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samedi 16 mai 2026

Qui détient la vérité ?

 

  Au cours de la longue vie de notre Semeuse, il y eut une période de transition cruciale : celle qui lui a permis de passer d'un fond ligné choisi par le graveur pour obtenir un effet de relief saisissant, à un fond mat qu'on lui a imposé, à la demande du ministre ou secrétaire d'état. C'était là encore en 1906.

Je ne reviendrai pas sur les différentes étapes qui ont vu apparaître un sol, puis le soleil changer de place, puis disparaître, effacer un pseudo téton, mais je viens de tomber sur un texte de l'époque qui remet en question la célèbre retouche effectuée sur la Semeuse maigre. Celle qui fut choisie puis reniée, puis remplacée.

   A sa sortie le 28 juillet, l'histoire raconte que le nouveau timbre à 10 c. a tellement déplu au ministre, qu'il a ordonné d'en stopper la vente au bout de deux heures seulement. Il faudra que Mouchon en améliore l'aspect. La retouche ayant pour but de mieux faire ressortir l'effigie sur ce fond uni. 

Il y eut donc deux tirages et deux types pour les 10 et 35 c. émis, YT 135 et 136, le premier en juillet, et le second en octobre. Merci au passage de me signaler les dates d'impression que vous pourriez croiser. Le mois permet donc facilement de déterminer le type.


   De tout temps la distinction entre ces deux types a posé des soucis aux philatélistes, car la variation des encres, des papiers, et de la qualité d'impression a eu tendance à atténuer des différences déjà minimes au départ. Et cela avait de l'importance car le premier tirage est bien plus rare que le second, et donc les timbres bien plus recherchés au type I. De l'importance pour le ministre, et les philatélistes.

Pour vous donner une idée, je me suis amusé à juxtaposer sur cette image les 2 types du 35 c. :

Il est vrai que celui de droite au type II est un peu mieux réussi !
Mais il n'y a pas non plus de quoi se la prendre et se la mordre.

Du coup, les collectionneurs et les négociants, alertés par cette mise en vente suivie d'un retrait si précoce du 10 c. ont décrit sur les timbres de petites différences permettant de ne pas se tromper : il s'agit de lignes blanches devenues plus visibles après retouche au niveau des fesses, du bas du sac, du pied gauche, et sous l'avant-bras droit. Ce qui voudrait dire que Mouchon aurait re creusé les poinçons un peu plus profondément au niveau de ces zones de séparation entre la Semeuse et le fond.

  L'année dernière, grâce à l'obtention des fabuleuses images des poinçons conservées par le musée, je vous avais fait part de mon analyse de ceux de la série des Semeuse maigres. Que vous pourrez relire en cliquant sur ce lien : Poinçons

Mais je ne vous avais volontairement pas montré la ligne des fesses ! J'en vois déjà qui sourient... Ni le dessous de l'avant bras qui sème.

Car sur les 5 poinçons (et cela me chagrine beaucoup) on ne voit pas de franche différence à ces deux endroits, alors que sur les timbres, c'est le plus souvent le cas ! Même sur la médiocre image des 35 c. ci-dessus, on voit mieux les lignes blanches, qui sont indiscutablement plus marquées sur le timbre de droite.

Voici donc les poinçons, et ils semblent bien tous semblables au niveau du postérieur :


Et au niveau de l'avant-bras :

Ces lignes ont été creusées là où il n'y en avait pratiquement pas, nettement accentuées.

Nous nous devons donc de revenir sur ce que nous affirmions, probablement à tort, à propos de ces poinçons. 

Cependant, si je vous remontre la comparaison des 2 autres zones :

Reconnaissez que l'on a bien l'impression que les lignes sont plus nettes là où j'ai mis un +, non ? 


Au vu de ces images, il n'y a que trois possibilités : 

1ère hypothèse = les cinq sont au musée dans leur état d'origine, et alors :

        - soit Mouchon a retouché, case par case, les galvanos qui avaient été déjà confectionnés pour les 10 et 35 c. "au type I"

        - soit il a fait fabriquer des copies des poinçons du 10 et du 35 c. qu'il a pu retoucher sans prendre de risque, et qui ont servi à confectionner les galvanos "au type II". Mais ces copies n'auraient pas été conservées par le musée, ce qui est tout à fait plausible.

2ème hypothèse = les cinq ont été retouchés. C'est ce que pensait Pierre de Lizeray lorsqu'il les a examinés. Il est surprenant que le graveur ait pris ce risque : impossible de revenir en arrière en cas d'erreur. Sa main ne devait pas trembler !

   Cela signifie que nous nous sommes peut-être fourvoyés dans notre analyse de l'année dernière au niveau du bas du sac et du pied gauche, là où les infimes différences de gravure que nous avions décrites ne seraient en réalité que des vues de notre esprit ! Les différences peuvent probablement s'expliquer par la variabilité inévitable de tout travail effectué à la main.

Nous avions voulu faire coïncider ce que nous observons sur les timbres avec ce que nous croyions voir sur les poinçons. Alors que c'est l'inverse qu'il fallait faire ! 

   Mais on dirait bien que Monsieur de Lizeray se soit lui aussi trompé, car en ce qui concerne les zones retouchées, en particulier le pied gauche qu'il considérait comme un excellent moyen pour distinguer les deux types en examinant les timbres, c'est Mouchon lui-même qui le contredit !

J'ai en effet eu le plaisir de trouver le texte suivant dans une revue philatélique du 25 novembre 1906 : "Le Timbrophile de France", qui rapporte les dires du graveur, interrogé à ce sujet. 

Alors que le second tirage est en cours.


extrait de :

Mais comment expliquer les autres lignes blanches que l'on observe sur les timbres au type II ?

  Alors, selon vous, est-ce moi qui invente des différences qui n'existent pas sur les poinçons du musée ?

Le bas du sac et le pied ont ils été retouchés ?

 Peut-être que Pierre de Lizeray a mal vu avec sa loupe, certains détails qui sautent aux yeux sur notre écran d'ordinateur ? 

Ou bien serait-ce Mouchon qui raconte des mensonges à ce Monsieur Ledoux de la revue en question ?

That is the question !

   En résumé : la ligne des fesses est bien nette sur les 5 poinçons du musée, ce qui est en faveur de la 2ème hypothèse. Tout comme concluait notre illustre prédécesseur, lui qui fut le premier et le seul à examiner les poinçons du musée, en 1955.

Autre fait indiscutable en examinant cette fois-ci les timbres : il existe effectivement une différence assez nette au niveau des 4 zones décrites, avec des lignes blanches dites lignes de lumière bien plus visibles sur les types II. Même s'il reste possible d'avoir des doutes sur certains exemplaires moins nets.


   Il semble bien que Maître Mouchon se soit un peu moqué de son interlocuteur en affirmant n'avoir retravaillé que l'arrière train de sa Semeuse !  Peut-être en avait-il un peu assez d'être importuné par ces philatélistes venant l'interroger sur de si insignifiantes broutilles ? Le journaliste relate trois visites successives entre juillet et novembre !

Voici un extrait du même journal de septembre 1906 :


Il n'a peut-être tout simplement pas voulu admettre qu'on lui avait imposé autant de retouches à apporter à son travail ? Un mensonge par omission !

Lui qui avait si bien imaginé et réalisé ce magnifique fond ligné donnant un beau relief, et qui a ensuite été obligé de le remplacer par un fond uni qui ne lui plaisait pas du tout.


Remarquez qu'il avait initialement créé des zones d'ombre, 
précisément là où on lui a ensuite demandé de la lumière !

Il était un peu susceptible Louis Eugène, mais quel talent !


*****

  Le musée conserve une autre pièce particulièrement intéressante : une feuille d'essai décrite elle aussi par De Lizeray à l'époque, et qui pourrait démontrer que les deux poinçons qui ont donné les 2 types ont coexisté !

Sur celle-ci figurent 4 épreuves côte à côte  (2 du 10 c. et 2 du 35 c.) permettant justement d'apprécier l'effet rendu par cette fameuse retouche !

Ce qui voudrait dire que la retouche en question n'a pas été faite sur les poinçons d'origine, et relancerait la première hypothèse.

En effet, si la série de poinçons avait été retouchée, l'atelier n'aurait à l'évidence plus pu disposer des poinçons d'origine pour imprimer la feuille destinée à cette comparaison !

J'attends de pouvoir admirer ce document pour en savoir plus, et vous en faire profiter.


*****


   Nous avons eu par ailleurs l'immense surprise de lire et d'apprendre dans ce même "interview" de l'artiste, que l'atelier du boulevard Brune employait alors "depuis quelques temps, des feuilles gommées avant l'impression" ! Ce qui avait échappé à tous les spécialistes, et n'avait jamais été écrit ailleurs.

Ne s'agirait il pas du fameux papier portant le filigrane du fabricant AUSSEDAT, dont on sait qu'il a été testé boulevard Brune précisément à cette époque ?

Moi, je le crois !

J'en profite pour relancer mon appel concernant les Semeuses que vous pourriez connaître avec ce rare filigrane : il doit bien en exister d'autres que celles que je vous ai déjà montrées ici, et j'aimerais vraiment en voir des images !

(YT 129, 130 et 137 peuvent être concernées, mais pourquoi pas les autres de cette même période qui fut si agitée à l'atelier ?)


 

dimanche 3 mai 2026

Actualités des stars

 

  J'ignore si la presse people existe encore aujourd'hui ou bien si elle a été remplacée par ce que beaucoup de gens appellent les réseaux sociaux, mais il y a de ça quelques années, ces journaux qui naviguaient entre voyeurisme, révélations et "paparazzades" ont eu un franc succès auprès du public. Plus la personne citée était célèbre, et plus les lecteurs étaient friands d'obtenir des scoops à son sujet.

Vous allez penser que la comparaison est osée, mais au début du XXème siècle dans la presse (et pas uniquement philatélique), la star, c'était le timbre à 10 centimes ! Et c'était une Semeuse. Nous avons souvent parlé ici de ses différentes versions successives ayant défrayé la chronique, mais je suis tombé récemment sur deux petits articles qui m'ont paru intéressants.


   Le premier concerne les débuts de l'ultime version rouge, celle dont le fond plein et les retouches sont à l'origine des qualificatifs de camée ou grasse, et de sa numérotation Yvert n°138. Un joli timbre !

Certains y ont consacré une vie entière de philatéliste !
Une collection extrêmement riche !

   Concernant son année de naissance, pas de scoop : c'est 1907, mais si vous vouliez un jour lui fêter son anniversaire, vous auriez bien du mal à en trouver le jour exact. Sa date d'émission n'a jamais été officiellement révélée, pas plus que sa mise en vente au public : étonnant, non ?

En fait cela montre bien que pour l'administration, cette Semeuse camée a tout simplement remplacé la Semeuse maigre dont le dessin n'avait jamais donné entière satisfaction, et que pour tout le monde, un 10 c. rouge reste avant tout un 10 c. rouge. Pas besoin d'en faire un évènement.

   Du coup, ce sont les philatélistes qui vont essayer d'en trouver les premières dates d'utilisation sur le courrier, et là encore un doute persiste, mais c'était probablement en septembre. Pourquoi un doute ? Parce qu'on connait des oblitérations plus précoces, mais qui peuvent tout à fait être des erreurs de mois, chose fréquente avec les cachets à date manuels de l'époque. Mais quel jour de septembre ? Mystère !

Qui pourra nous livrer un réel scoop en nous montrant son vrai 1er jour ?

cachets du 14 et du 19 douteux   /   du 26 et du 27 bien frappés

   Quant au début de son impression, vous allez croire que je le fais exprès, mais on n'en connait pas non plus la date avec précision : le 22 janvier est cité depuis longtemps par d'illustres philatélistes, mais je n'ai jamais vu de mes yeux vu, mieux que le 24 janvier !

Si vous avez le 22, ou avant, j'adorerais voir ce scoop, digne d'une couverture !


   On peut trouver bizarre, étonnant, curieux, etc... que ce 138 ait été imprimé dès le mois de janvier pour ne se retrouver sur le courrier qu'en septembre. Mois cela me stupéfie toujours, même si ma passion pour les dates fait que j'exagère souvent à leur sujet, mais reconnaissez qu'il y a de quoi s'interroger. Il est certain qu'il devait rester des stocks importants des autres timbres rouge ou rose à 10 c. mais tout de même, 8 mois... 

Ce qui est sûr, c'est que l'impression des feuilles du 10 c. maigre s'est terminée au tout début de cette année 1907 : cela coïncide donc bien. D'ailleurs, ses carnets de 20 s'étaient très mal vendus avec leur prix de 2 f.05, et il a fallu eux aussi les écouler.

    De plus, c'est toute une série de cette Semeuse camée de 1907 qui avait été décidée : six nouveaux timbres à 5 - 10 - 20 - 25 - 30 - 35 c., mais c'est le 5 c. qui sera émis en premier, dès le mois de mars. Sa sortie passant un peu moins inaperçue car elle se fit sous la forme de carnets. Puis les autres valeurs suivront. On sait que le 25 c. imprimé à partir du 17 avril, apparaîtra sur le courrier le 18 juin. Les autres valeurs ont été imprimées en mai.

Y avait-il une autre raison pour attendre jusqu'en septembre pour le 10 c. ?

  Je n'ai pas la réponse à cette question qui me tarabuste vraiment, mais l'article que voici nous apporte peut-être une piste :

Le Timbrophile de France - avril 1908 (cliquez sur les images)

   Peut-être que l'atelier a rencontré des difficultés imprévues avec son encre rouge ? Ou bien que la couleur utilisée jusque-là a fini par déplaire à un ministre facétieux ? Qui sait ?

Cet article nous éclaire surtout sur la naissance de cette véritable star qu'est le 138 avec nuance écarlate, le 23 juillet 1907 (sur la presse 10), ce que je peux cette fois-ci vous confirmer avec une image :

Petit ou grand scoop ?

********


    Le ton du deuxième article, paru dans le même journal le 25.11.1907, est un peu similaire à celui des journaux à scandale, destinés aux amateurs de ragots. Et il parle d'une autre star de la philatélie semi moderne, le faux pour tromper la poste du 10 c. rose Semeuse lignée YT 129.

C'est effectivement au début de 1907 que ce Monsieur Schnebelin publiait le scoop dans son n°52 de "La revue française des collectionneurs" avec la reproduction d'un des oblitérés qui est le premier cité ci-dessus :

Et voici une meilleure image du troisième cité :

(ex. collection Françon)

Et un autre oblitéré rue Blomet Paris XV :


Pensez-vous que ce négociant condamné était LE coupable ?

   Il ne fait aucun doute que ce faux est rare, pour ne pas dire introuvable. Peut-être pour la bonne raison que la presse philatélique a ainsi très vite permis de déboucher sur une condamnation ? Ce qui a instantanément mis fin au "trafic".

On le rencontre (un peu) plus souvent en neuf, mais encore faudrait-il être convaincu qu'il ne s'agit pas de faux pour tromper les collectionneurs ! Rien n'est moins sûr.

Les rayons du soleil vraiment mal reproduits le caractérisent.

Et on appréciera sur ce bloc les défauts de la dentelure !

Sur lettre, je ne l'ai vu proposé en vente qu'une seule fois, en décembre 1993, et plus jamais depuis :

A l'époque, je l'avais trouvé trop chère cette enveloppe mal pliée, avec son adresse découpée et sans aucun cachet d'arrivée, mais je la regrette aujourd'hui. Si l'un d'entre vous a la possibilité de m'en fournir ne serait-ce qu'une simple image de bonne qualité, j'en serai ravi.


Bien entendu, et comme toujours, tous vos avis, toutes les images et renseignements complémentaires sont également les bienvenus !


lundi 13 avril 2026

Car nés en 1906

  

  Peut-être bien que certains d'entre vous auront deviné que j'allais aujourd'hui vous parler de l'apparition des carnets en France, à laquelle notre chère Semeuse a eu l'honneur de participer ?

On en parle dès le mois de mai dans
"Le Timbrophile de France" du 25 mai 1906

C'est donc en 1906 que l'administration a débuté la fabrication des deux premiers : l'un pour le 5 c. vert au type Blanc, et l'autre pour le 10 c. rouge Semeuse maigre YT 135. Un nouveau format de feuilles d'impression sera nécessaire, d'où de nouveaux poinçons et galvanos, et l'apparition de nouveaux types sur lesquels je ne reviendrai pas ici, qui furent identifiés bien plus tard.

Pour plus de simplicité, les deux auront la même valeur = 2 francs de timbres (40 du 5 c. ou 20 du 10 c.) + les fameux 5 centimes supplémentaires que les utilisateurs devront payer pour avoir le plaisir de se les procurer ! 

Ceci les rendit, comme vous l'imaginez, très impopulaires. 

Leurs couvertures, pour le prix, sont très austères : une verte et une rouge, faites d'un banal papier cartonné beige.



Le public va donc les bouder, et ces timbres sont assez rares à trouver sur le courrier lorsqu'ils ont été utilisés lors de cette phase initiale. Alors que les carnets entiers sont en revanche volontiers restés intacts, car inutilisés, et se trouvent assez facilement.

On connait leur date de mise en vente, car ce petit évènement fut annoncé dans la presse :

"L'Aurore" du 19 novembre 1906

Et comme souvent, quelques privilégiés, sénateurs ou autres, ont voulu marquer le coup, avec une oblitération de ce 1er jour :

(NB : j'aurais préféré qu'ils affranchissent 20 lettres au lieu de défigurer ce carnet !...)

Je ne me souviens pas en avoir vu une seule, mais ça m'intéresse si vous en connaissez. Cela doit bien exister. N'hésitez pas à me contacter pour me montrer une lettre avec oblitération du 19.11 !

Cette oblitération du 18 est un peu douteuse, mais qui sait ? Pourquoi pas ?
"Le Timbrophile de France" paru la semaine suivante donne même la date du 17.


Il fallut attendre un peu plus de 3 mois pour que la Semeuse s'impose, et remplace le type Blanc :

(Avec les mêmes remarques que pour les 2 précédents)

C'est le 5 mars 1907 que celui-ci a été émis.
Timbre au type I.

Chose remarquable : cette Semeuse YT 137 a été d'abord mise en vente sous cette forme, en carnets de 40, deux semaines avant les feuilles-vente classiques de 150 timbres !


Mais voici la raison de mon article du jour :

"La Française" du 2 décembre 1906
(cliquez sur l'image pour zoomer)

J'ai trouvé le texte bien écrit et le ton assez savoureux pour vous en faire profiter. Et il est vrai que l'on se demande bien pourquoi le mot "figurines" a été préféré à "timbres-poste" ! Quelle idée ?


   Cette période durant laquelle les "figurines" étaient vendues plus chères dans leurs carnets que les timbres en feuille ou au détail, va durer jusqu'au 1er mai 1910 :


Pour ne pas gaspiller les carnets restés "sur les bras" de l'administration, ils furent tout simplement surchargés pour les ramener au bon tarif, plus attractif :

(il existe plusieurs types et couleurs d'encre pour cette surcharge, parfois même manuscrite)

Le succès ne se fit pas attendre.
Les ventes ne vont faire qu'augmenter.

Une fois les stocks écoulés, de nouvelles couvertures vont devoir être imprimées, toujours dans le même style, et toujours pour la Semeuse verte à 5 c. mais avec cette fois-ci l'apparition du mot "Timbres-poste" qui ne sera plus jamais remplacé par la suite :

(Le timbre est alors au type II)

A l'été, il va même falloir donner des consignes strictes concernant la vente de ces carnets dont personne ne pourra bientôt plus se passer :



Et c'est également à cette période que la Semeuse à 10 c. rouge maigre disparait pour être remplacée dans les carnets par une Semeuse plus grasse, YT 138 :



Ce timbre YT 138 existait pourtant depuis 1907 ! Mais avant de le mettre à l'intérieur de ces nouveaux carnets, il a bien fallu écouler le stock des précédents contenant le YT 135, qui devait être considérable.


  Et d'ailleurs, pour ce 10 c. rouge, si votre vue baisse au point que vous avez du mal à distinguer la maigre de la grasse, regardez donc tout simplement la couverture : 
- maigre YT 135 = Figurines
- grasse YT 138 = Timbres-poste

Mais soyez certains que ce n'est certainement pas pour cette raison que l'administration a eu recours à cette modification. Pour elle un timbre à 10 c. rouge est un timbre rouge à 10 centimes !


  En revanche, dès 1912, elle va envisager de créer un modèle plus pratique de carnet pouvant trouver plus facilement sa place dans une poche ou un portefeuille, contenant cette fois-ci 30 timbres rouges à 10 c. qui n'ont vraiment rien à voir avec les précédents. Cela reste un des plus grands mystères du type Semeuse , et nous en avons déjà souvent parlé. Le voici :



Puis la publicité fera son apparition sur les couvertures en 1922, 
puis sur les marges des timbres fin 1923, 
puis l'impression se fera sur des rotatives fin 1928 etc...

Toute une série de dates marquantes qui rendent la collection des carnets bien plus passionnante et plus riche que toute autre. 

Je ne saurais trop vous encourager à vous lancer : vous ne serez jamais déçus, c'est promis !

  Si vous aimez les belles présentations, la nostalgie de cette belle époque où la France rayonnait dans le monde, avec quelques décennies de recherches et d'économies, vous aurez peut-être la chance d'accéder au Graal que de nombreux collectionneurs ont poursuivi durant toute leur vie, avec ou sans succès :



Notre association est prête à vous aider, et à vous accueillir, cliquez sur ce lien : A.C.C.P.

 

lundi 2 mars 2026

Rectification !

   Entre mars 2019 et novembre 2020, je vous avais montré dans 4 de mes articles plusieurs exemplaires de cette rare "Lettre Touristique Mondiale" ou LTM, dont nous connaissons plusieurs modèles qui différent par leurs publicités.

Toutes portent une même Semeuse lignée 50 c. rouge, timbre qui provient "souvent" des roulettes au type III (pour ne pas dire toujours car je ne les ai pas toutes eues sous la main, mais c'est fort possible). 

Le timbre est perforé LTM pour éviter que des petits malins ne s'en servent sans le support publicitaire.

SAUF sur une d'entre elles ! 

Et c'est là que la rectification s'impose. Il s'agit de celle dont j'avais la plus vilaine image en noir et blanc, et que je vous montre à nouveau :

(Impossible de voir le moindre détail hélas, d'où mon erreur)

  Figurez-vous que c'est une nouvelle fois en rangeant mes archives que j'ai découvert cette autre image,  issue d'une vente de 2004. 
Et c'est vraiment par hasard, car elle se trouvait au dos d'une autre photo que j'avais découpée dans le catalogue, d'un autre lot qui m'avait intéressé, lui, alors que je n'avais pas vraiment porté attention à cette LTM. 
Je ne l'avais tout simplement pas reconnue !


Voici donc rectifiée mon erreur !

Hélas, on n'en voit qu'un petit fragment, mais cela suffit pour constater l'absence de perforation sur le timbre. 

Et l'oblitération du 2 juin 1927 à Valenciennes.


*******

  Ceci m'a conduit à poursuivre mes recherches, et je suis tombé sur cette annonce, parue dans un journal marseillais destiné aux italiens expatriés dans notre belle ville :

"Le courrier franco italien"  du 01.11.1925

  Il s'agit d'un formidable scoop : personne n'a jamais signalé l'existence d'un modèle de LTM affranchi à 30 c. et vendue 10 !

On voit que la société était initialement domiciliée sur la Cannebière (avec deux N comme cannabis, à cause des cordages de marine qui étaient faits de chanvre), avant de s'implanter rue Daumier.

  Mais a t'elle vraiment eu le temps d'exister cette LTM à 30 centimes que l'on n'a jamais vue ?

 Six vues panoramiques, donc sur un modèle différent en tout cas.

  On sait que le tarif de la lettre simple a beaucoup changé en France à cette période : il est passé de 30 c. en 1925 à 40 c. au mois de mai 1926, puis à 50 c. en août, ce qui pourrait expliquer que l'entreprise en prenant quelques mois pour déménager et pour se lancer, ait été obligée de s'adapter à ce dernier tarif...


N'hésitez pas à me contacter si vous en savez plus !


vendredi 20 février 2026

Presque un an !

 

  Comme le temps passe ! 

Dire que mon dernier article date de Noël : le réveillon, mon anniversaire, les gâteaux des rois, la chandeleur, mardi gras et le début du carême sont passés à toute vitesse sans que rien de notable ne me soit arrivé sur le plan philatélique. Ou presque...

La seule chose, et ça me chagrine un peu d'ailleurs, c'est que j'ai eu une nouvelle fois la preuve que ma mémoire n'est pas infaillible. Pas encore défaillante, mais je me dois de faire attention avec l'âge à l'entretenir tout autant que mes autres neurones. Et la collection spécialisée qui me passionne depuis mon enfance en occupant beaucoup de mon temps libre joue un rôle non négligeable dans cet exercice indispensable, et presque vital.

  Mais il perd la boule, ça y est, il a dévissé pour de bon ! 

Depuis Noël, c'est loin de faire presque un an ! 

Mais qu'est-ce qu'il raconte ?

Non, rassurez-vous, je n'en suis pas encore là : cela fait presque un an depuis le 29 mars dernier que je vous ai montré ici les rares exemplaires connus de Carte-Lettre Moderne, et que j'ai lancé un appel dans l'espoir d'en voir surgir d'autres. Resté sans réponse.

J'avoue que j'ai été un peu déçu que personne ne se manifeste. Soit ces documents sont vraiment exceptionnels, soit ceux qui ont des infos à leur sujet les gardent jalousement pour eux, ce qui n'a jamais été ma politique.

La preuve : en farfouillant pour mieux ranger mes archives qui s'accumulent depuis des décennies et que j'essaye de numériser petit à petit, j'ai eu l'excellente surprise de tomber sur cette image découpée parmi d'autres dans un catalogue de VSO de 2005 :

(image hélas incomplète, d'autres courriers étant superposés sur l'image)

  Elle était totalement sortie de ma mémoire, alors que je me vante de ne jamais oublier les belles pièces que j'ai croisées, même de loin. Surtout celles qui sont rares et/ou qui me font envie.

J'ignore pourquoi je l'avais classée sans y prêter l'attention qu'elle mérite. 

J'avais simplement noté "invendu xxx euros". Un prix trop élevé pour que j'envisage d'enchérir à l'époque. Avec le recul, je regrette fort de ne pas en avoir demandé une meilleure photo, et une vue du verso où doivent se trouver d'autres publicités et la correspondance.

Si l'un de nos lecteurs a la chance de l'avoir en sa possession, ou bien sait où elle se trouve, vous pensez bien que cela m'intéresse au plus haut point.

   Partie d'Asnières pour Paris en avril 1906, on remarque que la mention ajoutée "MODERNE" est en rouge comme les pubs, et qu'elle porte une marque à l'encre violette "AUTORISATION SPECIALE DU 29 AVRIL 1905. Vous aurez noté que le timbre est ici collé, et non imprimé comme un entier postal. C'est la deuxième vue ainsi.

J'enrage vraiment de ne pas en savoir davantage !

Va t'il falloir que j'offre une prime à qui saura nous en dire plus ?

Une des pubs nous met probablement sur la piste de l'imprimerie qui lui a donné naissance :


Une entreprise qui s'était déjà offert un emplacement publicitaire à l'intérieur de la Carte-Lettre affranchie avec un même timbre à 10 c. Semeuse lignée rose, découverte et montrée ici l'année dernière.


**********


   L'autre chose marquante qui me soit arrivée récemment n'a rien à voir avec la précédente, mais est encore plus sympathique. 

Points communs entre les deux : la publicité, et leur année de naissance 1906 - 1907.

Cela concerne les célèbres et rares carnets de 6 porte-timbres dont je vous ai parlé à plusieurs occasions depuis 2010. Deux maisons parisiennes en particulier avaient eu l'originale idée de promouvoir leurs produits avec ces jolis supports : La Belle Jardinière et Manchon Hella.


(ici une variante avec un pardessus)


   C'est "Le timbre-poste économique" qui leur fournissait le triptyque cartonné permettant de vendre les 6 timbres sur leur support publicitaire avec une réduction de 10 centimes. Ce que La Poste n'a pas toléré longtemps (un peu plus d'un an).

Cette ristourne n'est évidemment pas passée inaperçue des utilisateurs, comme le montrent les deux cartes postales suivantes dont tout l'intérêt et toute l'originalité tiennent dans le texte rédigé par leurs expéditeurs parisiens :

"Timbre réclame 6 pour 50 c."



"Timbres réclames que nous payons à Paris 6 pour 0 f. 50"


Elles ont toutes deux régulièrement circulé fin 1907.
Mais les premières dates connues sont de mai / juin 1907.

(A. Maury - Histoire des TP français - 12.1907)


Ces porte-timbres furent tolérés sur le courrier intérieur, mais interdits pour celui destiné à certains pays, bien que l'on en rencontre malgré tout, comme la CP pour Londres ci-dessus. 

(A. Maury - Le collectionneur de TP - 10.1908)


Un grand MERCI au généreux collectionneur 
qui me les a fait apprécier à leur juste valeur !