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vendredi 28 juin 2019

Z comme Zorro !


  A partir de 1911, certains timbres tout juste imprimés, ont été volontairement retirés de la circulation par l'administration pour finalement ne jamais être mis à la disposition du public : ils étaient destinés à la formation des postiers, ce sont les timbres des cours d'instruction.

  Par précaution, afin d'éviter et décourager toute tentative de détournement pour un usage personnel, ceux-ci étaient surchargés : dans un premier temps ANNULÉ, et par la suite SPÉCIMEN, le plus souvent à l'encre noire. Ce qui leur enlevait toute valeur pour l'affranchissement, et les rendait inutilisables.

Rapidement, on les a retrouvés sur le marché philatélique, et la plupart ne sont pas rares du tout.

  On rencontre bien quelques courriers ou formulaires administratifs affranchis avec de tels timbres, mais il faut s'en méfier à mon avis : il s'agit le plus souvent d'une complaisance.

On trouve ainsi surchargés des timbres issus de feuilles à plat avec millésime, de feuilles rotatives avec coin daté, ou même de carnets, ainsi que des entiers postaux, ce qui peut représenter une jolie collection à part entière !

  Parmi ceux au type Semeuse, on sait que certains carnets ont été annulés grâce à l'apposition d'une surcharge réalisée à la main, contrairement aux feuilles, ce qui est source de petites variétés : surcharge doublée ou bien à l'envers, originalités toujours amusantes.

En revanche, pour les feuilles qui étaient surchargées mécaniquement en typographie, les variétés sont à ma connaissance très rares, pour ne pas dire inexistantes.

  On connait, pour les 2 valeurs que sont le 30 c. rouge et le 50 c. bleu, des exemplaires avec un décalage net de la surcharge, qui se retrouve alors à cheval sur 2 timbres adjacents, ou sur le pont.



  A l'extrême, il est même arrivé que certains timbres se retrouvent dépourvus ou presque de ladite surcharge, à cause de l'importance du décalage : ce sont de réelles raretés !

L'administration ne pouvait pas laisser passer ça, et ne pouvait pas non plus gaspiller ces feuilles en les mettant au rebut ! Elle a alors décidé de compléter l'annulation qui faisait défaut sur quelques-uns seulement, en apposant manuellement un cachet à l'encre violette, composé d'un Z dans un cercle.

  Dix exemplaires du 30 c. et trois seulement du 50 c. sont connus ainsi annulés avec ce Z de Zorro !
Ainsi que trois exemplaires du 3 c. au type Blanc.
Je vous laisse apprécier...


Du coup, on n'en voit pas tous les jours, vous vous doutez bien !
Sauf ici...



Jamais vu un autre comme celui-ci !

  Le décalage est de quelques millimètres pour le 3 c. Blanc et le 50 c. bleu semeuse, et je ne pense pas qu'il puisse en exister de totalement dépourvus du mot ANNULÉ. Vous comprendrez mieux pourquoi en regardant l'exemple suivant du 30 c. rouge Semeuse.

  Pour ce dernier, j'avais eu la chance, il y a de nombreuses années, de tomber sur cette bande qui est à mon avis unique avec son millésime :

Et je ne l'avais pas laissée passer...
L'image n'est pas terrible, désolé, mais la suivante sera mieux, promis.

Le bloc de 8 avec millésime 1 montré plus haut prouve que la feuille
 a été découpée autrement qu'en bandes horizontales.

On voit tout de même que le décalage vers la droite de la surcharge y est bien plus marqué que pour les 3 exemples précédents, l'écart représentant presque la largeur d'un timbre. Du coup, celui de gauche en est absolument dépourvu, alors que c'est le bord de feuille droit qui en a hérité : spectaculaire, non ?


   La fin de l'année 2018 a vu se disperser aux enchères une extraordinaire collection de variétés, au sein de laquelle j'ai eu le plaisir de faire la connaissance avec 2 petites sœurs de ma bande. Une grande et une petite, ce qui fait trois Z sur les dix connus.
N'allez pas croire pour autant que ce n'est pas si rare que ça si l'on en voit sortir deux d'un coup.
C'est que la collection était vraiment exceptionnelle !

Tout d'abord la bande de 10 haut de feuille que voici, située immédiatement au-dessus de la mienne en 1921, avant leur séparation :

En cliquant sur l'image, vous l'apprécierez mieux.
Jolie, mais sans le millésime, forcément !

Et la petite dernière :

Vous remarquez que le décalage est un peu moins marqué sur celle-ci, 
puisque le A de ANNULÉ commence à empiéter sur le timbre de gauche.


  En extrapolant le décalage discrètement oblique aux timbres situés en-dessous, on comprend bien qu'à chaque rangée la surcharge va se retrouver un peu plus sur la gauche.

A mon avis, pour les 5 dernières rangées de la feuille de 150 (15 x 10), le mot ANNULÉ empiétait suffisamment, et il n'a pas été jugé nécessaire d'apposer manuellement le cachet Z, ce qui explique que l'on n'en connaisse que 10 et non 15.
Qu'en pensez-vous ?

Je me suis amusé à reconstituer virtuellement le haut de cette feuille :


Ce qui me permet de penser que la petite bande correspond à la quatrième rangée, les traits verts figurant l’alignement du sommet du A.

On peut donc raisonnablement penser qu'il ne doit exister qu'un seul autre
et troisième timbre totalement dépourvu de la surcharge ANNULÉ,
 pour lequel ce Z s'imposait absolument !


 D'ailleurs, en voici un qui pourrait bien être ce fameux troisième non surchargé:


 Plus on descend vers le bas de cette feuille (depuis découpée), plus la surcharge tend à reprendre sa place, petit à petit.

Et tant qu'on y est, je vous en montre également celui-ci :

Sur cette cinquième rangée, déjà 2 lettres du mot
ANNULÉ surchargent le timbre de gauche.

Logiquement, pour les 5 rangées du dessous, le Z n'était pas absolument indispensable...


    Sur cette dernière bande, quelqu'un a apposé une surcharge ANNULÉ à l'encre violette et différente, au lieu du fameux Z, sur le timbre situé à droite du pont : qu'en pensez-vous ?
Moi j'ai des doutes sur son authenticité, même si Louis Barrier dans son ouvrage de 1951 en décrit une qui lui ressemble...


Il est vrai que ce timbre quasiment non surchargé, aurait bien mérité son Z lui aussi, comme ceux situés au même emplacement sur les 2 bandes déjà montrées.

Peut-être sont-ils là les 5 autres exemplaires annulés à la main, répertoriés depuis Barrier ?
Non pas avec un Z en réalité, mais avec un ANNULÉ en violet.
Et non pas situés sous les 5 qui illustrent cet article.

A votre avis : je tiens un scoop ?

Malgré tout, des timbres connus à si peu d'exemplaires, 
c'est toujours chouette à regarder et à collectionner,
même en photos !

De quoi laisser ce cher Bernardo totalement muet !



Pour terminer, je vous rassure : l'impression de cette surcharge
se déroulait le plus souvent sans encombre :





En 1923, sur cette feuille rotative du 20 c. brun,
on dirait que La Poste n'a plus retrouvé son fameux tampon Z,
et l'a remplacé par un bon gros coup de crayon bleu...
Système D !



samedi 8 juin 2019

Fou des dates !


  Vous savez déjà que j'adore les coins datés, même si, hélas, les collectionneurs se font rares.

Et-s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là ! écrivait Victor Hugo...

  Donc je continue à les rechercher, mais j'en trouve de moins en moins...

  Leur étude est source de beaucoup de renseignements sur les différents tirages, les variations de couleur, ou de types parfois. Elle permet de mieux appréhender la rareté relative du même timbre en fonction des différentes périodes où il a été imprimé. De savoir précisément à quand remontent les diverses surcharges par exemple. Si elles ont nécessité un tirage spécial, ou bien si elles ont été apposées sur une partie des feuilles du tirage normal.

L'ouvrage du baron De Vinck sur l'impression rotative est certainement, de toute ma documentation,  celui que je feuillette le plus souvent : tous les jours ou presque.

  Vous savez également que cette collection se fait pour des raisons principalement esthétiques (mais pas que) sous la forme de blocs de 4 timbres, ce qui lui a valu l’appellation de coin daté.

C'est déjà beau un bloc de 4, je trouve !
C'est encore plus beau une paire de coins datés !
Amusez-vous à en réunir une d'un timbre qui vous plait...
Peut-être serez-vous contaminé par mon virus ?

  C'est l'analyse des parallélogrammes situés juste en-dessous, au coin inférieur droit des feuilles, qui permet de les classer convenablement.
Parfois pour les différencier, il faut les mesurer au dixième de millimètre, les regarder à la loupe, ce qui est assez distrayant, comme sur cet exemple :


Souvent, c'est bien plus facile, heureusement (mais bien plus rare pour ce timbre !...) :


  Il faut savoir que ces marques étaient réalisées volontairement par les ouvriers de l'atelier de fabrication des timbres-poste, afin de pouvoir repérer facilement à quel niveau du cylindre un accident ou un défaut était survenu, lorsqu'il en survenait un.
Un tour de cylindre donnait 2 feuilles de 100 timbres, et 2 coins datés toujours différents.
L'un correspondait aux feuilles portant un numéro pair, et l'autre un numéro impair.
Mais pour le voir, il faut des bas complets (ou des feuilles entières), comme ici :


  Dans certains cas, qui sont l'exception, l'analyse des 2 blocs de 4 en question ne suffit pas pour les différencier : il faut regarder tout le bas de feuille. Les marques ou les différences étant situées ailleurs que sous les 2 timbres du coin de droite.

 C'est le cas pour le rare 35 c. violet YT 142 au type II. Aucune distinction possible sous le coin, mais facile en revanche, un peu plus à gauche :


En plus, la quasi totalité de ces feuilles a été surchargée = 25 c. en raison d'un changement de tarif, ce qui fait que les coins datés, et encore plus les feuilles sans surcharge sont très difficiles à trouver (j'en connais 6).

  De très nombreuses raretés vous attendent, je vous assure, si vous vous intéressez aux coins datés, et pour un budget souvent ridicule, vous aurez le plaisir de dénicher des pièces fort intéressantes, alors que pour la plupart des philatélistes, c'est l'inverse : ils peuvent dépenser des fortunes pour des timbres qui s'avèrent être assez courants !...

  Par ailleurs, rien n'empêche la survenue de jolies variétés au niveau du coin daté, et je vous en ai déjà montré quelques unes ici. Des plis, des piquages à cheval, des raccords etc...

Mais des variétés comme celle-ci, même avec la meilleure volonté du monde, je ne pourrais plus vous en montrer d'autre, car je crois bien que c'est le deuxième des 2 seuls coins datés non dentelés connus au type Semeuse (vous avez déjà vu l'autre, celui du 75 c. lilas) :

Timbres au type III
Les non dentelés rotatifs sont toujours très rares.

*****

  Passons à présent à l'impression à plat.

  Depuis quelques années, nous répertorions avec Lucien Coutan, les dates d'impression des carnets imprimés à plat. Cela concerne principalement la Semeuse, et bien moins souvent les types Pasteur et Jeanne d'Arc.

Celui-ci est du 7 avril 1924

Cela permet une étude chronologique très instructive, en corrélation avec les numéros des séries des couvertures de ces carnets. L'absence du millésime rend parfois difficile l'identification de l'année.

Cependant, du fait de la découpe en carnets, le bas de la feuille est souvent coupé sans que la date ne puisse apparaître dans la marge.  Et il faut savoir que seulement un carnet sur 6 peut théoriquement être ainsi daté, pour autant que sa découpe soit suffisamment décalée vers le bas, ce qui en fait beaucoup moins que ça en réalité. D'où la rareté de ces carnets datés.
Nous avons malgré tout répertorié à ce jour près de 350 dates !


  Rareté parmi les raretés, autre pièce unique, UN SEUL carnet au petit format 110 x 60 mm est connu avec une date apparente ! 
Vous comprendrez, au vu de la situation de la date, que le décalage doit être particulièrement marqué.

Je vous le présente. Il est composé de 40 timbres, avec 2 feuillets de 20 datés. 
Ceci montre bien que pour constituer ces carnets de 40, on superposait 2 feuilles de 120, que l'on agrafait à une feuille de 6 couvertures, avant de découper les 6 carnets. Plus ou moins bien...

Le voici :
Papier GC blanc. 
Daté du 12 décembre, entre 1916 et 1919.

*****

  Tout récemment, je me suis attaqué personnellement aux feuilles-ventes, dont la marge du bas est pareillement datée du jour et du mois, alors que l'année est renseignée par le millésime.

Etant donné que la plupart de nos Semeuses ont été imprimées plusieurs années durant (mais pas en continu, loin de là !), il nous faut voir à la fois le bas de feuille ET le millésime, ce qui correspond en général à des panneaux de 50 du bas, ou à des feuilles entières.
Cela ne court pas les rues non plus...

  La encore, les informations que l'on peut y glaner sont très intéressantes pour le collectionneur averti et spécialisé, croyez-moi !

  C'est ainsi que l'on a pu voir ce panneau du 15 c. vert, imprimé LA VEILLE de la sortie officielle de notre Semeuse :
(premier jour historique du 2 avril 1903)


   Ou bien celui-ci daté du 22 mars 1907, alors que le timbre 10 c. rouge YT 138 n'a été mis en vente que 6 mois plus tard environ !

Entre temps, on pense que la Poste en a profité pour écouler 
ses stocks d'autres timbres rouges que sont le 10 c. avec sol YT 134, 
et le 10 c. maigre YT 135.

  La date de ce dernier, du 4 mai 1907 permet de situer au tout début de l'existence de ce timbre, la fameuse nuance bleu-noir, si recherchée et spectaculaire, vue aussi le 2 et le 7 mai :

 CORUSCANT !
(allez voir dans le dictionnaire de ma part)

A ce jour, mon répertoire contient plus de 640 dates !
Plus on en connaîtra, plus ce sera instructif...

*****

   De la même façon, les feuilles pour la fabrication des roulettes sont également porteuses de leur date d'impression, souvent sur la droite comme ici, pour des raisons que j'ignore :


Alors qu'au contraire, on ne rencontre qu'assez rarement cette date sur la droite pour les feuilles "normales", comme ici :



Mais ces feuilles pour roulettes sont toutes très rares : pas plus de 20 dates sont pour l'instant répertoriées.

Donc, si vous voulez bien m'aider à faire progresser
 un peu plus la science et nos connaissances,
MERCI DE ME COMMUNIQUER TOUTES LES DATES 
QUE VOUS RENCONTREZ !


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mercredi 29 mai 2019

Cherries on the cake !


  En philatélie, lorsque l'on a la bonne idée de se spécialiser et de passer plusieurs années à étudier un certain type de timbres, une période ou une émission, lorsque l'on prend la peine de se documenter, et du plaisir à échanger ses connaissances avec d'autres amateurs, une chose est certaine : on y trouve au fil du temps de plus en plus de satisfaction !

  Certes cela prend beaucoup de temps, et plus ou moins d'argent, mais je peux vous assurer que ce que l'on investit nous est toujours rendu, et souvent avec des intérêts non négligeables !

  Personnellement, j'ai choisi la Semeuse étant enfant, et je lui reste fidèle depuis. J'ai eu la chance que mon grand-père en soit lui aussi un grand passionné : il s'était lancé principalement dans la collection des coins datés, mais n'avait pas pour autant négligé les autres présentations en carnets, roulettes, ou en feuilles.
Et c'est certainement cette diversité qui m'a plu lorsque je m'y suis intéressé à mon tour.

  Ma passion n'a fait que croître, en même temps que mon savoir, et mon budget a fait de son mieux pour essayer de s'y adapter. J'ai écumé les marchés au timbres avec quelques francs en poche à mes débuts, pour finir par faire des virements en euros aux quatre coins du monde !

Le plaisir est resté le même, que ce soit en vidant mon petit porte monnaie ou en donnant ces derniers temps des sueurs froides à ma banquière : chercher et dénicher une jolie pièce qui me plait (ou qui me manque) et la classer ensuite dans mes albums. Après l'avoir étudiée et appréciée à sa juste valeur.

  Par exemple, ajouter un coin daté supplémentaire payé un euro, à mon ensemble du très courant 15 centimes brun qui en comprend déjà plus de 3000, me procure pratiquement la même joie que de devoir économiser pendant plusieurs mois pour m'offrir un joli carnet rare !

  Forcément, après toutes ces années, parmi les différentes valeurs de cette Semeuse, on devient plus sensible à certaines de ses couleurs chatoyantes, on en vient à préférer certaines présentations plutôt que d'autres, à regarder plus volontiers les jolies publicités de certains carnets ou une belle variété, qu'un banal bas de feuille, même s'il porte la date d'impression.

  L'aspect spectaculaire de certains défauts d'impression ou de piquage a toujours eu pour moi un attrait particulier. Ça me plait d'imaginer ce qui a bien pu se produire dans la chaîne de fabrication, de deviner à quel moment le grain de sable a bien pu se glisser dans les rouages, malgré toutes les attentions prises par les employés de l'atelier du boulevard Brune à l'époque.

Il m'a fallu du temps pour connaître, apprécier et bien comprendre, mais à présent j'en récolte souvent les fruits.

  Je ne suis pas le seul dans ce cas, mais cela fait de très nombreuses années que je m'intéresse aux carnets, et ce pour plusieurs raisons :
- l'aspect esthétique de beaucoup de leurs couvertures, avec les annonces publicitaires amusantes des marques de l'époque : médicaments incroyables, pièces pour automobiles, produits alimentaires etc..
- la rareté de certaines pièces et donc la possibilité de trouvailles, même encore après presque un siècle de recherches philatéliques : on en découvre encore !
- les types des timbres souvent spécifiques, différents de ceux des feuilles et des roulettes.
- leurs différents modèles, imprimés à plat ou bien rotative.

  Mais le plus remarquable pour cette présentation en carnets, c'est la rareté des jolies variétés, du fait de tirages bien plus restreints que pour les feuilles. Peut-être aussi que le contrôle de la qualité était plus rigoureux ? Toujours est-il que l'on en trouve d'assez discrètes, nécessitant une loupe, mais très peu de spectaculaires.
Même si sur ce "blog", vous allez en voir des sympas...

Que dire alors de celles qui sautent aux yeux, 
touchant les carnets les plus rares ?
On n'en voit quasiment jamais !

  Je vous laisse imaginer ma joie d'avoir vu se présenter récemment dans une vente le bloc suivant :


Un magnifique pli accordéon survenu sur la partie gauche 
d'un carnet du n°140 YT sans publicité et au petit format 110 x 60 mm, 
haut de feuille (bord supérieur non perforé verticalement).
Ce qui est déjà exceptionnel !

  Ce type d'anomalies liée à un froissage de la feuille au moment de l'impression se rencontre presque toujours au niveau des coins des feuilles, vous comprendrez aisément pourquoi : pas facile de manipuler et de positionner à la main ces grandes feuilles de papier à la perfection !

  Je l'avais déjà repéré dans une vente londonienne prestigieuse à la fin de l'année dernière, mais hélas au sein d'un lot important, bien au-dessus de mon budget. Le lot avait été acquis par un négociant, qui a donc ensuite eu la bonne idée de le détailler. Pour mon plus grand plaisir.

Il aurait pu s'agir de timbres au type II, le plus "courant" des carnets de ce 25 c. bleu (comme devait d'ailleurs le penser le vendeur). 
Mais non : il s'agit au contraire du plus rare, le type I B, datant de 1921 !

Voici pour le gâteau !


Mais le plus amusant est à venir...

  Vous pensez bien que j'ai tout fait pour le faire venir dans ma collection. J'ai fait une offre, et je me suis rongé les ongles d'impatience jusqu'à la clôture de la vente.
Il suffisait qu'un autre petit malin comme moi reconnaisse le type pour que le prix s'envole, ou bien pire : qu'il ne m'échappe !

Heureusement, cela n'a pas été le cas, et je l'ai emporté. Il faut dire qu'il y avait tant de jolies variétés proposées dans cette vente, qu'il fallait savoir y faire son choix.
Le mien avait été fait, et bien fait : il s'agit vraiment d'une pièce unique !

  Lorsque je l'ai reçu, je suis resté longtemps à l'admirer sous toutes les coutures, avant de le retourner. Il était décrit comme sans charnière, ce qui m'importait assez peu, mais j'ai fini par jeter un œil au dos. C'est là que j'ai découvert une légère trace de charnière.

Quel malotru a donc bien pu oser coller un jour une charnière sur cette jolie gomme ?


Vous croyez sincèrement que c'est ça, ma cerise sur le gâteau ?
C'est mal me connaître !
Regardez plutôt...
Juste à coté de la trace de charnière, la voici :


Un joli recto-verso partiel, passé inaperçu lui aussi !
Étonnant, non ?
Je vous avais pourtant déjà conseillé de toujours regarder au dos, 
et pas uniquement pour y chercher des défauts sur la gomme.

Du coup, je n'ai pas rouspété pour la trace de charnière !...

  Il faut croire que lors de l'impression ce jour-là, la feuille qui a immédiatement précédé la nôtre s'est retrouvée discrètement repliée sur elle même au niveau de son coin supérieur gauche, entraînant le dépôt de l'encre sur le support de la presse. Notre feuille est alors venue ensuite se poser à cet endroit, et a reçu cette petite portion d'impression bleue au verso, en coin.

Ensuite, l'ouvrier responsable de la presse qui s'est aperçu du pli accordéon, a pris la peine de soigneusement le défroisser. Il ne fallait surtout pas gâcher !

La feuille a ainsi pu être gommée puis perforée normalement, avant d'être agrafée dans une feuille de couvertures, et finalement découpée en 6 carnets. 

  Celui du haut était certes un peu raté, avec son gros pli accordéon, mais une fois enfermé dans sa couverture, il a su se faufiler à travers les contrôles. 
Il a été vendu normalement au guichet d'un bureau de poste. 
Les 16 autres timbres, normaux, réussis, ont pu être utilisés pour le courrier de son acheteur, qui a mis de côté ce superbe bloc de 4 : c'est pour ça que je l'aime tant !

Avouez qu'il aura fallu un sacré concours 
de circonstances pour qu'il voie le jour...

*****

  A présent, vous devez peut-être vous demander pourquoi, dans mon titre, j'avais mis cerises au pluriel, et en anglais.
C'est en raison d'une autre jolie surprise, ayant pour seul point commun avec la précédente que d'être arrivée à peu près au même moment, et au même heureux philatéliste...

  J'avais repéré dans une vente américaine (d'où les cherries et le cake) cette jolie boîte à timbres en fer, compartimentée et décorée, proposée pour quelques dollars :


Une case pour les cartes postales, une pour les lettres pour la France, 
et une pour celles pour l'étranger.

J'ai là encore eu la chance de l'obtenir, et pour pas cher du tout.
Les frais de port m'ont coûté 2 fois plus que le lot, c'est vous dire !

Me voilà donc en train d'ouvrir hier le paquet reçu par la poste : tout au fond j'y trouve bien protégée une enveloppe renforcée. Je l'ouvre, et surprise : il y'en a deux !


Deux pour le prix de même pas une !
Et deux différentes qui plus est !

Décidément, me voici bien gâteau  gâteux  gâté !


*****
  Terminons avec un festival de tous les jolis plis accordéons que j'ai rencontrés sur les carnets de ce 25 c. bleu :

Type IV :
(défroissé après le piquage celui-ci)

Type II :



Type II avec pub :



Si vous en connaissez d'autres, n'hésitez pas à me contacter 
en cliquant sur "Aucun commentaire" ci-dessous 

!
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V

mardi 14 mai 2019

Filigrane Aussedat : du nouveau !


   Déjà repéré en 1910, et signalé aux collectionneurs de timbres-poste par Arthur Maury comme une rareté, il le reste plus d'un siècle plus tard.
Le 10 c. rose Semeuse lignée YT n°129 imprimé exceptionnellement sur un papier filigrané du fabriquant Aussedat, est indéniablement une vedette !

  Nous en avons déjà parlé ici, c'est vrai, mais nous restons vigilants et cela nous permet d'en apprendre un peu plus à chaque fois.

Notamment que l'illustre Arthur avait vu à l'époque un bloc avec millésime 5 pour 1905, ce qui vient contredire mes déductions, dont je vous avais fait part. Je croyais, à tort, que l'utilisation de ce papier n'avait eu lieu qu'entre 1906 et 1907...

Hélas, aucun des exemplaires oblitérés que j'ai pu voir ne porte un cachet dont la date soit bien lisible, ce qui ne nous aide pas !

   Vous savez bien que j'adore vous faire partager le résultat de mes recherches, et les informations que je glane de-ci de-là, cahin caha (pour ceux qui apprécient l'opérette).

C'est ainsi qu'en me lançant dans la numérisation de mes archives photographiques, j'ai retrouvé le seul exemplaire neuf que j'ai jamais vu se vendre de ce timbre, fin 2009.
Et le voici :


  Il faut vous dire que depuis des décennies, je conserve les photos des pièces que je trouve intéressantes, découpées dans les catalogues ou les revues, avec le plus souvent la date et le prix. 

Vous imaginez la place que cela pouvait prendre, alors qu'à présent tout est stocké sur un petit disque dur externe. C'est plus moderne, et surtout beaucoup mieux rangé !

En revanche, et croyez bien que j'en suis désolé, on ne voit pas franchement le filigrane sur cette image, pourtant en haute résolution. Peut-être le trait en diagonale dans le bas de la robe ?...

Si jamais son heureux propriétaire le reconnait, 
et même s'il préfère rester anonyme, 
qu'il me contacte pour m'en offrir une meilleure vue, 
cela me ferait le plus grand plaisir...

*****

   Un correspondant m'a tout récemment fait découvrir un texte de V. Bourselet datant de 1936, décrivant un timbre porteur du fameux filigrane qu'on lui a soumis, et qu'il nous dessine :


On y devine la fin de AUSSEDAT et le tout début de à (Annecy).
Dans le sens vertical du timbre.

   Nous savions déjà que l'on pouvait rencontrer ce filigrane aussi bien dans ce sens là que dans le sens horizontal, mais ce qu'il y a d'extraordinaire dans cet article (à part son absence de photo), c'est que le timbre en question n'est pas un YT n°129 mais un n°130 ! ! !


Oui, vous m'avez bien lu : une Semeuse lignée oui, mais verte et à 15 centimes existe : personne n'en a plus jamais parlé nulle part, et personne ne l'a plus jamais vu non plus ! 
Pfffouuit ! Pas vu, pas pris, disparu !

Possible même qu'il ait été perdu au milieu d'une collection, sans que celui qui en a hérité ne s'y intéresse d'assez près pour en reconnaître la rareté... 

Si jamais vous vous mettez à retourner tous vos 130 
et que vous n'en croyez pas vos yeux, 
ou bien si vous savez où celui-ci se cache,
là encore n'hésitez pas à me contacter...

*****
  
   Vous allez penser que j'abuse à lancer ainsi des appels aux quatre vents, et que cela ne sert à rien au vu de la rareté de ces timbres filigranés. 
Mais non !

Il est certain que la probabilité est infime d'en trouver un en retournant toutes les Semeuses concernées qui nous passent entre les mains. 
En revanche, parfois mes appels et mes articles sont entendus ou lus, et ils me permettent d'en savoir un peu plus. Vous allez voir...

   C'est ainsi qu'un collectionneur que je ne connaissais pas, m'a fait le plaisir de m'écrire tout récemment suite à la lecture de ce blog. 

Et oui ! En surfant sur le net, il est tombé sur mes articles concernant ce fameux filigrane, en particulier celui sur la Semeuse camée 5 c. vert YT n°137, et cela lui a rappelé de vieux souvenirs.
Lorsqu'il me les a racontés, j'étais stupéfait.
Du coup, je vous en fais profiter, avec son autorisation.

   Dans les années 80, au cours d'une réunion de son club philatélique, il est tombé par hasard dans un album sur un trésor ! Et ce trésor, vous en connaissez une partie...

Son œil a été attiré par une Semeuse verte avec CDF et croix de repère, qu'il a achetée, pour presque rien j'imagine. La voici :


  Ce n'est que revenu à son domicile qu'il a remarqué la présence d'un filigrane sur son bas de feuille, ce qu'il a jugé suffisamment curieux pour en discuter avec un collègue du club. 
Il en ignorait la rareté et la valeur, mais avait bien compris l'intérêt philatélique que pouvait avoir ce filigrane. 
S'il n'en avait jamais entendu parler, son collègue, lui, oui...

Parfois, il faut savoir tenir sa langue !

  De plus, se souvenant de la présence dans l'album juste à côté de sa merveilleuse découverte, d'une bande de 3 avec bas de feuille, il avait bien l'intention de l'acheter elle aussi lors de la réunion suivante du club, pensant qu'elle devait logiquement être également porteuse du filigrane. 
Il avait absolument raison, et avait même fait part de son intention à son collègue...

  Hélas pour lui, ce dernier (qui n'est en aucune façon resté son ami), s'est empressé de lui piquer ladite bande de 3, juste sous son nez ! Et sans s'en cacher qui plus est !

Je vous laisse le soin de qualifier l'attitude de ce philatéliste certes averti, mais qui n'en valait pas le quart de la moitié d'un !

  C'est l’appât du gain qui a dû amener l'énergumène en question à faire publier 2 ans plus tard la photo de cette bande de 3 dans "Timbroscopie", en novembre 1986, comme si c'était sa trouvaille. 

Il a ensuite essayé d’allécher certains marchands parisiens qui se sont montrés intéressés, mais heureusement pour moi, pas acheteurs.

C'est finalement à moi, via internet, que la bande a été vendue au début de l'année 2015. 
Vous l'aviez deviné.

  Et c'est encore la magie d'internet qui me permet de réunir plus de trente ans après le début de ces péripéties, les quatre timbres dont il est question, et de vous en faire profiter :


Aucun doute possible : il s'agit des cases 146 et 147-148-149 et du même bas de feuille, avec sur le petit dernier, la presque fin du nom AUSSEDAT. Comme le reste, lisible à l'envers.

Les timbres qui étaient initialement situés encore plus à gauche, étaient attenant à un bas de feuille portant la fin du filigrane : à Annecy, mais ils courent toujours dans la nature. 
Si toutefois ils existent encore...

  Hélas, ceci n'est qu'un montage photo, et les timbres sont encore tristes et désespérés, enfermés dans deux collections différentes. 
Mais on va tout faire pour organiser un jour leurs retrouvailles !... 
En tout cas, c'est ce que j'espère de tout mon cœur ! 

Car, franchement, quels parents indignes oseraient 
mettre au monde de si jolis quadruplés 
pour les laisser vivre séparément 
pendant plus de 3 décennies, 
et finalement s'opposer 
à ce que la vie les réunisse enfin ?

Non, ce ne serait pas humain...


Un grand MERCI à l'inventeur (comme l'on dit) de cette magnifique variété, sans qui elle aurait pu ne jamais être découverte, et qui m'a fait le plaisir à la fois de me lire, de me conter son aventure, et de m'envoyer la photo de son 137 !