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vendredi 17 juillet 2026

Comme quoi...

 

  A force de chercher (et parfois trouver) ces petites variétés qui se reproduisent à la même case de certaines feuilles, il fallait bien que cela débouche sur une information assez importante, et surtout assez inédite. 

Le cas dont il va être question aujourd'hui n'a pas permis de découvrir un nouveau type, mais au contraire d'en faire disparaitre un auquel beaucoup croyaient depuis 1906. Ce n'est pas rien !

   La variété était identifiée depuis longtemps, mais il faut bien reconnaitre qu'elle est assez minuscule pour ne pas passionner les foules. Elle avait été vue sur une des Semeuses les plus courantes que l'on trouve facilement en blocs, panneaux ou même feuilles entières : le 10 c. rouge avec sol YT 134.

Ce timbre est bien connu puisqu'il a été émis et est vite devenu la star de l'époque à l'occasion de l'abaissement du tarif de la lettre simple pour l'intérieur de 15 à 10 centimes, ce qui fut un petit évènement. C'était également la première fois que la Semeuse perdait son fond ligné.

 Décidée dans l'urgence au début du mois d'avril 1906, sa fabrication est elle aussi assez remarquable : dans un premier temps, un seul galvano de 50 fut fabriqué et utilisé avec la technique que je vous ai déjà décrite d'impression "en aile de moulin". 

Sur une grande feuille classique prévue pour 300 timbres, on obtenait de cette façon seulement 2 panneaux de 50, et on gaspillait donc énormément. Les deux étant toujours situés en haut de feuille, avec une grande marge à droite. Comme celui-ci :


Par ailleurs, ce galvano ne comportait pas de millésime, ce qui en fait une exception, vite appréciée par les philatélistes. Nul ne sait pourquoi !

Le tirage aurait débuté le 10 avril d'après d'illustres auteurs que je ne saurais contredire. Ils avaient dû recueillir l'information à la source, auprès de l'atelier, car à l'évidence, on n'a jamais pu observer de bas de feuille, donc de date, pas plus que de millésime 6. Il n'en a jamais existé.

(Je vous avais montré un oblitéré de ce jour-là en septembre dernier)

   Il fallait donc que l'atelier juxtapose 3 de ces panneaux et les colle manuellement l'un à l'autre au niveau des marges horizontales, pour recréer une pseudo feuille de 150 au format habituel, et ne pas trop perturber les habitudes des guichetiers. Que de temps perdu !


Mais assez vite, une "vraie" planche fut fabriquée et permit d'imprimer, toujours avec la même technique "en aile de moulin" mais sans plus aucun gaspillage ni temps perdu, de "vraies" feuilles de 150 avec millésimes 6 et date en bas. Comme ici :


  Ce second tirage aurait débuté le 25 avril, mais pas vu mieux que le 27.
Pour se terminer le 12 juillet : qui dit mieux ?

Du coup, beaucoup de philatélistes avaient décrété : type I et type II pour les timbres issus de ces deux tirages, puisque le matériel utilisé était totalement différent. Ils ont même vu de petites différences d'impression. Mais il n'en était rien...


  En effet, à la case 137 de TOUTES ces dernières feuilles, un œil aiguisé avait repéré la fameuse mais trop négligée variété : un minuscule blanc reliant le I et le Q de REPUBLIQUE, ce qui correspond sur la planche à une perte de cuivre, une cassure en quelque sorte.

à vos loupes !

J'avais vérifié sa présence sur ma feuille entière, et noté son absence sur un panneau de 50 du premier tirage, ce qui m'avait paru logique.


  SAUF QUE ces derniers jours, un philatéliste membre comme moi de la SOCOCODAMI nous a fait part d'une analyse pointue et très instructive de ce timbre et de sa variété de case.

Figurez-vous qu'il existe, ce que j'ignorais sans être le seul je pense, des panneaux du 1er tirage comportant le même petit défaut à la case 37 ! Comme celui-ci, que j'ai trouvé depuis :


Mais la variété ne se voit pas sur tous les panneaux pourtant tous imprimés avec le même galvano de 50 : c'est donc qu'elle est apparue en cours de tirage, suite à un petit accident !

Par exemple, ce panneau en est dépourvu :

CQFD


  Ce qui est intéressant, c'est que l'on observe la même variété de case au même endroit au cours des deux tirages de ce timbre : il ne peut donc s'agir que du même matériel, donc du même type !

Le type II n'a jamais existé !

L'atelier s'est contenté de récupérer le galvano de service déjà utilisé pour le 1er tirage, de le placer au bas de sa planche de 150 (en lui ajoutant un millésime 6) et de lui adjoindre au-dessus deux autres galvanos de 50 qui sont forcément des nouvelles copies du galvano type (qui lui n'avait pas été endommagé).


Un grand MERCI et un immense BRAVO à Monsieur Thierry BAUDIN (que je ne connais pas) qui est le découvreur de tout ceci !



vendredi 10 juillet 2026

Complément d'enquête

 

   A la fin de mon article du 16 mai dernier, je vous rapportais les écrits de Pierre de Lizeray concernant la Semeuse dite maigre (YT 135 et 136) : il mentionnait dans son ouvrage l'existence au Musée de la Poste d'une "feuille d'essai" sur laquelle les deux versions (types I et II) de ces deux valeurs coexistent.

Le fait était donc établi que l'atelier accordait suffisamment d'importance à cette fameuse retouche exécutée par Mouchon pour les placer ainsi côte à côte, afin d'apprécier au mieux le rendu de ces lignes de lumière.

Personnellement, je m'imaginais une épreuve avec 4 figurines, n'ayant jamais été reproduite dans aucune publication. D'où mon intérêt.

   Du coup, ne croyant que ce que je vois, je me suis permis de faire une demande de recherche au Musée, espérant en obtenir une jolie photographie.

Mais j'avais lu un peu trop vite ce passage du bouquin sur les poinçons... 

L'auteur avait pourtant bien écrit "entre autre" :


   Car il ne s'agit pas d'une simple épreuve : c'est en réalité une grande feuille de bristol que le Musée conserve, sur laquelle sont imprimées non pas 4 mais 150 Semeuses dont la dentelure est figurée, et qui sont regroupées par panneaux de 25, au nombre de 6 :

- un du 10 c. rouge Semeuse avec sol YT 134
- un du 10 c. rouge Semeuse maigre YT 135 type I
- un du 35 c. violet Semeuse maigre YT 136 type I
- un du 10 c. rouge Semeuse maigre YT 135 type II
- un du 35 c. violet Semeuse maigre YT 136 type II
- un du 10 c. rouge Semeuse grasse YT 138

En dessous et au centre de chaque panneau figure l'année d'émission : 1906 pour les 5 premiers, et 1907 pour le dernier, l'ensemble ressemblant à ceci :

Vous aurez compris que cette feuille n'a pu être imprimée qu'après la naissance de la Semeuse grasse ou camée, qui date du début de 1907.

L'atelier avait dû conserver les galvanos de 50 ayant servi aux différents tirages, et en a utilisé la moitié pour réaliser cette splendide "feuille d'essai".


   Par chance, je connaissais l'existence de ces impressions sur bristol, car la maison Roumet en a dispersé un ensemble il y a quelques années, mais je n'avais tout bêtement pas fait le rapprochement.

J'avais notamment vu passer toute une série de blocs de 6, découpés avec la date en-dessous, et j'en avais conservé les images, faute de pouvoir me les offrir. 

Comme ici pour la Semeuse avec sol :



   La finesse de l'impression est excellente, et je peux donc vous confirmer la coexistence des deux types des deux valeurs de la Semeuse maigre sur cette grande feuille. 

Il m'a été facile de juxtaposer ici ces 2 types. Vous pourrez ainsi comparer à votre aise les différences dues à la retouche de Mouchon qui, à l'évidence ne s'était pas limité à recreuser le trait allant "de la hanche au milieu de la jupe". Mais également les autres zones décrites. Il avait donc menti au journaliste, le coquin  !




(cliquez sur les images pour zoomer)

Aucun doute n'est permis : le fond du sac, le bas du bras droit, le talon gauche (et le postérieur) se détachent bien mieux du fond uni après la retouche.

vendredi 3 juillet 2026

Surprise !

 

  Une coïncidence étonnante : quelques jours après ma dernière publication, je suis tombé sur un lot de petits coins datés proposé à la vente sur un site bien connu, qui aurait tout à fait pu entrer dans le jeu en question.

Rien de rare, que des valeurs très courantes, mais je regarde toujours attentivement les dates car il m'en manque tellement que j'ai toujours un grand plaisir à compléter ma collection (pour ne pas dire boucher une case) en ne déboursant que quelques euros.

Pas de chance : aucun des 8 blocs ne faisait partie de ma mancoliste !

Mais savez-vous pourquoi je les ai achetés quand même ?

Parce que deux d'entre eux du 15 c. brun YT 189, imprimés le 17 février 1938, situés au même endroit sur le cylindre identifié comme AV + AW (et donc absolument identiques) présentent à la case 90 une jolie variété nommée par les philatélistes "anneau-lune" :

   Du coup, comme je vous ai dit qu'ils ne me manquaient pas, vous pensez bien que je suis immédiatement allé jeter un œil sur celui figurant en bonne place dans ma collection, en m'attendant à y retrouver la même variété à la même place.

Et bien non ! Que nenni !

Pas de variété ici !

   Il aurait été étonnant que la petite pastille de papier venue se coller sous le papier lors de l'impression soit présente la veille ou le lendemain car le nettoyage du matériel était quotidien et rigoureux à l'atelier, mais vous pouvez constater comme moi que cela n'a pas affecté tout le tirage de ce jour-là. 

Soit la pastille est venue se coller après, soit elle s'était décollée avant le moment où la feuille ayant porté ce dernier coin daté a été imprimée.

  C'est tout l'intérêt de collectionner les timbres courants (et surtout eux !) car on y trouve toujours un jour où l'autre de quoi passer un bon moment si l'on prend la peine de le faire intelligemment.

Cette petite trouvaille m'a fait autant plaisir que beaucoup d'autres timbres qui m'ont fait rêver longtemps, et coûté bien plus cher...

Et puis, je trouve ça sympa de les avoir réuni tous les trois !


jeudi 25 juin 2026

L'été sera chaud !

 

  Auparavant, le beau temps nous incitait à aller nous promener au grand air, nous donnait envie de sortir, de faire du sport, de profiter. Mais ces derniers temps, on aurait plutôt envie de rester chez soi ou à l'ombre, au repos, et d'en faire le moins possible en attendant qu'elle passe, cette fichue canicule. Encore que dans le Sud-Est, c'est plus supportable et on en a l'habitude.

Alors quoi de mieux que de plonger dans la philatélie, à laquelle nous consacrons plus volontiers les journées pluvieuses ou les longues soirées d'hiver, pour nous occuper en attendant que l'air soit plus respirable dehors ?

Voilà pourquoi l'idée m'est venue de relancer le jeu consistant à trouver de jolies variétés qui se sont reproduites au même endroit au fil du tirage. Le must étant de pouvoir en identifier la case, et si possible la date d'impression.

  Vous savez que le papier livré à l'atelier sous forme de feuilles était soumis à une comptabilité et à un contrôle très stricts. Bien avant toute impression. L'administration effectuait dans les marges des perforations de contrôle validant ainsi chaque feuille, et ces perforations avaient une forme assez curieuse, comme on le voit sur cet exemple au bas d'une feuille de 1918 :

(il y en avait également une à l'opposé, de l'autre coté, dans la marge du haut, ce qui en faisait 2 par feuille pour 300 timbres)

Alors que durant les premières années de notre Semeuse, il y en avait 6 par feuille pour 300 timbres qui se situaient dans les marges latérales, comme sur cette demi feuille de 1907 :

Ca en fait des p'tits trous ! 

Et autant de confettis qui parfois voletaient dans l'atelier, jusqu'à se poser par inadvertance sur une presse au moment de l'impression. Une feuille était alors placée dessus, et la superposition donnait cette jolie variété d'impression :


Que j'ai eu la chance de retrouver ici :


Et qu'un ami amateur de variétés m'a montrée là :
NB : le losange se déplace légèrement vers le bas

Il serait étonnant que le petit bout de papier se soit décollé après l'impression de seulement 3 feuilles, donc il doit en exister d'autres similaires : Merci de nous les montrer. 
Peut-être pourra t'on alors savoir à quel endroit de la feuille cela est survenu ?

*****

   Pour ce 35 c. maigre, dont le tirage a été bien plus restreint et bref, c'est un petit corps étranger non identifié qui a entrainé cette curiosité, dont je n'ai que l'image :


Et je viens de voir passer en vente cet autre timbre portant la même anomalie, un tout petit peu plus bas située également :


*****

   Pour ce 10 c. rouge, timbre à gros tirage, on peut identifier grâce à la date du 25 mai le timbre de la case 143 avec ce petit anneau-lune :


Que l'on retrouve au même endroit ici :


Mais qui va pouvoir nous en préciser l'année ?

Il faudrait voir un bloc bas de feuille avec son millésime...


Et sur quelle presse ?

*****


   Sur ce dernier exemple du même 10 centimes rouge, on identifie facilement la case 141, et on devine l'année puisqu'il s'agit d'un papier GC qui n'a été utilisé qu'en 1916 pour ce timbre :


Mais la variété, moins marquée, peut passer inaperçue : à vos loupes !

*****

Je vous assure que ce jeu est amusant et vous permettra de passer d'agréables moments au frais, tout en vous permettant peut-être de faire des trouvailles sympathiques.

*****

   Et pour donner à réfléchir pour ceux qui vont rester coincés dans les embouteillages sur la route des vacances, que pensez-vous de ce 4 qui s'est couché pour la sieste, et qu'un ami a eu l'amabilité de nous montrer ?


Un poisson d'avril ?


samedi 16 mai 2026

Qui détient la vérité ?

 

  Au cours de la longue vie de notre Semeuse, il y eut une période de transition cruciale : celle qui lui a permis de passer d'un fond ligné choisi par le graveur pour obtenir un effet de relief saisissant, à un fond mat qu'on lui a imposé, à la demande du ministre ou secrétaire d'état. C'était là encore en 1906.

Je ne reviendrai pas sur les différentes étapes qui ont vu apparaître un sol, puis le soleil changer de place, puis disparaître, effacer un pseudo téton, mais je viens de tomber sur un texte de l'époque qui remet en question la célèbre retouche effectuée sur la Semeuse maigre. Celle qui fut choisie puis reniée, puis remplacée.

   A sa sortie le 28 juillet, l'histoire raconte que le nouveau timbre à 10 c. a tellement déplu au ministre, qu'il a ordonné d'en stopper la vente au bout de deux heures seulement. Il faudra que Mouchon en améliore l'aspect. La retouche ayant pour but de mieux faire ressortir l'effigie sur ce fond uni. 

Il y eut donc deux tirages et deux types pour les 10 et 35 c. émis, YT 135 et 136, le premier en juillet, et le second en octobre. Merci au passage de me signaler les dates d'impression que vous pourriez croiser. Le mois permet donc facilement de déterminer le type.


   De tout temps la distinction entre ces deux types a posé des soucis aux philatélistes, car la variation des encres, des papiers, et de la qualité d'impression a eu tendance à atténuer des différences déjà minimes au départ. Et cela avait de l'importance car le premier tirage est bien plus rare que le second, et donc les timbres bien plus recherchés au type I. De l'importance pour le ministre, et les philatélistes.

Pour vous donner une idée, je me suis amusé à juxtaposer sur cette image les 2 types du 35 c. :

Il est vrai que celui de droite au type II est un peu mieux réussi !
Mais il n'y a pas non plus de quoi se la prendre et se la mordre.

Du coup, les collectionneurs et les négociants, alertés par cette mise en vente suivie d'un retrait si précoce du 10 c. ont décrit sur les timbres de petites différences permettant de ne pas se tromper : il s'agit de lignes blanches devenues plus visibles après retouche au niveau des fesses, du bas du sac, du pied gauche, et sous l'avant-bras droit. Ce qui voudrait dire que Mouchon aurait re creusé les poinçons un peu plus profondément au niveau de ces zones de séparation entre la Semeuse et le fond.

  L'année dernière, grâce à l'obtention des fabuleuses images des poinçons conservées par le musée, je vous avais fait part de mon analyse de ceux de la série des Semeuse maigres. Que vous pourrez relire en cliquant sur ce lien : Poinçons

Mais je ne vous avais volontairement pas montré la ligne des fesses ! J'en vois déjà qui sourient... Ni le dessous de l'avant bras qui sème.

Car sur les 5 poinçons (et cela me chagrine beaucoup) on ne voit pas de franche différence à ces deux endroits, alors que sur les timbres, c'est le plus souvent le cas ! Même sur la médiocre image des 35 c. ci-dessus, on voit mieux les lignes blanches, qui sont indiscutablement plus marquées sur le timbre de droite.

Voici donc les poinçons, et ils semblent bien tous semblables au niveau du postérieur :


Et au niveau de l'avant-bras :

Ces lignes ont été creusées là où il n'y en avait pratiquement pas, nettement accentuées.

Nous nous devons donc de revenir sur ce que nous affirmions, probablement à tort, à propos de ces poinçons. 

Cependant, si je vous remontre la comparaison des 2 autres zones :

Reconnaissez que l'on a bien l'impression que les lignes sont plus nettes là où j'ai mis un +, non ? 


Au vu de ces images, il n'y a que trois possibilités : 

1ère hypothèse = les cinq sont au musée dans leur état d'origine, et alors :

        - soit Mouchon a retouché, case par case, les galvanos qui avaient été déjà confectionnés pour les 10 et 35 c. "au type I"

        - soit il a fait fabriquer des copies des poinçons du 10 et du 35 c. qu'il a pu retoucher sans prendre de risque, et qui ont servi à confectionner les galvanos "au type II". Mais ces copies n'auraient pas été conservées par le musée, ce qui est tout à fait plausible.

2ème hypothèse = les cinq ont été retouchés. C'est ce que pensait Pierre de Lizeray lorsqu'il les a examinés. Il est surprenant que le graveur ait pris ce risque : impossible de revenir en arrière en cas d'erreur. Sa main ne devait pas trembler !

   Cela signifie que nous nous sommes peut-être fourvoyés dans notre analyse de l'année dernière au niveau du bas du sac et du pied gauche, là où les infimes différences de gravure que nous avions décrites ne seraient en réalité que des vues de notre esprit ! Les différences peuvent probablement s'expliquer par la variabilité inévitable de tout travail effectué à la main.

Nous avions voulu faire coïncider ce que nous observons sur les timbres avec ce que nous croyions voir sur les poinçons. Alors que c'est l'inverse qu'il fallait faire ! 

   Mais on dirait bien que Monsieur de Lizeray se soit lui aussi trompé, car en ce qui concerne les zones retouchées, en particulier le pied gauche qu'il considérait comme un excellent moyen pour distinguer les deux types en examinant les timbres, c'est Mouchon lui-même qui le contredit !

J'ai en effet eu le plaisir de trouver le texte suivant dans une revue philatélique du 25 novembre 1906 : "Le Timbrophile de France", qui rapporte les dires du graveur, interrogé à ce sujet. 

Alors que le second tirage est en cours.


extrait de :

Mais comment expliquer les autres lignes blanches que l'on observe sur les timbres au type II ?

  Alors, selon vous, est-ce moi qui invente des différences qui n'existent pas sur les poinçons du musée ?

Le bas du sac et le pied ont ils été retouchés ?

 Peut-être que Pierre de Lizeray a mal vu avec sa loupe, certains détails qui sautent aux yeux sur notre écran d'ordinateur ? 

Ou bien serait-ce Mouchon qui raconte des mensonges à ce Monsieur Ledoux de la revue en question ?

That is the question !

   En résumé : la ligne des fesses est bien nette sur les 5 poinçons du musée, ce qui est en faveur de la 2ème hypothèse. Tout comme concluait notre illustre prédécesseur, lui qui fut le premier et le seul à examiner les poinçons du musée, en 1955.

Autre fait indiscutable en examinant cette fois-ci les timbres : il existe effectivement une différence assez nette au niveau des 4 zones décrites, avec des lignes blanches dites lignes de lumière bien plus visibles sur les types II. Même s'il reste possible d'avoir des doutes sur certains exemplaires moins nets.


   Il semble bien que Maître Mouchon se soit un peu moqué de son interlocuteur en affirmant n'avoir retravaillé que l'arrière train de sa Semeuse !  Peut-être en avait-il un peu assez d'être importuné par ces philatélistes venant l'interroger sur de si insignifiantes broutilles ? Le journaliste relate trois visites successives entre juillet et novembre !

Voici un extrait du même journal de septembre 1906 :


Il n'a peut-être tout simplement pas voulu admettre qu'on lui avait imposé autant de retouches à apporter à son travail ? Un mensonge par omission !

Lui qui avait si bien imaginé et réalisé ce magnifique fond ligné donnant un beau relief, et qui a ensuite été obligé de le remplacer par un fond uni qui ne lui plaisait pas du tout.


Remarquez qu'il avait initialement créé des zones d'ombre, 
précisément là où on lui a ensuite demandé de la lumière !

Il était un peu susceptible Louis Eugène, mais quel talent !


*****

  Le musée conserve une autre pièce particulièrement intéressante : une feuille d'essai décrite elle aussi par De Lizeray à l'époque, et qui pourrait démontrer que les deux poinçons qui ont donné les 2 types ont coexisté !

Sur celle-ci figurent 4 épreuves côte à côte  (2 du 10 c. et 2 du 35 c.) permettant justement d'apprécier l'effet rendu par cette fameuse retouche !

Ce qui voudrait dire que la retouche en question n'a pas été faite sur les poinçons d'origine, et relancerait la première hypothèse.

En effet, si la série de poinçons avait été retouchée, l'atelier n'aurait à l'évidence plus pu disposer des poinçons d'origine pour imprimer la feuille destinée à cette comparaison !

J'attends de pouvoir admirer ce document pour en savoir plus, et vous en faire profiter.


*****


   Nous avons eu par ailleurs l'immense surprise de lire et d'apprendre dans ce même "interview" de l'artiste, que l'atelier du boulevard Brune employait alors "depuis quelques temps, des feuilles gommées avant l'impression" ! Ce qui avait échappé à tous les spécialistes, et n'avait jamais été écrit ailleurs.

Ne s'agirait il pas du fameux papier portant le filigrane du fabricant AUSSEDAT, dont on sait qu'il a été testé boulevard Brune précisément à cette époque ?

Moi, je le crois !

J'en profite pour relancer mon appel concernant les Semeuses que vous pourriez connaître avec ce rare filigrane : il doit bien en exister d'autres que celles que je vous ai déjà montrées ici, et j'aimerais vraiment en voir des images !

(YT 129, 130 et 137 peuvent être concernées, mais pourquoi pas les autres de cette même période qui fut si agitée à l'atelier ?)


 

dimanche 3 mai 2026

Actualités des stars

 

  J'ignore si la presse people existe encore aujourd'hui ou bien si elle a été remplacée par ce que beaucoup de gens appellent les réseaux sociaux, mais il y a de ça quelques années, ces journaux qui naviguaient entre voyeurisme, révélations et "paparazzades" ont eu un franc succès auprès du public. Plus la personne citée était célèbre, et plus les lecteurs étaient friands d'obtenir des scoops à son sujet.

Vous allez penser que la comparaison est osée, mais au début du XXème siècle dans la presse (et pas uniquement philatélique), la star, c'était le timbre à 10 centimes ! Et c'était une Semeuse. Nous avons souvent parlé ici de ses différentes versions successives ayant défrayé la chronique, mais je suis tombé récemment sur deux petits articles qui m'ont paru intéressants.


   Le premier concerne les débuts de l'ultime version rouge, celle dont le fond plein et les retouches sont à l'origine des qualificatifs de camée ou grasse, et de sa numérotation Yvert n°138. Un joli timbre !

Certains y ont consacré une vie entière de philatéliste !
Une collection extrêmement riche !

   Concernant son année de naissance, pas de scoop : c'est 1907, mais si vous vouliez un jour lui fêter son anniversaire, vous auriez bien du mal à en trouver le jour exact. Sa date d'émission n'a jamais été officiellement révélée, pas plus que sa mise en vente au public : étonnant, non ?

En fait cela montre bien que pour l'administration, cette Semeuse camée a tout simplement remplacé la Semeuse maigre dont le dessin n'avait jamais donné entière satisfaction, et que pour tout le monde, un 10 c. rouge reste avant tout un 10 c. rouge. Pas besoin d'en faire un évènement.

   Du coup, ce sont les philatélistes qui vont essayer d'en trouver les premières dates d'utilisation sur le courrier, et là encore un doute persiste, mais c'était probablement en septembre. Pourquoi un doute ? Parce qu'on connait des oblitérations plus précoces, mais qui peuvent tout à fait être des erreurs de mois, chose fréquente avec les cachets à date manuels de l'époque. Mais quel jour de septembre ? Mystère !

Qui pourra nous livrer un réel scoop en nous montrant son vrai 1er jour ?

cachets du 14 et du 19 douteux   /   du 26 et du 27 bien frappés

   Quant au début de son impression, vous allez croire que je le fais exprès, mais on n'en connait pas non plus la date avec précision : le 22 janvier est cité depuis longtemps par d'illustres philatélistes, mais je n'ai jamais vu de mes yeux vu, mieux que le 24 janvier !

Si vous avez le 22, ou avant, j'adorerais voir ce scoop, digne d'une couverture !


   On peut trouver bizarre, étonnant, curieux, etc... que ce 138 ait été imprimé dès le mois de janvier pour ne se retrouver sur le courrier qu'en septembre. Mois cela me stupéfie toujours, même si ma passion pour les dates fait que j'exagère souvent à leur sujet, mais reconnaissez qu'il y a de quoi s'interroger. Il est certain qu'il devait rester des stocks importants des autres timbres rouge ou rose à 10 c. mais tout de même, 8 mois... 

Ce qui est sûr, c'est que l'impression des feuilles du 10 c. maigre s'est terminée au tout début de cette année 1907 : cela coïncide donc bien. D'ailleurs, ses carnets de 20 s'étaient très mal vendus avec leur prix de 2 f.05, et il a fallu eux aussi les écouler.

    De plus, c'est toute une série de cette Semeuse camée de 1907 qui avait été décidée : six nouveaux timbres à 5 - 10 - 20 - 25 - 30 - 35 c., mais c'est le 5 c. qui sera émis en premier, dès le mois de mars. Sa sortie passant un peu moins inaperçue car elle se fit sous la forme de carnets. Puis les autres valeurs suivront. On sait que le 25 c. imprimé à partir du 17 avril, apparaîtra sur le courrier le 18 juin. Les autres valeurs ont été imprimées en mai.

Y avait-il une autre raison pour attendre jusqu'en septembre pour le 10 c. ?

  Je n'ai pas la réponse à cette question qui me tarabuste vraiment, mais l'article que voici nous apporte peut-être une piste :

Le Timbrophile de France - avril 1908 (cliquez sur les images)

   Peut-être que l'atelier a rencontré des difficultés imprévues avec son encre rouge ? Ou bien que la couleur utilisée jusque-là a fini par déplaire à un ministre facétieux ? Qui sait ?

Cet article nous éclaire surtout sur la naissance de cette véritable star qu'est le 138 avec nuance écarlate, le 23 juillet 1907 (sur la presse 10), ce que je peux cette fois-ci vous confirmer avec une image :

Petit ou grand scoop ?

********


    Le ton du deuxième article, paru dans le même journal le 25.11.1907, est un peu similaire à celui des journaux à scandale, destinés aux amateurs de ragots. Et il parle d'une autre star de la philatélie semi moderne, le faux pour tromper la poste du 10 c. rose Semeuse lignée YT 129.

C'est effectivement au début de 1907 que ce Monsieur Schnebelin publiait le scoop dans son n°52 de "La revue française des collectionneurs" avec la reproduction d'un des oblitérés qui est le premier cité ci-dessus :

Et voici une meilleure image du troisième cité :

(ex. collection Françon)

Et un autre oblitéré rue Blomet Paris XV :


Pensez-vous que ce négociant condamné était LE coupable ?

   Il ne fait aucun doute que ce faux est rare, pour ne pas dire introuvable. Peut-être pour la bonne raison que la presse philatélique a ainsi très vite permis de déboucher sur une condamnation ? Ce qui a instantanément mis fin au "trafic".

On le rencontre (un peu) plus souvent en neuf, mais encore faudrait-il être convaincu qu'il ne s'agit pas de faux pour tromper les collectionneurs ! Rien n'est moins sûr.

Les rayons du soleil vraiment mal reproduits le caractérisent.

Et on appréciera sur ce bloc les défauts de la dentelure !

Sur lettre, je ne l'ai vu proposé en vente qu'une seule fois, en décembre 1993, et plus jamais depuis :

A l'époque, je l'avais trouvé trop chère cette enveloppe mal pliée, avec son adresse découpée et sans aucun cachet d'arrivée, mais je la regrette aujourd'hui. Si l'un d'entre vous a la possibilité de m'en fournir ne serait-ce qu'une simple image de bonne qualité, j'en serai ravi.


Bien entendu, et comme toujours, tous vos avis, toutes les images et renseignements complémentaires sont également les bienvenus !