), ce que je peux cette fois-ci vous confirmer avec une image :

Petit ou grand scoop ?

********


    Le ton du deuxième article, paru dans le même journal le 25.11.1907, est un peu similaire à celui des journaux à scandale, destinés aux amateurs de ragots. Et il parle d'une autre star de la philatélie semi moderne, le faux pour tromper la poste du 10 c. rose Semeuse lignée YT 129.

C'est effectivement au début de 1907 que ce Monsieur Schnebelin publiait le scoop dans son n°52 de "La revue française des collectionneurs" avec la reproduction d'un des oblitérés qui est le premier cité ci-dessus :

Et voici une meilleure image du troisième cité :

(ex. collection Françon)

Et un autre oblitéré rue Blomet Paris XV :


Pensez-vous que ce négociant condamné était LE coupable ?

   Il ne fait aucun doute que ce faux est rare, pour ne pas dire introuvable. Peut-être pour la bonne raison que la presse philatélique a ainsi très vite permis de déboucher sur une condamnation ? Ce qui a instantanément mis fin au "trafic".

On le rencontre (un peu) plus souvent en neuf, mais encore faudrait-il être convaincu qu'il ne s'agit pas de faux pour tromper les collectionneurs ! Rien n'est moins sûr.

Les rayons du soleil vraiment mal reproduits le caractérisent.

Et on appréciera sur ce bloc les défauts de la dentelure !

Sur lettre, je ne l'ai vu proposé en vente qu'une seule fois, en décembre 1993, et plus jamais depuis :

A l'époque, je l'avais trouvé trop chère cette enveloppe mal pliée, avec son adresse découpée et sans aucun cachet d'arrivée, mais je la regrette aujourd'hui. Si l'un d'entre vous a la possibilité de m'en fournir ne serait-ce qu'une simple image de bonne qualité, j'en serai ravi.


Bien entendu, et comme toujours, tous vos avis, toutes les images et renseignements complémentaires sont également les bienvenus !


lundi 13 avril 2026

Car nés en 1906

  

  Peut-être bien que certains d'entre vous auront deviné que j'allais aujourd'hui vous parler de l'apparition des carnets en France, à laquelle notre chère Semeuse a eu l'honneur de participer ?

On en parle dès le mois de mai dans
"Le Timbrophile de France" du 25 mai 1906

C'est donc en 1906 que l'administration a débuté la fabrication des deux premiers : l'un pour le 5 c. vert au type Blanc, et l'autre pour le 10 c. rouge Semeuse maigre YT 135. Un nouveau format de feuilles d'impression sera nécessaire, d'où de nouveaux poinçons et galvanos, et l'apparition de nouveaux types sur lesquels je ne reviendrai pas ici, qui furent identifiés bien plus tard.

Pour plus de simplicité, les deux auront la même valeur = 2 francs de timbres (40 du 5 c. ou 20 du 10 c.) + les fameux 5 centimes supplémentaires que les utilisateurs devront payer pour avoir le plaisir de se les procurer ! 

Ceci les rendit, comme vous l'imaginez, très impopulaires. 

Leurs couvertures, pour le prix, sont très austères : une verte et une rouge, faites d'un banal papier cartonné beige.



Le public va donc les bouder, et ces timbres sont assez rares à trouver sur le courrier lorsqu'ils ont été utilisés lors de cette phase initiale. Alors que les carnets entiers sont en revanche volontiers restés intacts, car inutilisés, et se trouvent assez facilement.

On connait leur date de mise en vente, car ce petit évènement fut annoncé dans la presse :

"L'Aurore" du 19 novembre 1906

Et comme souvent, quelques privilégiés, sénateurs ou autres, ont voulu marquer le coup, avec une oblitération de ce 1er jour :

(NB : j'aurais préféré qu'ils affranchissent 20 lettres au lieu de défigurer ce carnet !...)

Je ne me souviens pas en avoir vu une seule, mais ça m'intéresse si vous en connaissez. Cela doit bien exister. N'hésitez pas à me contacter pour me montrer une lettre avec oblitération du 19.11 !

Cette oblitération du 18 est un peu douteuse, mais qui sait ? Pourquoi pas ?
"Le Timbrophile de France" paru la semaine suivante donne même la date du 17.


Il fallut attendre un peu plus de 3 mois pour que la Semeuse s'impose, et remplace le type Blanc :

(Avec les mêmes remarques que pour les 2 précédents)

C'est le 5 mars 1907 que celui-ci a été émis.
Timbre au type I.

Chose remarquable : cette Semeuse YT 137 a été d'abord mise en vente sous cette forme, en carnets de 40, deux semaines avant les feuilles-vente classiques de 150 timbres !


Mais voici la raison de mon article du jour :

"La Française" du 2 décembre 1906
(cliquez sur l'image pour zoomer)

J'ai trouvé le texte bien écrit et le ton assez savoureux pour vous en faire profiter. Et il est vrai que l'on se demande bien pourquoi le mot "figurines" a été préféré à "timbres-poste" ! Quelle idée ?


   Cette période durant laquelle les "figurines" étaient vendues plus chères dans leurs carnets que les timbres en feuille ou au détail, va durer jusqu'au 1er mai 1910 :


Pour ne pas gaspiller les carnets restés "sur les bras" de l'administration, ils furent tout simplement surchargés pour les ramener au bon tarif, plus attractif :

(il existe plusieurs types et couleurs d'encre pour cette surcharge, parfois même manuscrite)

Le succès ne se fit pas attendre.
Les ventes ne vont faire qu'augmenter.

Une fois les stocks écoulés, de nouvelles couvertures vont devoir être imprimées, toujours dans le même style, et toujours pour la Semeuse verte à 5 c. mais avec cette fois-ci l'apparition du mot "Timbres-poste" qui ne sera plus jamais remplacé par la suite :

(Le timbre est alors au type II)

A l'été, il va même falloir donner des consignes strictes concernant la vente de ces carnets dont personne ne pourra bientôt plus se passer :



Et c'est également à cette période que la Semeuse à 10 c. rouge maigre disparait pour être remplacée dans les carnets par une Semeuse plus grasse, YT 138 :



Ce timbre YT 138 existait pourtant depuis 1907 ! Mais avant de le mettre à l'intérieur de ces nouveaux carnets, il a bien fallu écouler le stock des précédents contenant le YT 135, qui devait être considérable.


  Et d'ailleurs, pour ce 10 c. rouge, si votre vue baisse au point que vous avez du mal à distinguer la maigre de la grasse, regardez donc tout simplement la couverture : 
- maigre YT 135 = Figurines
- grasse YT 138 = Timbres-poste

Mais soyez certains que ce n'est certainement pas pour cette raison que l'administration a eu recours à cette modification. Pour elle un timbre à 10 c. rouge est un timbre rouge à 10 centimes !


  En revanche, dès 1912, elle va envisager de créer un modèle plus pratique de carnet pouvant trouver plus facilement sa place dans une poche ou un portefeuille, contenant cette fois-ci 30 timbres rouges à 10 c. qui n'ont vraiment rien à voir avec les précédents. Cela reste un des plus grands mystères du type Semeuse , et nous en avons déjà souvent parlé. Le voici :



Puis la publicité fera son apparition sur les couvertures en 1922, 
puis sur les marges des timbres fin 1923, 
puis l'impression se fera sur des rotatives fin 1928 etc...

Toute une série de dates marquantes qui rendent la collection des carnets bien plus passionnante et plus riche que toute autre. 

Je ne saurais trop vous encourager à vous lancer : vous ne serez jamais déçus, c'est promis !

  Si vous aimez les belles présentations, la nostalgie de cette belle époque où la France rayonnait dans le monde, avec quelques décennies de recherches et d'économies, vous aurez peut-être la chance d'accéder au Graal que de nombreux collectionneurs ont poursuivi durant toute leur vie, avec ou sans succès :



Notre association est prête à vous aider, et à vous accueillir, cliquez sur ce lien : A.C.C.P.

 

lundi 2 mars 2026

Rectification !

   Entre mars 2019 et novembre 2020, je vous avais montré dans 4 de mes articles plusieurs exemplaires de cette rare "Lettre Touristique Mondiale" ou LTM, dont nous connaissons plusieurs modèles qui différent par leurs publicités.

Toutes portent une même Semeuse lignée 50 c. rouge, timbre qui provient "souvent" des roulettes au type III (pour ne pas dire toujours car je ne les ai pas toutes eues sous la main, mais c'est fort possible). 

Le timbre est perforé LTM pour éviter que des petits malins ne s'en servent sans le support publicitaire.

SAUF sur une d'entre elles ! 

Et c'est là que la rectification s'impose. Il s'agit de celle dont j'avais la plus vilaine image en noir et blanc, et que je vous montre à nouveau :

(Impossible de voir le moindre détail hélas, d'où mon erreur)

  Figurez-vous que c'est une nouvelle fois en rangeant mes archives que j'ai découvert cette autre image,  issue d'une vente de 2004. 
Et c'est vraiment par hasard, car elle se trouvait au dos d'une autre photo que j'avais découpée dans le catalogue, d'un autre lot qui m'avait intéressé, lui, alors que je n'avais pas vraiment porté attention à cette LTM. 
Je ne l'avais tout simplement pas reconnue !


Voici donc rectifiée mon erreur !

Hélas, on n'en voit qu'un petit fragment, mais cela suffit pour constater l'absence de perforation sur le timbre. 

Et l'oblitération du 2 juin 1927 à Valenciennes.


*******

  Ceci m'a conduit à poursuivre mes recherches, et je suis tombé sur cette annonce, parue dans un journal marseillais destiné aux italiens expatriés dans notre belle ville :

"Le courrier franco italien"  du 01.11.1925

  Il s'agit d'un formidable scoop : personne n'a jamais signalé l'existence d'un modèle de LTM affranchi à 30 c. et vendue 10 !

On voit que la société était initialement domiciliée sur la Cannebière (avec deux N comme cannabis, à cause des cordages de marine qui étaient faits de chanvre), avant de s'implanter rue Daumier.

  Mais a t'elle vraiment eu le temps d'exister cette LTM à 30 centimes que l'on n'a jamais vue ?

 Six vues panoramiques, donc sur un modèle différent en tout cas.

  On sait que le tarif de la lettre simple a beaucoup changé en France à cette période : il est passé de 30 c. en 1925 à 40 c. au mois de mai 1926, puis à 50 c. en août, ce qui pourrait expliquer que l'entreprise en prenant quelques mois pour déménager et pour se lancer, ait été obligée de s'adapter à ce dernier tarif...


N'hésitez pas à me contacter si vous en savez plus !


vendredi 20 février 2026

Presque un an !

 

  Comme le temps passe ! 

Dire que mon dernier article date de Noël : le réveillon, mon anniversaire, les gâteaux des rois, la chandeleur, mardi gras et le début du carême sont passés à toute vitesse sans que rien de notable ne me soit arrivé sur le plan philatélique. Ou presque...

La seule chose, et ça me chagrine un peu d'ailleurs, c'est que j'ai eu une nouvelle fois la preuve que ma mémoire n'est pas infaillible. Pas encore défaillante, mais je me dois de faire attention avec l'âge à l'entretenir tout autant que mes autres neurones. Et la collection spécialisée qui me passionne depuis mon enfance en occupant beaucoup de mon temps libre joue un rôle non négligeable dans cet exercice indispensable, et presque vital.

  Mais il perd la boule, ça y est, il a dévissé pour de bon ! 

Depuis Noël, c'est loin de faire presque un an ! 

Mais qu'est-ce qu'il raconte ?

Non, rassurez-vous, je n'en suis pas encore là : cela fait presque un an depuis le 29 mars dernier que je vous ai montré ici les rares exemplaires connus de Carte-Lettre Moderne, et que j'ai lancé un appel dans l'espoir d'en voir surgir d'autres. Resté sans réponse.

J'avoue que j'ai été un peu déçu que personne ne se manifeste. Soit ces documents sont vraiment exceptionnels, soit ceux qui ont des infos à leur sujet les gardent jalousement pour eux, ce qui n'a jamais été ma politique.

La preuve : en farfouillant pour mieux ranger mes archives qui s'accumulent depuis des décennies et que j'essaye de numériser petit à petit, j'ai eu l'excellente surprise de tomber sur cette image découpée parmi d'autres dans un catalogue de VSO de 2005 :

(image hélas incomplète, d'autres courriers étant superposés sur l'image)

  Elle était totalement sortie de ma mémoire, alors que je me vante de ne jamais oublier les belles pièces que j'ai croisées, même de loin. Surtout celles qui sont rares et/ou qui me font envie.

J'ignore pourquoi je l'avais classée sans y prêter l'attention qu'elle mérite. 

J'avais simplement noté "invendu xxx euros". Un prix trop élevé pour que j'envisage d'enchérir à l'époque. Avec le recul, je regrette fort de ne pas en avoir demandé une meilleure photo, et une vue du verso où doivent se trouver d'autres publicités et la correspondance.

Si l'un de nos lecteurs a la chance de l'avoir en sa possession, ou bien sait où elle se trouve, vous pensez bien que cela m'intéresse au plus haut point.

   Partie d'Asnières pour Paris en avril 1906, on remarque que la mention ajoutée "MODERNE" est en rouge comme les pubs, et qu'elle porte une marque à l'encre violette "AUTORISATION SPECIALE DU 29 AVRIL 1905. Vous aurez noté que le timbre est ici collé, et non imprimé comme un entier postal. C'est la deuxième vue ainsi.

J'enrage vraiment de ne pas en savoir davantage !

Va t'il falloir que j'offre une prime à qui saura nous en dire plus ?

Une des pubs nous met probablement sur la piste de l'imprimerie qui lui a donné naissance :


Une entreprise qui s'était déjà offert un emplacement publicitaire à l'intérieur de la Carte-Lettre affranchie avec un même timbre à 10 c. Semeuse lignée rose, découverte et montrée ici l'année dernière.


**********


   L'autre chose marquante qui me soit arrivée récemment n'a rien à voir avec la précédente, mais est encore plus sympathique. 

Points communs entre les deux : la publicité, et leur année de naissance 1906 - 1907.

Cela concerne les célèbres et rares carnets de 6 porte-timbres dont je vous ai parlé à plusieurs occasions depuis 2010. Deux maisons parisiennes en particulier avaient eu l'originale idée de promouvoir leurs produits avec ces jolis supports : La Belle Jardinière et Manchon Hella.


(ici une variante avec un pardessus)


   C'est "Le timbre-poste économique" qui leur fournissait le triptyque cartonné permettant de vendre les 6 timbres sur leur support publicitaire avec une réduction de 10 centimes. Ce que La Poste n'a pas toléré longtemps (un peu plus d'un an).

Cette ristourne n'est évidemment pas passée inaperçue des utilisateurs, comme le montrent les deux cartes postales suivantes dont tout l'intérêt et toute l'originalité tiennent dans le texte rédigé par leurs expéditeurs parisiens :

"Timbre réclame 6 pour 50 c."



"Timbres réclames que nous payons à Paris 6 pour 0 f. 50"


Elles ont toutes deux régulièrement circulé fin 1907.
Mais les premières dates connues sont de mai / juin 1907.

(A. Maury - Histoire des TP français - 12.1907)


Ces porte-timbres furent tolérés sur le courrier intérieur, mais interdits pour celui destiné à certains pays, bien que l'on en rencontre malgré tout, comme la CP pour Londres ci-dessus. 

(A. Maury - Le collectionneur de TP - 10.1908)


Un grand MERCI au généreux collectionneur 
qui me les a fait apprécier à leur juste valeur !



jeudi 25 décembre 2025

Marseille, c'est bô !

 


  Surtout vu de là ! Si vous ne connaissez pas : ça vaut le coup d'y monter, je vous assure. La cathédrale qui nous protège, notre bonne mère, jouit de la meilleure vue qui soit, et sans utiliser de jumelles, vous ne verrez pas les vilains côtés de la ville, ni les cons qui la peuplent. Mais y'en a !

Les marins et les pêcheurs, depuis toujours viennent s'y recueillir, allumer un cierge, ou apporter une offrande pour s'assurer la protection de Marie, ou pour la remercier. Vous y verrez quantité d'ex-voto sous la forme de maquettes de bateaux, étonnamment suspendues sous les voutes. La Méditerranée a souvent pris hélas la vie de navigateurs marseillais, et leurs familles restent très attachées à ces traditions.

  En 1909, un tragique accident a été évité de justesse : une collision survint entre deux navires, l'un arrivant d'Algérie, et l'autre quittant le port, juste devant ces magnifiques îles du Frioul qui en furent le témoin. 

La plus petite au premier plan et au curieux nom d'If, était devenue célèbre bien auparavant grâce à Alexandre Dumas, son Edmond Dantès comte de Monte Cristo, et à son château vieux de plusieurs siècles, dû à François 1er qui avait compris que sa position stratégique était primordiale pour la défense de la ville.


    Voici ce qui s'est déroulé dans la nuit du 27 février, relaté dans la presse dès le lendemain (cliquez S.V.P. sur l'image) :


R.I.P. Monsieur Azoulay


       Voici le départ d'un précédent voyage vers Alger, devant l'autre cathédrale, dite La Major


Le choc fut violent et les dégâts sérieux, mais comme vous l'avez lu, le capitaine a su mener son navire jusque dans le bassin de la Joliette où il s'est échoué, pratiquement au même endroit que sur cette photo. Toute la ville en sera émue, même si l'on ne déplora qu'une seule victime. 

C'est tout de même un sacré manque de chance que d'avoir survécu au choc pour finalement se noyer une fois arrivé à bon port, et dans quelques mètres d'eau !

 Juste là :

 

Vous retrouvez La Major, juste en face du lieu de l'échouement, photographié ici lors du renflouement. Le bassin n'étant pas profond.


Alors que l'autre navire flottait toujours, lui :

   Comme lors d'un accrochage en voiture de nos jours, aucun des deux capitaines ne voulut reconnaître le moindre tort, oubliant le principe de base qui dit que si tout le monde avait tout bien fait comme il faut, ils ne se seraient jamais croisés d'aussi près !

Rendons hommage à ce jeune François Vincenzi !

Et au capitaine Cazalis :

(je n'ai pas retrouvé la version de l'autre capitaine)

En revanche voici les lieux du drame, en couleurs, et de nos jours :


Mais toujours pas la moindre Semeuse, me direz vous !

En voici déjà 2, simples témoins de la sortie de l'eau du bateau sinistré :


  Entre temps, dans les heures qui ont immédiatement suivi le naufrage, vous avez pu lire dans le premier article de presse que les scaphandriers ont non seulement découvert le corps du malchanceux noyé, mais qu'ils ont aussi pu récupérer les sacs de courriers embarqués à Alger le 26 février.

  C'est donc là que je voulais en venir, vous l'avez deviné. 
De nombreuses correspondances ont été englouties, et même si cela n'a duré que quelques heures, certaines ont été perdues et d'autres heureusement sauvées, plus ou moins endommagées comme vous pouvez l'imaginer.

On ignore la quantité de lettres inondées que La Poste a ensuite pu acheminer, mais elles ont toutes logiquement séduit les philatélistes, et on en voit régulièrement passer en vente de nos jours.

  Pour expliquer l'état de certaines qui avaient perdu leurs timbres décollés, ou qui étaient vraiment peu présentables, plusieurs griffes furent utilisées pour apposer à l'encre, sur deux lignes, avec ou sans guillemets : NAUFRAGE DE LA VILLE D'ALGER. Je vous laisse les découvrir.


(Gaston Tournier - Annales des Postes Télégraphes et Téléphones -1932)

Voici la lettre qui est à l'origine de mon article de Noël :

Avec ma Semeuse préférée bien accrochée.

Partie de Rouïba puis Alger le 25 février, submergée dans la nuit du 27, puis repêchée le 28 à la Joliette

Et arrivée malgré tout à Paris le 2 mars !

Puis revenue à Marseille dans ma collection.

Un courrier recommandé (on n'en voit pas si souvent que ça) au recto duquel on devine la trace d'un timbre décollé et perdu, là où figure précisément la griffe. Ce fut certainement une Semeuse à 10 c. rouge, qui venait compléter le tarif à 35 c. et qui est depuis portée disparue au fond du bassin de la Joliette. Une deuxième victime : R.I.P. mon cher 138 !

Adressé à Mr Gerbaulet qui vendait et réparait visiblement des bébés auxquels il mettait des perruques :


C'était un beau pays aussi, la France de 1909 !