Rechercher dans ce blog

Nombre total de pages vues

lundi 21 mai 2018

Saint Pierre et Miquelon - 1925


  Je ne sais pas vous, mais moi, ces îles perdues de l'Atlantique Nord, françaises depuis le XVIII ème siècle, m'ont toujours intrigué, et un peu fait rêver !



Moins que les Marquises certes, mais tout de même un peu...

Probablement à cause de leur éloignement, et de l'histoire de ces aventuriers de "la grande pêche", établis là-bas, si loin de chez eux, sur ces petits bouts de France, pourtant assez inhospitaliers.

Jetez donc un œil à cette description datant de 1925 :

http://grandcolombier.com/2008/09/28/1925-saint-pierre-et-miquelon/

...qui se termine ainsi :

Et pourtant, sur ce Rocher, perdu parmi les vastes possessions britanniques, à mille lieues de Paris, une pléiade de vaillants marins à la foi profonde et au cœur fidèle, monte la garde autour du drapeau tricolore, et, seule dans son splendide isolement, maintient avec constance le prestige du nom français !

Rêver oui, mais certainement pas à cause de toutes les productions philatéliques qui y fleurissent depuis des décennies, et qui sont pour moi sans aucun intérêt !...


  A l'époque de notre Semeuse, Wikipédia nous apprend qu'après la morue, ce sont les boissons alcoolisées qui en ont fait la richesse, avec en premier lieu notre Champagne national :

Le timbre et la photo d'époque :

Pendant la seconde moitié du xixe siècle, l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon connaît un essor économique important grâce à la pêche à la morue.
L'archipel a ensuite un certain rôle lors de la prohibition aux États-Unis puisque du fait de son statut de colonie française, la loi américaine n’y est pas applicable. L'île connaît, de 1919 à 1933, une réelle prospérité grâce au trafic d’alcools, de vins français et de whisky, acheminés clandestinement sur les côtes canadiennes et américaines par des goélettes ou des vedettes rapides construites au Canada et montées par des Saint-Pierrais. 
Jusqu'en 1933, date où la prohibition est levée, jusqu'à 300 000 caisses d'alcool passent par an dans l'archipel. Le bois des caisses d'alcool abandonnées sert de combustible et à la construction de nombreuses maisons, parmi lesquelles la villa Cutty Sark, entièrement réalisée à partir de caisses de whisky éponymes. Dans les années 1970, on pouvait encore voir à Saint-Pierre, un hangar bardé des planches de caisses d'alcools, de champagnes français.
Les marins de Terre-Neuve recevaient les boissons alcoolisées en caisses. Ils les transféraient dans des sacs de jute et récupéraient le bois. En cas d'interception d'un bateau contrebandier par les garde-côtes américains, il suffisait de jeter les sacs à la mer par le bord du navire opposé à celui vers lequel avançaient les forces de police. Les sacs coulaient instantanément. Lorsque l'équipage de contrôle embarquait, il n'y avait plus trace de la fraude partie vers les grands fonds. La cargaison était perdue, mais cela évitait aux contrevenants d'aller croupir en prison. Le risque d'être ainsi arraisonné faisait partie des frais de l'expédition et justifiait le prix ahurissant que payaient les destinataires. Ceci expliquait aussi la prolifération de boissons contrefaites peut-être moins chères que celles provenant vraiment d'Europe.  

*****

Les fabuleux films de ma jeunesse sur la prohibition aux U.S.A. me reviennent en mémoire : en particulier les incorruptibles avec Eliot Ness et Al Capone
Un bar de SPM expose d'ailleurs encore de nos jours un chapeau qui aurait appartenu au plus célèbre des bandits américains, en hommage à celui qui en a enrichi plus d'un à l'époque...

*****
   Ceux qui me lisent connaissent certainement ma prédilection pour le timbre YT 140, le fameux 25 c. bleu au type Semeuse.
Ils comprendront donc que cette jolie lettre ait terminé son parcours dans ma collection, après avoir pour mon plus grand bonheur, retraversé l'Atlantique en sens inverse :

  Partie de Charente inférieure le 12 juin 1925, à la recherche d'un passager du 3 mats "Miquelon" appartenant à l'une des sociétés pêchant la morue au large de SPM., elle y est parvenue le 2 juillet comme en atteste le cachet, pour une fois visible au verso !

Mais est-elle bien parvenue jusqu'à son destinataire ?
L'histoire ne le dit pas : pas moyen de retrouver trace de ce 3 mats, qui est peut-être l'un des nombreux navires à s'être échoué au large...
L'un d'entre vous en sait-il plus ?




  A propos de voyage en sens inverse, je ne peux m'empêcher de vous montrer aussi cette autre lettre qui fait magnifiquement la paire avec la précédente :


  Elle est à mon avis assez rare également, car d'après internet, il y avait environ 4000 habitants à SPM dans les années 20, dont la correspondance était certainement le seul lien avec la métropole, mais pour qui les bateaux vers la France ne devaient pas passer tous les jours...

  Partie le 14 avril 1925 à destination d'un laboratoire parisien, l'histoire ne dit pas sur quel navire elle a voyagé, et aucun cachet d'arrivée hélas ne figure au verso.
L'un de nos lecteurs pourrait-il nous renseigner ?


  A mon avis, l'expéditeur passait sa commande régulièrement auprès du labo : quelques boites d'antidépresseurs et tubes de somnifères.

Car même en étant très bien approvisionné en alcool pour se les réchauffer, la vie ne devait pas être rigolote tous les jours à Saint Pierre, et le temps passé à se les compter devait être bien long, faute de pouvoir se taper une bonne morue...


mardi 1 mai 2018

Faux timbre - Vraie enquête internationale !


  Au printemps 1923, tout le sud-est de la France est en émoi : depuis quelques temps, une grande quantité de faux timbres à 25 centimes a été mise en circulation, et notre Semeuse préférée défraye la chronique !

Faux de Marseille, dit de Nice

  La poste est en alerte rouge.
Elle a mis longtemps à s'en apercevoir, mais après plusieurs mois d'escroquerie, le faux est à présent repéré sur beaucoup de courriers qu'elle voit passer, et qu'elle inspecte plus attentivement.
Presque tous sont originaires de la région de Nice ou de Marseille, et les postiers du coin doivent faire face à un surcroît de travail énorme.
Fini pour eux, l'apéro au soleil !

  Chaque courrier affranchi avec un faux, et reconnu comme tel, donnait lieu à un procès-verbal, et j'imagine que les expéditeurs devaient être un peu inquiétés : on ne plaisante pas avec ça...
Lorsqu'on arrivait à les identifier, et à les retrouver bien entendu.

  Pratiquement un siècle plus tard, tous ces courriers sont recherchés !
Témoins d'une époque formidable...

Certains ont circulé "comme une lettre à la poste" surtout en 1922, surtout avant que le faux ne soit reconnu. Le timbre est alors normalement oblitéré.




Cette lettre, unique à mon avis, a même été recommandée !!!
Comme quoi, en octobre 1922, le faux passait encore inaperçu même aux bureaux de la poste.
Une merveille :


 Les autres courriers ont été taxés et/ou saisis par la poste à l'époque, et ont fini par se retrouver sur le marché philatélique, puis dans les albums des collectionneurs.
Pas d'oblitération des timbres dans ce cas-là.

La plupart sont des lettres pour la France, puisque le tarif était de 25 c.


Mais on en voit aussi, plus rarement, sur des lettres pour l'étranger, dont le tarif était de 50 c.


Souvent y figure la mention manuscrite en rouge "Timbre poste contrefait", et/ou un numéro en noir.

**************
  La carte que je vous présente ici, a le triple intérêt :
- d'être une carte postale, ce qui est bien moins courant qu'une lettre du fait du tarif des CP,
- d'être adressée vers l'étranger,
- et d'être accompagnée de son procès-verbal, ce qui est exceptionnel !


Voici son histoire :

  Marie et Rachel, deux touristes belges en vadrouille sur la Riviera avec leur famille, ont cru bien faire en achetant des timbres dans un bureau de tabac niçois.
Et en affranchissant scrupuleusement, au bon tarif, la jolie CP destinée à une amie à elles, devenue veuve, et restée dans le froid et la brume de Bruxelles...
On croirait même les entendre :
"Elle va être verte de rage la Pauline, quand elle va savoir qu'on se dore la pilule à Nice, pendant qu'elle se les gèle à la maison !"

  Ce sont en effet des buralistes plus ou moins honnêtes du sud-est qui ont ainsi débité, ou plutôt recelé, des milliers de faux timbres achetés à des particuliers, des faussaires.
C'est ce qu'on apprendra à la fin de 1923, lorsque des perquisitions furent menées après enquête policière.

  Enquête qui a peut-être bien débuté par l'interrogatoire de notre veuve belge, croyez-le ou non !...

Le bureau niçois qui reçoit notre CP le 17 mars 1923, s'aperçoit que le timbre à 25 c. est un faux.
Les 4 lettres taxées montrées ci-dessus sont toutes également datées de la mi mars, ce qui prouve que les postiers des Alpes Maritimes étaient plus qu'en alerte...

Voici le formulaire établi le 19 mars par le bureau Nice - quartier de la gare :

On y retrouve le numéro 414 - D figurant sur notre carte

  Comme cela y est précisé en bas, un des trois exemplaires en a été réglementairement transmis aux autorités belges, avec la carte en question.

  Les postiers de Schaerbeek ont pris la peine, une semaine plus tard, de convoquer et d'entendre dans leurs bureaux la veuve en question.
Incroyable, non ?

  Et celle-ci n'a alors pas eu d'autre choix que de dénoncer sa copine Marie comme étant l'expéditrice de la carte ! Voici le procès-verbal de son audition :


Vous l'entendez la veuve ?
"Ça lui apprendra une fois, à la Marie, de me narguer avec ses cartes postales ensoleillées. J'ai autre chose à faire moi, une fois. Je bosse pendant qu'elle se promène sur la Côte d'Azur, et en plus, elle est tellement radine qu'elle achète des faux timbres, une fois !"

Et pas deux ! La carte a été "retenue provisoirement" par la poste belge, qui l'a ensuite transmise à ses collègues de France.

 Possible aussi que l’hôtel Beau Rivage ait vu débarquer les enquêteurs de la poste ou de la police, afin d'interroger la Marie, afin de savoir où elle s'était procuré ce faux timbre.
A moins que les belges n'aient attendu son retour au pays pour le faire ?

Peut-être est-ce donc notre Marie qui a permis d'identifier le revendeur, et ensuite d'interpeller les faussaires ? L'histoire ne le dit pas...

Mais c'est un beau roman, une belle histoire...


lundi 30 avril 2018

Tchin Tchin, à la vôtre !


 Les plus fidèles lecteurs se souviennent peut-être des articles déjà publiés ici concernant les porte-timbres, ces petits supports "publicitaires" qui agrémentent si agréablement les collections de nombreux philatélistes.
  Il faut bien reconnaître qu'en France, c'est de loin notre chère Semeuse qui se retrouve le plus souvent collée sur ces vignettes publicitaires, et ainsi mise en valeur comme dans un cadre.
Qu'elles soient commémoratives, de propagande ou simplement commerciales, et parfois illustrées, leur grande diversité fait également le bonheur de bien des thématistes.

On en trouve assez facilement, pour des prix qui restent la plupart du temps abordables, mais certains sont plus rares, et sur lettre ou carte postale correspondante, ils prennent tout leur sens, et deviennent très recherchés !

  Je me souviens d'un des tout premiers à être entré dans ma collection, dans les années 80 :


 Est-ce parce que je suis marseillais, comme l'entreprise fabriquant cette boisson ?
Ou bien uniquement parce que je l'avais repérée en couverture du fameux catalogue Yvert et Tellier spécialisé ?

Oui, oui, c'est bien elle en haut, et pas une qui lui ressemble !


  Depuis, j'ai bien tenté de me renseigner sur ces frères Barbaroux et sur ce Citronna.
Mais sans trop de succès hélas !
Je vous aurais bien mis une image, à défaut de pouvoir en déguster un verre...

Gallica m'a tout de même appris que cette fabrique de citronnade était située sur le boulevard Baille, pile là où je travaille, et de là où je vous écris à l'instant : amusante coïncidence !

  J'avais bien vu aussi, juste sous le timbre, en bas, que l'adresse imprimée sur le porte-timbre était la même que celle de l'en-tête de l'enveloppe : c'était eux qui avaient eu cette idée géniale, à Paris !




Plus tard, j'en ai trouvé bien d'autres exemples, dont quelques fameux carnets de porte timbres, pour le vin Mignon notamment, de Marseillan, un autre alcool...


Comme le Cointreau, dont la maison mère se trouve justement être le destinataire de ma lettre !
Il est fort probable que le courrier que contenait mon enveloppe proposait à Cointreau de lui fabriquer son porte-timbre, en lui montrant l'exemple de Citronna...

Cointreau qui a eu lui aussi droit à sa pub :


Comme la Menthe Pastille, d'Angers, avec ses pubs et ses carnets de porte-timbres elle aussi, vendus avec une ristourne, toujours grâce au "Timbre poste économique" :




Tout comme la liqueur vulnéraire Eau d'Arquebuse de l'Hermitage, de Lyon : 


Et comme le Vermouth Cristal, de chez Taillan à Cette, tout près de Marseille :







Plein de bonnes choses, comme vous pouvez le constater !

  De quoi donner raison en tout cas à ceux qui se sont lancés dans la lutte contre l'alcoolisme, et qui ont eux aussi émis beaucoup de ces porte-timbres, de toutes les couleurs, et avec des slogans particulièrement savoureux :




En stigmatisant même nos amis bretons s'il le faut, mais c'était pour la bonne cause !


 7 000 000 de litres d'OH pur par an !

Ils abusent avec leurs chapeaux ronds !
Vive les bretons...

 Et voilà en vitesse, un petit tour de France en Semeuse, à consommer avec délectation et modération, entre philatélie, erinnophilie, et belles images du début du XXème siècle...

Une belle idée de collection : riche, plaisante, instructive : tout pour plaire, croyez moi !

dimanche 22 avril 2018

I have a dream : moi aussi !


  Je me souviens avec émotion d'un achat en particulier, non seulement parce que j'en avais rêvé depuis longtemps, mais aussi parce que je n'en ai plus jamais trouvé d'autre similaire ! 

  Je collectionnais depuis longtemps le type Semeuse, et ses coins datés. 
Je m'étais bien documenté, notamment avec le Yvert spécialisé qui, dans les années 80 était indispensable, rempli de renseignements précieux pour moi.
Les variétés étaient un peu répertoriées, mais rarement photographiées, aussi étais-je fasciné par celles qui étaient décrites et citées comme rares...

  Le 75 c. lignée 202, avec son type II et son coin daté de 1932, me faisait déjà rêver mais pas autant que le non dentelé : une seule feuille connue, dont les 60 timbres du bas avaient échappé à la dentelure. 
C'est vrai que j'en avais vu quelques exemplaires dans les ventes, de loin...

  Mais un jour, alors que je me préparais à me rendre à Paris pour une importante expo philatélique, Philexfrance, ne voilà t'il pas qu'une grande maison de vente, dont je recevais régulièrement les catalogues, eut l'idée de faire pour l'occasion une vente spéciale, avec des pièces remarquables !
Et que trouve-je en photo dans ce catalogue de prestige ?
L'unique bloc de 4 coin daté de ce 75 c. non dentelé ! 
A prix net en plus !

  Il me fallait donc me décider vite, et même si le prix était assez correct, cela faisait une belle somme ! Et cela allait amputer sérieusement mon budget pour un bon moment, et en particulier pour cette expo !

J'ai craqué quand même : j'ai pris mon téléphone pour m'assurer que personne ne s'était jeté dessus avant moi, et quelques minutes ont suffi pour me décider.
Tant pis si je n'allais pas à Paris, faute de moyens restants...

  J'ai eu la chance d'être le premier à me manifester pour ce lot.
Ils m'ont proposé de me le mettre de côté jusqu'à cette fameuse expo, où je me suis finalement rendu, rien que pour aller y récupérer le coin daté dont je rêvais tant !
Même pas eu besoin de le payer tout de suite !

  Plus un sou pour acheter grand chose d'autre, mais jusqu'à ce que je le prenne entre mes mains, j'ai tremblé que quelqu'un vienne convaincre la maison de vente de le lui céder plutôt qu'à moi.

  Voyage en train, puis métro, puis file d'attente à l'entrée, puis je me précipite vers le stand en question : OUF il est toujours là qui m'attend, bien sagement !
Le voici :

Vous n'en verrez jamais d’autre !
Les ND sont rares en impression rotative à l'époque de la Semeuse.
A ma connaissance, on ne connait qu'un autre coin daté Semeuse non dentelé : celui du 20 c. brun 139, mais il est en mauvais état et trop cher pour l'instant...

J'en rêve un peu quand même, mais moins que pour celui-ci !

  Et si un jour je vois passer l'autre coin du bas de cette feuille, celui de gauche, avec le numéro, j'ai bien peur de craquer une nouvelle fois...

samedi 14 avril 2018

La Semeuse au pays de l'or noir


  Vous ne trouvez pas qu'on dirait la couverture d'un album des aventures de Tintin ?


  Vous savez bien que j'adore les courriers qui ont permis à notre Semeuse de faire le tour de la planète, surtout la bleue à 25 c. puisque c'était elle qui pendant longtemps a permis de s'acquitter du bon tarif pour l'étranger. Seule ou en paires, blocs, ou bandes, on la trouve souvent.

Plus la destination est lointaine et originale, plus ça me plait.
Et si en plus, le trajet est compliqué, ou si il y a un retour à l'envoyeur, alors là c'est le top !

  Prenons par exemple la Syrie ou l'Irak puisqu'on en parle hélas beaucoup ces temps-ci.
A l'époque, j'imagine que les français n'écrivaient pas tous les jours vers ces pays-là.
Mais au moins leurs lettres arrivaient à destination !
Quelques unes d'entre elles ont même été conservées depuis un siècle, pour mon plus grand plaisir.

En quelques jours celle-ci n'a fait que traverser la méditerranée :


 En quelques semaines, celle-là a un peu plus bourlingué.
Passer par Bombay, forcément, ça rallonge :


Pour arriver jusqu'à Téhéran, celle-ci a mis 17 jours, fin 1909, en passant par la Russie :


Alors qu'il a fallu 6 semaines à celle-là en 1921 :


Mais dans tous les cas, l'expéditeur n'aura jamais payé que 25 centimes.

Alors, vous comprendrez que la mise en vente de cette jolie lettre ait attiré mon attention :


Non seulement je n'en avais pas encore trouvé pour Bagdad, mais en plus, elle est affranchie avec 6 semeuses, pour un total de 1 franc 50 : une fortune en 1924 !

Le trajet entre Versailles et Bagdad ne lui a pris que 9 jours.

Visiblement, l'expéditeur était anglais, et il avait volontairement choisi de payer cher pour que sa lettre arrive vite à destination, d'où la mention manuscrite :

"By overland mail  Haifa - Baghdad"

Par voie terrestre, si on traduit en bon français, cela semble logique et le plus rapide lorsqu'on regarde une carte de la région :


Mais pas forcément le plus simple !
C'est ce que j'ai appris grâce à quelques recherches sur internet.
Traverser ces régions ces déserts en 1924 devait être risqué.
Une vraie expédition de +/- 900 Km, avec les moyens "de l'époque".
Tout ça pour acheminer plus vite du courrier !


 Tintin lui-même aurait hésité !

Les anglais furent à l'origine de ce service postal spécial, instauré quelques mois avant ma lettre, et la France s'y est associée.


  Depuis le 1er avril 1924, le tarif de la lettre pour l'étranger était de 75 c. et ma lettre aurait donc dû être affranchie à 1 f. 75, avec 7 semeuses, mais je n'en veux pas trop au postier qui s'est foutu dedans...

Versailles - Marseille en train, puis le bateau vers Port Saïd, le train à nouveau vers Haïfa, puis ces fameuses automobiles pour traverser le désert jusqu'à Bagdad !

 Un sacré voyage, et quel dépaysement !

Fantastique, même à ce prix-là, ne trouvez-vous pas ?
Le tout en 9 jours !


Vous me direz que mon autre lettre, celle de 1909, n'avait mis que 17 jours pour effectuer le même trajet, via Moscou, et quinze ans plus tôt.

Mais on n'arrête pas le progrès !...

Essayez donc aujourd'hui, pour voir si l'avion fait mieux...


Je ne saurais trop vous engager à visiter les sites suivants, à qui j'ai emprunté quelques images, beaucoup de renseignements, et plein de rêve :

Page sur l'overland mail iraquien

Site en anglais sur l'overland desert mail

Une magnifique illustration de l'académie de philatélie