Rechercher dans ce blog

Nombre total de pages vues

lundi 19 octobre 2026

Why ?


1988 : ça a débuté comme ça. Moi, j'avais jamais rien vu. Rien.

 (en hommage à l'incipit de mon roman préféré)

   Cette année-là, je finissais mes études de médecine tout en me préparant au tant redouté concours de l'internat qui devait décider de ma vie future. Je travaillais beaucoup pour ne pas gagner grand-chose : un peu l'inverse d'aujourd'hui en fin de carrière. J'avais mis de côté la philatélie faute de temps libre, mais je m'étais déjà "spécialisé" sur la collection au type Semeuse depuis des lustres. J'avais réuni pas mal de documentation, et j'épluchais malgré tout les catalogues des ventes parisiennes que je recevais.

Je vous parle d'un temps que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître. La rue Drouot fourmillait alors de philatélistes et de vitrines alléchantes. La maison Robin y figurait en bonne place, et ses petits catalogues avec leurs minuscules photos en noir et blanc m'apportaient toujours quelques instants de distraction au milieu de mes révisions studieuses et rébarbatives.

On y trouvait à chaque fois de jolies variétés, plus ou moins abordables ou spectaculaires, et en assez grand nombre alors que les autres maisons de vente semblaient se désintéresser des timbres dits semi modernes. J'ai utilement conservé certaines images des plus remarquables.

Celle-ci pourra vous sembler bien banale, mais pas du tout...

(La toute première apparition)

   Si je l'ai conservée presque 40 ans (et numérisée), c'est qu'il ne s'agit pas d'un joli bloc CDF non dentelé du 35 c. violet, mais comme je l'avais noté au dos, d'un essai en bleu. Le prix de départ assez mirobolant que vous voyez affiché (en francs) avait dû faire détourner mon regard, car cela correspondait à environ 6 mois de mon salaire de l'époque !

   Je ne me souviens pas de la description exacte du catalogue, ni du prix atteint, mais ce n'est que quelques années plus tard que je me suis rendu compte de la grande rareté que j'avais vu passer ce jour-là (de loin). 

Robin avait dû se baser sur l'ouvrage de Storch et Françon, qui le mentionnaient dès 1981 :


Hélas, la photo ci-dessus ne permettait pas de distinguer le filigrane.

Ou bien sur le catalogue Marianne de 1984 :

Cote multipliée par 3 en 3 ans, ça fait rêver ! 
Alors que les autres "variétés" ont nettement moins augmenté.
La couronne est devenue anglaise !

En 1994 (donc bien après la vente en question) on le retrouve dans le catalogue Cérès Variétés :

Encore 2 fois plus !

   Toujours est-il que je n'en avais pas croisé le moindre autre exemplaire pendant toutes ces années. Je ne l'avais cependant jamais oublié. Ce filigrane pourtant jamais vu me trottait dans la tête, et il était devenu comme une sorte de graal : le mal était entré en moi.

En 1996, la revue Timbroloisirs venait remuer le couteau dans la plaie en étant la toute première à en publier une autre image, avec cette paire CDF :

Cela se précise, mais on ne fait qu'à peine deviner le monogramme royal !
Il aurait fallu une prise de vue en transparence pour pouvoir admirer le filigrane. Qui devait ressembler à ça :



   En septembre 2019 ici même, à l'occasion d'un article sur le seul autre filigrane connu sur une Semeuse (de la papeterie Aussedat), j'avais lancé un appel pour en savoir plus, qui est hélas resté sans réponse.


   Coup de grâce fin 2024 : la vente Romar disperse des pièces magnifiques ayant appartenu à Monsieur Françon, et nous propose une autre paire avec son BDF :


Ce qui m'a ENFIN permis de me faire une idée assez précise de ce royal filigrane :

Tout y est : 
La couronne
Le G de George     /     Le R de Rex
Séparés par le V

Mais ne croyez pas que j'avais réussi à mettre la main dessus.
Je n'en avais obtenu que cette image. Et perdu au jeu des enchères !


Je dois reconnaître que j'ai eu bien du mal à me remettre de cette déconvenue : cet essai s'avérait véritablement insaisissable ! Ce qui n'a fait qu'attiser ma soif d'en apprendre d'avantage.

En quelle année ?
Pourquoi en bleu ?
Pourquoi ce papier anglais ?
WHY ?

  La Semeuse camée à 35 c. a été imprimée dès le mois de mai, puis émise à la fin 1907, afin de prendre le relai de la précédente maigre YT 136, et affranchir la lettre simple recommandée pour l'intérieur. On l'imprima jusqu'en 1924, pour d'autres usages moins courants. Et il n'y avait donc au départ absolument aucune raison de l'envisager en bleu. 

Cette couleur bleue, réservée au timbre de la lettre simple pour l'intérieur non recommandée, sera utilisée en 1920 pour le 25 c. puis en 1925 pour le 30 c. toujours au type Semeuse, mais il n'a jamais existé en France aucun autre timbre bleu à 35 c. que cet essai non dentelé. Ce qui lui confère un intérêt supplémentaire à nos yeux !

*****

   Me voilà donc obligé de me tourner vers les timbres imprimés outre-Manche et leur célèbre papier filigrané, pour tenter d'en savoir plus. Un domaine qui m'est totalement étranger, dans lequel j'ai pu me plonger et surnager avec l'aide de forts sympathiques correspondants, membres de la prestigieuse Royal Philatelic Society London, la plus ancienne association philatélique au monde.

   Voici tout d'abord quelques images trouvées sur internet :

Fragment de feuille vierge au format de presque 8 rangées de 4 timbres.

Ce filigrane est appelé "Royal simple cypher" (chiffre royal simple)
car chaque timbre ne comporte qu'une couronne et un monogramme.

Référencé W14 (filigrane en anglais = watermark), 
et sauf erreur de ma part au type II (trois différents ont été décrits).

 Il apparaît à priori au milieu de l'année 1912 et fut largement utilisé jusqu'en 1924 (mais plus rarement entre 1918 et 1921). Ce qui correspond parfaitement avec la période de production de notre Semeuse violette à 35 c.

Il sera employé pour la première fois pour ces timbres 
à l'effigie du roi George V représenté de 3/4 (Downey head) :

Toutes les étapes de la conception et de la production, y compris les poinçons, couleurs et épreuves, étaient soumises à l'approbation du roi.

Ces deux valeurs qui avaient été émises le jour du couronnement le 22 juin 1911, suscitèrent de vives critiques en raison de leur piètre qualité, et furent abandonnées au profit de timbres sur lesquels le roi est représenté de profil (profile head) au cours du second semestre 1912 :


   C'est l'entreprise londonienne Harrison and Sons Ltd (imprimeurs attitrés de Sa Majesté), établie à St Martin’s Lane, qui avait été choisie pour leur impression. 

   Le papier filigrané était fourni par William Joynson and Sons une entreprise établie à St Mary Cray dans le Kent, dont les brevets de filigranage mécanique remontent à 1839, et qui produisait historiquement des papiers à lettres et à dessin de haute qualité.


Avec, ce qui est notable pour nous, une adresse au centre de Paris :


   Dans les marges de chaque panneau de 120 timbres constituant les feuilles d'impression, figure également en filigrane le mot POSTAGE (affranchissement ), en lettres capitales à double trait.


Comme on peut l'apercevoir sur ce bloc un peu plus tardif :


Alors que le chiffre royal se retrouve au niveau d'autres marges, comme ici en bas :


   Je n'ai pas réussi à trouver sur internet la moindre image d'un plus grand bloc ou d'une feuille entière de ces timbres pourtant assez courants. Le Postal Museum ne permet hélas pas de visualiser celles qu'il conserve. 
Mais, sauf erreur de ma part, chaque feuille comportait 480 timbres répartis en 4 panneaux de 120 selon le modèle ci-dessous que nous avons trouvé pour l'émission du roi Edouard VII, à priori semblable :


   Sur ce papier filigrané ont été imprimés des timbres qui furent mis en vente sous forme de feuilles courantes, mais également en bandes dites de roulettes pour les distributeurs, et en petits carnets constitués de feuillets de 6 timbres.

Tiens donc ! 
Est-ce que cela ne vous rappelle rien ces petits carnets ?

*****

   D'ailleurs, il est grand temps à présent de traverser la Manche en sens inverse, pour revenir à notre chère Semeuse, si française. 

Plus particulièrement à celle-ci, au type I, imprimée en typographie à plat durant toutes ce années :


A propos : pourquoi aucun tirage en 1909 ni 1917 ?
WHY ?

   On connait bien l'originalité du papier Grande Consommation qui lui a servi de support pendant 2 ans :


   Il a existé un superbe tirage sur bristol, avec une impression d'une finesse exceptionnelle et dentelure figurée. Il daterait de 1910, tiré à l'occasion de l'exposition universelle :


   Mais, sinon, elle était imprimée en typographie à plat sous la forme classique de feuilles de 300 qui donnaient chacune 2 feuilles-vente de 150, comme celle-ci du 13 décembre 1915 :


Pour quelle raison et quand, à l'atelier du boulevard Brune, se serait-on donné la peine de réaliser un essai en bleu de ce timbre sur un papier anglais filigrané ?
Pourquoi le bon vieux papier français n'aurait-il plus donné satisfaction ?
WHY ?

La réponse est simple : I don't know ! 
And you ?

Une hypothèse simple nous vient immédiatement à l'esprit : 
ne serait-ce pas pour renforcer la sécurité de nos timbres, 
et en rendre la falsification plus complexe ?
Possible, mais pas sûr du tout !

*****

   Je ne vais pas vous faire languir plus longtemps, je sens que vous trépignez. Jetons enfin un œil émerveillé sur ce fameux bloc, perdu de vue depuis 1988 :


Le filigrane POSTAGE de la marge vous est ici révélé !
En exclusivité !

Et à contre-jour :

Il convient de le retourner pour apprécier dans le bon sens son "Royal simple cypher" :


Il est surtout visible dans la marge inférieure.
Mais également présent au niveau des timbres bien entendu.


   Ceux qui n'auront pas été trop éblouis par cette merveille auront peut-être remarqué tout en bas, la trace d'une impression partielle des 2 timbres du panneau sous-jacent, liée à un encrage très faible de la planche à ce niveau.

(Ce qui vous permet aussi d'apprécier la texture du papier)

Ceci n'est pas dû à un hasard ni à un incident technique auquel les ouvriers de l'atelier auraient été confrontés ce jour-là. 

A mon avis, ils n'ont encré manuellement que la partie centrale de la planche, et probablement même qu'une toute petite partie de celle-ci, afin de procéder "en vitesse" à cet essai d'impression. Réalisé "artisanalement", et non pas sur les presses habituellement utilisées. 
Peut-être même sur une de leurs vieilles presses à bras ?

Mais pourquoi donc ?
WHY ?

Pour la bonne et simple raison qu'ils ne devaient disposer que d'un trop petit fragment de feuille de ce papier anglais, dont le format ne permettait pas d'être positionné convenablement dans une des presses alors en fonction. 

Ceci pourrait tout à fait en expliquer l'extrême rareté. 

Sinon, s'ils avaient disposé d'une feuille d'un format suffisant de ce papier filigrané anglais, ils auraient sans aucun doute procédé au tirage d'une feuille entière, sur une de leurs presses à plat. Mais il faut savoir qu'une feuille pour 300 timbres mesurait environ 45 x 50 cm !


Voici une reconstitution regroupant les 3 seules pièces connues à ce jour :


   On peut donc être certain qu'une autre paire existe avec son BDF droit et se cache quelque part dans une collection. Mais rien ne nous permet en revanche de croire (jusqu'à preuve du contraire) à l'existence d'autres timbres qui auraient pu être imprimés sur leur gauche, si toutefois le fragment de papier utilisé le permettait.

   D'après le modèle de feuille que je vous ai montré, le bloc du bas avec son CDF est le seul à pourvoir comporter le désormais fameux mot POSTAGE, montré ici pour la première fois. 

Sa proximité immédiate avec notre Semeuse n'est pas sans évoquer les liens historiques existant entre la France et la Grande Bretagne. Mais sa présence explique aussi pourquoi l'administration ne donnera jamais de suite à cette expérimentation. 

   Qui aurait l'outrecuidance d'imaginer des timbres français imprimés sur du papier portant une marque anglaise ? Et pourquoi pas allemande tant qu'on y est ? Même si cet épisode s'était déroulé en temps de guerre et donc de pénurie, ce serait inimaginable, totalement impensable !

Par ailleurs, on peut sans exagérer qualifier de très mauvais le rendu de l'impression sur ce papier, et il vous suffit de cliquer sur l'image suivante pour le constater :

Vraiment pas terrible !

De toutes ces observations et réflexions me vient une supposition que je soumets à vos commentaires : 

   Ne pensez-vous pas que cet essai aurait pu être réalisé suite à une demande faite auprès de notre administration par les homologues anglais de notre atelier ? Celui-ci étant reconnu dans le monde entier pour ses compétences et la qualité de ses productions.

Pourquoi pas au tout début de l'utilisation de ce papier en 1912 ? 
Puisque l'on sait que l'impression des premiers timbres George V a vite été jugée comme désastreuse, à tel point que l'on a dû se résoudre à changer de modèle de timbre à la demande du roi.

   Notons que c'est précisément à cette période que la France a pensé à copier le modèle anglais des carnets petit format, ce qui a débouché sur la rocambolesque fabrication de ceux de 30 timbres du 10 c. rouge Semeuse au type II. 
Avec l'utilisation d'un autre papier extraordinaire, qui fut livré à l'atelier déjà gommé donc avant toute impression, ce qui était une première : le célèbre "papier X" bien français, lui, puisque fourni par la maison Cluzel. Est-ce une simple coïncidence ?

Les échanges entre les deux administrations postales existaient certainement. Pourquoi pas des échanges d'informations techniques, et même de papier ?

WHY NOT ?

*****

Il va sans dire que si l'un de nos lecteurs a la possibilité de répondre à nos questionnements, il recevra en échange le témoignage de notre reconnaissance éternelle !

Je reste dans l'attente de précisions de la part de correspondants britanniques, et il se peut que je doive sous peu apporter quelques corrections à mon texte d'aujourd'hui.





vendredi 2 octobre 2026

Retours de congés

 

  Le 25 juin dernier, comme jeu de l'été, j'avais proposé de vous distraire en cherchant d'amusantes petites variétés se répétant sur plusieurs feuilles, et si possible identifier l'endroit précis où la variété était survenue lors de l'impression. 

Et notamment pour une Semeuse maigre à 35 c. dont les tirages sont restés assez restreints, le YT 136, dont je vous montrais deux exemplaires.

Et bien, il a fallu attendre la rentrée pour qu'un troisième soit proposé (un peu cher) par une grande maison de vente parisienne. A croire qu'ils avaient lu ma chronique !

Le voici, avec son coin de feuille qui permet de le localiser avec précision à la case 150, tout en bas à droite de la feuille :


En verra t'on sortir un jour un quatrième ? 
Rien n'est moins sûr !

*****


   Tout au long du mois d'août, je vous aurais bien volontiers adressé une carte postale de mon lieu de villégiature préféré, mais je n'ai pas trouvé de sujet qui mérite réellement de renoncer au farniente toscan dont je profitais.

Cependant, je ne vous avais pas oublié pour autant. 

J'ai vu passer sur eBay, et mis de côté spécialement pour vous car je n'ai pas acheté, la pièce fort originale que je vous présente aujourd'hui : un moyen vraiment sympa de correspondre en 1930, lorsque l'on avait la chance (et les moyens) de voyager à bord du paquebot transatlantique Ile de France. Un courrier comme je n'en avais encore jamais vu !



Je vous laisse traduire :


Oui, vous avez bien compris :


On pouvait enregistrer sa voix à bord, 
et faire graver son message sur un véritable disque, en aluminium !

Que l'on pouvait ensuite glisser dans cette belle enveloppe spéciale. 

Dont l'acheminement nécessitait un affranchissement de 7 f. 90.

Par ailleurs, le prix de l'enregistrement et de la création de ce "Speak-O-Phone" devait certainement être assez faramineux, et réservé aux plus riches passagers. 

Cette invention américaine n'eut probablement pas beaucoup de succès, ce qui explique que l'on n'en croise que très rarement ! 
Montrez-les nous si vous en avez d'autres.


*****


   Une autre vente estivale a attiré mon attention : ce lot de timbres perforés avec les initiales VA :


  Son intérêt est de nous permettre de constater que l'entreprise pliait comme un accordéon les feuilles ou fragments de feuilles dont elle disposait, afin d'en perforer plus rapidement les timbres, plusieurs à la fois, ce qui explique la position "tête-bêche" des initiales d'une colonne à l'autre.

Un de nos lecteurs pourra certainement identifier cette firme.

*****

Ces quelques petites nouvelles philatéliques sont pour ceux à qui j'aurais un peu manqué depuis le mois de juillet. Mais mon petit doigt me dit que vous aurez bientôt une véritable merveille inédite à admirer...




vendredi 17 juillet 2026

Comme quoi...

 

  A force de chercher (et parfois trouver) ces petites variétés qui se reproduisent à la même case de certaines feuilles, il fallait bien que cela débouche sur une information assez importante, et surtout assez inédite. 

Le cas dont il va être question aujourd'hui n'a pas permis de découvrir un nouveau type, mais au contraire d'en faire disparaitre un auquel beaucoup croyaient depuis 1906. Ce n'est pas rien !

   La variété était identifiée depuis longtemps, mais il faut bien reconnaitre qu'elle est assez minuscule pour ne pas passionner les foules. Elle avait été vue sur une des Semeuses les plus courantes que l'on trouve facilement en blocs, panneaux ou même feuilles entières : le 10 c. rouge avec sol YT 134.

Ce timbre est bien connu puisqu'il a été émis et est vite devenu la star de l'époque à l'occasion de l'abaissement du tarif de la lettre simple pour l'intérieur de 15 à 10 centimes, ce qui fut un petit évènement. C'était également la première fois que la Semeuse perdait son fond ligné.

 Décidée dans l'urgence au début du mois d'avril 1906, sa fabrication est elle aussi assez remarquable : dans un premier temps, un seul galvano de 50 fut fabriqué et utilisé avec la technique que je vous ai déjà décrite d'impression "en aile de moulin". 

Sur une grande feuille classique prévue pour 300 timbres, on obtenait de cette façon seulement 2 panneaux de 50, et on gaspillait donc énormément. Les deux étant toujours situés en haut de feuille, avec une grande marge à droite. Comme celui-ci :


Par ailleurs, ce galvano ne comportait pas de millésime, ce qui en fait une exception, vite appréciée par les philatélistes. Nul ne sait pourquoi !

Le tirage aurait débuté le 10 avril d'après d'illustres auteurs que je ne saurais contredire. Ils avaient dû recueillir l'information à la source, auprès de l'atelier, car à l'évidence, on n'a jamais pu observer de bas de feuille, donc de date, pas plus que de millésime 6. Il n'en a jamais existé.

(Je vous avais montré un oblitéré de ce jour-là en septembre dernier)

   Il fallait donc que l'atelier juxtapose 3 de ces panneaux et les colle manuellement l'un à l'autre au niveau des marges horizontales, pour recréer une pseudo feuille de 150 au format habituel, et ne pas trop perturber les habitudes des guichetiers. Que de temps perdu !


Mais assez vite, une "vraie" planche fut fabriquée et permit d'imprimer, toujours avec la même technique "en aile de moulin" mais sans plus aucun gaspillage ni temps perdu, de "vraies" feuilles de 150 avec millésimes 6 et date en bas. Comme ici :


  Ce second tirage aurait débuté le 25 avril, mais pas vu mieux que le 27.
Pour se terminer le 12 juillet : qui dit mieux ?

Du coup, beaucoup de philatélistes avaient décrété : type I et type II pour les timbres issus de ces deux tirages, puisque le matériel utilisé était totalement différent. Ils ont même vu de petites différences d'impression. Mais il n'en était rien...


  En effet, à la case 137 de TOUTES ces dernières feuilles, un œil aiguisé avait repéré la fameuse mais trop négligée variété : un minuscule blanc reliant le I et le Q de REPUBLIQUE, ce qui correspond sur la planche à une perte de cuivre, une cassure en quelque sorte.

à vos loupes !

J'avais vérifié sa présence sur ma feuille entière, et noté son absence sur un panneau de 50 du premier tirage, ce qui m'avait paru logique.


  SAUF QUE ces derniers jours, un philatéliste membre comme moi de la SOCOCODAMI nous a fait part d'une analyse pointue et très instructive de ce timbre et de sa variété de case.

Figurez-vous qu'il existe, ce que j'ignorais sans être le seul je pense, des panneaux du 1er tirage comportant le même petit défaut à la case 37 ! Comme celui-ci, que j'ai trouvé depuis :


Mais la variété ne se voit pas sur tous les panneaux pourtant tous imprimés avec le même galvano de 50 : c'est donc qu'elle est apparue en cours de tirage, suite à un petit accident !

Par exemple, ce panneau en est dépourvu :

CQFD


  Ce qui est intéressant, c'est que l'on observe la même variété de case au même endroit au cours des deux tirages de ce timbre : il ne peut donc s'agir que du même matériel, donc du même type !

Le type II n'a jamais existé !

L'atelier s'est contenté de récupérer le galvano de service déjà utilisé pour le 1er tirage, de le placer au bas de sa planche de 150 (en lui ajoutant un millésime 6) et de lui adjoindre au-dessus deux autres galvanos de 50 qui sont forcément des nouvelles copies du galvano type (qui lui n'avait pas été endommagé).


Un grand MERCI et un immense BRAVO à Monsieur Thierry BAUDIN (que je ne connais pas) qui est le découvreur de tout ceci !



vendredi 10 juillet 2026

Complément d'enquête

 

   A la fin de mon article du 16 mai dernier, je vous rapportais les écrits de Pierre de Lizeray concernant la Semeuse dite maigre (YT 135 et 136) : il mentionnait dans son ouvrage l'existence au Musée de la Poste d'une "feuille d'essai" sur laquelle les deux versions (types I et II) de ces deux valeurs coexistent.

Le fait était donc établi que l'atelier accordait suffisamment d'importance à cette fameuse retouche exécutée par Mouchon pour les placer ainsi côte à côte, afin d'apprécier au mieux le rendu de ces lignes de lumière.

Personnellement, je m'imaginais une épreuve avec 4 figurines, n'ayant jamais été reproduite dans aucune publication. D'où mon intérêt.

   Du coup, ne croyant que ce que je vois, je me suis permis de faire une demande de recherche au Musée, espérant en obtenir une jolie photographie.

Mais j'avais lu un peu trop vite ce passage du bouquin sur les poinçons... 

L'auteur avait pourtant bien écrit "entre autre" :


   Car il ne s'agit pas d'une simple épreuve : c'est en réalité une grande feuille de bristol que le Musée conserve, sur laquelle sont imprimées non pas 4 mais 150 Semeuses dont la dentelure est figurée, et qui sont regroupées par panneaux de 25, au nombre de 6 :

- un du 10 c. rouge Semeuse avec sol YT 134
- un du 10 c. rouge Semeuse maigre YT 135 type I
- un du 35 c. violet Semeuse maigre YT 136 type I
- un du 10 c. rouge Semeuse maigre YT 135 type II
- un du 35 c. violet Semeuse maigre YT 136 type II
- un du 10 c. rouge Semeuse grasse YT 138

En dessous et au centre de chaque panneau figure l'année d'émission : 1906 pour les 5 premiers, et 1907 pour le dernier, l'ensemble ressemblant à ceci :

Vous aurez compris que cette feuille n'a pu être imprimée qu'après la naissance de la Semeuse grasse ou camée, qui date du début de 1907.

L'atelier avait dû conserver les galvanos de 50 ayant servi aux différents tirages, et en a utilisé la moitié pour réaliser cette splendide "feuille d'essai".


   Par chance, je connaissais l'existence de ces impressions sur bristol, car la maison Roumet en a dispersé un ensemble il y a quelques années, mais je n'avais tout bêtement pas fait le rapprochement.

J'avais notamment vu passer toute une série de blocs de 6, découpés avec la date en-dessous, et j'en avais conservé les images, faute de pouvoir me les offrir. 

Comme ici pour la Semeuse avec sol :



   La finesse de l'impression est excellente, et je peux donc vous confirmer la coexistence des deux types des deux valeurs de la Semeuse maigre sur cette grande feuille. 

Il m'a été facile de juxtaposer ici ces 2 types. Vous pourrez ainsi comparer à votre aise les différences dues à la retouche de Mouchon qui, à l'évidence ne s'était pas limité à recreuser le trait allant "de la hanche au milieu de la jupe". Mais également les autres zones décrites. Il avait donc menti au journaliste, le coquin  !




(cliquez sur les images pour zoomer)

Aucun doute n'est permis : le fond du sac, le bas du bras droit, le talon gauche (et le postérieur) se détachent bien mieux du fond uni après la retouche.

vendredi 3 juillet 2026

Surprise !

 

  Une coïncidence étonnante : quelques jours après ma dernière publication, je suis tombé sur un lot de petits coins datés proposé à la vente sur un site bien connu, qui aurait tout à fait pu entrer dans le jeu en question.

Rien de rare, que des valeurs très courantes, mais je regarde toujours attentivement les dates car il m'en manque tellement que j'ai toujours un grand plaisir à compléter ma collection (pour ne pas dire boucher une case) en ne déboursant que quelques euros.

Pas de chance : aucun des 8 blocs ne faisait partie de ma mancoliste !

Mais savez-vous pourquoi je les ai achetés quand même ?

Parce que deux d'entre eux du 15 c. brun YT 189, imprimés le 17 février 1938, situés au même endroit sur le cylindre identifié comme AV + AW (et donc absolument identiques) présentent à la case 90 une jolie variété nommée par les philatélistes "anneau-lune" :

   Du coup, comme je vous ai dit qu'ils ne me manquaient pas, vous pensez bien que je suis immédiatement allé jeter un œil sur celui figurant en bonne place dans ma collection, en m'attendant à y retrouver la même variété à la même place.

Et bien non ! Que nenni !

Pas de variété ici !

   Il aurait été étonnant que la petite pastille de papier venue se coller sous le papier lors de l'impression soit présente la veille ou le lendemain car le nettoyage du matériel était quotidien et rigoureux à l'atelier, mais vous pouvez constater comme moi que cela n'a pas affecté tout le tirage de ce jour-là. 

Soit la pastille est venue se coller après, soit elle s'était décollée avant le moment où la feuille ayant porté ce dernier coin daté a été imprimée.

  C'est tout l'intérêt de collectionner les timbres courants (et surtout eux !) car on y trouve toujours un jour où l'autre de quoi passer un bon moment si l'on prend la peine de le faire intelligemment.

Cette petite trouvaille m'a fait autant plaisir que beaucoup d'autres timbres qui m'ont fait rêver longtemps, et coûté bien plus cher...

Et puis, je trouve ça sympa de les avoir réuni tous les trois !


jeudi 25 juin 2026

L'été sera chaud !

 

  Auparavant, le beau temps nous incitait à aller nous promener au grand air, nous donnait envie de sortir, de faire du sport, de profiter. Mais ces derniers temps, on aurait plutôt envie de rester chez soi ou à l'ombre, au repos, et d'en faire le moins possible en attendant qu'elle passe, cette fichue canicule. Encore que dans le Sud-Est, c'est plus supportable et on en a l'habitude.

Alors quoi de mieux que de plonger dans la philatélie, à laquelle nous consacrons plus volontiers les journées pluvieuses ou les longues soirées d'hiver, pour nous occuper en attendant que l'air soit plus respirable dehors ?

Voilà pourquoi l'idée m'est venue de relancer le jeu consistant à trouver de jolies variétés qui se sont reproduites au même endroit au fil du tirage. Le must étant de pouvoir en identifier la case, et si possible la date d'impression.

  Vous savez que le papier livré à l'atelier sous forme de feuilles était soumis à une comptabilité et à un contrôle très stricts. Bien avant toute impression. L'administration effectuait dans les marges des perforations de contrôle validant ainsi chaque feuille, et ces perforations avaient une forme assez curieuse, comme on le voit sur cet exemple au bas d'une feuille de 1918 :

(il y en avait également une à l'opposé, de l'autre coté, dans la marge du haut, ce qui en faisait 2 par feuille pour 300 timbres)

Alors que durant les premières années de notre Semeuse, il y en avait 6 par feuille pour 300 timbres qui se situaient dans les marges latérales, comme sur cette demi feuille de 1907 :

Ca en fait des p'tits trous ! 

Et autant de confettis qui parfois voletaient dans l'atelier, jusqu'à se poser par inadvertance sur une presse au moment de l'impression. Une feuille était alors placée dessus, et la superposition donnait cette jolie variété d'impression :


Que j'ai eu la chance de retrouver ici :


Et qu'un ami amateur de variétés m'a montrée là :
NB : le losange se déplace légèrement vers le bas

Il serait étonnant que le petit bout de papier se soit décollé après l'impression de seulement 3 feuilles, donc il doit en exister d'autres similaires : Merci de nous les montrer. 
Peut-être pourra t'on alors savoir à quel endroit de la feuille cela est survenu ?

*****

   Pour ce 35 c. maigre, dont le tirage a été bien plus restreint et bref, c'est un petit corps étranger non identifié qui a entrainé cette curiosité, dont je n'ai que l'image :


Et je viens de voir passer en vente cet autre timbre portant la même anomalie, un tout petit peu plus bas située également :


*****

   Pour ce 10 c. rouge, timbre à gros tirage, on peut identifier grâce à la date du 25 mai le timbre de la case 143 avec ce petit anneau-lune :


Que l'on retrouve au même endroit ici :


Mais qui va pouvoir nous en préciser l'année ?

Il faudrait voir un bloc bas de feuille avec son millésime...


Et sur quelle presse ?

*****


   Sur ce dernier exemple du même 10 centimes rouge, on identifie facilement la case 141, et on devine l'année puisqu'il s'agit d'un papier GC qui n'a été utilisé qu'en 1916 pour ce timbre :


Mais la variété, moins marquée, peut passer inaperçue : à vos loupes !

*****

Je vous assure que ce jeu est amusant et vous permettra de passer d'agréables moments au frais, tout en vous permettant peut-être de faire des trouvailles sympathiques.

*****

   Et pour donner à réfléchir pour ceux qui vont rester coincés dans les embouteillages sur la route des vacances, que pensez-vous de ce 4 qui s'est couché pour la sieste, et qu'un ami a eu l'amabilité de nous montrer ?


Un poisson d'avril ?