J'ignore si la presse people existe encore aujourd'hui ou bien si elle a été remplacée par ce que beaucoup de gens appellent les réseaux sociaux, mais il y a de ça quelques années, ces journaux qui naviguaient entre voyeurisme, révélations et "paparazzades" ont eu un franc succès auprès du public. Plus la personne citée était célèbre, et plus les lecteurs étaient friands d'obtenir des scoops à son sujet.
Vous allez penser que la comparaison est osée, mais au début du XXème siècle dans la presse (et pas uniquement philatélique), la star, c'était le timbre à 10 centimes ! Et c'était une Semeuse. Nous avons souvent parlé ici de ses différentes versions successives ayant défrayé la chronique, mais je suis tombé récemment sur deux petits articles qui m'ont paru intéressants.
Le premier concerne les débuts de l'ultime version rouge, celle dont le fond plein et les retouches sont à l'origine des qualificatifs de camée ou grasse, et de sa numérotation Yvert n°138. Un joli timbre !
Concernant son année de naissance, pas de scoop : c'est 1907, mais si vous vouliez un jour lui fêter son anniversaire, vous auriez bien du mal à en trouver le jour exact. Sa date d'émission n'a jamais été officiellement révélée, pas plus que sa mise en vente au public : étonnant, non ?
En fait cela montre bien que pour l'administration, cette Semeuse camée a tout simplement remplacé la Semeuse maigre dont le dessin n'avait jamais donné entière satisfaction, et que pour tout le monde, un 10 c. rouge reste avant tout un 10 c. rouge. Pas besoin d'en faire un évènement.
Du coup, ce sont les philatélistes qui vont essayer d'en trouver les premières dates d'utilisation sur le courrier, et là encore un doute persiste, mais c'était probablement en septembre. Pourquoi un doute ? Parce qu'on connait des oblitérations plus précoces, mais qui peuvent tout à fait être des erreurs de mois, chose fréquente avec les cachets à date manuels de l'époque. Mais quel jour de septembre ? Mystère !
Qui pourra nous livrer un réel scoop en nous montrant son vrai 1er jour ?
cachets du 14 et du 19 douteux / du 26 et du 27 bien frappés
Quant au début de son impression, vous allez croire que je le fais exprès, mais on n'en connait pas non plus la date avec précision : le 22 janvier est cité depuis longtemps par d'illustres philatélistes, mais je n'ai jamais vu de mes yeux vu, mieux que le 24 janvier !
Si vous avez le 22, ou avant, j'adorerais voir ce scoop, digne d'une couverture !
On peut trouver bizarre, étonnant, curieux, etc... que ce 138 ait été imprimé dès le mois de janvier pour ne se retrouver sur le courrier qu'en septembre. Mois cela me stupéfie toujours, même si ma passion pour les dates fait que j'exagère souvent à leur sujet, mais reconnaissez qu'il y a de quoi s'interroger. Il est certain qu'il devait rester des stocks importants des autres timbres rouge ou rose à 10 c. mais tout de même, 8 mois...
Ce qui est sûr, c'est que l'impression des feuilles du 10 c. maigre s'est terminée au tout début de cette année 1907 : cela coïncide donc bien. D'ailleurs, ses carnets de 20 s'étaient très mal vendus avec leur prix de 2 f.05, et il a fallu eux aussi les écouler.
De plus, c'est toute une série de cette Semeuse camée de 1907 qui avait été décidée : six nouveaux timbres à 5 - 10 - 20 - 25 - 30 - 35 c., mais c'est le 5 c. qui sera émis en premier, dès le mois de mars. Sa sortie passant un peu moins inaperçue car elle se fit sous la forme de carnets. Puis les autres valeurs suivront. On sait que le 25 c. imprimé à partir du 17 avril, apparaîtra sur le courrier le 18 juin. Les autres valeurs ont été imprimées en mai.
Y avait-il une autre raison pour attendre jusqu'en septembre pour le 10 c. ?
Je n'ai pas la réponse à cette question qui me tarabuste vraiment, mais l'article que voici nous apporte peut-être une piste :
Peut-être que l'atelier a rencontré des difficultés imprévues avec son encre rouge ? Ou bien que la couleur utilisée jusque-là a fini par déplaire à un ministre facétieux ? Qui sait ?
Cet article nous éclaire surtout sur la naissance de cette véritable star qu'est le 138 avec nuance écarlate, le 23 juillet 1907 (sur la presse 10), ce que je peux cette fois-ci vous confirmer avec une image :
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Le ton du deuxième article, paru dans le même journal le 25.11.1907, est un peu similaire à celui des journaux à scandale, destinés aux amateurs de ragots. Et il parle d'une autre star de la philatélie semi moderne, le faux pour tromper la poste du 10 c. rose Semeuse lignée YT 129.
C'est effectivement au début de 1907 que ce Monsieur Schnebelin publiait le scoop dans son n°52 de "La revue française des collectionneurs" avec la reproduction d'un des oblitérés qui est le premier cité ci-dessus :
Et voici une meilleure image du troisième cité :
Et un autre oblitéré rue Blomet Paris XV :
Pensez-vous que ce négociant condamné était LE coupable ?
Il ne fait aucun doute que ce faux est rare, pour ne pas dire introuvable. Peut-être pour la bonne raison que la presse philatélique a ainsi très vite permis de déboucher sur une condamnation ? Ce qui a instantanément mis fin au "trafic".
On le rencontre (un peu) plus souvent en neuf, mais encore faudrait-il être convaincu qu'il ne s'agit pas de faux pour tromper les collectionneurs ! Rien n'est moins sûr.
Sur lettre, je ne l'ai vu proposé en vente qu'une seule fois, en décembre 1993, et plus jamais depuis :
A l'époque, je l'avais trouvé trop chère cette enveloppe mal pliée, avec son adresse découpée et sans aucun cachet d'arrivée, mais je la regrette aujourd'hui. Si l'un d'entre vous a la possibilité de m'en fournir ne serait-ce qu'une simple image de bonne qualité, j'en serai ravi.
Bien entendu, et comme toujours, tous vos avis, toutes les images et renseignements complémentaires sont également les bienvenus !









