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mardi 16 février 2016

Besoin d'un spécialiste en Origami !


  La typographie à plat, utilisée pour la fabrication de la plupart de nos chères Semeuses, avait croyez-moi beaucoup de charmes : on imagine facilement le travail de l'homme, et les attentions qu'il fallait y apporter pour arriver à un résultat parfait , ou presque !
Beaucoup de manipulations étaient encore réalisées manuellement.
Cela ressemblait encore à la grande époque de l'imprimerie !

   Les ouvriers de l'atelier de fabrication des timbres-poste devaient être assez fiers de leur boulot à la fin de leur journée ! C'était pratiquement du travail d'artiste, ou même d'orfèvre, qu'ils devaient réaliser quotidiennement !

Les machines demandaient des réglages fréquents, une grande expérience et des gestes précis.
Il fallait en permanence guetter le moindre grain de sable pouvant tout dérégler, contrôler les encres, manipuler les feuilles, surveiller la gomme, les perforations...
Ils ne devaient pas s'ennuyer, ni chômer ces heureux hommes !

Les trois images suivantes vous mettront un peu dans l'ambiance de 1913 +/- :






Et cet extrait de 1875 vous fournira une meilleure description que celle que je pourrais en faire :


  Mais comme depuis toujours, en latin comme en français, l'erreur est humaine, il arrivait parfois, malgré toutes les précautions qui étaient prises, qu'un accident survienne. 
Une faute d'inattention, ou bien un aléa technique imprévisible suffisait à entraîner un défaut de fabrication. Plus ou moins grave pour eux, et spectaculaire pour nous collectionneurs.

  Heureusement, des contrôleurs veillaient au grain, et ils avaient l’œil pour ne pas laisser passer de telles imperfections. Elles ne devaient en aucun cas être mises en vente, mais bel et bien détruites officiellement.
Et bien entendu leurs causes étaient corrigées au plus vite !

  Evidemment, comme s'entendait dire Tony Curtis à la toute fin du film "Certains l'aiment chaud" : personne n'est parfait ! 
Et pour notre plus grand plaisir de philatélistes, certains défauts passaient tout de même entre les mailles des vérificateurs : ce sont nos fameuses variétés.

  Celle que je vous présente aujourd'hui est assez sympa :



  Il s'agit d'un piquage en diagonale, survenu à cause d'un pliage malencontreux de la feuille, juste avant de passer sous la machine à perforer.
D'où le titre de cet article !

Ce type d'accident touche toujours un coin de la feuille, vous comprendrez aisément pourquoi. 
C'est à cet endroit que la feuille avait le plus de chances de se plier.

Ici, c'est le coin inférieur gauche d'une feuille de papier GC qui s'est replié au mauvais moment.

Le papier Grande Consommation, de moins bonne qualité, a été utilisé en raison des restrictions de la première guerre mondiale, de 1916 à 1920 pour ce timbre.

La date du 13 janvier y est inscrite, ainsi que l'initiale D du conducteur responsable de la presse 27.

Il s'agit de ce que l'on appelle une "feuille de droite" reconnaissable à son bord de feuille gauche assez étroit, résultant de la séparation de la feuille initiale de 300 , en deux feuilles-vente de 150 timbres. Les cinq timbres sont ceux des cases 141 à 145. 

Spectaculaire certes, mais rien d'extraordinaire cependant me direz-vous !
On en voit assez souvent de ces piquages de traviole : ce n'est pas si rare que ça !

Oui mais voilà : 

Je ne vous ai pas tout dit d'un coup. 
Ou plutôt pas tout montré ! 
Je vous avais caché, et gardé le meilleur pour la fin :


  J'ai triché un peu, je l'avoue, en vous masquant une partie de cette variété absolument magnifique,  et probablement unique ! 
SURPRISE !

C'est là où j'ai besoin d'un spécialiste en Origami : si le pli principal est bien visible et explique en grande partie le piquage en diagonale, le reste est plus compliqué !

Ce qui est bien entendu extraordinaire, c'est la présence du timbre non dentelé que l'on voit apparaître sur la gauche ! Il s'agit du 150ème et dernier timbre de la feuille voisine, jadis contiguë, dite feuille de gauche.

Suivez-moi bien :

  L'impression donnait toujours une feuille de 300, non dentelée, que l'on séparait ensuite en son milieu, pour obtenir deux (demi) feuilles-vente de 150 : une dite de gauche, et une dite de droite, que l'on peut distinguer grâce aux bords latéraux. 

  Les feuilles de gauche ont un large bord gauche, et celles de droite un large bord droit.

J'ai essayé d'être plus clair à l'aide de ce schéma représentant une feuille de 300 et notre pli principal :



Ensuite venait le gommage, le séchage puis, pour finir la perforation, effectuée de haut en bas, une rangée horizontale de timbres à la fois.

  Le pli qui nous intéresse est donc probablement survenu avant que la feuille de 300 ne soit coupée en deux.   Sinon c'est peut-être que la fameuse séparation avait été mal faite, un peu trop vers la gauche, laissant apparaître une partie de tous les timbres de la feuille de gauche ??? 
Et que le pli est survenu ensuite, juste avant la perforation ???

That is the question !

  Mon avis penche plutôt pour la première possibilité en raison du petit bout de bord de feuille (étroit) qui figure ici :

Il semble démontrer que la séparation avait été correctement faite, au-dessus du pli !

Qu'en pensez-vous ?

Par ailleurs, il existe la trace d'autres plis, moins nets, comme un "froissage" du coin de cette feuille.
Ce qui explique les piquages "de traviole" situés au plus bas à gauche.

  La "demi-feuille" de gauche s'est donc retrouvée amputée de son coin inférieur droit, assez peu finalement puisqu'un seul timbre, le 150ème, a été coupé en deux. Elle a très bien pu être ensuite perforée et vendue. Mais il lui manquait un demi timbre...
Notre fragment prouvant que la séparation a bien eu lieu.

  Celle de droite, bien qu'un peu pliée dans son coin, et porteuse d'un morceau de timbre de la feuille voisine, a été jugée malgré ça utilisable, et donc dentelée. 
Le piquage a été réalisé par-dessus les plis du coin froissé. 
Cette feuille-vente de 150, complète (et même un peu plus) en réalité assez peu touchée par l'accident elle aussi, a pu être vendue telle quelle aux guichets.
Heureusement pour nous !

Tout ça pour ne pas trop gaspiller !

Peut-être même (ce serait logique) que les autres pliages du coin de cette feuille ont été réalisés, volontairement ou non, parce que le débord pointu résultant du premier pliage empêchait la feuille de se positionner convenablement dans la machine à perforer ??? 
C'est là qu'un "origamiste" pourrait m'expliquer cette forme bizarre en "double bec"...


Toujours est-il que la juxtaposition dite "inter-feuilles" d'un timbre non dentelé et d'un autre dentelé est exceptionnelle !

Je vous en avais déjà montré d'autres rares exemples dans un article précédent (en avril 2011).

  L'association, comme ici, à une variété de piquage en diagonale suite à un pliage est encore plus étonnante : et absolument UNIQUE à mon avis !



lundi 1 février 2016

Tiens donc !


  En attendant de remettre la main un jour sur le coin daté du 1er janvier dont je vous ai parlé, voici un autre CD assez étonnant :



Il s'agit du seul cas que j'ai rencontré où la date manque, probablement en raison d'un défaut d'encrage des rouleaux dateurs !

Un cas sur près de 30000 CD au type Semeuse vus !
On peut dire que cela ne court pas les rues !

Comme quoi une attention toute particulière devait être portée au fonctionnement des dateurs de l'époque !

Ce qui prouve bien que cette indication avait beaucoup d'importance pour eux !

En comparant avec ceux que j'ai, normaux avec dates, il s'agit à priori du 8ème tirage de la planche A+B imprimé en décembre 1935.

lundi 4 janvier 2016

Bonne nouvelle année ! A propos de date...


L'année c'est une chose, mais la date complète, en philatélie, c'est mieux !

D'où mon intérêt pour les coins datés, que vous connaissez.

  Il me semble bien qu'il existe un coin daté du 1er janvier, une erreur de date puisque les jours fériés et les dimanches n'étaient pas travaillés à l'époque, mais impossible de remettre la main dessus !...
Peut-être vous le monterai-je l'année prochaine ?

  Vous vous souvenez que le début des coins datés remonte au 4 mars 1922, avec notre chère Semeuse et le fameux 10 c. vert, que revoici pou le plaisir des yeux :



  Vous savez également que l'on trouve au moins deux coins datés différents pour chaque jour de tirage, et parfois plus, si plusieurs "planches" étaient utilisées simultanément.

Jusqu'à la fin de 1938, la Semeuse a quasiment monopolisé sans discontinu les tirages sur les rotatives : un record de longévité !

  A vu de nez, il doit bien exister du 1 centime au 2 francs, tout compris, surchargés ou non + les pré-oblitérés, entre 25 à 30000 coins datés différents au type Semeuse !
Je n'ai jamais eu le courage de compter précisément, mais c'est à peu près ça.

Enfin ceci est très théorique, car beaucoup ont dû disparaître depuis. Certains sont introuvables. d'autres rarissimes, et la plupart très courants. Ce qui rend leur collection passionnante.
Mon grand-père avait commencé la sienne du temps où la Semeuse était encore vendue aux guichets, et j'ai pris sa suite depuis plusieurs décennies, sans pour autant en apercevoir la fin.
Il m'en manque encore plus d'un sur trois.
Et à chaque fois que j'en trouve un qui me manque, c'est toujours à chaque fois un vrai plaisir de pouvoir me l'offrir !

Et d'où l'intérêt de s'y pencher de plus près. Je vous le conseille !

 Certaines valeurs se trouvent plus difficilement que d'autres : le 25 c. bleu par exemple, et je ne sais toujours pas pourquoi !  Le plus fréquent est le 50 c. lignée rouge, mais ce n'est pas pour autant le moins cher.
Ceci étant dû au fait que les catalogues évaluent la cote d'un CD en multipliant simplement par 5 celle du timbre, sans tenir compte d'autre chose que de l'année, ce qui est une aberration ! Au sein de la même année, la rareté peut aller de 1 à 100 !

  Bien plus tard, pour fêter dignement le passage au nouveau franc, la poste a décidé de relancer l'impression de notre Semeuse, avec une gravure bien différente, plus moderne, en deux couleurs, et avec deux valeurs : 0 f. 20 et 0 f. 30. Avec des coins datés, à partir de la fin de 1959.
Ils sont parmi ceux qui me plaisent beaucoup. Pas vraiment rares, mais pas faciles à trouver non plus, avec de courts tirages parfois, et pas encore trop chers...

  La fin de la "vraie" Semeuse date du 1er octobre 1964, et j'attendais depuis longtemps de dénicher cette date :



Voyez cette belle effigie rose, comme elle semble vouloir tirer sa révérence, en s'échappant discrètement de son fond ligné turquoise, en catimini vers la droite...
Les deux couleurs étaient bien entendu imprimées séparément, ce qui a permis de temps en temps cet amusant décalage.

Je ne parlerai même pas de celle tout à fait ratée et absolument minable que la poste nous a servi il y a quelques années : moi vivant, vous ne la verrez jamais ici !





Vraiment vraiment rare !


  En philatélie, nous sommes tous amenés assez souvent (trop souvent peut-être ?) à utiliser, entendre ou bien lire le mot "rare" et c'est probablement le cas de tous ceux qui collectionnent quelque chose. Quand ce n'est pas rarissime, ou RRR !

  Le souci, c'est que la notion de rareté est des plus subjectives !

   A mon avis, le désintérêt progressif dont la philatélie est victime vient en grande partie de là : on a fait croire, et on croit souvent collectionner des choses rares, alors que plus on avance, plus on cherche, plus on trouve, plus on s'y connait, plus on s'aperçoit qu'il n'en est rien !
   On se retrouve vite déçu. On a l'impression de s'être fait pigeonner. Alors on abandonne, et on se tourne vers autre chose. Mais NON : ce n'est pas la bonne réaction !
Il faut persévérer, s'acharner, s'obstiner à construire une jolie collection, intelligemment bâtie, savoir la remanier, jusqu'à ce qu'elle devienne un sujet de satisfaction de tous les jours, qui sache vous faire oublier ce qu'elle vous a coûté comme temps libre, et accessoirement comme argent.
Alors vous obtiendrez un plaisir rare, que j'aimerais vous faire partager ici.

  * Il y a la rareté du marchand qui essaie de nous vendre au mieux ce qu'il a en magasin. Tellement rare qu'en 50 ans de métier, il n'a jamais vu une chose pareille (sic). La plupart du temps, il s'agit en fait de timbres chers, mais pas rares du tout : et tous les marchands en ont, essayant de les vendre au mieux... Un 50 F. burelé, ou un Minéraline, par exemple.

Il est vrai que beaucoup de négociants peuvent très bien passer leur vie à vendre et acheter des timbres, sans jamais rencontrer la moindre pièce rare. Ou bien en croiser de temps en temps, mais sans savoir les reconnaître ! Ce qui peut être parfois intéressant pour nous d'ailleurs...
C'est également le cas de pas mal de collectionneurs, me direz-vous...

   Acquérir les compétences nécessaires est évidemment un préalable indispensable pour pouvoir bien cerner son sujet. Et pour pouvoir parler de rareté donc.
Nous, philatélistes, avons la chance de disposer d'une importante documentation destinée à nous aider dans notre collection. Encore faut-il se donner la peine de se la procurer et de savoir la lire, parfois entre les lignes !
  Ajoutez-y quelques années d'expérience, de belles rencontres, quelques sites sympas sur internet pour partager les informations, et vous aurez tout ce qu'il vous faut pour devenir un collectionneur éclairé. Ce que j'espère être devenu au fil des ans.

  * Ensuite il y a la rareté du collectionneur hyper spécialisé, qui passe son temps, une loupe à la main, à la recherche d'une minuscule anomalie, tellement insignifiante que personne avant lui ne l'avait repérée, et qu'il pense du coup être d'une rareté exceptionnelle. Certes, il parviendra à réunir une collection intéressante, mais que trop peu de gens sauront apprécier, et il risque de se décourager.   Mais n'oublions pas que de grands "chercheurs" en philatélie ont ainsi fait des découvertes capitales, avec leur loupe, sans lesquelles notre collection serait aujourd'hui bien moins palpitante.
Je pense par exemple à Pierre de Lizeray, dont les études sont absolument remarquables et ne cessent de m'émerveiller.

  * Il y a aussi la rareté que tout philatéliste spécialisé un peu avancé souhaite se procurer afin de la mettre en bonne place dans ses albums, ou bien l'exposer officiellement à la recherche d'une médaille. En général, l'obtenir n'est qu'une question de budget, et de temps : si vous êtes chanceux, un grand négociant vous la fournira un jour contre un joli chèque, et vous en serez aussi heureux que lui.
Ça m'est arrivé souvent et je ne le regrette pas, mais beaucoup d'autres amateurs pourront faire comme vous, ce qui est un peu déprimant aussi.
Beaucoup de nos chers carnets de timbres entrent dans cette catégorie, je peux vous l'assurer. Mais le fameux 1 F. vermillon aussi : le timbre le plus cher de France, en réalité moins rare et souvent bien plus facile à trouver que beaucoup d'autres timbres...

  * Enfin, il y a les vraies raretés : des pièces parfois introuvables, dont les amateurs connaissent l'existence, que certains affirment même avoir croisées il y a longtemps, mais qui ne sont plus réapparues depuis. Il se peut que l'on en ait vu une reproduction dans un livre, juste pour nous donner une folle envie de la dénicher un jour, et de pouvoir espérer la ranger un jour dans notre collection !
On en parle entre nous, entre connaisseurs, les yeux brillants de jalousie envers ceux qui ont la chance de la posséder ! Et on est heureux pour eux.
Certaines sont célèbres, répertoriées, cataloguées, photographiées. On sait combien il en existe. Ou on pense le savoir. Les grands collectionneurs se les disputent lors de ventes exceptionnelles. Certains musées les exposent. Musées que personne ne visite...

  * Quelques pièces uniques, comme le fameux "one cent magenta" de Guyane britannique, représentent le sommet de cette pyramide artificielle des raretés mondiales. On ne sait même plus à qui il appartient. Dix millions d'euros, ou de dollars ?  Il est même allé se promener sur la Riviera début décembre. A moins qu'il n'ait choisi Monaco pour échapper au fisc...

   Mais en prenant son temps, en fouillant bien à la base de cette pyramide, tel Howard Carter face à la porte du tombeau de Toutankhamon, on peut tout à fait trouver à des prix presque abordables, de très jolis timbres, souvent des variétés, pareillement uniques, ou vraiment rares, dont le collectionneur averti saura s'enorgueillir, et qui enrichiront sa collection.

Tel est le cas de notre dernier coup de cœur :



  Il s'agit d'un bloc issu d'un carnet de 20 timbres (sa moitié de gauche plus exactement) : le carnet Yvert 199 C 71. Il a été imprimé en typographie rotative, comme vous le prouve le numéro situé en haut à gauche. Et les timbres sont au type II A.
  Il date de décembre 1931, et présente la particularité, la variété dite "impression sur raccord" et elle est vraiment exceptionnelle pour un carnet !
La bobine de papier était raboutée juste à ce niveau, avant l'impression.

  A ma connaissance, il n'existe qu'un nombre très limité de carnets imprimés sur raccord, et au type Semeuse, je n'en n'ai jamais vu de complet, JAMAIS !

  Ce bloc est le premier que je rencontre. Et je n'ai pas pu le laisser passer, vous vous en doutez !...

  En bas sur la gauche, le manque d'impression est très vraisemblablement dû à un morceau de papier appelé "sonnette" (qui a hélas été retiré depuis) initialement collé à cheval sur le recto et le verso, en bordure de bobine. Nous en avions déjà parlé et montré un exemple sur une feuille dans un article précédent de janvier 2015.

  Le but était précisément de signaler aux employés de l'atelier de fabrication des timbres la zone de raccord du papier, zone particulièrement fragile. D'ailleurs, grâce à cette sonnette, le carnet qui s'est retrouvé imprimé juste à ce niveau, aurait dû être facilement repéré, et considéré comme un rebut.
A surtout ne pas mettre en circulation : à jeter !

Heureusement pour nous, celui-ci n'a pas été détruit, et a pu arriver jusqu'à notre collection ! OUF !

  J'avais déjà un exemplaire isolé, provenant d'un autre carnet, mais au type IV, présentant la même variété, mais bien moins spectaculaire :



   Ce qui fait deux impressions sur raccords, issus de carnets au type Semeuse, mais deux seulement en plus de 40 ans de collection !  Vraiment rare donc !

   Merci à ceux d'entre vous qui auraient repéré de telles variétés, de bien vouloir nous les montrer ou nous les signaler... Je sais qu'il en existe pour d'autres carnets que ceux au type Semeuse.
Pas moins rares à mon avis !

  En revanche, le même timbre, toujours au type II A, mais imprimé en feuilles, existe lui aussi sur raccord, mais il est bien moins rare, le tirage des feuilles étant bien supérieur à celui des carnets :
Celle-ci date de 1926 par exemple :

Mais un aussi joli raccord est vraiment, vraiment rare !

dimanche 15 novembre 2015

Pas terrible !


  Vraiment pas terrible du tout, cette technique des années 60 pour rafistoler une feuille visiblement déchirée et raboutée avant son impression !

Surtout si on la compare à l'exemple que je montrais ici même au mois de janvier, datant lui de 1936 !

Vive le progrès !    Vive le passage au nouveau franc !

Un vilain bout de ruban adhésif, que l'on pourrait appeler Scotch, a remplacé toute la minutie et les précautions prises à la belle époque par ceux qui fabriquaient nos timbres !...


Pourtant, le "Scotch" avait bien déjà été inventé dans les années 30, comme me l'apprend Wikipédia !

Mais les gens de l'époque devaient se douter, eux, des dégâts que le temps ferait immanquablement subir à cette colle, risquant de défigurer notre chère Semeuse !

Donc, faites comme eux : éloignez absolument tout Scotch de vos timbres, sinon, c'est la catastrophe assurée !


Et au passage, je fais connaissance avec le mot ANTONOMASE :

" Une antonomase est une figure de style ou un trope, dans lequel un nom propre ou bien une périphrase énonçant sa qualité essentielle, est utilisé comme nom commun, ou inversement, quand un nom commun est employé pour signifier un nom propre[1],[2]. Certaines antonomases courantes finissent par se lexicaliser et figurent dans les dictionnaires usuels (« une poubelle », « une silhouette », « un don Juan », « un harpagon », « un bordeaux », « un roquefort », « le macadam », « un gavroche », « un tartufe », etc.) "

samedi 31 octobre 2015

Triplement faux !

 
    Le 10 c. vert Semeuse est un de mes timbres préférés, et un des plus intéressants aussi !

Sans parler du type maigre et de ses célèbres pubs Phéna et Minéraline dont nous avons déjà parlé, il a bien des atouts pour attirer le collectionneur : quatre types différents, deux modes d'impression : à plat puis rotative, donc des millésimes et des coins datés, des roulettes (même si l'existence de celle imprimée à plat n'a jamais été vraiment confirmée), des jolis carnets, des surcharges en pagaille, et des variétés !
Pas d'entiers postaux en revanche : pas très grave puisque je ne les collectionne pas...

   Ceux qui ont déjà "surfé" sur mon blog, et qui ont de la mémoire, s'en souviennent certainement : il s'agit du premier timbre français à avoir été imprimé en 1922 par la toute première presse rotative. Il a donc dû essuyer les plâtres de cette nouvelle technique, car les employés de l’atelier de fabrication des timbres ont mis quelque temps à se faire à cette nouvelle machine venant révolutionner leur travail de tous les jours !

A tel point que ce sera le seul timbre cette année-là à être imprimé en feuilles de 100 avec des coins datés.

Qui dit nouvelle technique dit nouveau matériel nécessaire, et donc un nouveau type : le type I B.

  Dans un premier temps, au coin inférieur droit de chaque feuille, la date venait se loger dans une encoche aménagée dans ce but au sein des parallélogrammes imprimés en vert et séparant sur le cylindre d'impression les deux blocs de deux galvanos qui composaient une feuille. Et idem au coin inférieur gauche, pour la numérotation des feuilles :

encoche                                                                             encoche
pour                                                                                    pour
le numéro                                                                                la date

Je rappelle : deux galvanos de 50 timbres pour composer une feuille, et deux feuilles avec deux coins datés différents par tour de cylindre. D'où le mode de collection des coins datés qui consiste depuis lors à réunir une paire de deux coins datés du même jour, chose assez difficile croyez-moi, surtout pour les timbres de cette période ! On y arrive parfois, ou presque... Il m'en manque un pour compléter ces 4 jours successifs :


   Quatre cylindres bien distincts ont été confectionnés et utilisés successivement entre le 4 mars et le 21 décembre 1922. Le Baron De Vinck les a identifiés et leur a laissé des "noms" composés de 2 lettres correspondant aux 2 galvanos bas de feuilles portant la fameuse date.

Le tout premier et mythique cylindre A+A est rarissime, introuvable de nos jours (y'en a un sur ce blog).
Le second B+C se croise de temps en temps : on n'en connait que quelques dates, et toujours en mars (voir le bloc de 20 ci-dessus)..
Les deux suivants ont assuré pratiquement tout le tirage de cette année-là : ce sont D+D et  D+E.
Ils sont assez peu courants, mais les seuls que l'on trouve de temps en temps, raison pour laquelle les catalogues n'accordent bêtement qu'une cote ridicule aux CD de 1922, alors que certains sont des pièces de musée... Ceux de mars 1922.

   Un impératif technique rendait obligatoire en 1922 seulement l'impression par la première rotative de la date et du numéro (comme vous l'avez vu sur le bloc ci-dessus)  dans la même couleur verte que les timbres et que les parallélogrammes. D'où la nécessité des encoches pour que date et numéro soient bien lisibles.

   Par la suite (dès janvier 1923), modernisation technique oblige, les dateurs et "numéroteurs" seront indépendants et imprimeront dorénavant en noir.
A quelques rares exceptions prés, comme les timbres porteurs d'une surcharge de couleur. La date sera alors parfois de la même couleur que la surcharge.

DONC : puisque la date est noire, plus besoin des 2 encoches dans les parallélogrammes, ce qui devait simplifier le boulot (qui était fait manuellement), et surtout : nouveau matériel, donc nouveau type pour notre 10 c. vert : le type III qui sera celui imprimé jusqu'en 1929, le plus courant, pas rare du tout.

Mais pas pour autant à la portée de toutes les bourses !
La faute aux catalogues qui n'y comprennent pas grand chose aux coins datés, eux !
En effet, ayant remarqué que l'on trouvait peu de CD de 1924, ils les ont largement surcotés : plus de 10 fois le prix des autres années, qui sont il est vrai  les plus courantes. La plupart des collectionneurs ne recherchant qu'un CD par année, ceux de 1924 sont devenus chers sans être vraiment rares.

Tout ça parce qu'en 1924, le tirage n'a commencé que le 9 décembre, ne laissant que 3 semaines à cette année-là. Mais je peux vous assurer que ceux de 1922 sont bien plus difficiles à trouver pourtant !

  Ceci a hélas eu pour conséquence d'attirer tous les petits malins qui ont recherché cette année 24 plus que les autres. Et ce qui a même tenté quelques uns d'entre eux de devenir malhonnêtes !...
C'est la raison ce cet article.

  Un grand négociant parisien, dont l'honnêteté ne saurait être mise en cause, vient de mettre en vente tout un tas de jolis coins datés, provenant certainement d'une grande collection, au milieu desquels mon œil fut immédiatement attiré par ça :

Un CD de 1924, avec la date en vert ! 
Ce fut comme un coup de tonnerre !
" Pas possible! "  me suis-je écrié !

Et bien NON : cela n'est pas possible ! Il s'agit bel et bien d'un truquage.
Pourtant, il y a bien la fameuse encoche, me direz-vous.
Oui, certes, mais c'est celle d'un CD de 1922.  En 1924, elle n'existait plus depuis longtemps.

Coin daté de 1922 qu'un abruti malhonnête a utilisé pour le transformer en un de 1924, afin de le vendre au prix fort à un collectionneur qu'il voulait abuser.

Tout ça parce qu'il ne devait pas en avoir d'authentique, et surtout parce qu'il a dû au passage réaliser une bonne opération financière, encouragée par la mauvaise cotation des catalogues qui ne reflètent absolument pas la rareté relative des CD ! Un scandale je vous dis !

  L'énergumène s'est donné la peine de couper le bas daté du CD original de 1922, et d'y imprimer avec sa minable imprimante, une fausse date de décembre 24, comme vous le démontre la photo suivante :
FAUX                                VRAI

Du coup, le bas de feuille est bien plus court.
Les pointillés montrent la funeste découpe.
La forme des parallélogrammes est bien la même.

Vous pouvez constater que les chiffres utilisés pour la date ne sont pas les bons, leur forme diffère nettement des originaux. Sans parler de leur couleur qui aurait dû être noire.

Faux chiffres - faussement verts

Vrais chiffres - réellement verts

Vrais chiffres - vraiment noirs

Vous devinez bien (en tout cas pour ceux qui me suivent) que les timbres du CD truqué sont au type I B de 1922, et non au type III, seul type utilisé en 1924. Mais cela, le faussaire devait l'ignorer, bien entendu.

Pour mémoire, il s'agit à l'origine d'un CD du galvano E de D+E, qui n'a servi qu'entre octobre et décembre 1922 et qui s'est retrouvé ici raccourci et défiguré...

Alors que c'est H+I qui a servi en décembre 1924.
Dont voici d'ailleurs un exemple, AUTHENTIQUE :

Les parallélogrammes sont bien différents de ceux de D+E.
Il n'y a pas d'encoche.   Timbres au type III.
La date est imprimée en noir, et bien à sa place : plus bas.

Heureusement ! 
Encore heureux qu'il se soit servi d'un CD de D+E ! Car cet abruti aurait tout aussi bien pu massacrer à coup de ciseaux une merveille de notre patrimoine, s'il s'était attaqué par ignorance et par cupidité à un des 2 premiers cylindres, qui sont eux, bien plus rares et bien plus onéreux, que celui qu'il a voulu imiter, mal !...

Remarquez que cela aurait été bien fait pour lui !... Mon histoire aurait eu encore plus de saveur.
Et j'aurais pu conclure en écrivant : Bien mal acquis ne profite jamais !

 Triplement faux donc :
  -pas le bon type du timbre
  -pas les bons caractères ni la bonne couleur pour la date
  -pas le bon galvano    

Si à l'avenir, vous vous intéressez aux coins datés, vous vous ferez moins souvent avoir, croyez moi !...
Un philatéliste averti en vaut deux !




lundi 19 octobre 2015

Doublement faux !

   Les promenades sur les sites de ventes aux enchères m'ont souvent permis de dénicher de belles pièces pour ma collection, et je ne suis certainement pas le seul dans ce cas...

Même si le marché philatélique est souvent morose, en cherchant bien, on trouve parfois matière à se redonner le sourire.

Et aussi souvent de belles arnaques, c'est vrai !

En voici un bel exemple :


La description en anglais mentionne pourtant bel et bien qu'il s'agit d'une contrefaçon (forgery en anglais), et il n'y a pour l'instant aucune enchère.

Mais je me demande s'il ne va pas se trouver un francophone pour se faire avoir...

La surcharge est fausse, mais réellement apposée deux fois.

Sur un timbre oblitéré Semeuse 35 c. violet YT n°142.

Mais sur un exemplaire au type I, qui a été imprimé à plat, contrairement à celui qui a été surchargé officiellement, qui est bien plus rare, imprimé en rotatif et qui est au type II.

Type II que l'on identifie à la forme du premier S de POSTES.

Une seule feuille de 100 timbres existe avec l'erreur "double surcharge".

Le décalage des deux surcharges est assez peu visible, vers la droite et non vers le haut, comme sur cet exemplaire :



La feuille a été imprimée le 14 avril 1926, et certainement vendue au guichet de la poste à l'époque.
L'erreur n'ayant pas été repérée.

L'expert (Monsieur CAMPEAU) qui l'a eue par la suite entre les mains, a bien pris soin de signer à l'aide de son cachet circulaire tous les timbres, et de les numéroter au verso, pour les vendre à ses clients philatélistes.

Le découpage a eu lieu avant 1958, puisque le célèbre négociant parisien Monsieur Georges MONTEAUX en a vendu à cette date.

Je ne pense pas qu'il en existe d'oblitéré.

A moins qu'un de ces philatélistes n'ait poussé le vice jusqu'à s'en servir pour affranchir une lettre, qu'il se serait adressée à lui-même probablement.

Ce serait une rareté, certes un peu "philatélique", mais vraiment exceptionnelle !