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mardi 20 juillet 2021

Un joli scoop !


  Tout en restant modeste comme il se doit, je pense que ce scoop là est assez intéressant, et je suis assez fier de vous le révéler ici ! Et j'attends vos commentaires avec impatience (cliquez au bas de cet article).

Ce n'est pas tous les jours que l'on découvre quelque chose de neuf concernant les Semeuses. Je ne me souviens même pas de quand date la dernière vraie révélation, ni à qui on la doit. Probablement à Monsieur Pierre De Lizeray, grand connaisseur qui les a si bien étudié, et dont les publications font encore référence aujourd'hui.

  Comme souvent, il s'agit d'un timbre courant : la Semeuse à 15 c. brun-lilas YT n°189. Ce timbre a eu une longue durée d'utilisation et a été imprimé sous la forme de feuilles, de carnets, d'entiers postaux et de roulettes. La seule véritable rareté qu'on lui connaisse est son préoblitéré YT n°53 en bande de 11 pour roulettes (11 timbres sont nécessaires pour prouver qu'une bande verticale n'a pas pu être découpée dans une feuille, puisque ces dernières de 100 timbres ne pouvaient donner au maximum que des bandes de 10). C'est une de roulettes les plus rares, une quinzaine de connues peut-être ?

D'ailleurs, certains se sont efforcé de trouver de minuscules détails permettant de reconnaître les timbres issus de ces roulettes rotatives, mais sans jamais y parvenir : impossible de les identifier pris isolément, ils ressemblent trop à ceux des feuilles au type I.

  Car ce timbre est connu et répertorié avec 2 types faciles à distinguer :

-le type I pour les carnets, les roulettes et les premières feuilles rotatives de 1925 à 1936

-le type II pour les dernières feuilles rotatives de 1935 à 1938, un peu moins courant donc

  Là où cela a commencé à me chiffonner, et vous commencez à me connaître comme passionné des coins datés et des carnets, c'est que les feuilles (et les roulettes) n'ont été imprimées qu'en rotatif, alors que les carnets datant pourtant de 1929 (nous y reviendrons) l'ont été à plat.

Carnets à plat au type I

Coin daté de feuille rotative au type I

  Il est impossible techniquement que le même matériel ait pu être utilisé pour ces deux présentations. Pas plus que pour les roulettes d'ailleurs, dont le type n'a jamais pu être caractérisé.

  C'est en tombant sur un vieux courrier, échangé entre deux philatélistes de l'époque que ce fait que je connaissais a soudain provoqué un déclic : on devrait en théorie pouvoir différencier les timbres des carnets de ceux des feuilles au type I ! 

Mais alors, pourquoi personne ne s'y est jamais essayé ? Il est vrai que ces carnets dont le tirage a été assez faible sont un peu les malaimés des collectionneurs, et qu'ils ne sont pas rares du tout de nos jours, car les philatélistes de l'époque les avaient repérés et mis de côté. Peut-être les a t'on négligé à tort, en oubliant de les regarder de plus près ?

  Me voilà donc à glisser dans mon scanner un carnet et un coin daté, pour en obtenir des images en  haute définition. Puis à placer côte à côte les images d'un timbre de chaque. Voici le résultat :


 N'y a t'il rien qui vous saute aux yeux ?
Moi oui : même sans zoomer ni cliquer sur l'image, celui de droite est plus grand, nettement !

Voici ce que donnent les mesures du cadre : 22,3 x 18,4 mm pour l'un et 22,7 x 18,9 mm pour l'autre, ce n'est pas rien comme différence !

Comparons ensemble, en superposant le plus grand et le plus petit :

Plus large !

    
Et plus haut !

Pour moi, "il n'y a pas photo !"

Par ailleurs, la valeur faciale semble située plus bas sur le timbre des feuilles, et une dernière mesure vient le confirmer : 0,2 mm de différence :

  Que ceux que cela intéresse fassent comme moi, 

et ne se gênent surtout pas pour me faire part de leurs conclusions !

  Pour ma part, je pense que l'on peut dorénavant parler d'un type IA pour les carnets, et d'un type IB pour les feuilles, que l'on peut parfaitement ainsi distinguer.

  De plus, cette distinction présente tout de même un certain intérêt, même pour les philatélistes non spécialistes : les timbres issus des carnets sont infiniment plus rares que ceux des feuilles.

Quelques milliers de carnets contre des centaines de milliers de feuilles de 100 !

  Notons que les oblitérés issus de carnets sont encore plus rares que les neufs, puisque ces carnets ont souvent été conservés intacts. Ou bien collectionnés sous forme de publicitimbres.

Mais, dès à présent, vous n'avez plus besoin de les chercher avec leurs bandelettes publicitaires !

*****

  Voici, pour finir, un extrait du courrier du 7 février 1929 qui m'a en réalité mis sur la piste :


Adressé à Maurice Digeaux, célèbre négociant spécialisé dans les carnets
par l'administrateur-directeur de la maison Pierre Virgile Chareyre, 
philatéliste lui aussi !

*****

  Pierre de Lizeray, toujours lui, dans son étude sur les poinçons du musée postal, décrit 3 poinçons pour ce 15 centimes : 2 correspondant au type I et un au type II. Il pense qu'un des deux du type I est précoce, prévu pour la cette valeur qui n'a finalement pas fait partie de la série émise en1907 (imprimée à plat bien entendu). Peut-être a t'il servi pour nos carnets ???


jeudi 15 juillet 2021

Tout est bidon !

 

  Depuis plusieurs années, je passe quelques minutes par jour à chercher sur eBay, des timbres pour ma collection. J'en ai trouvé à l'époque (comme disent les anciens). Mais on en voit de moins en moins. Pourtant le marché philatélique n'est pas mort. D'autres sites et de nombreuses ventes publiques regorgent de pièces intéressantes.

Mais ces derniers temps sur eBay, les seuls timbres que l'on trouve facilement sont les faux. Tous très grossiers, et même pas capables de tromper les vrais collectionneurs. Le plus étonnant étant que certains se vendent ! Il y a donc un marché !

  Mais, là, je pense avoir trouvé un "must" : absolument tout est faux, une vraie caricature !

Oh, le joli préoblitéré que voilà !

(je ne l'ai pas acheté)

  Le timbre est faux, plutôt pas trop mal rendu, mais sa dentelure est ratée. Normalement, un bas de feuille de ce timbre imprimé à plat ressemble à ça, sans aucune inscription :


  La dentelure descend jusqu'au bord sur les vrais. 
Et il n'y a évidemment pas les parallélogrammes imprimés sous les timbres. 
On les trouve exclusivement sur les timbres imprimés par les presses rotatives, et ils sont caractéristiques des coins datés. 
Ceux-ci n'ont d'ailleurs existé qu'à partir de mars 1922 !

Sur les coins datés aussi, la dentelure descend jusqu'au bord, soit dit en passant...

La date est donc bidon elle aussi. Tout comme le papier et la gomme :


On voit nettement au dos, que la date a été frappée par une machine moderne.

  Alors pourquoi tant d'ignorance ? Pourquoi se donner du mal pour créer une telle chose qui ne cherche même pas à ressembler au timbre copié ? 
Et pourquoi donc le mettre en vente ?
Espère t'on vraiment lui trouver un acheteur ? Oui, oui, il y en a !

Il est vrai que le vendeur précise bien dans sa description qu'il s'agit d'un faux. 
Pour éviter d'être traité de malhonnête j'imagine.
Pour faire croire que ce n'est pas lui qui l'a fabriqué peut-être ?

Le site laisse faire, puisqu'il touche une commission sur ces ventes. 

  A ce jour, ils sont déjà 3 à se le disputer : avec 4 enchères et un prix de 3,50 euros. 
Si tous les cons étaient philatélistes, ceux-ci habiteraient la rue Drouot à mon avis.

INCROYABLE !

Mais les enchères sont peut-être elles aussi bidons ?
Espérons...

Si vous êtes intéressés, il vous reste encore quelques heures pour les rejoindre !


jeudi 6 mai 2021

PAR AVION

 

  De nos jours, plus personne ne prend la peine d'inscrire cette mention sur son courrier tellement le transport aérien s'est généralisé pour relier deux régions lointaines, voire deux continents. Ni sa rapidité ni sa fiabilité ne sont plus à démontrer. Mais il n'en a pas toujours été ainsi.

  Vous avez certainement en mémoire les aventures des grands pionniers de l'aviation qui ont laissé leurs noms dans l'Histoire, et dont les exploits ont fait rêver plusieurs générations. Nous en avons déjà relaté ici quelques épisodes, auxquels notre courageuse Semeuse avait pris part. Principalement dans la période entre les deux guerres, l'aviation ayant largement profité du conflit de 14-18 pour évoluer, se moderniser et devenir un moyen de transport bien plus fiable qu'à ses débuts.

  Avant la première guerre en revanche, prendre son envol sur des machines particulièrement sommaires et fragiles, et réussir à atterrir ensuite sans trop de dégâts restait un exploit ! Les meetings aériens avaient un succès fou, et le public se bousculait pour admirer le spectacle de ces pilotes, pour partager leurs frissons, et s'émerveiller devant leur courage et leur agilité.

C'est en 1909 que Louis Blériot réussit la traversée de la Manche avec un vol de 37 minutes pour 35 Km, mais il faudra attendre 1927 pour que Charles Lindbergh traverse l'Atlantique, en 33 heures !

*******

  Pour le transport du courrier sur de longues distances, la voie ferroviaire et la voie maritime étaient les seules à se partager le marché comme l'on dit, et depuis longtemps. Au prix d'une certaine lenteur bien entendu, mais tout le monde s'en satisfaisait puisqu'il n'y avait pas d'autre choix.

Jusqu'à ce que l'idée d'utiliser l'avion se mette à germer dans l'esprit de quelques administrations postales. Et la France était alors à la pointe de la modernité !

  C'est en Inde en février 1911, à l'occasion d'une exposition internationale agricole, d'industrie et des transports, qu'un Français transporta pour la toute première fois du courrier sur une dizaine de kilomètres à bord de son biplan, avec l'aide de l'armée britannique.

En France, le premier vol postal "officiel" date de juillet 1912 autour de Nancy : trois sacs de dépêches sont transportés sur 27 Km. 

On ne peut pas dire que le service rendu pour d'aussi courtes distances fut véritablement remarquable, mais l'idée était lancée, et notre Semeuse était déjà de la fête, accompagnée d'une vignette spécialement émise, vendue 25 centimes au profit de l'aviation militaire :


*******

   C'est finalement en octobre 1913 qu'eut lieu la première liaison postale aérienne, expérimentale certes, mais apportant réellement un service utile au transport du courrier.

Le courrier à destination des Antilles partait alors de Pauillac tout près de Bordeaux, sur la rive gauche de l'estuaire de la Gironde. Venant de Paris, il était normalement transporté jusqu'à Pauillac par le train du soir, juste à temps pour être embarqué le lendemain sur un paquebot de la Compagnie Générale Transatlantique assurant régulièrement la traversée, tous les quinze jours. 

Ce qui fait que pour le courrier centralisé à Paris après le départ du train, ne pouvant donc être acheminé à temps pour la traversée, il en résultait un retard considérable ! Car il fallait alors attendre le paquebot suivant. 

Retard que le Ministre responsable ne pouvait accepter, d'où son idée d'utiliser l'avion, seul moyen capable d'acheminer assez rapidement ce courrier le jour même, avant le départ du paquebot.

  La presse en parle dès le 12 octobre (La Liberté) :


  C'est donc au matin du 15 octobre, vers 7 heures, en présence d'Alfred Massé, matinal Ministre du commerce, de l'industrie, des postes et télégraphes, et fier d'être à l'origine de cette expérience, que le courrier arrivera par une automobile postale à l'aérodrome de Villacoublay, situé au sud-ouest de la capitale. 


L'avion choisi est un Morane-Saulnier G. Il emportera une dizaine de kilos de courrier, et il sera piloté par le lieutenant de cavalerie Emmanuel Ronin.

On le voit ici signer la prise en charge du courrier.

 Après quelques péripéties et environ 500 Km de vol, il atterrira à Saint Julien Beychevelle, près de Pauillac, puis les sacs postaux seront acheminés par une voiture des postes jusqu'au paquebot "PEROU" qui pourra aussitôt lever l'ancre, en tout début d'après-midi.

  A son bord, notre Semeuse bien entendu. 

Compte-tenu de leurs destinations toujours "exotiques", bien peu en sont revenues, mais quelques rares lettres ou cartes postales font encore aujourd'hui la joie d'heureux collectionneurs, dont je fais désormais partie. 

Ici, une lettre postée à Paris le 14, à destination de Mana en Guyane, sur laquelle on notera l'absence de surtaxe, alors que celle-ci avait été envisagée. Cachets oblitérant de Paris 5 - avenue de la République - 18 h. 30, puis Paris R.P. Etranger au dos, après le départ du train du soir.


C'est la toute première utilisation de la griffe "PAR AVION" !

Avec cachet maritime octogonal "Bordeaux à Colon LD n°1 du 15.10.1913

Et arrivée à Cayenne le 9 novembre.
On note que le destinataire était un surveillant militaire, probablement responsable de l'un de bagnes.


Le Musée Postal expose pour sa part une carte postale ayant fait le même voyage, mais jusqu'à La Martinique, sur laquelle la griffe "PAR AVION" est en noir (le bureau de départ n'étant pas le même) :


On en connait d'autres pour La Guadeloupe.

Plusieurs n'ont jamais atteint leur destinataire et sont revenues en métropole 
avec la griffe "Retour à l'envoyeur".

Si certains de nos lecteurs ont des images à nous faire partager, je les en remercie par avance...

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 La revue "L'aérophile" du 1er novembre relatera merveilleusement cette aventure, avec d'émouvantes photographies :


Tout ceci restera hélas sans suite, probablement à cause du début de la guerre. Et il faudra attendre la fin des hostilités pour que la poste aérienne prenne son envol...

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MERCI à tous les correspondants qui ont eu l'amabilité de partager avec moi ces documents d'époque, et aux sites internet consacrés à cette épopée, dans lesquels j'ai également puisé des informations précieuses. Vous pouvez aussi cliquer sur ce lien :

Article paru à l'occasion du centenaire de ce vol

A noter que La Poste Française avait émis dès 1978 un joli timbre commémoratif :



samedi 1 mai 2021

Mon brin de muguet à moi

  
  C'est une tradition, en ce 1er jour du mois de mai, que d'offrir un brin de muguet.

 Moi, pour le même prix (c'est à dire quelques euros) et presque la même couleur, je me suis offert cette jolie paire  qui me fait autant plaisir, avec sa tache au-dessus des fesses :


C'est déjà la sixième recensée sur ce blog,
ce qui nous fait un petit bouquet ! 


  Souvenez-vous ! J'avais lancé ce petit jeu il y a environ un an, à la recherche de petites variétés d'impression, se reproduisant toujours à la même place, et touchant une partie du tirage.

*****

  Dans le même ordre d'idée, un correspondant vient de me faire parvenir ces images :

Celle de droite est issue d'une revue philatélique

La tache est bien plus grosse. Il n'y a pas de "halo" aussi bien marqué tout autour, halo qui est à l'origine du nom d'anneau-lune.

Le timbre est imprimé en typographie rotative cette fois-ci.

On dirait qu'un bout de papier imprégné d'encre est resté collé sur le cylindre pendant quelques tours !

  Car j'en avais un similaire dans ma collection :


Et un autre en photo, ce qui en fait déjà 4 ! 

Ce dernier ayant l'intérêt de situer la variété 
à la case 60 d'une feuille de 100 au type II A.


A vous de jouer à présent, pour nous en montrer d'autres...

lundi 26 avril 2021

Tout est bien qui finit bien !

 

 Je vous avais conté ma mésaventure en septembre 2016 concernant une fameuse "Lettre à 5 centimes" qui s'était égarée, mais je ne l'avais pas complètement digérée. On peut même dire qu'elle me restait un peu en travers !

Certes elle avait un peu souffert lors de son ouverture en 1912, et ne présentait plus très bien. Certes j'en avais trouvé une plus belle depuis dont j'aurais pu me contenter. Mais le simple fait qu'elle m'ait été attribuée pour finalement ne jamais la recevoir m'avait mis en rogne. 

Je ne désespérais pourtant pas de la recroiser un jour car, en tout et pour tout, on n'en connait que 3 exemplaires de cette édition numéro 1, et elle ne manquerait pas de réapparaître un jour ou l'autre dans une vente ici ou là.

  Et c'est ce qui est arrivé tout récemment !

Du coup, je peux enfin vous la faire voir correctement :

Comme les 2 autres connues, elle a été adressée à l'illustre maison Maury
(par le même expéditeur, un certain Henri Manaut 
de Toulouse, qui leur commandait des timbres)

Le magasin était situé presque en face du passage des panoramas



Hélas, la partie réservée à la correspondance n'a pas été conservée !


Ne restent que les publicités qui ont gardé tout leur charme !


  Vous aurez compris que c'est l'enveloppe dite "à trou" qui a été malmenée. Un peu déchirée dans le coin rendu si fragile par l'ouverture permettant au timbre d'être vu et oblitéré. 
Partie le 6 juillet 1912 de Toulouse - Arnaud Bernard, elle est arrivée le lendemain à Paris.

  C'est en effet en Haute Garonne que Mr Estoup avait eu cette idée originale de commercialiser à moitié prix une lettre porteuse de multiples annonces commerciales régionales. Idée ayant certainement séduit les célèbres philatélistes de chez Maury, qui ont bien pris soin de conserver celles qu'ils recevaient. 
Les 2 autres connues sont oblitérées des 9 et 12 juin de la même année. 
Et on n'en a jamais vu d'autre depuis !

  Pour 5 centimes, on avait droit en prime dans une pochette, à un buvard grand format et à un porte-plume avec plume, en plus de la lettre que l'on pouvait bien entendu utiliser à sa guise pour son courrier. C'était une bonne affaire !



Les publicités pouvaient ainsi toucher leurs cibles dans toute le France !

Si vous regardez bien, vous verrez que le timbre a été perforé verticalement (avant d'être collé sur la lettre) afin d'éviter qu'il ne soit utilisé ailleurs que sur cette lettre publicitaire :
Voici la rarissime perforation en question : LTRE5CMES


  Mais tout ceci a un petit goût de déjà vu pour ceux qui me lisent régulièrement. 

Alors, j'en profite pour vous dévoiler pour la toute première fois le buvard, dont j'ai réussi à dénicher une image sur internet, et qui accompagnait cette édition N°1 :

Pour ceux qui ont de la mémoire, il diffère de celui de l'édition N°2 
que je vous ai déjà montré

P.S. si jamais son propriétaire voulait bien s'en défaire 
et me contacter, je serais un homme heureux


  Voici un 4ème et dernier exemplaire connu (sans son enveloppe), dont la perforation a la particularité d'avoir été apposée à l'envers : du jamais vu non plus !



  Et on connait même un petit malin qui a récupéré et décollé le timbre de son support (même s'il était perforé), afin de s'en servir sur son courrier personnel. Ce qui était pourtant "passible de poursuites judiciaires" :

Le seul connu sur lettre privée, en date du 27 juillet 1912


*******

  Par la même occasion, voici la perforation de l'édition N°2 (un peu moins rare) cette fois-ci apposée horizontalement et à cheval, une fois le timbre collé sur la lettre (il en est de même pour l'édition N°3) :


Ouvrez l'œil, on ne sait jamais, vous pourriez tomber sur un de ces timbres 
dont la perforation n'est pas très lisible, et ne pas l'identifier !

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  En fouillant sur Gallica dans les archives du quotidien "La Dépêche" de Toulouse, j'ai réussi à retrouver les annonces avertissant ses lecteurs de la mise en vente des 3 différentes éditions successives :

Journal du 4 mai 1912
La première édition était vendue dans les bureaux de tabac.


Journal du 23 janvier 1913

La N°2 et la N°3 ont été vendues dans les locaux du journal.

Journal du 12 août 1913


   Les dates sont bien concordantes : 
- un exemplaire de l'édition N°2 est oblitéré à Toulouse du 6 février 1913, 
- et celui de l'édition N°3 porte un cachet d'arrivée dans le Lot du 25 août 1913.

*******

    Monsieur Arthur Maury décédé en 1907, n'a pas eu hélas l'occasion de s'émerveiller devant l'ingéniosité des publicitaires à l'origine de cette Lettre à 5 centimes. 

Toujours est-il que ses employés du 6 boulevard Montmartre n'avaient pas l'air de rigoler tous les jours :

Mais ceci a bien dû les amuser un peu, j'espère...





dimanche 11 avril 2021

C'était il y a un siècle !

 

  En 1921, notre Semeuse régnait déjà depuis 18 ans sur le courrier. Et c'était l'âge d'or de mon chouchou, le 25 c. bleu YT 140 : il en fallait un seul pour affranchir la lettre pour l'intérieur, et deux pour l'étranger, ce qui représentait les tarifs les plus couramment utilisés.

L'impression rotative n'était pas encore au goût du jour mais à plat, on imprimait à tour de bras des feuilles-vente, des roulettes et des carnets pour approvisionner la population avec ce joli timbre bleu.

Pour les carnets, il y eut quelques tâtonnements qui furent à l'origine de trois types différents de figurines, identifiés bien plus tard : les types IV puis I B puis II. 

Mais tous avaient la même couverture, dite "postale" car on n'y trouvait que des renseignements et des consignes sur les affranchissements.

Pas très sexy en réalité. On a dû finir par s'en lasser !

  Si les carnets au type II sont bien plus rares que les autres (qui ne courent pas les rues non plus), c'est parce qu'une véritable révolution s'est produite cette année-là. 
L'administration a pris la décision assez hardie pour l'époque, de faire figurer de la publicité sur ses carnets, et ce sont ceux au type II, les derniers imprimés, qui vont logiquement en bénéficier.

C'est une entreprise privée qui va exploiter ce filon, avec à sa tête le fameux Carlos Courmont dont nous avons déjà parlé.

Dans un premier temps, la publicité sera imprimée sur les couvertures seulement, et en voici un des tout premiers exemples, datant de 1922 :


Puis en 1923, grâce à l'agrandissement du format, elle pourra aussi figurer sur les bords des timbres, et donc mieux atteindre sa cible puisqu'elle suivra le timbre sur le courrier aux quatre coins de l'hexagone, et de la planète !


 C'est suite à la mise en vente récente de ces deux jolis bébés, que je me suis amusé à chercher sur le net des images d'époque et des renseignements, pour en savoir plus sur ce tour de France 1923, qui fut effectivement  remporté par l'équipe sponsorisée par cette marque stéphanoise.

Les champions cyclistes étaient alors de vrais héros. Leur matériel étant assez sommaire. 

Un vélo de pointe pour le prix de 110 carnets de timbres !

L'usage du dérailleur n'était pas encore autorisé : imaginez un peu leurs efforts, et leurs mollets !

Les routes n'étaient pas goudronnées. 

Le Tour faisait vraiment le tour de notre pays, et non pas semblant :


Monter le col du Tourmalet était un exploit surhumain, avait de la gueule, et ressemblait à ça :

Pas à une mascarade publicitaire comme de nos jours !



Même si le vainqueur cette année-là savait remercier son employeur (et vice-versa certainement).

Les pneus, en revanche, il a dû un peu les maudire à mon avis (c'est bien lui sur cette photo, qui répare sa roue sur le bord de la route) :




Il lui aura fallu pédaler 222 heures, à 24 Km/h de moyenne pour devancer un autre héros, l'italien Ottavio Bottecchia, qui gagnera l'année suivante :



  En 2020 par comparaison, un Slovène anabolisé parti de Nice (ville la plus contagieuse alors), n'a pédalé que 87 heures mais à 40 de moyenne (!) pour empocher son chèque, après que la célèbre caravane ait pu disséminer tout plein de virus sur sa route, exclusivement dans notre joli Sud en plus !

Essayez donc avec votre vélo moderne de faire une pointe à 40 Km/h et vous comprendrez que pour tenir ainsi 87 heures, il ne faut pas boire que de l'eau d'Evian :


Ni manger que du Banania !...


Mais que dans tous les cas, il faut être vraiment timbré !